Tribune 22/02/2013 à 12h07

Un accident nucléaire en France : mais combien coûte une vie humaine pour l’IRSN ?

Thierry Ribault | Economiste au CNRS

Tribune

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a rendu publiques ses estimations du coût d’un accident nucléaire en France, mais l’étude étant introuvable et les hypothèses, non diffusées, l’ensemble repose sur un socle d’histoires toutes plus discutables les unes que les autres.

Patrick Momal, économiste à l’IRSN, auteur de cette étude fantôme, a expliqué lui-même (PDF) qu’« il est de première importance d’accompagner le chiffre d’un story-telling » car, à ses yeux, « l’analyste doit, après son travail technique, s’efforcer de “vendre” ses résultats ».

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L’IRSN estime qu’un « accident majeur pourrait coûter plus de 400 milliards d’euros, soit plus de 20% du PIB français annuel ». Les sommes seraient à peu près réparties de la manière suivante (en plus des 2% liés aux dommages du site lui-même) :

  • 39% pour la dégradation d’« image » (impact sur le tourisme et sur les exportations agricoles) ;
  • 26% pour la gestion des zones d’évacuation (déplacement des populations) ;
  • 21% dus à une réduction de dix ans de vie du parc de réacteurs et au passage à d’autres énergies ;
  • 13% pour les coûts des mesures d’urgence, les « coûts psychologiques » et des pertes agricoles, et les « coûts de santé radiologiques » des populations (cancers notamment), portion congrue dont on ne trouve nulle trace précise dans le « story-telling » de l’IRSN.

C’est, précisément, afin d’expliquer ce coût et « vendre ses résultats » que l’IRSN bâtit quelques petites histoires étranges.

Plus grave en France ?

L’IRSN nous raconte que le coût de l’accident de Fukushima serait de « 200 milliards d’euros ».

Or, les estimations du Japan Center for Economic Research (PDF) contredisent cette histoire : dédommagements aux secteurs de l’agriculture et de la pêche, et démantèlement de Fukushima Daiichi inclus, le bilan se situerait entre 400 et 500 milliards d’euros.

Dresser un scénario d’« accident majeur » très grave ; affirmer qu’en France un accident pourrait prendre une ampleur telle, qu’il en deviendrait « inacceptable », plongeant le pays dans une « situation sans espoir » (alors que les Japonais sont bel et bien en train d’« accepter » un accident de la gravité de celle simulée par l’IRSN pour la France) ; relativiser le surcoût de 10 milliards lié à la « sûreté » des centrales françaises existantes, en attendant la Rolls des réacteurs sans nuisances, l’EPR : voilà ce que cette première histoire permet à l’IRSN.

Patrick Momal nous avait prévenus (PDF) dans une note récente :

« La probabilité de fusion du cœur est censée être divisée par 10 sur l’EPR ; les probabilités de rejets importants sont supposées éliminées en pratique.

Il en résulte que le coût du risque devrait être divisé par 10 à 40 par rapport aux réacteurs anciens. Par conséquent, la meilleure façon de réduire le risque après Fukushima pourrait être de remplacer les réacteurs anciens par des nouveaux. »

« Si l’on parvenait à guérir le cancer... »

L’IRSN nous raconte encore qu’en cas d’accident majeur, l’un des principaux coûts est lié à l’impact sur le système de production d’électricité. Patrick Momal, estime que :

« L’expérience a montré que les accidents nucléaires peuvent avoir un effet important sur la production d’électricité sur plus de 30 ans [...]. Il faut en tenir compte. »

Des propos totalement contredits dans une étude (PDF) que viennent de publier des chercheurs du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) : la croissance du parc nucléaire, avant la catastrophe de Fukushima, était, en réalité, bien plus modeste que ce que laissaient penser les prévisions.

Après la catastrophe, les prévisions n’ont pratiquement pas affecté les plans de construction de nouvelles unités dans les pays où des programmes étaient déjà planifiés.

Envisager en outre, comme le fait l’IRSN, un doublement du coût de l’électricité, suite à un accident grave, ne correspond pas à la réalité : au Japon, après Fukushima, on évalue que, si l’on poursuit le nucléaire, une hausse de 20% à 30% du prix de l’électricité aura lieu, et que « sortir » du nucléaire d’ici 2050, ne coûterait pas plus cher (PDF) qu’un redémarrage des centrales.

