On compte les points 01/12/2011 à 17h16

Nucléaire : Besson bat Joly... sur le nombre de mensonges

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

Mis à jour le jeudi 1 décembre 2011 à 10h38
Sophia Majnoni précise que le coût du démantèlement prévu est de 15% et non 1 comme écrit initialement.

Capture d’écran de l’émission « Expliquez-vous » du 30 novembre avec Eva Joly et Eric Besson

Le ministre de l’Industrie Eric Besson et la candidate écolo à la présidentielle Eva Joly se sont écharpés mercredi soir sur i>Télé et Europe 1, chacun rendant coup pour coup aux agressions de l’autre.

A une candidate attaquant sur les « bobards des nucléocrates », le ministre a répondu avec plus de calme, mais pas moins en verve :

« Je suis effrayé par votre rapport aux chiffres, aux faits et à la vérité. Dire que vous avez été juge d’instruction me donne froid dans le dos. »

L’auditeur ou téléspectateur avait de quoi être perdu, baladé entre les chiffres et les exemples. Nous avons vérifié les principaux points du débat sur le nucléaire pour vous aider à ne pas être plongé dans le noir.

1

« Le nucléaire limite notre dépendance énergétique » (Besson)

Comme souvent, et comme Sarkozy, le ministre a tendance à confondre électricité et énergie. Or, si le nucléaire fournit les trois quarts de notre électricité, l’électricité ne compte que pour moins d’un quart de notre consommation d’énergie totale... Finalement, rappelle l’expert indépendant Mycle Schneider :

« La France est très dépendante au pétrole, et la consommation de pétrole d’un Français est supérieure à celle d’un Italien, d’un Anglais, d’un Allemand... Le mythe de l’indépendance énergétique grâce au nucléaire ne se retrouve pas dans les chiffres. Rappelons aussi que la France importe des KWh d’Allemagne (selon RTE). »

2

Energies renouvelables : « On n’est pas en retard sur le Grenelle » (Besson)

Selon l’ancien socialiste Eric Besson :

« On n’est pas en retard sur le Grenelle, on n’est pas à 10% mais à 12,8% d’énergies renouvelables, et on sera à 23% en 2020. La puissance de l’éolien a été multipliée par 4 sous Sarkozy, celle du photovoltaïque par 200. »

Le ministre a raison, et même il a sous-évalué la performance de son gouvernement puisque selon RTE, la part des énergies renouvelables dans la consommation nationale est de 14,1%, et que la prévision faite pour 2020 est de 21,3%.

Mais la France n’a augmenté sa capacité en photovoltaïque que d’1GW en 2010, contre 4 pour l’Italie, deuxième parc européen après l’Allemagne (toujours selon RTE).

Karine Gavand, chargée de campagne énergie à Greenpeace, rappelle que :

« La première éolienne off-shore en France ne sera pas installée avant 2018, la fin du premier parc complet sera prête en 2020... On aura du retard sur tous les principaux pays européens dans ce domaine. Pour l’éolien terrestre, le Grenelle prévoyait de multiplier par cinq la puissance éolienne en 2020, soit 8 000 éoliennes contre 2 500 existantes. Depuis, le gouvernement a signé l’arrêt de mort de l’éolien, sans parler du photovoltaïque tout aussi sinistré. »

3

« Le ménage allemand paie son électricité deux fois plus cher qu’en France » (Besson)

Pas deux fois plus cher, ni 25% comme lui a répondu Eva Joly, mais 29%, comme l’a rectifié Le JDD.

Certes, le KWh est plus cher en Allemagne, mais les Allemands consomment moins, notamment parce que leurs bâtiments sont moins énergivores.

Mycle Schneider n’a pas oublié la phrase de l’Ademe selon laquelle « trois millions de Français ont froid l’hiver », ce qui veut bien dire que le KWh a beau être moins cher, nombre de gens n’ont pas les moyens de se chauffer.

