InfoSud 09/02/2012 à 08h27

Burkina Faso : Yacouba Sawadogo, « l'homme qui a arrêté le désert »

Tribune des droits humains"
Mantoe Phakathi | Infosud

(De Changwon) Modeste paysan burkinabè, Yacouba Sawadogo a réussi là où les organisations internationales ont failli : stopper l’avancée du désert dans l’un des pays les plus arides du monde, et transformer ainsi la vie de milliers de Sahéliens.

Au début, les voisins de Yacouba Sawadogo l’ont pris pour un fou. Comment planter des arbres allait sauver la terre craquelée de Gourga, village au nord-ouest du Burkina Faso, de l’avancée inexorable du désert ?

Mais 30 ans plus tard, c’est bien une forêt d’une quinzaine d’hectares qui sert de rempart au sable rampant du Sahel. Depuis, les habitants qui avaient fui sont revenus cultiver leurs champs. Tandis que des experts du monde entier se bousculent à la porte du vieux paysan pour étudier sa méthode, qui consiste en l’amélioration d’une technique agricole traditionnelle appelée Zaï : retenir l’eau de pluie et utiliser les termites pour enrichir le sol.

Outre le président Obama et les médias internationaux qui lui consacré moult reportages, l’expérience atypique de Sawadogo a fasciné jusqu’au réalisateur Mark Dodd, qui a produit le film « L’homme qui a arrêté le désert », projeté fin octobre lors de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) à Changwon en Corée du Sud.

Bande-annonce du film « L’homme qui a arrêté le désert »

Plantes médicinale vitales

Il faut dire qu’au début, Sawadogo cherchait simplement un moyen pour cultiver dans une région semi-aride où la terre était devenue si stérile que nombre de paysans avaient migré vers les villes.

« Il n’y avait pas de nourriture à cause de la sécheresse et l’eau était très rare. »

Sawadogo s’est alors rendu compte qu’il ne suffisait pas de creuser des trous ordinaires pour planter, mais qu’il fallait les agrandir tant en largeur qu’en profondeur, pour retenir l’eau de pluie pendant une plus longue période.

Il a aussi utilisé du compost pour renforcer la croissance des graines de sésame et des céréales – sorgho et millet – qu’il produisait.

« Avec la méthode ancestrale, les eaux de pluie s’évaporaient trop vite et les cultures se fanaient en un temps record. Il me fallait pallier à ce problème. »

Suivant cette logique, l’agriculteur s’est naturellement préoccupé de l’avancée du désert qui allait engloutir les terres cultivables de Gourga. Alors, inlassablement et faisant fi des moqueries, il a commencé à planter des arbres.

Et de façon inespérée, cette pratique a non seulement sauvé la terre de la dégradation, mais elle a aussi restauré l’eau souterraine à des niveaux jamais atteints. Les arbres sélectionnés sont devenus une épaisse forêt qui fournit aujourd’hui, outre le bois de chauffe, une palette de plantes médicinales vitales dans ces contrées reculées.

Droit de propriété contesté

Aujourd’hui, Sawadogo distribue gratuitement des semences à planter aux agriculteurs de la région sahélienne qui s’étend de l’Atlantique à la Mer rouge. Et selon le facilitateur des Initiatives de reverdissement en Afrique pour le Centre de la coopération internationale, Chris Reij,

« C’est bien un petit agriculteur qui a trouvé, seul, un système qui marche là où des organismes mondiaux ont échoué. »

Yacouba a probablement ouvert une voie : la plantation d’arbres, ainsi que l’utilisation d’engrais sur les champs et les pâturages ont déjà été adoptées par de nombreux agriculteurs africains et ont contribué au reverdissement de plus de six millions d’hectares de terres à travers le continent.

Mais cet élan est encore freiné par les politiques mises en place dans différentes zones touchées par la sécheresse.