Cela permet à l’IRSN de laisser penser qu’une perturbation du système de production de l’électricité aurait, en conséquence, un coût bien plus important que celui des effets sanitaires directs. Patrick Momal, qui ne manque pas de cynisme, écrit :

« L’aversion pour le cancer, qui ne manque pas de cynisme, joue un rôle tout à fait essentiel dans l’ampleur du coût. Si l’on parvenait à guérir le cancer, le coût du risque nucléaire devrait baisser sensiblement [...] : les coûts sanitaires directs baisseraient évidemment, mais surtout, les effets indirects (effets d’image, effets sur les systèmes de production d’électricité), qui sont très lourds, baisseraient également. »

Voilà la ligne : investir dans les progrès de la médecine pour soigner les cancers radio-induits plutôt que de réduire les risques du nucléaire.

La valeur statistique de la vie a-t-elle baissé ?

Au final, on se demande ce qui préoccupe le plus l’IRSN : produire de l’« expertise publique », ou concevoir de la publicité experte dont le but serait de masquer la zone d’ombre entre les histoires ?

On peut s’étonner qu’en 2013, l’IRSN évalue les « coûts de santé radiologiques » liés à un accident nucléaire majeur probablement (les données précises sont indisponibles) à moins de 40 milliards d’euros (moins de 10% du coût total) alors qu’en 1995, le Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN), évaluait les conséquences financières d’un accident grave à 83 milliards d’euros et que 65% y provenaient des coûts de santé (soit 54 milliards, pour notamment 14 537 cas de cancers mortels).

Le nombre de morts et de malades prévu a-t-il diminué drastiquement, ou bien la « valeur statistique de la vie » a-t-elle baissé ? En 1995, le CEPN estimait le coût d’un mort du cancer à 2,6 millions d’euros, et le coût d’une personne atteinte d’un cancer curable à 250 000 euros.

Sur cette base, chacun prendra alors la mesure de l’écart qui sépare cette « valeur statistique de la vie », de la valeur réelle de la vie : que ce soit celle de chacune des 2 303 personnes mortes suite aux évacuations après l’avarie de niveau 7 de Fukushima, ou celle de chacun des 10 enfants, 3 garçons et 7 filles d’âge moyen de 15 ans, dont trois d’entre eux ont déjà été opérés d’un cancer de la thyroïde, les sept autres ayant une probabilité de l’être de 80%.

Centrer le « débat public » sur le coût de l’accident, afin de dessaisir la population des arbitrages opérés en amont par les simulateurs, et faire porter la discussion uniquement sur la gestion des conséquences fatales de ces arbitrages, voilà qui permet à l’IRSN de laisser dans l’ombre la seule question qui ait de l’importance aujourd’hui : non pas : « combien coûte un accident nucléaire ? » ; mais plutôt : « combien vaut une vie humaine ? » … si toutefois cette dernière vaut encore quelque chose dans les modèles des administrateurs du désastre.

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  • Frangipane-y-est
    Frangipane-y-est
    Plante verte, rouge et noire.
    • Posté à 13h00 le 22/02/2013
    • Internaute 191696
      Plante verte, rouge et noire.

    Le fait que vous mettiez des liens en japonais est problématique pour ceux qui ne savent pas lire le japonais.

    • Anti-gluon
      Anti-gluon répond à Frangipane-y-est
      Boson de jauge
      • Posté à 15h45 le 22/02/2013
      • Internaute 192813
        Boson de jauge

      Je vous trouve de mauvaise foi les chiffres sont arabes

      • Frangipane-y-est
        Frangipane-y-est répond à Anti-gluon
        Plante verte, rouge et noire.
        • Posté à 16h02 le 22/02/2013
        • Internaute 191696
          Plante verte, rouge et noire.

        Il n’empêche que c’est du chinois, pour moi.

        Java bien 5 minutes !

  • Frangipane-y-est
    Frangipane-y-est
    Plante verte, rouge et noire.
    • Posté à 13h22 le 22/02/2013
    • Internaute 191696
      Plante verte, rouge et noire.

    Pourquoi dit-on que le nucléaire nous permet d’être indépendants énergétiquement alors qu’on utilise de l’uranium, qui ne vient pas du sol français ? La vraie indépendance serait si cette ressource provenait de notre sol, non ?

