01/10/2011 à 19h01

Simon, réfugié de Fukushima : « Suis-je irradié ? »

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

A 47 ans, il veut « aller le plus loin possible » de la centrale nucléaire de Tepco, près de laquelle il a vécu dix ans. Rencontre.

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Simon, à la rédaction de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89).

Une riveraine de Rue89, Yasha, photographe japonaise installée à Paris, débarque à la rédaction pour nous présenter un « irradié » de passage à Paris et désireux de raconter la « vérité » sur Fukuhima. Au début, on se méfie forcément.

« Il a trois bras ? »

« Il va te contaminer ? »

Voici les réactions autour de moi quand j’annonce que je vais rencontrer un « rescapé » de cette catastrophe loin d’être terminée.

« Quand il y a eu l’explosion d’hydrogène, j’ai commencé à douter »

Simon ne parle pas français, un peu l’anglais, mais il sait utiliser le langage des images : comédien professionnel, il a tourné quelques vidéos, notamment cette rencontre qui avait dégénéré le 19 juillet entre les autorités et les citoyens.

Simon habite depuis dix ans à Fukushima City, située à 60 km de la centrale, bien au-delà du rayon d’exclusion – de 20 à 30 km. Il se souvient des suites du séisme du 11 mars :

« Le gouvernement a parlé de dégâts sur la centrale, mais pas de problèmes de radioactivité. Quand il y a eu l’explosion d’hydrogène le 14 mars, je me suis dit que c’était loin, mais je commençais à douter des autorités qui ne cessaient de dire que tout était sous contrôle. »

La prise de conscience de Simon, avec d’autres citoyens japonais, met plusieurs semaines à se formaliser. Début mai, il rejoint l’association Kodomo Fukushima, dont le but est de protéger les enfants des radiations. Seulement une centaine de membres seraient actifs, estime Simon – « C’est peu. »

« Des citoyens qui se sont formés à la radioactivité »

A 47 ans, Simon veut tourner la page Fukushima. Il laisse derrière lui son appartement, son travail, ses amis, et restera en France les trois mois que lui autorise son visa touriste. Puis, peut-être l’Angleterre, ou l’île d’Okinawa, « un peu les Antilles du Japon, le plus loin possible de Fukushima. »

Son idée ? Faire analyser la dose de radioactivité qu’il a reçue. Il a entendu parler du « Whole Body Counter » (ou anthroporadiamétrie), une machine qui détecte les radionucléides contenus dans l’organisme. La seule machine disponible près de chez lui est inaccessible : elle est près de Tokyo, « mais cela coûte près de 1000 euros » pour y avoir accès. Il raconte cette anecdote :

« A Fukushima City, seulement cinq personnes ont pu l’utiliser : ils tournaient une émission télé, et c’est la chaîne qui a payé.

Officiellement, les résultats sont normaux, mais une contre-expertise est en cours par des citoyens qui se sont formés à la radioactivité. »

Avec son Geiger acheté sur Internet, il fait ses propres mesures

Les analyses d’urine, bien moins chères, ont été réservées aux enfants. Pendant la semaine qui a suivi l’accident, Simon est sorti en combinaison de ski, masque et lunettes, « de la science fiction », se souvient-il. Puis, il n’a eu qu’à croire les propos toujours rassurants du gouvernement :

« La limite d’exposition a été élevée de 1 à 20 millisieverts (mSv) par an [20 mSv/an est la dose prévue pour les travailleurs du nucléaire en France, ndlr], sinon il aurait fallu évacuer. On se bat pour la faire redescendre.

J’ai acheté un compteur Geiger sur Internet, je fais des mesures moi-même et je le prête. Souvent, je détecte une radiation largement supérieure à 20 mSv. »

« C’est une panique silencieuse. Les gens ne veulent pas savoir »

Un jour d’avril, vêtu comme un travailleur du nucléaire, il a entrepris un road trip avec un ami. Sans compteur Geiger, avec la peur au ventre. Il s’est approché jusqu’à 7 km de la centrale, sans sortir de la voiture. Les territoires, magnifiques, sont aussi déserts qu’inquiétants. Sur les images qu’il nous a montrées (et qu’il garde pour un documentaire), on voit des animaux errants, chiens, vaches, cochons, des feux rouges arrêtés et quelques policiers aux check points. Comme le décrypte Simon, la radioactivité est un « piège » :

« Elle ne se voit pas, c’est comme s’il ne s’était rien passé, le tsunami a touché les côtes, mais à l’intérieur, c’est une panique silencieuse. Les gens ne veulent pas savoir.

Moi-même, je ne ressens rien dans mon corps, mais j’aurais peut-être un cancer dans dix ans. »

Avant de partir, il essayait de faire attention à la nourriture :

« Au supermarché, il y avait beaucoup moins de choix qu’avant, les produits frais venaient d’autres préfectures. Mais je sais que la récolte de riz, en ce moment, mélange le riz venu de partout. C’est scandaleux mais c’est vrai. »

Comme beaucoup de Japonais, il a trouvé indécente la campagne du ministère de l’Agriculture, des forêts et de la pêche qui clamait :

« Mangeons la nourriture des zones sinistrées afin de les soutenir et d’aider à la reconstruction. »

Une campagne à l’image de toute la propagande véhiculée par le lobby nucléaire.

