Chronique sans carbone 25/04/2012 à 16h13

Dans les Alpes, le refuge de Fabrice grouille de bidouilles écologiques

Antoine Sachs | journaliste naturiste

Mis à jour le mercredi 25 avril 2012 à 17h15
Les photos sont de Fabrice André.

Si vous êtes fan de prospective et que vous écumez les magazines d’architecture pour trouver le bâtiment écolo par excellence, ne cherchez plus. La maison du futur est perchée à 2 000 m d’altitude, à quelques kilomètres de la station de ski ultra bétonnée de l’Alpe d’Huez.


Le refuge de Sarenne en hiver (Fabrice André)

En guise d’apéritif, la Chronique sans carbone débute avec un petit Paris-Grenoble à vélo électrique, qui, à défaut de prouver quoi que ce soit, m’a permis de me chauffer les jambes avant l’arrivée dans les Alpes.

Le refuge du col de Sarenne, dix-huit couchages, construit en 2003 par Fabrice André et une bande d’ex-prisonniers en réinsertion, est un bâtiment en bois brut, doté d’une kyrielle de moyens de production d’énergie, au point que l’on ne parle plus de bâtiment passif, mais de bâtiment positif.


Fabrice André (Fabrice André)

L’architecture du chalet y est pour beaucoup. Fabrice a utilisé des « logs » en guise de murs, c’est à dire des troncs coupés sur trois côtés, mais dont la partie en contact avec l’extérieur est restée arrondie et non taillée. « L’idée est de piocher en priorité dans ce qui est directement utilisable », clame Fabrice, en désignant cette structure multicouche concentrique, que les arbres ont privilégiée au cours de leur évolution. Il s’extasie :

« Le meilleur ingénieur, c’est la nature ! »

Pour découvrir ce personnage étonnant, une seule solution : regardez le deuxième volet de cette chronique.

Depuis neuf ans, les défenses naturelles du bois, renforcées par une mixture à base d’huile de lin et de cire d’abeille, ont parfaitement protégé les murs face aux intempéries très agressives de la montagne. Et 60 cm de bois brut forment une isolation au-delà de toutes les normes actuelles. La toiture en lauze massive isolée par de la laine de chanvre achève de transformer l’endroit en bunker thermique.

Bien sûr, tout n’est pas 100% « bio » dans ce refuge : un groupe électrogène bidouillé traîne dans une remise, les différents chasse-neige, mini-bus à chenilles et autres moto-neige exhalent leurs vapeurs d’hydrocarbures sur le terre-plein, gâchant un peu la vue sur la mythique montagne de la Meije. Le petit 4x4 électrique dont les batteries ont rendu l’âme pour cause de températures polaires, n’est très joli non plus.

Bricolage compulsif

Pour ce qui est de l’électricité, Fabrice a atteint l’autonomie totale : il n’est tout simplement pas connecté au réseau EDF. Panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, éoliennes à axe vertical, pico-turbines servant à récupérer l’eau qui coule quand on ouvre un robinet, micro-centrale électrique récupérant l’énergie d’un torrent de montagne (avec quelques soucis quand une bande de grenouilles choisit de squatter la turbine), chaudière à gazéification couplée à un moteur Stirling, sont autant de technologies combinées ici efficacement.


Eolienne à axe vertical (Fabrice André)

De la même manière qu’ERDF scrute en permanence l’état du réseau électrique français, Fabrice, seul en son royaume, doit contrôler à chaque instant l’équilibre de son réseau privé. Heureusement, quelques automates veillent au grain, dissipant d’éventuelles surcharges dans des convecteurs répartis un peu partout dans le bâtiment. Mais aux débuts de l’histoire du refuge, Fabrice le concède, tout n’était pas simple. Il rigole en se rappelant :

« On a eu quelques départs de feu dans les armoires électriques. »

Pour ceux qui ne le savent pas, l’électricité est difficile à stocker, il faut donc de préférence produire en temps réel ce que l’on consomme, sous peine de casse-tête garanti. En plus d’un parc de batteries classique, Fabrice a fabriqué une sorte de barrage maison : il pompe de l’eau vers une retenue en amont quand il a des électrons en rab, pour la faire couler vers sa micro-centrale hydraulique quand ni le vent ni le soleil ne sont au rendez-vous.