    • s4m0
      s4m0 répond à Frangipane-y-est
      se balade
      • Posté à 13h48 le 22/02/2013
      • Internaute 191829
        se balade

      effectivement, le nucléaire ne permet pas une indépendance à 100%. En revanche, cette énergie le permet davantage que d’autres à plusieurs égards :
      - les ressources d’uranium sont moins concentrées sur le globe (que le gaz et le pétrole) et la majorité se trouve dans des zones réputées géopolitiquement stables (en tout cas plus que le moyen-orient ou la Russie) comme en l’Australie, le Canada ou les USA. Même si la France ne tire pas la majorité de son uranium de ses pays, cela assure une certaine stabilité du marché.
      - Quand bien même le prix de la ressource doublerait, étant donné sa faible proportion sur le prix final, l’impact serait minime,
      - la France a fait le choix d’un cycle fermé pour son combustible : même si dans la pratique actuelle tout n’est pas recyclé pour des raisons économiques, si demain les ressources venaient à manquer, nos centrales ne serait pas à sec.

      Maintenant il est certain que l’éolien ou l’hydraulique, permettent une meilleure indépendance. J’émettrais une réserve sur le photovoltaïque puisque certaines matières premières nécessaires à leur fabrication sont importées.

      • bozox
        bozox répond à s4m0
        • Posté à 14h08 le 22/02/2013
        • Internaute 28752

        Désolé, c’est faux, c’est encore une des fameuses rumeurs propagées par le lobby nucléaire. Le photovoltaique c’est 99% de silicium (du sable cuit), et un cadre en alu.

        Les terres rares ne sont nécessaires que pour le photovoltaique à couche mince, qui représente moins de 1% du marché (photovoltaique souple, peintures photovoltaiques, etc...). Autant dire rien.

         
        • s4m0
          s4m0 répond à bozox
          se balade
          • Posté à 15h24 le 22/02/2013
          • Internaute 191829
            se balade

          Je n’ai pas parlé de terres rares !

          Et puisque vous mentionnez le silicium, la Chine produit près de la moitié du silicium mondial Lien !
          De plus, dans les procédés de fabrication, d’autres produits sont utilisés : Phosphore, Arsenic, Antimoine, Bore, ...
          Et dernière précision, le silicium industriel n’est pas produit à partir de sable mais de quartz.

          Donc comme pour le nucléaire en cycle fermé, il faut nuancer l’indépendance énergétique induit par le PV en pratique.

        1 autres commentaires
      • Frangipane-y-est
        Frangipane-y-est répond à s4m0
        Plante verte, rouge et noire.
        • Posté à 15h03 le 22/02/2013
        • Internaute 191696
          Plante verte, rouge et noire.

        Ouais, j’ai vérifié aussi, c’est effectivement essentiellement situé au Canada ou en Australie. Même si on est plutôt copains avec les ozzies ou les québécois, c’est pas vraiment ce que j’appelle de l’indépendance, quand même.
        Et ’pis si demain la ressource vient à se tarir (je sais plus où j’ai lu qu’on en avait au max pour 300 ans), on aura l’air un peu flans.

        Un autre truc me perturbe, tant qu’on y est : pourquoi on dit que c’est pas cher alors que c’est pas cher parce que c’est largement subventionné ?

        Je suis dans ma journée des « pourquoi » :)

         
        • s4m0
          s4m0 répond à Frangipane-y-est
          se balade
          • Posté à 16h18 le 22/02/2013
          • Internaute 191829
            se balade

          Il ne me semble pas que l’appareil productif actuel (les 58 réacteurs) n’ait bénéficié de subventions directes. EDF et Areva sont des SA (qui font des bénéfices, soit dit en passant). EDF verse également de gros dividendes à l’Etat (>1.5 Mds d’€ par an depuis plusieurs années).

          MAIS le programme nucléaire français (pour la production d’électricité) a été beaucoup subventionné à ses débuts : recherche, prototypes industriels, ...
          Aujourd’hui, on peut considérer que l’essentiel des « subventions » sont indirectement accordées via le CEA (subventionné par l’état à hauteur de 2.6 Mds d’€ Lien),.
          Il est donc très dur d’évaluer le montant et de faire un lien direct puisque les activités du CEA profitent indirectement à EDF/Areva, mais pas uniquement.

          Au final, c’est un peu comme si on considérait l’entretien des nationales comme une subvention aux constructeurs automobiles.

