A débattre 03/11/2012 à 12h29

Deux agriculteurs américains témoignent des méfaits des OGM

Benjamin Sourice | Journaliste


Wendel Lutz et Wes Shoemyer à Paris le 30 octobre 2012 

« Les OGM détruiront votre modèle d’agriculture familiale s’ils sont adoptés ! »

C’est en substance le message que sont venus porter en France deux agriculteurs américains « repentis » des OGM. L’un, Wes Shoemyer, petite barbichette, grand sourire et chevalière frappée d’un symbole franc-maçon, dirige une exploitation de 1 200 hectares dans le Missouri, l’Etat abritant le siège de Monsanto.

Elu démocrate au sénat du Missouri, il est en lutte contre « l’accaparement monopolistique de l’agriculture par une poignée de firmes ».

A ses cotés, Wendel Lutz, la cinquantaine débonnaire du typique « mid-west farmer », l’air tragique en plus de l’homme en résistance.

Ils ont été invités à témoigner par Greenpeace afin de raconter « leur réalité ».

Solidement installé au fond de sa chaise, Wes Shoemyer raconte :

« Avant l’introduction des OGM, nous utilisions déjà l’herbicide Roundup pour brûler les mauvaises herbes, c’était miraculeux ! Entre 1996 et 2001, au moins 80% des agriculteurs ont adopté ce système des OGM. »

L’élu reproche aujourd’hui à Monsanto d’avoir mis en place une stratégie de capture du marché avec des prix attrayants, en particulier sur le Roundup, pour ensuite organiser l’envolée des prix.

Il est inquiet de voir « les agriculteurs payer de plus en plus cher, non plus pour financer la recherche ou améliorer leur production, mais pour s’acquitter d’un brevet contrôlé par une seule compagnie ».

Aux États-Unis, la technologie brevetée Roundup Ready de Monsanto est présente dans 94% des variétés de soja génétiquement modifié et 70% du maïs génétiquement modifié d’après le ministère de l’Agriculture.

Des mauvaises herbes résistantes au Roundup

Aux Etats-Unis, entre 2000 et 2011, la consommation annuelle de glyphosate, la substance active du Roundup est passée dans les champs de maïs de 1,8 million à 30 millions de tonnes dues à l’expansion massive des OGM. Une explosion de la consommation qui s’explique également par l’augmentation des doses pour tenter de contrôler certaines mauvaises herbes devenues tolérantes au Roundup, découvertes pour la première fois en 2000 dans le Delaware.

Une mauvaise surprise dure à digérer pour Wendel Lutz :

« C’est en 2011, que j’ai observé les premiers plants d’amarantes rugueuses résistants au glyphosate se développer dans mes champs.

C’est injuste qu’après seulement cinq ans d’exploitation des OGM mes champs aient été envahis, c’est à ce moment que j’ai décidé d’arrêter et d’alerter mes collègues ! »

Au moins 5 millions d’hectares de cultures, d’après l’industrie, seraient contaminés par ces « super adventices », capables de résister à plusieurs classes d’herbicides. L’organisation internationale chargée de leur contrôle (ISHRW), financée par les producteurs de pesticides, a déjà recensé 23 espèces sauvages résistantes, un chiffre sous-estimé selon d’autres experts.

La fuite en avant vers toujours plus de pesticides

Wendel raconte :

« Certains de mes voisins qui ont le même problème préfèrent continuer en augmentant les doses ou en cumulant plusieurs molécules. C’est une fuite en avant avec le risque qu’à terme la plupart des mauvaises herbes deviennent résistantes à tous les herbicides. »

Une tendance que suit l’industrie. Sur 20 nouveaux OGM en cours d’évaluation auprès de la FDA, l’agence de régulation sanitaire américaine, 13 sont élaborés pour résister à de multiples herbicides. La firme Dow pense répondre à ce fléau en réintroduisant d’anciens herbicides comme le Dicamba ou le 2-4 D, ayant servi dans la composition de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam et auquel des résistances de plantes sauvages ont déjà été observées.

Un retour aux semences conventionnelles ?


Etiquette d’un sac de semences OGM

Pour Wes, il est encore possible d’agir :

« Il faudrait revenir en arrière, vers des semences conventionnelles ; certaines compagnies en ont fait une spécialité. Malheureusement, il y a une vraie dépendance des agriculteurs vis-à-vis de ces technologies que les compagnies ont intérêt à entretenir et cela au détriment des bonnes pratiques culturales. »

Pour Wendel il faudrait « une impulsion économique, une plus grande demande pour du non-OGM, pour voir un changement d’orientation » dont l’étiquetage des OGM, actuellement en débat, pourrait être le socle.

En guise d’avertissement final, Wes Shoemyer lance :

« Si la France ou l’Union européenne adoptaient les OGM, cela aurait un impact majeur sur les campagnes. Si vous voulez de grandes fermes en monoculture, si vous souhaitez vider les zones rurales de leurs habitants, alors vous adoptez le modèle OGM. C’est cela l’expérience américaine : une agriculture sans agriculteur contrôlée par des entreprises multinationales ! »

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
  • 35387 visites
  • 301 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • thierry reboud
    • Posté à 12h43 le 03/11/2012
    • Internaute 20923

    Autant je peux comprendre qu’on ne se résigne pas au nouvel asservissement des agriculteurs auquel semblent mener les pratiques commerciales de Monsanto, autant je suis tout de même assez réservé sur l’argument d’introduction de l’article : « Les OGM détruiront votre modèle d’agriculture familiale s’ils sont adoptés ».

