Entretien 09/11/2011 à 14h53

Sortie du nucléaire : Proglio, pas gêné par les « fautes de méthode »

Sophie Caillat | Journaliste Rue89


Henri Proglio, à Paris, lors de la présentation des résultats 2009 d’EDF, le 11 février 2010 (Benoit Tessier/Reuters)

« Un million d’emplois menacés », un « doublement de la facture d’électricité », une hausse « de 50% des émissions de gaz à effet de serre »... dans les colonnes du Parisien, Henri Proglio, patron d’EDF, dresse un tableau apocalyptique de la sortie du nucléaire. De quoi fourbir des arguments à François Hollande, en plein bras de fer avec les écolos sur ce sujet.

Mais Henri Proglio s’appuie sur des hypothèses très tendancieuses. Pour les décrypter, nous avons interrogé Benjamin Dessus, expert indépendant et partisan d’une sortie « raisonnable » du nucléaire (auteur en 2000 d’un rapport au Premier ministre sur la filière, il est désormais président de l’association Global Chance et vient de publier « En finir avec le nucléaire, pourquoi et comment » au Seuil, avec Bernard Laponche).

Rue89 : La prise de parole d’Henri Proglio est-elle voulue par les socialistes pour faire plier Europe Ecologie - Les Verts ?

Benjamin Dessus : Je ne pense pas que François Hollande ait sollicité cette intervention, c’est plutôt le patron d’EDF qui se dit qu’il faut convaincre celui qui sera peut-être le prochain président de la République. Il veut montrer ce que disent les gens sérieux et peut-être lui faire passer le message qu’il ne faut pas trop céder aux Verts.

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(Fichier PDF)

Henri Proglio, dans son interview, reprend les chiffres présentés le mardi 8 novembre par l’Union française de l’électricité (UFE), l’association professionnelle du secteur de l’électricité lors d’un colloque. Ces trois scénarios de production à l’horizon 2030 ne sont pas aussi impartiaux que veulent le dire ses auteurs, tous des professionnels qui vivent de la production d’électricité.

Les prévisions des électriciens sont-elles réalistes ?

Cette étude croise trois scénarios de demande d’électricité et trois scénarios d’offre, à l’horizon 2030 :

  • une croissance du PIB qui serait selon les cas de 1%, 1,5% ou 2,5% par an, avec des scénarios de croissance de l’électricité associés ;
  • en terme d’offre, il émet trois hypothèses : un nucléaire entrant pour 70% de la production d’électricité, comme aujourd’hui, ou bien un nucléaire à 50% comme le souhaiterait plutôt François Hollande et, enfin, un nucléaire à 20% comme le souhaiterait plutôt Eva Joly.

Dans le scénario médian, celui d’une croissance de 1,5%, l’UFE table sur une croissance naturelle de l’électricité de 100 térawatt-heure (TWh), et y ajoute de nouveaux usages (comme les véhicules électriques, pour une vingtaine de TWh), mais ne retire qu’une petite partie des économies d’électricité réalisables d’ici 2030. Donc ce scénario part sur l’hypothèse d’une demande d’électricité trop haute et fausse au départ.

Leur raisonnement est le suivant : le Grenelle de l’environnement prévoyait 10 à 12% d’économie d’électricité d’ici 2030, or, on constate jusqu’ici que ça ne marche qu’à moitié. Et au lieu de se dire qu’avec des politiques publiques, qui sont aujourd’hui inexistantes, il peut y avoir des résultats, ils considèrent cet élément comme définitivement figé. Les économies d’électricité ne sont donc plus un levier d’action envisageable. C’est là une vraie faute méthodologique.

Et sur le coût du nucléaire ?

L’autre hypothèse lourde retenue est que, dans tous les cas, on ne fera pas autre chose d’ici 2030 que de prolonger les centrales actuelles. Même Fessenheim, un point c’est tout. Bien sûr, pour prolonger certaines centrales de vingt ans, cela nécessite de faire quelques réhabilitations de jouvence, qui coûtent une quarantaine de milliards d’euros.

Mais, il y a une omission de taille : de l’aveu même de l’UFE, les investissements nécessaires à la mise aux normes post-Fukushima ne sont pas pris en compte, et le démantèlement est reporté aux calendes grecques.