          Ce ne sont que des éléments de réponse étant donné la complexité de la question puisqu’on pourrait également avancer que le nucléaire participe à réduire la balance commerciale de la France en étant globalement exportateur (sur la technologie et sur l’électricité).

          • ERIC.BRESIL
            ERIC.BRESIL répond à s4m0
            Autodidacte citoyen du monde
            • Posté à 02h22 le 23/02/2013
            • Internaute 99757
              Autodidacte citoyen du monde

            Le nucléaire n’a jamais semblé mauvais,bien au contraire,maintenant il pose des problèmes de sécurité,de recyclage des déchets et du coût inconnu de démantèlement.
            C’est une équation excessivement compliquée que celle de l’énergie,et finalement il serait judicieux que nos hommes politiques ne s’arrètent pas aux différents lobbys ; pour tout simplement faire leur travail d’homme politique.Bon je rève moi,ce soir...

        2 autres commentaires
  • bozox
    • Posté à 14h10 le 22/02/2013
    • Internaute 28752

    Une autre solution serait de vendre nos centrales partout. Une fois toute la planète irradié, les touristes n’auront que des destinations irradiées, et les consommateurs que des aliments irradiés, ils pourront donc continuer à visiter notre pays et consommer nos aliments irradiés tranquillement.

    Il y a donc un effet d’échelle : plus on construit de réacteurs, plus on a d’accidents, moins chaque accident coûte cher.

  • LIVINGSTONE89
    LIVINGSTONE89
    Explorateur
    • Posté à 14h17 le 22/02/2013
    • Internaute 198660
      Explorateur

    Ayez confiance, la France est en de bonnes mains !

  • miles.v
    miles.v
    Matheux
    • Posté à 14h39 le 22/02/2013
    • Internaute 80105
      Matheux

    « La valeur statistique de la vie a-t-elle baissée ? »
    Oui, il suffit de voir à quel niveau sont indemnisées les victimes de l’amiante, c’est très loin des 250 000 euros pour un cancer, lui, incurable.

  • O.S.T.I.A.
    • Posté à 15h08 le 22/02/2013
    • Internaute 191710
      ZAD

    Un accident à Blaye et on peut faire une croix sur tous les vignobles bordelais. Un à la centrale du tricastin et adieu les cotes du rhône, un à fessenheim et au revoir les ptits blancs d’alsace.

    Rien que pour ça faudrait interdire le nucléaire, non mais !

    • The Corpse Grinders
      The Corpse Grinders répond à O.S.T.I.A.
      Cannibale Furax
      • Posté à 15h16 le 22/02/2013
      • 183627
        Cannibale Furax

      Ouais, le nuke, ça sulfite !

      • O.S.T.I.A.
        • Posté à 15h21 le 22/02/2013
        • Internaute 191710
          ZAD

        exactement ! faudrait pas pousser le bouchon en liège trop loin !

         
        • The Corpse Grinders
          The Corpse Grinders répond à O.S.T.I.A.
          Cannibale Furax
          • Posté à 15h25 le 22/02/2013
          • 183627
            Cannibale Furax

          Chez moi, pas de centrale, enfin Civaux à 250 bornes, et des fromages a-to-mi-ques !

          • O.S.T.I.A.
            • Posté à 15h41 le 22/02/2013
            • Internaute 191710
              ZAD

            chez moi (enfin côté espagnol) ils ont voulu en construire une dans les années 80 mais ETA a posé tellement de bombes qu’ils ont dû abandonner le projet .....
            Lien

            Le salers c’est bien de chez toi en Auvergne non ? j’en ai goûté l’autre jour, j’sais pas qui l’avait fait mais ouais c’était fukushima dans ma bouche :)

          • O.S.T.I.A.
            • Posté à 15h52 le 22/02/2013
            • Internaute 191710
              ZAD

            mon préféré c’est quand même l’atome de Savoie

        5 autres commentaires
  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 16h42 le 22/02/2013
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    bon, au moins on a un chiffre qui sert de base même s’il est vraisemblablement sous estimé comme pour les démantèlements de centrale ...
    mais on voit bien que ce chiffre même réévalué à la hausse reste raisonnable ...
    400, 500 ou 600 milliards d’euros c’est pas grand chose, quelques euros glanés par ci par là et hop, c’est payé ...
    ça fait , euh, ..., à peine 10.000 € par français ... rien quoi !
    et pis on n’a qu’à s’assurer à la MAIF, on paiera rien du tout !