    Rien n’indique, en effet, que le modèle d’agriculture familiale soit le plus indiqué pour nourrir une population actuelle de 6 milliards d’habitants, une population qui (normalement) devrait passer à 9 milliards d’ici une cinquantaine d’années.

    Je suis tout disposé à considérer que les OGM sont une mauvaise réponse à cette nécessité de nourrir l’humanité, pour reprendre le titre d’un essai très intéressant de Bruno Parmentier, mais je ne suis pas certain du tout que le modèle passé d’une agriculture de proximité soit le mieux adapté aux enjeux qui nous attendent.

  • ruerâle
    ruerâle répond à thierry reboud
    héliotrope
    • Posté à 12h55 le 03/11/2012
    • Internaute 110429
      héliotrope

    Une exploitation de 1200 hectares c’est une conception de l’agriculture familiale « à l’américaine ».
    Ceci dit, je crois que les meilleurs rendements agricoles sur la planète sont effectués sur de petites exploitations familiales.

  • Man_Dong
    Man_Dong répond à thierry reboud
    étudiant
    • Posté à 13h29 le 03/11/2012
    • Internaute 141559
      étudiant

    Une agriculture familiale permet une meilleure valorisation des terres. Une surface réduite, exploitée par une main d’oeuvre qui capitalise sur plusieurs génération et ne compte pas ses heures de travail...
    On adhère ou pas, mais c’est la solution la mieux adaptée...

    Le modèle des grandes exploitations capitalistes (=apport de capital par un patron, apport de travail par des salariés) est moins efficace sur un hectare en terme de rendement, plus exigeant en intrants et en équipement... Il fatigue les sols, pollue les nappes... Les rotations culturales sont moins diversifiées et les animaux sélectionnés pour avaler des kgs de maïs, et produire un lait de mauvaise qualité, mais abondant... Tout cela est coûteux en énergie et peu durable du fait de la dégradation des sols et des écosystèmes... C’est démontré...

    L’agri familiale joue plus sur les complémentarités biologiques entre espèces, a une meilleure connaissance de l’environnement immédiat, a des rendements plus élevés avec des coûts (énergétiques et monétaires) plus faibles.
    Par contre elle n’adopte pas le roundup ni les OGM, elle ne veut pas surconsommer bêtement des intrants chimiques... Elle ne correspond pas à l’image que veut véhiculer Monsanto (entre autres)...
    En plus elle crée plus d’emplois. En France on s’en fout, mais en Afrique, où 80% de la population vit dans le milieu rural, et vit de l’agriculture...

    Il y a trop d’arguments qui vont dans le sens de ce modèle pour qu’on nie le fait qu’il est plus efficace...

  • Yaaakari
    Yaaakari répond à thierry reboud
    Photographe - eye of the tiger (...)
    • Posté à 14h44 le 03/11/2012
    • Internaute 77957
      Photographe - eye of the tiger (...)

    Rien n’indique le contraire :

    l’agriculture moderne n’est possible
    - qu’avec des entrants (engrais, pesticides, herbicides)
    - qu’en étant lourdement mécanisées
    - qu’avec des moyens de transports bon marchés

    Autrement dit dès que le prix du baril flambe notre agriculture s’écroule. On estime qu’au delà de 200 $ le baril toute notre économie se grippe. Et il les atteindra plus vite qu’on croit.

    Notre modèle agricole n’est possible qu’avec de l’énergie bon marché et disponible en abondance et nous n’auront bientôt ni l’un ni l’autre. Si on ajoute au dessus de ça les dérèglements climatiques exceptionnels nous allons connaître des famines sans précédents. En particulier dans les pays les plus industrialisés, les plus dépendants du pétrole.

    Ainsi dans le tiers monde des millions d’agriculteurs qui ne possèdent pas de tracteurs mais juste des animaux de traits et des centaines de millions d’agriculteurs qui ne possèdent ni tracteurs ni animaux de traits arrivent à se nourrir sans pétrole.

    Il existe des solutions mais qui s’en soucie ?

    - agriculture urbaine
    - fin des monocultures
    - diminution drastique de la consommation de viande et de laitage
    - diminution de la mécanisation par l’augmentation du nombre d’agriculteurs
    - retour des animaux de traits

    Comme rien n’est fait ou presque il faudra s’attendre à un effondrement des populations dans les pays les plus dépendants du pétrole. C’est à dire ici même. La surpopulation est le dernier de nos soucis.

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à thierry reboud
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 16h45 le 03/11/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    Là, il y a un correctif à faire par rapport à l’article. Traduire litéralement et sans explications un terme comme « agriculture familiale » conduit ici à un contresens. Aux US la notion d’« agriculture familiale » a une valeur légale dans les Etats qui ont introduit la clause de « propriété familiale de la terre » dans leur constitution. Cette clause stipule que les terres agricoles ne peuvent être détenues que par des personnes physiques, excluant les personnes morales (= les entreprises. Pas mal pour un pays qui se revendique capitaliste !). Cette disposition fut inventée pour contrer la stratégie de Monsanto qui achetait des terres pour y planter ses OGM et faisait ensuite condamner les agros voisins dont les plants non-OGM avaient été pollinisés par les OGM.

    En résumé, ces agriculteurs ne parlent pas d’une agriculture faite par des familles mais seulement d’une agriculture faite par des personnes physiques.

Verbes thématiques