Selon le spécialiste de l’environnement pour la gestion durable des terres au Fonds pour l’environnement mondial (FEM), Mohamed Bakarr :

« Le fait que les dirigeants de certains pays empêchent la population de posséder des arbres ou d’accéder à la propriété foncière font que les gens négligent ces ressources. »

Une épée de Damoclès à laquelle n’échappe d’ailleurs pas Yacouba Sawadogo : au nom du développement, le gouvernement burkinabè est en train de s’approprier la terre et surtout la forêt qu’il a planté.

Sa seule solution serait de racheter au moins ses arbres à son propre Etat, solution à environ 100000 euros, qu’il estime injuste. Et surtout inabordable.

Publié initialement sur
Tribune des droits humains
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  • 17 réactions
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  • aa77
    aa77
    Bâti
    • Posté à 08h54 le 09/02/2012
    • Internaute 49074
      Bâti

    Sawadogo distribue des semences,... attention Monsanto et des élus véreux à leurs bottes seront bientôt là !

  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 09h00 le 09/02/2012
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    Une initiative que les ONG écologistes , Contre la faim, et autres Greenpeace devraient cautionner et aider au maximum sans attendre
    puisqu’il n faut pas compter sur tous les « Campaoré-potentats » corrompus africains qui ne font rien pour leurs pays respectifs, ni construire une route, ni une école, rien, sauf vendre à leur seul profit les richesses du sous-sol de leurs peuples qui en crèvent..

  • fanny1
    fanny1
    ah ben ca alors
    • Posté à 09h54 le 09/02/2012
    • 181097
      ah ben ca alors

    ça me rappelle un certain livre de Jean Giono, « L’homme qui plantait des arbres » écrit il y a déjà quelques dizaines d’années. En tout cas bravo à Yacouba pour sa ténacité !

    • Orwelle
      Orwelle répond à fanny1
      sarko-verdose.bbactif.com
      • Posté à 16h49 le 09/02/2012
      • Internaute 62370
        sarko-verdose.bbactif.com

      C’est aussi ce que j’ai pensé. Frédéric Back a réalisé une très belle adaptation de la nouvelle de Giono :
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  • Tonton Phil
    Tonton Phil
    (trublion)
    • Posté à 10h02 le 09/02/2012
    • Internaute 152549
      (trublion)

    Voilà un bel exemple qui montre bien que les ONG ne sont pas la solution pour l’Afrique. Maintenant, il va falloir aussi planter la démocratie dans ces pays afin que tout le monde en profite et surtout éviter Monsanto.

    • Pi.K
      Pi.K répond à Tonton Phil
      Vilain Parisien
      • Posté à 11h12 le 09/02/2012
      • Internaute 105016
        Vilain Parisien

      Il n’y a pas de solution universelle. Il faut arrêter aussi avec « les ONG » : des ONG, il y en a des tas, qui font des choses très différentes, avec plus ou moins de bonheur ; il y a celles qui ont de la bonne volonté mais des volontaires pas très compétents, celles qui ont de mauvaises idées et qui se plantent, celles qui essaient différentes méthodes d’actions jusqu’à trouver la « bonne » méthode pour une situation donnée, celles qui sont entravées par des dictateurs ou par des bureaucrates, etc.

      On ne peut pas dire « l’aide » ou « les ONG » en général : des programmes d’aide et des ONG, il en existe tellement qu’on ne peut jamais faire de généralités.

      En revanche, on peut parler de certaines actions précises, de certains programmes en particulier, en prenant en compte les paramètres locaux. Le désert au Burkina Faso, les conflits plus ou moins ouverts aux frontières pakistanaises, la corruption des gouvernements dans toute une partie de l’Afrique, etc.

  • Mlle
    Mlle
    maman-géo
    • Posté à 10h04 le 09/02/2012
    • Internaute 157663
      maman-géo

    « Yacouba a probablement ouvert une voie : la plantation d’arbres, ainsi que l’utilisation d’engrais sur les champs et les pâturages ont déjà été adoptées par de nombreux agriculteurs africains “

    Attention à la main mise de l’Etat et d’entreprise de type Monsanto ainsi qu’à la pollution des sols et des nappes phréatiques par l’utilisation des engrais.
    Bravo pour cette démarche.