  • s4m0
    s4m0
    se balade
    • Posté à 17h21 le 22/02/2013
    • Internaute 191829
      se balade

    Encore une fois, un article approximatif avec une argumentation manquant totalement d’objectivité et pleine de sensationnalisme. Quel est votre objectif : contredire l’IRSN (qui pour une fois, est assez alarmiste) et plus particulièrement la personne de M. Momal ? Exposer votre haine du nucléaire ? ...
    En tout cas, un certains nombre de points de votre argumentaire me semblent discutables :

    - « Un accident nucléaire en France : mais combien coûte une vie humaine ? »
    Vous commencez avec un titre racoleur (qui ne colle pas vraiment avec le contenu de l’étude et de votre tribune). Peut être que vous ne l’avez pas choisi, je vais donc ne pas vous en tenir rigueur.

    - « C’est, précisément, afin d’expliquer ce coût et “ vendre ses résultats ” que l’IRSN bâtit quelques petites histoires étranges. »
    Comme dans vos précédents billets, vous reprochez aux autres ce que vous faites tout au long de vos « tribunes » !
    Vous en profitez d’ailleurs pour détourner le sens que M. Momel donne à « vendre » et de ce qu’il appelle « story telling », à savoir donner vie à un chiffre sachant que « balancer » le chiffre de 430 Mds d’€, ne rime pas à grand chose et surtout et il doit être accepté et compris. Il vaut mieux comprendre « faire de la pédagogie » que « vendre » au sens marketing du terme.

    « Or, les estimations du Japan Center for Economic Research (PDF) contredisent cette histoire : dédommagements aux secteurs de l’agriculture et de la pêche, et démantèlement de Fukushima Daiichi inclus, le bilan se situerait entre 400 et 500 milliards d’euros. »
    Cette source date de 2011, quelques mois seulement après l’évènement sachant que les conséquences les plus « chères » sont sur le long terme.
    Si vous faisiez part d’un minimum d’honnêteté intellectuelle (ce serait la moindre des choses pour un économiste du CNRS) plutôt que de vouloir à tout pris contredire pour citer des chiffres encore plus gros, vous soulignerez la difficulté d’estimer un tel chiffre (surtout en fonction du périmètre considéré) et que les sources sont largement discordantes (entre 100 Mds et plus de 1000 Mds d’€).

    - « L’expérience a montré que les accidents nucléaires peuvent avoir un effet important sur la production d’électricité sur plus de 30 ans [...]. Il faut en tenir compte. »
    Je ne comprends pas pourquoi chercher à contredire cet argument (par pur esprit de contradiction ?). Mais des évènements plus anciens, TMI notamment, avaient largement impacté les politiques énergétiques (aucun nouveau réacteur construit après cet évènement aux US et abandon d’un grand nombre de projets).
    Quant à Fukushima, il est certainement trop tôt pour chiffrer les impacts sur les décisions à LONG TERME.
    D’ailleurs, je trouve votre lecture de l’étude du MIT un peu unilatérale puisqu’il est précisé que l’effet existe mais reste modeste à un niveau GLOBAL en raison notamment de la poursuite du programme chinois. Ajouter à cela, l’étude ne mesure que l’impact à COURT TERME !
    Pour l’Europe, malgré le maintient de certains projets (FA3, OL3 et UK), l’évènement de Fukushima a directement ou indirectement impliqué l’abandon d’un certains nombre de projets, notamment à Penly ou en Italie et a enterré toute perspective de nouvelle construction en Allemagne, en Suisse, en Belgique, ...

    - « Envisager en outre, comme le fait l’IRSN, un doublement du coût de l’électricité, suite à un accident grave, ne correspond pas à la réalité : au Japon, après Fukushima, on évalue que, si l’on poursuit le nucléaire, une hausse de 20% à 30% du prix de l’électricité aura lieu, et que “ sortir ” du nucléaire d’ici 2050, ne coûterait pas plus cher (PDF) qu’un redémarrage des centrales. »
    La France n’est pas le Japon ! Vous comparez des pommes et des bananes ! Le proportion du nucléaire dans les deux mixes énergétiques ne sont pas comparables ( 26% contre 75%). Si au Japon, la hausse serait de 20 à 30%, les 50% avancés par l’IRSN semblent cohérents avec le profil français (voire même sous estimés).
    Je crois que ce raccourci grossier est la preuve la plus flagrante de votre manque d’objectivité. (je n’ose pas penser que cela reflète un manque de réflexion).

