Dans ma poubelle 07/07/2012 à 12h10

Faire de l’engrais avec nos ordures ménagères, la fausse bonne idée

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

C’est une de ces guerres de religion dont les chapelles de l’écologie sont les spécialistes. Au départ, une bonne idée : la technologie du « tri mécano-biologique » (TMB) doit permettre, à partir de nos ordures ménagères (la poubelle du tout-venant), de créer une matière qui retourne à la terre pour la fertiliser, la nourrir.

Les industriels l’appellent abusivement « compost », alors que, rappelle Jean-Jacques Fasquel, maître-composteur à Paris, le compost, ce sont des déchets organiques bio-dégradables qui se transforment en terreau fertile, comme nous l’ont appris les amis de Pierre Rabhi.

Là, on met toute la poubelle en usine, celle-ci trie pour nous, produit du gaz méthane en passant, et ressort un substrat théoriquement réutilisable en agriculture. Idéal sur le papier.

La méthode alternative consiste à collecter à part les biodéchets (alimentaires et verts) et oblige donc le citoyen à un tri supplémentaire.

L’idée est de « valoriser » comme disent les industriels, et de réduire le volume de ce qui part à l’incinérateur.

A Romainville, les travaux de l’usine arrêtés

De grosses usines faisant tri, méthanisation et compost, fleurissent un peu partout depuis le Grenelle de l’environnement. Comme celle qui est en projet à Romainville dont des riverains particulièrement en colère ont réussi à empêcher le début des travaux.

Les opposants à ce projet dénoncent non seulement les nuisances (odeurs, mouches...), mais aussi le « mensonge » de la promesse initiale : non, nos poubelles ne produisent pas un compost utilisable en agriculture, clament-ils.

Le projet de Romainville divise y compris au sein du PS et d’EELV. « On s’est fait rouler dans la farine », disent même certains élus écologistes.

Une norme, certes, mais laxiste

Cette semaine, les Assises des déchets à Paris ont été l’occasion d’un débat serré entre les tenants et les opposants de cette méthode.

En ouverture d’une table ronde sur le sujet, Yves Coppin, de Véolia Environnement, se félicitait que « 10 à 12% de la population française valorise ses biodéchets ». Et d’ajouter que dans les 27 usines françaises de « TMB » on fait entrer 1 million de tonnes d’ordures ménagères résiduelles et sortir 250 000 tonnes de compost pour l’agriculture.


Schéma simplifié des usines équipées de TMB (Bureau Horizons)

Un chiffre contesté par Roger Beaufort, du bureau d’études Horizons :

« Sur les 250 000 tonnes de “compost” produit, combien est réellement utilisé dans l’agriculture ? A Montpellier ou Fos, seulement 10% en 2010, le reste repart en décharge car il n’est pas à la norme. »

Et encore, la norme française [NFU-44 051] est trop permissive : elle autorise 5 kg de verre et de métaux, 2,75 kg de plastiques par m3 de compost sans compter les métaux dangereux. De plus, seulement quatre contrôles par an sont effectués, et l’échantillon testé est à la discrétion de l’industriel.

Il y a un consensus pour juger cette norme insuffisante, comme le relève un rapport du Sénat de juin 2010 (page 33).

« Vigilance, voire défiance des agriculteurs »

Lors des Assises des déchets, les opposants à la technique ne se sont pas gênés pour poser à l’industriel des questions qui fâchent. Exemples :

  • Le compost est-il vendu aux agriculteurs ?

- Non, seul le coût du transport est facturé, a répondu Véolia.

  • Le compost produit est-il mélangé à des déchets verts ?

- Oui (ce qui dilue le compost d’origine).

  • L’Europe interdit l’utilisation de ce compost, à quoi serviront les usines ?

- On se posera la question, resteront les plans d’épandage.