Le stockage de l’énergie en général est une des nombreuses lubies de Fabrice. Ainsi, il stocke la chaleur issue de ses panneaux solaires thermiques grâce à un procédé chimique comparable à celui qu’on trouve dans les chaufferettes vendues en pharmacie. En quelques secondes, bien plus vite qu’un cumulus électrique, ce procédé permet de faire gagner quarante degrés à une cuve de flotte de 500 litres. Surprenant.

Les bidouilles écologiques de ce refuge-laboratoire sont innombrables et parfois controversées, comme quand Fabrice parle de « l’énergie libre ». Je vous épargne les détails sur le compostage, la fabrication de briques de combustible à partir du résultat séché des toilettes à tri séquentiel, ou le bassin de phyto-épuration...


Potager chauffé par des tuyaux souterrains, à 2 000 m (Fabrice André)

Des relations tendues avec les mairies

Pour résumer, on conçoit assez bien que l’autonomie est possible quand le soleil de juillet arrose généreusement les panneaux solaires. On l’imagine moins au cœur du blizzard avec ses éoliennes prises par les congères, quand la température atteint les – 40°C, période où le chalet consomme le plus d’énergie. Le système complexe que Fabrice a créé nécessite d’être maintenu impérativement hors gel, faute de quoi, en quelques heures, surviendraient des dommages irréversibles.

La chaudière à gazéification, pièce maîtresse du dispositif de Fabrice, sert pour brûler non seulement du bois, mais aussi ses déchets secs non-compostables y compris du plastique, ce qui lui vaut aujourd’hui une fermeture administrative pour cause de non-conformité. Le propriétaire du refuge de Sarenne assure que, grâce à une combustion à 1 600°C, la chaudière n’émet pas de dioxine.


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Ses relations pour le moins tendues avec les mairies de Clavant et de l’Alpe d’Huez sont elles aussi à prendre en compte dans cette histoire. C’est ce que l’on verra la semaine prochaine dans le troisième épisode.

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  • alaminos
    alaminos
    inventeur d'eau chaude
    • Posté à 19h16 le 25/04/2012
    • Internaute 103917
      inventeur d'eau chaude

    pas niquedouille l’arsouille, il se débrouille sans embrouille et ça chatouille les idées

  • Enki
    Enki
    alchimiste
    • Posté à 21h47 le 25/04/2012
    • Internaute 9562
      alchimiste

    Waouh ! Du bonheur !

    Cela n’existe pas, un projet écolo 100% incontestable, mais là, c’est exemplairement balèze !

    Je ne suis pas convaincu quant à l’incinération de déchets plastiques dans la chaudière à gazeification -à creuser-, et c’est cher, mais pour ceux qui se prennent à rêver de leur habitat autome, renseignez vous sur la fabrication d’un poële à inertie.

    La phytoépuration est source de méfiance quand à la qualité des eaux rejetées, qu’il rassure très bien ! Cela dépend du sérieux de l’installation et surtout de ce qu’on ne balance pas n’importe quoi dans ses eaux usées.

    Il chauffe l’atmosphère en dissipant ses excèdents d’energie, il pourrait trouver mieux d’autant qu’il a des procédés de stockage pertinents.

    Le photovoltaïque est un autre tout petit point noir qui, du reste, ne doit constituer qu’une part mineure de sa fourniture, mais il a fait comme tout le monde, sans doute pour débuter et il s’en passerait facilement en augmentant son captage photothermique, grâce au stirling (moteur à air chaud).

    Le moteur stirling est en effet un point clé, une technologie bien plus importante pour l’avenir que les éoliennes ou les panneaux, il permet de fournir de l’énergie à partir d’un différentiel de chaleur, et la chaleur se stocke mieux que l’électricité, sous forme thermique (ballon d’eau chaude) ou chimique comme ici. Il utilise du sulfate de sodium, on peut utiliser aussi du chlorure de calcium (plus facile à faire soi-même), dans les deux cas, c’est un stockage quasiment sans limites de temps. A noter que le principe stirling est dans le principe, reversible, et peut permettre par exemple de fabriquer du froid à partir d’une éolienne.