    - « Le nombre de morts et de malades prévu a-t-il diminué drastiquement, ou bien la “ valeur statistique de la vie ” a-t-elle baissé ? »
    Qu’il ne vous en déplaise, en presque 20 ans, la science a fait des progrès considérables sur le(s) cancer(s) ce qui a permis de diminuer significativement le taux de mortalité. (source). entre 93 et 2007, -16% pour les hommes, -8% pour les femmes.
    Le montant avancé par l’IRSN n’est donc pas si aberrant que vous ne le laissez entendre.
    Par ailleurs, si je suis votre développement je ne comprends pas pourquoi le coût de la vie aurait « diminué » en fonction de l’étude puisque les montants sont au final relativement proches. En fait vous tentez d’embrouiller le lecteur entre le montant et la proportion qu’il représente dans le total (qui dépend des hypothèses et du périmètre de l’étude).

    - « que ce soit celle de chacune des 2 303 personnes mortes suite aux évacuations après l’avarie de niveau 7 de Fukushima, ou celle de chacun des 10 enfants, 3 garçons et 7 filles d’âge moyen de 15 ans, dont trois d’entre eux ont déjà été opérés d’un cancer de la thyroïde, les sept autres ayant une probabilité de l’être de 80%. »
    Super ! Une source en Japonais (donc illisible pour 99% des lecteurs). N’ayant pas les capacités de lire votre étude, je suppute qu’un certains nombres de ces décès auraient très certainement eu lieu sans cet évènement, et qu’une autre proportion est imputable aux conditions sanitaires suite au tsunami alors que vous sous-entendez que ces morts sont imputables à 100% à la catastrophe nucléaire.
    Pour les cancers détectés chez les enfants (oh, vous faites encore appel à la « corde sensible ». Vous reprochiez quoi encore à M. Momal ? ! ... de « vendre » son histoire ? !), certains internautes vous avez déjà fait remarquer qu’il fallait se méfier des chiffres concernant ce « cancer » (bien plus fréquent qu’on ne le pense), qui pouvaient traduire une amélioration de la détection plutôt qu’une réelle augmentation des cas.

    - voilà qui permet à l’IRSN de laisser dans l’ombre la seule question qui ait de l’importance aujourd’hui : non pas : « combien coûte un accident nucléaire ? » ; mais plutôt : « combien vaut une vie humaine ? »
    L’IRSN n’a pas la prétention de vouloir répondre à la deuxième question (en tout cas, aux dernières nouvelles, les questions morales n’entrent pas dans son domaine de compétence). L’objectif est de chiffrer les conséquences économiques ce qui inclut des coûts sanitaires (car oui, cela à un coût).
    Quand à évaluer la valeur d’une vie humaine, je ne peux concevoir de trouver la réponse dans un rapport et j’espère bien que chacun est en mesure de se faire sa PROPRE opinion sur la question.

    En conclusion, je m’interroge vraiment sur les objectifs de vos tribunes : après la vendetta contre le CNRS, maintenant une tribune consacrée quasi exclusivement à une critique de M. Momal. Est-ce de pures attaques ad hominem pour régler des différends personnels ou êtes vous juste un anti-nucléaire qui ne sait plus quoi inventer pour « cracher » sur cette énergie ?
    Dans l’éventualité où ce serait le deuxième cas, je peux vous assurer que vous ne servez vraiment pas la cause que vous pensez défendre.
    Il suffirait en effet simplement d’exploiter ce chiffre de 430 Mds d’€ (25% du PIB ! ! ! ! ! !) qui suffit déjà largement à saisir l’ampleur des conséquences, d’autant qu’il émane d’un institut réputé compétent en la matière, plutôt que de chercher à tout prix à le démonter.