Le ministre a insisté, comme Nicolas Sarkozy à Tricastin, sur l’importance pour l’industrie d’avoir une électricité pas chère. Si cela était si crucial, remarque Mycle Schneider :

« Pourquoi un tel déficit de la balance commerciale pour la France, et pourquoi un tel excédent pour l’Allemagne ? »

4

« On ne paie pas le démantèlement et les déchets » (Joly)

La candidate se trompe puisqu’EDF prélève sur notre facture une part pour le fond de démantèlement... Sauf qu’on est encore incapable de chiffrer ce coût.

Pour l’enfouissement des déchets à vie longue, prévus sur le site de Bure, il en coûterait entre 16 à 35 milliards d’euros, selon les dernières estimations.

Comme le soulignait Benjamin Dessus, le président de Global Chance, le coût du démantèlement est estimé entre 15 et 750 milliards d’euros.

Pour Sophia Majnoni de Greenpeace :

« Le coût du démantèlement est prévu pour coûter 15 % du prix de construction des centrales, en gros ça correspond à moins de 500 millions d’euros par réacteur alors que pour la centrale de Brennilis en cours de démantèlement depuis 25 ans, on en est déjà à plus de 400 millions d’euros, or elle a une puissance de 70 MW, tandis que les centrales qu’on devra démanteler ont une puissance moyenne de 1 000 MW.

A l’inverse, le Royaume-Uni a sorti une étude où est évalué le coût du démantèlement à 2,9 milliards d’euros par réacteur... donc plus de cinq fois plus que la France ! »

5

« Le prix du KWh avec l’EPR sera plus cher que l’éolien » (Joly)

Difficile de connaître le prix du KWh de l’EPR de Flamanville puisqu’il n’est pas terminé et que son coût estimé ne cesse d’augmenter (6,6 milliards d’euros pour l’instant). Il faudrait aussi savoir sur combien de temps l’investissement sera amorti.

D’après les calculs faits à la louche selon le coût estimé de l’EPR et sa puissance, il devrait produire une énergie à environ 75 euros le MWh.

Pour une éolienne, selon l’endroit où elle est installée, le prix du MWh coûtera entre 50 et 100 euros.

6

« Un Français émet moitié moins de gaz à effet de serre qu’un Allemand » (Besson)

En pleine conférence de Durban, le sujet est brûlant. Comme Sarkozy s’en est aperçu récemment, le sujet est plus compliqué qu’il n’en a l’air.

Certes l’Allemagne émet plus de gaz à effet de serre mais elle exporte plus, donc il faudrait corriger le chiffre brut de la balance commerciale (ce qui serait défavorable à la France).

Attention aux raccourcis dangereux, avait souligné Yves Marignac, directeur de Wise Paris dans une note récente pour Greenpeace.

MERCI RIVERAINS ! Marielb, fabache
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  • JahRastafari
    • Posté à 17h38 le 01/12/2011
    • Internaute 9177

    « “ Le nucléaire limite notre dépendance énergétique ”

    Heuuuuuu, pour faire du nucléaire on a besoin d’Uranium, ya pas d’Uranium en France (à part si le Niger c’est encore la France), le nucléaire nous rend donc dépendant énergétiquement.

  • gerfaut32
    gerfaut32 répond à JahRastafari
    indépendant
    • Posté à 17h50 le 01/12/2011
    • Internaute 120248
      indépendant

    L’idée tordue de l’EPR est d’utiliser du MOX, avec le plutonium issu des déchets de retraitements de La Hague et fabriqué à Marcoule.
    De consommateur d’uranium, les français deviendraient ainsi producteurs de MOX et pourraient exporter cette merde radioactive. Et les nucléocrates claironneraient haut et fort les joies de l’indépendance énergétiques.
    Mais au fait, que fait Bouletor ? D’habitude, il ne traine pas pour troller sur le nucléaire !

  • gnafetgnaf
    gnafetgnaf
    Ingénieur Energie
    • Posté à 18h02 le 01/12/2011
    • Internaute 171484
      Ingénieur Energie

    Chère Sophie Verney-Caillat, quelque soit le sujet, quelque soit l’opinion, un résumé d’une opinion peut toujours être critiquable.

    Exemple JOLY : « Le prix du KWh avec l’EPR sera plus cher que l’éolien »
    Ce n’est ni vrai, ni faux, que comprend-t-on dans le coût de ces 2 énergies ? le démantèlement pour le nucléaire ? le stockage pour l’éolien ?