Bruno Rebelle, ancien de Greenpeace reconverti dans le conseil en développement durable, a étudié l’acceptabilité du compost dans le monde agricole (mandaté par Véolia et les collectivités de la FNCC). Il souligne la « vigilance, voire défiance » des agriculteurs, par exemple face à des résidus d’antibiotiques :

« Pour eux il n’est pas question d’hypothéquer leur patrimoine, à savoir leur sol. »

Pourquoi mélanger pour trier après ?

Et que disent les autorités ? L’avis de l’Ademe, agissant ici comme un bureau technique du ministère de l’Environnement, est plus qu’ambigu. Une position jugée « attentiste, incertaine », par Bruno Rebelle, qui regrette :

« Comme souvent, on pousse la technologie et après on se pose la question de savoir si ça marche. »

L’Europe, de son côté, doit se prononcer en fin d’année prochaine sur la sortie ou pas du statut de déchet de ces matières. La discussion est vive entre les Allemands qui veulent un compost fait uniquement à partir d’une collecte sélective de biodéchets et la France qui pousse le TMB.

Le réseau France Nature Environnement milite violemment contre le TMB technique, expliquant entre autres que 20 à 30% des piles seulement sont récupérées, et « l’élément vraiment difficile à maîtriser, c’est le tri des ménages. Pourquoi mélanger pour trier après ? » interroge l’association qui défend la collecte sélective à la source. Soit une tournée de camions de plus pour récupérer les matières dites « fermentescibles » [matière organique biodégradable].

Et Frédéric Lamouroux, de la Fédération nationale des collectivités de compostage, de s’emporter :

« Soit on dit aux gens vous bouffez vos déchets de A à Z, soit les collectivités doivent faire des choix. Il ne faut pas jeter l’anathème sur telle ou telle option. »

On n’imposera pas une collecte de plus avant dix ans

Yves Coppin, de Véolia Environnement, qui nous confie qu’il ne « supporte pas la pensée unique pro-TMB ou collecte séparée » juge ce débat « trop militant, pas assez factuel ». Mais il prévient :

« Je ne suis pas gêné d’entendre que les analyses ne sont pas suffisantes, faisons-en trois fois plus, simplement, cela coûtera au consommateur... »

Car au-delà de la sécurité sanitaire du compost, donc de notre alimentation, se pose la question du coût des deux méthodes. Bruno Rebelle :

« Dans un monde idéal, on demanderait aux gens de séparer au départ chez eux les matières organiques, sauf qu’on est particulièrement nuls en tri en France. Sauf mouvement autoritaire, on n’arrivera pas à imposer la collecte séparative, en tout cas pas avant dix ans. »

Alors que le Grenelle n’a pas réussi à donner une orientation claire sur ce sujet, les projets du nouveau gouvernement en la matière sont très attendus.

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  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 12h23 le 07/07/2012
    • 173412
      expatrie

    C’est le defaut du marche « libre », les subventions pleuvent et les « entrepreneurs » n’entreprennent qu’en fonction de ce que la collectivite va leur payer pour leur produits inutiles voir nuisibles, pas etonnant qu’ils aient obtenu le marche de l’eau et de l’energie en Europe qui aurait du leur etre inaccessible vu les resultats effroyables ailleurs (et au paradis grand-breton par exemple ou l’eau est devenue inbuvable grace a ces genies de la finances internationale ). Si ils devaient vendre a quelqu’un leur compost, ils devraient faire des usines efficace de tri et surtout fournir des containers poubelle adequat et former la population, mais que nenni ca coute et ca ne rapporte pas assez.
    Ce n’est pas une fausse bonne idee, c’est une idee detournee par gout du lucre !

  • mattzz
    • Posté à 12h27 le 07/07/2012
    • Internaute 28590

    « Sauf mouvement autoritaire, on n’arrivera pas à imposer la collecte séparative, en tout cas pas avant dix ans. “

    Eh ben en avant pour un mouvement un peu autoritaire alors ! A l’heure où on nous canarde de radars en tous genre pour punir des dépassements de 5km/h, je ne serais pas choqué de voir apparaître une ‘police du tri’ avec amendes à la clé. Dommage d’en arriver là, mais se contenter de faire le constat qu’en France on est nuls en tri, ça me paraît léger...