Sortir du nucléaire fera tout de même grimper la facture d’électricité...

Dans tous les cas, la facture augmentera d’ici 2030. Reprenons ce que dit l’Union française de l’électricité :

  • si on garde 70% de nucléaire, le prix du kilowatt-heure (KWh) sera de 16,8 centimes [il est de 12,6 aujourd’hui, ndlr] ;
  • si on passe à 50% de nucléaire, il sera de 18,9 ;
  • si on passe à 20% de nucléaire, il sera de 21,1.

Sauf que quand on parle de la poursuite du nucléaire, on ne prend pas en compte l’aval du cycle (les déchets, le démantèlement), ce qui n’est pas très honnête.

Pourquoi Henri Proglio considère-t-il que les émissions de gaz à effet de serre vont augmenter ?

Si les besoins en électricité sont aussi importants que le considère M. Proglio et qu’on n’a pas le temps de développer suffisamment les énergies renouvelables, il faudra remplacer le nucléaire par du thermique (charbon ou gaz, deux énergies fossiles) qui émettent des gaz à effet serre.

Le nucléaire reste néanmoins l’énergie la plus compétitive ...

Pour l’instant, les énergies renouvelables sont moins compétitives qu’un parc nucléaire qui a quarante ans et qui est amorti. Mais pour être honnête, il faudrait plutôt comparer les nouvelles éoliennes avec les nouveaux réacteurs EPR. Or, le réacteur vendu à la Finlande aura coûté plus de 6 milliards d’euros et celui de Flamanville probablement autant. Il n’est pas évident, contrairement à ce que dit M. Proglio, que les suivants seront mois chers.

Comme le Concorde ou Superphénix, il y a un moment où il faut savoir arrêter.

Infos pratiques
« En finir avec le nucléaire : pourquoi et comment »
Benjamin Dessus et Bernard Laponche

Le Seuil, octobre 2011

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  • I.P
    I.P
    Il manque Hulk en baskets
    • Posté à 15h18 le 09/11/2011
    • Internaute 25391
      Il manque Hulk en baskets

    Pas mal l’article, jusqu’à la dernière phrase. Arrêter Concorde et Superphénix ne sont rien d’autre que des signes de régression technologique, ce n’est pas très encourageant, et en prime Superphénix aurait été utile s’il n’avait pas été sabordé par pure mesure électoraliste.
    À part ça il est évident que chacun prêche pour sa paroisse, il aurait été intéressant d’avoir un vrai comparatif entre le coût de Flamanville (comprenant construction, exploitation et démantèlement) mis en parallèle avec le coût d’un parc éolien de puissance équivalente.

  • soloon
    soloon
    _
    • Posté à 15h22 le 09/11/2011
    • Internaute 91630
      _

    prolonger la vie des centrale de 10, 20, 30 ans c’est reculer pour mieux plonger

    au delà de la polémique sortir du Nucléaire ou pas,
    il s’agirait de commencer a démanteler les Centrales HS.

    parceque le jour ou il y auras une fuite ça couteras un max économiquement et écologiquement.

    en plus, le pays qui aura ce savoir faire aura un carnet de commande rempli pour le siècle à venir (parceque facturer un démantelement ça coute plus chère que de construire une centrale, alors si on sais faire les deux...)

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 15h28 le 09/11/2011
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    tous les pays alentour, qui abandonnent sont-ils des fous, des ignares, des inadaptés mentaux ?
    sommes nous des génies incompris ?

    on peut se poser la question.

    Pourquoi les autres abandonnent en douceur, et pas nous ?
    nous les super intelligents.

  • SAIMIRI
    SAIMIRI
    chasseur de moustiques
    • Posté à 16h18 le 09/11/2011
    • Internaute 147116
      chasseur de moustiques