    • ERIC.BRESIL
      ERIC.BRESIL répond à s4m0
      Autodidacte citoyen du monde
      • Posté à 02h58 le 23/02/2013
      • Internaute 99757
        Autodidacte citoyen du monde

      Il faut avouer,sauf votre respect,que la communication officielle concernant l’énergie nucléaire n’est pas à la hauteur,ni des risques,ni des enjeux.Finalement on ne sait toujours pas ce que nous coûte l’electricité nucléaire ;
      1-les accidents : Tchernobyl s’est arrété à la frontière d’après le discours officiel.
      2-le traitement des déchets radioactifs,qui ne sont pas maitrisés,et dans aucun domaine(hospitalier aussi).
      3-Aucune maitrise du démantélement industriel.
      4-Le meilleur pour finir : aucun suivi médical pour les personnes confrontées aux radiations,pas une mesure de protection.Il vous suffit de voir les ravages provoquées par les essais Français en Algérie.
      Le nucléaire est une superbe technologie,mais qui a besoin d’une transparence totale concernant ses défauts.

      • s4m0
        s4m0 répond à ERIC.BRESIL
        se balade
        • Posté à 10h01 le 25/02/2013
        • Internaute 191829
          se balade

        Je suis en partie d’accord, mais vous faites l’amalgame entre industrie électronucléaire / applications médicales / applications militaires.

        Bien que la communication ait pu être très défaillante (Tchernobyl), depuis la loi TSN de 2006, vous pouvez consulter toutes les publications de l’ASN. Et cette autorité ne ménage pas ses efforts puisque le moindre mauvais réglage d’une vanne sur un organe non essentiel fait l’objet d’un communiqué (c’est dailleurs l’une des raisons principales du retard du chantier de l’EPR français, et tant mieux !). Même si des progrés peuvent toujours être faits (et les associations écologistes aident en ce sens), je crois bien qu’une telle transparence est une exception dans l’industrie.

        Concernant les gestions des déchets, vous faites l’amalgame entre l’industrie électronucléaire et les applications médicales. Bien que la question mérite d’être examinée, il ne faut pas mélanger les deux !
        Là aussi, le nucléaire est soumis à une spécificité dans l’industrie puisque une agence est spécialement dédiée à la gestion des déchets et publie beaucoup.
        Concernant le traitement, un paradoxe montre la complexité de la question : 96% de l’activité est concentrée dans 0.2% du volume total.(Lien). Une autre précision : 60% du volume total est issu de l’industrie électronucléaire.
        Ajouté à cela, près d’un tiers des déchets (en volume) sont dits à « très faible activité » (<100Bq/grammes). Il faut savoir qu’au Royaume Unis, où la législation est en général plus restrictive en la matière, une partie de ces déchets (les critères sont différents) entre désormais dans le circuit classique.

        A propos du démantèlement, certains sites en déconstruction servent déjà de « laboratoire », notamment Chooz A (REP). Pour d’autres sites comme Brennilis, les travaux sont largement ralentis par les bâtons des associations écologistes mis dans les roues d’EDF. C’est là, une situation très paradoxale puisque tout le monde (surtout les écologistes) gagnerait à ce que ce site soit déconstruit au plus vite.

        Et pour finir, à propos de l’exposition, vous faites encore un amalgame, entre industrie électronucléaire et applications militaires. Si l’Etat se dédouane de ses responsabilités, cela est regrettable mais EDF et Areva n’en sont pas responsables. Et cela n’est pas propre au nucléaire : sang contaminé, amiante, scandal des médicaments, ... (et bientôt le diesel ?).
        Il faut souligner que la plupart des accidents d’exposition ont lieu en milieu hospitalier : http://siseri.irsn.fr/document/site_54/fckfiles/File/PRP-HOM-2012-007.pdf. Pour les salariés soumis à des expositions, ils sont médicalement suivis, en particulier ceux de catégorie A (expo >6mSv/an) : radio des poumons, prise de sang, etc.
        Cependant, les conditions de travail des sous-traitants dans l’industrie pourraient être améliorées (mais il s’agit presque davantage de droit du travail que de questions sanitaires).

        Votre intervention résumé bien ce que je reproche à cette tribune : mélanger un peu tous les arguments pour faire des reproches tous azimuts à l’industrie nucléaire.
        Quoi qu’il en soit, je pense que les « anti », dont M. Ribault semble faire partie (à en croire ses précédentes tribunes), auraient tout à gagner à recentrer le débat sur le rapport bénéfice/risque que tire la société de l’électricité nucléaire. Et je ne comprends toujours pas le sens de sa tribune : il s’évertue à contredire ce chiffre de 430 Mds d’€ alors qu’à mon sens, ce chiffre astronomique, de plus issu d’un rapport de l’IRSN, suffit amplement à servir sa cause.