    Exemple BESSON : « Le nucléaire limite notre dépendance énergétique ».
    Nous importons la majeure partie de notre uranium (une partie de notre consommation provient du retraitement d’armes nucléaires) donc faux ?
    Et bien sachant que la réserve de combustible sur le sol français permet de tenir quelques années sans approvisionnement, alors que les pays consommant majoritairement des produits fossiles importés n’ont que quelques dizaines de jours de réserve, si, le nucléaire rends indépendant d’une certaine manière.

    Est-ce vraiment intéressant de faire un article critiquant les politiques sur des phrases extrêmement courtes ? J’en doute. Personnellement, je préfère les articles traitant des sujets sur leur fond plutôt que sur leur forme. ces sujets en ont bien besoin.

    Bien cordialement,

  • isimarquain
    isimarquain
    Visiteur
    • Posté à 18h08 le 01/12/2011
    • Internaute 125704
      Visiteur

    Une remarque sur le discours de M. Sarkosy à Tricastin. Il a visité une usine de Saint-Gobain fabriquant de la laine de verre sûrement pour l’isolation des bâtiments.

    Il existe un autre méthode pour isoler les bâtiments : la ouate de cellulose. Il existe un fabricant dans le Sud-Ouest (Lien), dans un marché dominé par les Allemands, qui récupère le papier usagé auprès des collectivités territoriales. Le coût d’élimination pour ces administrations de ces déchets est 180 euros la tonne. Les fabricants de ouate de cellulose les achètent pour 60 euros la tonne. Au lieu de payer, les collectivités reçoivent de l’argent... Ainsi, les déchets deviennent une ressource.

    On peut aussi imaginer la possibilité pour des particuliers de vendre les déchets organiques transformés par des machines à compost à des agriculteurs (projet sur Nantes). La valorisation des déchets est un enjeu économique.

  • Wookie
    Wookie
    Forestier
    • Posté à 18h10 le 01/12/2011
    • Internaute 131298
      Forestier

    En Suisse, l’office fédéral de l’énergie à estimé récemment à 20,65 milliards de francs suisses (16.3 mia d’ euros) le démantèlement des 5 centrales du pays. Donc en gros 4 milliards (3.2 mia d’euros ) la centrale.
    Lien

    Juste pour le fun, une petit chronique d’un contrôle nucléaire surprise chez EDF, tout va bien il parait...
    Lien

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h19 le 01/12/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Pour Sophia Majnoni de Greenpeace :
    « Le coût du démantèlement est prévu pour coûter 1% du prix de construction des centrales, en gros ça correspond à moins de 500 millions “
    Faux, ce n’est pas 1% mais 15% de l’investissement.
    En France (58 réacteurs), les coûts de démantèlement des centrales du parc REP a fait l’objet d’une estimation en 1991 par le ministère de l’Industrie, à hauteur de 15 % du coût d’investissement net (hors intérêts intercalaires). Cette estimation sert de base à la constitution des provisions pour démantèlement sur la durée de vie des équipements concernés. Au 31/12/2005 cette provision s’élevait à 13,1 milliards d’euros Wikipédia
    Quelques éléments d’appréciation sur le nucléaire

  • NicolasS
    NicolasS
    ex-lecteur
    • Posté à 00h49 le 02/12/2011
    • 175783
      ex-lecteur

    « “trois millions de Français ont froid l’hiver”, ce qui veut bien dire que le KWh a beau être moins cher, nombre de gens n’ont pas les moyens de se chauffer. »

    Ce n’est pas seulement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se chauffer que les moins favorisés ont froid l’hiver, mais surtout parce qu’ils habitent souvent des locaux vétustes fort mal isolés et donc, bien plus difficiles, et coûteux, à chauffer.