  • nikodiem
    nikodiem répond à the ghost
    plus conscient
    • Posté à 13h00 le 07/07/2012
    • Internaute 120529
      plus conscient

    vendre du compost aux agriculteurs ! ! ! ahahahaaaaa
    trop bon...
    ils devraient se le fabriquer aux memes s’il élevaient encore leur betes sur de la paille !

    « Pour eux il n’est pas question d’hypothéquer leur patrimoine, à savoir leur sol »
    leur patrimoine... qu’ils zigouillent (pas tous) depuis deux générations à coup de labours profond et autres engrais et phytosanitaire et épandage de lisier non composté enrichi aux antibiotiques !

    en faite on a des dechets dont on ne sait pas quoi en faire et ils cherchent une solution pour la diluer dans l’environnement. tel les boues d’épuration riche en polluant qu’ils épandent dans les champs et prés. A une époque il le faisait aussi avec les déchets hospitaliés.
    Les solutions proposées par les industriels sont rarement bonne... de la gestion de l’eau jusqu’aux poubelles !

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à C. Creseveur
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 13h06 le 07/07/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    L’argument de la pollution des nappes phréatiques, mais surtout des sols (à cause du phénomène pour lequel le législateur n’a prévu ni test ni norme sanitaire : la recombinaison dans le sol des résidus des traitements agricoles de l’année n avec ceux de l’année n+1 produisant des toxiques intégrés au niveau moléculaire dans les tissus des plantes via les racines) est effectivement valable.

    Mais celui de la pollution médicamenteuse l’est malheureusement autant. C’est même ce à quoi j’ai pensé en premier en lisant l’article Aux usa, ils ont déjà pleins de cas de gens devenus insensibles aux antibiotiques pour avoir été exposés à de petites doses régulières par l’alimentation (lors des tests sur la disparition des abeilles, l’usda s’est aperçue que la Californie est un des pires cloaques de cette planète). Une telle contamination pourrait nous renvoyer à la médecine d’avant la pénicilline, avec des taux de mortalité considérables.

  • Crispus
    • Posté à 13h10 le 07/07/2012
    • Internaute 15293

    On a nourri le bétail (et les poissons) avec des farines animales... on veut nourrir les sols avec des plastiques et des métaux lourds... Après la vache folle, l’herbe folle ? Combien de temps encore tiendront ces humains bien bien fous qui se reproduisent comme des hamsters sur une planète saccagée, dévastée, empoisonnée ?

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon répond à Philippe Leclercq
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h41 le 07/07/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Cela deviendra réellement une grosse arnaque le jour où les gens se verront imposer des taxes d’ordures ménagères en fonction du poids de leur poubelle. Déjà, sont déjà à l’étude des poubelles « à puce » capables de tout révéler sur les contenus (donc les modes alimentaires de chacun) et ces outillages là sont déjà fonctionnels :
    - Reste plus qu’à deviner qui encore décrochera ce marché hyper-lucratif.

    Pour le reste, ce concept est une façon de plus (encore une autre) de fliquer les citoyens en fonction des contenus de leurs poubelles...vérrouillées.
    (Bientôt, pour ouvrir sa propre poubelle, il vous faudra un code électronique)

    Ce qui n’empêchera pas les indélicats et les malfaisants qui ont toujours une longueur d’avance sur les techniques policières, de glisser à votre insu des sacs-poubelle contenant des objets d’origine louche...pourquoi pas un bras de cadavre* issu d’un crime de sang dans le voisinage immédiat.

    Je pense qu’on devrait taxer d’avance à ce sujet, les agences de pub qui vous foutent 7 kg par semaine de publicité papier dans vos boites à lettres, car je ne vois pas pourquoi il vous appartiendrait de financer les enlèvements de ces déchets que vous n’avez réclamé à personne, et vous sont imposés.