  • didounette03m
    didounette03m
    en attente
    • Posté à 07h34 le 23/02/2013
    • Internaute 197012
      en attente

    On nous annonce une augmentation du prix de l’électricité, soit disant à cause du renouvelable, alors que l’on sait que l’EPR nous coute déjà le double avant qu’il soit fini.
    S’il y avait un accident nucléaire en France, j’ai bien peur qu’il faille dire adieu au vin Français, aux cèpes, truffes, foie gras et toutes les bonnes choses.
    On est déjà tous pollués par les particules fines, les insecticides, fongicides et autres, donc nous avons tous un cancer en dormance, avec un accident nucléaire, une dose de radiation et hop pour tous le cancer et rapido.
    Juste pour en remettre une couche à ce que vous dîtes

  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 07h43 le 23/02/2013
    • 173412
      expatrie

    La vie humaine n’a de valeur que si elle sert a enrichir une personnalite ou un groupe financier. La vie des enfants ne vaut rien puisqu’ils ne sont present que dans la colonne cout et ils sont remplacables.
    Il n’y a pas besoin d’accident nucleaire pour en arriver a cette conclusion, l’actualite nous le dit tous les jours !
    L’absurdite de notre mode de vie est devenue telle que meme la vie n’a pas assez de valeur pour peser dans la balance contre des interets financiers.
    Pire nos politiciens ne prennent meme pas acte du fait que les industries lourdes et energivores sont remplacees par des industries utilisant moins de place, de travailleurs et d’energie et que beaucoup d’economies sont realisees sans volonte particuliere qui vont rendre un parc nucleaire monstrueux obsolete. Mais nous sommes toujours en retard sur le temps, occupes a conquerir et securiser puits de petrole et mines d’uranium en Afrique ! ! !

  • Patours
    Patours
    Nada
    • Posté à 10h14 le 23/02/2013
    • Internaute 192334
      Nada

    Comme beaucoup de chose, on ne sait que ce que l’on doit savoir, rien en gros...
    Une estimation à la louche sur un risque imaginaire, mais qui a frappé nos amis du soleil levant et plus avant nos collègues d’Europe centrale, sans oublier Three miles island.
    Le truc qui me chiffonne le plus, c’est tous les jolis contrats d’assurances que j’ai signé, et au milieu de toutes les clauses, une que j’aime, la fission de l’atome, comme ça, qui invalide un peu tout...
    Moralité, en cas d’accident, d’attentat, de guerre, lié à l’atome, zobi pour le citoyen sinon un état en faillite, et malheureusement, l’état c’est nous et notre porte monnaie...
    Alors le nucléaire c’est cool, ça fait tourner une bonne partie de ma maison, mais le prix que l’on paye est loin d’être le bon si l’on tient compte du risque, faible, mais existant d’une jolie catastrophe.
    Pourquoi ne pas augmenter le prix de 1%, et verser les sommes dégagées sur un jolie compte intitulé : « Sommes à allouer en cas de désastre ». Au moins il y aurait un début de financement en cas de _________ (mettez la catastrophe qui vous plait le plus ici), et quand la somme dépassera l’estimation à la louche des dégâts possibles, le trop plein servira au démantèlement des réacteurs obsolètes !

  • Rhesus K
    Rhesus K
    outrée l'outre!
    • Posté à 12h25 le 25/02/2013
    • Internaute 194199
      outrée l'outre!

    « ...“ combien vaut une vie humaine ?” … si toutefois cette dernière vaut encore quelque chose dans les modèles... »

    Elle vaut beaucoup. Je suppose que la moyenne de la ’valeur’ d’une vie si elle se mesure en 1) ce qu’elle permet d’amasser cumulativement au bénéfice de l’individu, et 2) ce qu’elle permet de créer comme plus-value patronale et comme marge de redistribution pour la communauté (impôts de toutes sortes) donne des résultats astronomiques, si jamais on peut appréhender avec justesse ces réalités détaillées. Quoiqu’il en soit, elle vaut sûrement plus qu’un mort, quand on voit avec quelle attention la société nous oblige à prendre soin de nous-mêmes, jusqu’à nous pénaliser durement en cas de non-attache de ceinture de sécurité, etc. Ils n’ont jamais fait des lois qui aillent contre leurs intérêts économiques immédiats.

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