    je ne suis pas un pro nucleaire mais quand certains disent que la consommation electrique doit baissée je me pose des questions par exemple avec quoi allons nous recharger par exemple le futur parc de voitures electriques ou comment est ce possible que la consommation baisse avec une augmentation de la popuation ,pour moi une baisse de 15 a 20 pour cent de la consommation electrique releve de l utopie et basé les capacités de production electrique futur sur cette baisse ,une absurdité.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h31 le 09/11/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Il serait intéressant d’éclairer les scénatios de sortie du nucléaire a partir de la suppression ou de la diminution des niches fiscales que sont la mise en place de fermes solaires, d’éoliennes et ou d’hydrolienne, à terre ou off shore, ainsi le rachat de l’électricité produite par EDF
    Que ce soit la droite ou la gauche qui prenne en main les affaires du pays en 2012, les efforts budgétaires à venir pour ramener la dette à 3% du PIB, amèneront mécaniquement les politiques à supprimer des dizaines de milliards d’euros de niches fiscales. Les aides consenties pour renouveler les appareils de chauffage domestique, l’isolation ou la construction de bâtiments BBC, ainsi que pour créer des générateurs d’énergies renouvelables seront certainement pris dans l’étau de la rigueur budgétaire.

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 16h48 le 09/11/2011
    • Internaute 55044
      trouveur

    Réduction de l’énergie nucléaire de 70% à 20% entre 2012 et 2030, selon Eva Joly.
    Est ce techniquement possible ? Est ce financièrement acceptable ? Est ce écologiquement valable ? Est ce que cela sera mieux pour notre confort ? notre santé ?
    Evidemment pour répondre à ces différentes questions, il faut définir des hypothèses sur la croissance ( économique générale et énergétique) et sur les progrès qui seront réalisés en économie d’énergies, en coût et rentabilité énergétique.
    Les écolos purs et durs prônent la décroissance et ...une vie « monastique »...Dans cette hypothèse, qui d’ailleurs sera peut-être imposée avec la récession, la réduction du nucléaire selon Eva Joly risque de s’imposer malgré nous.

    Si on table sur une croissance annuelle de 1 à 3%, une réduction de 30% du nucléaire en 18 ans sera déjà un effort considérable pour la collectivité. Et cet effort risque de devenir totalement obsolète en 2030. Technologies dépassées, entretiens onéreux, incidences sur le climat et la santé, etc...
    Je crois qu’il est nécessaire de faire cet effort afin d’éviter les catastrophes, mais également pour progresser vers une mutation écologique de plus en plus indispensable. Plus la croissance économique sera élevée et plus nous pourrons y arriver. Croissance industrielle ( domaine des semi-conducteurs et de l’énergie) avec respect de l’environnement.

  • Appleseed
    Appleseed répond à SAIMIRI
    Mangeur de Twix
    • Posté à 16h53 le 09/11/2011
    • Internaute 11691
      Mangeur de Twix

    Si on mettait tous les batiments de France à des normes super environnementales, croyez moi ça en créerait des emplois, et ça permettrait une méchante baisse des factures électriques (non je n’ai pas de chiffres mais ça me parait assez logique), ajoutez à cela qu’on éteigne un lampadaire sur deux en ville, qu’on remplace le parc de lampes HPS (de beaucoup de lampadaire, ça suce fort ces ptites bêtes) par des LED ou autre moins gourmandes, qu’on éteigne les enseigne de grandes surfaces la nuit, etc etc = résultat, moins de pollution visuelle, moins de consommation d’éléctricité, innovation dans des éclairages moins coûteux en énergie et des matériaux mieux isolant, création d’emplois.

    Je me doute bien que ce n’est pas si simple sinon quelqu’un l’aurai déjà fait (quoiqu’avec le lobbying dès fois je me pose la question...). Mais bon, c’est pas les idées qui manquent je pense !

    Bye

  • la choukette
    la choukette
    libre penseur si possible
    • Posté à 17h20 le 09/11/2011
    • Internaute 90914
      libre penseur si possible

    laquelle des 2 propagandes doit on croire ?

    celle de(s) Pro(glio) qui défend une industrie nucléaire à la probité peu vérifiable en terme d’entretien de son parc nucléaire existant mais qui de l’autre est le seul à proposer une solution viable à nos besoins énergétiques en croissance perpétuelle

    celle des anti qui une fois sorti du nucléaire voudraient nous faire croire que l’on peut se suffire des éoliennes dans un monde qui demandera de plus en plus d’énergie et qui en pointillé tentent de nous faire sombrer dans le délire de la décroissance et du manque d’imagination malthusienne.

    allez un peu d’effort revenez avec un discours non militant et une solution qui sera satisfaisante, en attendant on ne me fera pas vivre à la lueur d’une bougie tant que du jus sera disponible ni accepter l’immaturité de nos décideurs.

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