    Personnellement, j’en ai plus que marre de retrouver ma boite garnie de ces cochonneries qui se retrouvent direct à la poubelle - si d’autres n’en veulent pas - et je n’ai pas l’intention de payer au poids le « traitement » de ce harcèlement....car c’est bien de harcèlement qu’il s’agit.

    Je ne parle même pas du nombre d’arbres abattus pour leurs prospectus...
    ...car dans la France entière, il doit y en avoir pour des millions de tonnes !

    * Je fais dans le morbide exprès, juste pour faire bipper vos pupilles !

  • rafioso
    rafioso répond à mattzz
    paysan
    • Posté à 13h42 le 07/07/2012
    • Internaute 145922
      paysan

    Il faudrait peut être arrêter de stigmatiser les consommateurs. La collecte des déchets n’existe que depuis 50 ans (les années 60 dans mon coin).
    Depuis leur volume explose.
    Avant ça se passait comment ? Il ne s’en produisait quasiment pas, tout simplement.
    C’est le mode de vie qu’il faut revoir, et les vrais coupables qu’il faut emmerder : industriels, grande distribution et pubeux qui rendent la surconsommation normale et désirable. Ce n’est pas de la faute des gens si tout est suremballé. Vive le vrac, le non jetable, la récup, l’artisanat, et faites poussez vos légumes vous même ! Les épluchures ? Prenez un lapin, il vous les mangera ! Les os ? Au chien ! Le marc de café ? Au compost ! (Ca marche même sur un balcon).
    En attendant leurs saloperies industrielles pleines de métaux lourds on en veut pas dans les champs. Chez nous la seule source de matière organique extérieure à la ferme que l’on accepte est le compost de toilettes sèches. On utiliserait aussi volontiers les urines si un système séparatif était mis en place comme ça existe dans certains immeubles de scandinavie (avec des toilettes spéciales. L’urine est naturellement saine (les bactéries sont dans les selles), et constitue un engrais (azoté mais pas que) qui pourrait être bien utile dans certaines phases de croissance des plantes).

  • zinzolin09
    zinzolin09 répond à thegunner92
    Mauvais esprit
    • Posté à 18h01 le 07/07/2012
    • Internaute 70144
      Mauvais esprit

    Je suis moi-même entré sur le marché, je fais mon compost dans mon jardin... si chacun faisait pareil, je veux parler de ceux qui ont la place, le problème de ces « usines bidons à compost » ne se poserait même pas.

  • cricrac
    cricrac répond à the ghost
    rechercheur
    • Posté à 20h10 le 07/07/2012
    • Internaute 188211
      rechercheur

    Je ne sais pas ou vous vivez ,mais je peux vous assurer que dans les milieux ruraux et semi ruraux le tri particulier est bel et bien là avec mise a la disposition de chacun dans les villages de deux poubelles de couleurs differentes,necessitant donc le tri ; Avec interdiction d’y mettre du verre qui est collecté differemment .De plus pour tous les autres dechets non menagers,il y a des decheteries trés bien organisées avec des bennes séparées pour les dechets vegetaux(tonte de gazons ,tailles de haies ext....)qui partent dans des usines de compostages pour etre par la suite revendu aux particuliers ou aux paysans.Tous les autres produits sont séparés ,les cartons dans un bac,le platre betons et derivés dans un autre ,la ferraille (avec tout ce qui est électro menager et electronique qui est recyclé avec notre éco-contribution à l’achat de materiel neuf) dans un quatrieme et les monstres (d’origine diverses) dans le dernier.C’est survelle par des employés qui ne laissent rien passer.On peut aussi y amener tout produits chimiques residus de peintures,huiles de vidanges ext.....Certaines communes proposent des composteurs à prix reduits,et certaines villes (aux impots locaux élevés)donnent des sacs de compost tout prés à ceux qui ont des jardins.Ou est donc le probleme,dans les grandes villes ou il n’a pas de bacs séparés ou des gens indisciplinés ? Pourquoi les communes rurales en ont ?

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