    L’isolation thermique (et phonique) entre bien entendu dans les critères de « standing » immobilier et influe sensiblement sur ses prix, le coût d’une mise au normes est également répercutée sur les loyers ou la vente, il est bien évident que des habitations aux normes actuelles d’isolation sont loin d’être abordables pour les plus humbles, et les rendra de plus en plus inaccessibles à ces derniers. Ce qui pointe du doigt la problématique présente et à venir d’un habitat éco-énergétique à deux vitesses.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 03h28 le 02/12/2011
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Je considère particulièrement insultant, pour tous les chercheurs et techniciens, de supposer qu’ils seraient incapables, à l’horizon des >20 ans qui nous sont nécessaires pour démanteler le parc nucléaire, d’avoir la double capacité de réduire nos dépenses énergétiques et de nous inventer des énergies « passives » compatibles avec un nouveau système de développement industriel et social.
    C’est également insultant pour tous les ouvriers « ordinaires » sous-traitants des énergies électriques (nombre d’entre eux seront en retraite, je l’espère pour eux ? ! ?) que d’imaginer qu’ils seraient trop stupides pour assembler des « hydroliennes » et non bâtir des tours de refroidissement ; mais il se fait qu’ils ont laissé la parole à leurs délégués syndicaux qui eux (comme par hasard) ont bien d’autres « soucis de gestion » eu égard à ce que EDF pourrait ne plus verser au comité d’entreprise...
    Souvenons nous : il a fallu <20 ans pour développer la technologie nucléaire (encore moins pour la bombe, évidemment !) dans un temps où Einstein couchait encore ses équations sur un cahier d’écolier ; il nous ferait donc plus pour « découvrir » une autre énergie alors que nous disposons d’un tel arsenal « informatique » ! ? !
    Quand Sarkozy (et consorts) prétend que sortir du nucléaire nous rapprocherait de l’éclairage à la bougie, je crois entendre l’argumentaire d’un conducteur de diligences contre le chemin de fer. Sarkozy, comme bien d’autres, oublie (et on sait très bien pourquoi) que le nucléaire est un avatar du siècle dernier et certainement pas un élément incontournable de l’avenir de nos petits enfants sinon qu’ils devront en payer l’indéfinissable coût écologique.
    La situation économique de la France, telle que je la connais, est que le BTP risque de perdre 150 000 emplois en 2012 alors que les mêmes ouvriers auraient toutes les compétences nécessaires pour réduire la consommation domestique d’énergie (fuel d’importation et électricité « nucléaire »).
    Je n’ose pas vous parler de ce qu’on pourrait économiser (et valoriser) dans les secteurs « primaires » que constituent l’agriculture et/ou la pêche tant les chiffres sont astronomiques et surtout « déconnectés » de ceux des « boursicotistes » qui ânonnent les communiqués des ministères (et de la rue de Solférino) en s’affublant de la casquette d’experts « économistes »...
    Je veux bien croire que nos grands groupes industriels auraient la capacité de fabriquer des circuits intégrés à un prix équivalent de ceux des « pays émergents », mais je ne suis pas convaincu que ce ne serait pas lié à un moins-disant social ; en revanche, je suis convaincu que nos PME sauraient valoriser nos richesses naturelles (européennes ou « nationales ») en fabriquant (par exemple) ce mobilier en « vrai bois » pour lequel nous détenons du savoir-faire et qui serait exportable vers ces nids de « nouveaux riches ». Ce n’est pas tout à fait un hasard si les sociétés qui s’implantent et se développent le plus hors de nos frontières sont celles « du luxe »....
    La mondialisation -fut-elle capitaliste- (n’en déplaise à Montebourg, Mélenchon et autres Lepen), est un fait dont nous savons parfaitement nous accommoder quand elle nous permet de consommer à moins cher ; la question n’est plus que d’avoir quelque chose à vendre pour compenser la balance de nos échanges.
    Et c’est une insulte répandue aussi bien « à gauche » que « ’à droite » que de laisser entendre que les compétences des travailleurs français seraient négligeables par rapport à celles de nos concurrents et que seule la réduction des salaires et des charges sociales les rendrait « crédibles ».
    On s’en fiche du prix de l’énergie une fois qu’elle entre comme quantité négligeable dans notre budget ; la question est d’en consommer le moins possible afin de réduire la facture énergétique en même temps que cette saloperie de facture écologique que nous laisserons aux générations futures.

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