    Autre point fort, super fort : le stockage hydrogravitationnel. Il peut se coupler à la récupération pluviale et peut donner lieu à une activité de pisciculture. C’est certainement la meilleure façon de stocker de l’energie disponible selon les besoins, y compris au delà de l’habitat individuel.

    Les éoliennes de Darrius à axe vertical ont un meilleur rendement par vent faible ou irrégulier, et c’est pas difficile à fabriquer soi-même, sans oublier de récupérer et adapter un alternateurde bagnole.

    Ce que cette réalisation a d’extraordinaire, c’est qu’ il est sur-autonome sur une grosse unité d’habitation dans des conditions extrèmes et qui ne lui permettent pas de valoriser beaucoup d’énergie-biomasse, alors que c’est une base de l’autonomie énergétique : bois, BRF, et digesteur (méthanisation) pour les déchets biologiques que l’on surproduit volontiers au potager.

    La mutualisation facilite l’autonomie en énergies renouvelables, mais pour ceux qui clament encore qu’elle est un mythe, n’est-ce pas une superbe démonstration ?
    Je ne comprends pas que son refuge ne soit pas plein de stagiaires et qu’il reste de la place pour des touristes...

  • snow62fr
    snow62fr
    chercheur
    • Posté à 22h33 le 25/04/2012
    • Expert 113603
      chercheur

    Très intéressant. Bravo à lui mais je doute qaund même qu’il réussisse en permanence à se chauffer de manière autonome : il doit bruler du bois de temps en temps (qui ne pousse pas chez lui) ou alors la température intérieure et celles de l’eau chaude doivent baisser sérieusement quand il n’y a ni vent , ni soleil pendant longtemps .
    Il bénéficie d’un environnement favorable au stockage de l’énergie grâce au dénivelé (stockage d’eau en hauteur), d’un bon ensoleillement et de vent ; ça n’est pas reproductible partout.
    C’est surement pas parfait mais bravo quand même à ce type qui se casse bien la tête pour essayer d’être autonome.

  • Antoine Sachs
    Antoine Sachs
    Auteur(e) de l'article journaliste naturiste
    • Posté à 16h16 le 26/04/2012
    • 185595
      journaliste naturiste

    Merci pour vos commentaires bien argumentés.

    Difficile de répondre à chacun dans le détail, je vais donc tenter le tout en un !

    Le refuge de Fabrice est privé et ne dépend donc pas du Club Alpin Français. Pour être exact, depuis ses mésaventures administratives, Fabrice a choisi un statut moins contraignant, à savoir, le gîte rural, ce qui lui permet de continuer à accueillir du public, en moindre quantité.

    Comme l’a souligné ma consoeur naturiste Sophie Verney-Caillat, les visiteurs n’ont pas manqué ces dernières années, ce qui suffit en soi à générer des fonds. Toutefois, le refuge représente une part minoritaire dans les revenus de son propriétaire. Fabrice a des parts dans une entreprise qui commercialise des moyens de production d’énergie individuels.

    L’un d’entre vous veut en savoir plus sur « l’énergie libre ». Malgré mes doutes concernant ce point précis, j’ai décidé de laisser sa chance à la poésie, c’est ce que vous verrez dans le prochain épisode.

    Mais ce qui est absolument passionnant chez Fabrice, c’est la modularité des sources d’énergie, c’est donc ce que j’ai choisi de mettre en avant.

    Une autre question importante est celle de la possibilité d’étendre ce « modèle » à grande échelle et notamment dans les villes. Bien sûr, le barrage personnel avec micro centrale électrique demande une géographie montagneuse. En dehors de ce cas et de la question de l’incinération maison, toutes les bidouilles de Fabrice me paraissent raisonnablement applicables à un habitat dense de type urbain (immeubles de 10/20 logements).

    Qu’en pensez-vous ?

    Continuez à manifester vos réflexions diverses, c’est un débat qui me passionne et j’ai trouvé des infos intéressantes dans pas mal de vos commentaires.

    Salutations naturistes

    Antoine Sachs

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