  • Anabase
    Anabase
    chti
    • Posté à 10h17 le 09/02/2012
    • Internaute 48813
      chti

    un article paru dans le monde diplomatique en 2011 parlait de cela. Au début du problème de la désertification du Sahel, la pratique coloniale qui a consisté pour la France de s’approprier les arbres et de les exploiter . Les paysans ont abandonné leur culture et le désert s’est installé. Il semble que l’Etat malien reprend les recettes des colonisateurs à son compte.

  • antonindusudo
    antonindusudo
    commerçant
    • Posté à 10h46 le 09/02/2012
    • Internaute 134910
      commerçant

    Qu’en est-il du projet de la bande végétale de 15 kilomètres de largeur qui doit s’étendre de Dakar jusqu’à Djibouti, pour stopper l’avancée du grand désert. Wade, l’initiateur a sans doute mieux à faire quant à sa « future élection » volée sur la constitution. En tout cas bravo Monsieur Yacouba Sawadogo, sans être un chef d’état, vous n’en êtes pas moins un grand personnage.

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 11h34 le 09/02/2012
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    C’EST SI SIMPLE.

    pourquoi vouloir faire simple, alors qu’on peut faire compliqué ?

    ils sont fous tout ces pauvres ! !
     ; -)

  • informateur-
    • Posté à 12h01 le 09/02/2012
    • Internaute 147312

    Outre le président Obama et les médias internationaux
    mdrrrrr , c’est grâce a vous mais surtout grâce a obama .

    l’Afrique c’est les africains , ce monsieur prouve que seul les africains peuvent développer l’Afrique .

    technique du Zai ,cela prouve encore que le Panafricanisme est la porte de secours pour les africains .

  • kagul
    • Posté à 12h07 le 09/02/2012
    • Internaute 23275

    Les « grandes civilisations » ont en général moins raison qu’un être humain proche de la terre...
    ’Y en a marre des grandes civilisations...

  • Roue Libre
    Roue Libre
    Fatal-optimiste
    • Posté à 15h20 le 09/02/2012
    • Internaute 120806
      Fatal-optimiste

    L’Afrique est, sinon une, un chapelet de grandes civilisations.
    Ce n’est pas parce qu’on a massacré, génocidé et esclavagisé plus vite et plus efficacement que les autres qu’on doit être les seules grandes civilisations.
    Enlevons les chaines FMIsques et dictatoriales que nous maintenons au cou de l’Afrique, et on verra si l’Homme Africain n’entre pas dans l’Histoire, nondidiou !

    • Roue Libre
      Roue Libre répond à Roue Libre
      Fatal-optimiste
      • Posté à 15h24 le 09/02/2012
      • Internaute 120806
        Fatal-optimiste

      Mais d’ailleurs, si la France et ses copains bien lottis sont logiques, on aura tôt fait d’enlever a cet empêcheur de paupériser en rond sa terre et ses outils. Parce que, on vous l’a dit et répété, les Africains sont des bons a rien. Faudrait que ca rentre, a la fin ! Il a pas du être à Dakar le jour de la leçon de Français, lui !

  • larue-etanous
    larue-etanous
    attentiste
    • Posté à 18h23 le 09/02/2012
    • Internaute 164266
      attentiste

    La preuve que l’Afrique n’a besoin de personne pour s’en sortir ! ! !

  • con-dor-sait
    con-dor-sait
    très actif
    • Posté à 19h52 le 09/02/2012
    • Internaute 61183
      très actif

    Déjà en 1953, Giono écrivait :
    L’Homme qui plantait des arbres
    pour faire revivre un pays ... il est enfin écouté ! ! !

  • LienRag
    • Posté à 01h38 le 10/02/2012
    • Internaute 34767

    Le zaï est effectivement une technique traditionnelle mossi, mais elle a été remise au jour par les groupements naams (également une nouvelle version d’une structure sociale mossie traditionnelle et une des premières ONG purement africaine) dans les années 80.
    Ce paysan, tout honorable qu’il soit, est loin d’être seul et s’inscrit au contraire dans un mouvement collectif.
    On peut se demander pourquoi celui-ci a disparu de la photo...

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