Evacuer ? « Sans doute ce qu’il faudrait faire »

« Les gens veulent de l’information et de l’argent », résume-t-il. Pour l’instant, seules les personnes habitant à 10 km de la centrale ont été indemnisées par Tepco, opérateur de Fukushima Daiichi, pour la perte définitive de leurs biens, explique Simon.

Alain Rannou, expert à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) concède que :

« S’il n’y avait pas de difficulté à évacuer beaucoup de monde, c’est sans doute ce qu’il faudrait faire. »

Pour lui, la limite de 20 mSv fixée par le gouvernement « augmente le risque de cancer de 0,1% », ce qui « n’est pas considérable ». L’expert reconnaît toutefois qu’« il n’est pas normal que les gens n’aient pas d’information sur leur exposition à la radioactivité, qu’ils puissent décider de partir en toute connaissance de cause ».

Photo : Simon, à la rédaction de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 19h25 le 01/10/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    A juste titre le nucléaire fait peur et ce n’est pas un japonais, citoyen d’un pays qui a été bombardé à Hiroshima et Nagasaki qui nous dira le contraire. Les seules remarques que je pourrais apportées sur le récit de ce riverain de le centrale de Fukushima c’est que d’acheter un compteur Geiger est un achat inutile car il faut avoir les compétences pour, d’une part savoir interpréter les résultats de l’appareil et d’autre part avoir des sources (radioactives) d’étalonnages fiables afin que ces mesures soient pertinentes. D’autre part, l’anthropogammamétrie ; c’est à dire la mesure de la contamination radioactive interne d’un corps est une mesure qui se fait en milieu médical par un personnel formé, elle est utilisé pour le suivi des personnels du nucléaire de catégorie A (travaillant habituellement en zone contrôlée), son interprétation ne peut être fait que par du personnel hautement qualifié et formé, d’où son coût.
    Je compatis évidemment avec tous ceux qui sont à proximité de Fukushima et j’imagine facilement les problèmes qu’ils rencontrent avec la catastrophe de la centrale.

  • sobriquet
    sobriquet
    Courageux anonyme
    • Posté à 21h56 le 01/10/2011
    • Internaute 26884
      Courageux anonyme

    Ce monsieur devrait faire attention à sa santé, être anxieux comme ça, c’est pas bon.

    S’il continue ainsi, il aura sans doute plus de troubles de santé liés à l’anxiété que de troubles liés à la radioactivité.

    C’est une situation très ironique et, pourtant, je ne dis pas ça par provocation.

  • sandy keelow
    sandy keelow
    développeur
    • Posté à 22h13 le 01/10/2011
    • Internaute 131307
      développeur

    Simon ne parle pas français, un peu l’anglais
    Ce qui explique la connexion avec les journalistes français ^^

    Alain Ranou :
    Pour lui, la limite de 20 mSv fixée par le gouvernement « augmente le risque de cancer de 0,1% », ce qui « n’est pas considérable ».
    ça c’est une grosse arnaque scientifique/statistique dûe d’ailleurs en grande partie à des « chercheurs » japonais, ils ont regardé la dose ayant déclenché des cancers sur les victimes survivantes d’hiroshima/nagasaki (ignorant donc celles qui étaient déjà mortes) et simplement divisé (partant du principe -que tout le monde sait faux- que le rapport serait linéaire), dans d’autres circonstances on aurait ri...
    Oui c’est vrai l’alcool, le tabac, le sel, le sucre, le gras c’est dangereux aussi, peut-être même plus, mais c’est pas une raison, on doit avoir le choix, après tout c’est ce qui nous différencie des animaux, le choix...
    De toute façon lorsque la terre sera trop polluée et radioactive les japonais partiront en mission vers le nuage de magellan avec le cuirassé de l’espace Yamato c’est prévu ^^

  • Shamash
    Shamash
    Ingénieur agro
    • Posté à 22h14 le 01/10/2011
    • Internaute 37818
      Ingénieur agro

    Quand on fixe une norme, on prend de grosses marges de sécurités. 20 mSv/an pour les travailleurs du nucléaire cela devrait tomber sous le sens, c’est TRES inférieur au seuil de danger. Si on fixe 5 mSv/an pour les population c’est pour dire simplement qu’on ne veut pas d’irradiation du tout.

    Le chiffre donné provient de l’application de la Relation Linéaire Sans Seuil, cad la proportionnalité dose-effet observée sur les populations fortement irradiées (~ 0,5 à 1 Sv, en une seule fois) d’Hiroshima Nagasaki.

    Si P est la probabilité de développer un cancer et D l’exposition en Sv

    P = 0,067 D.

    pour D = 20 mSv, P = 0,1% pour 1 an d’exposition, soit le chiffre cité par l’article

    Mais ce chiffre déjà faible est surestimé car la relation dose effet n’est pas valable en deça 200 mSv/an.

    À Taïwan, dans les années 1980, des constructions neuves furent édifiées avec de l’acier de recyclage fortement contaminé au cobalt 60 (de demi-vie 5.3 an), exposant un total de dix mille personnes à des doses moyennes de 400 mSv (avec un débit de dose de l’ordre de 15 mSv/an pour les plus exposées). Sur cette population, on se serait donc attendu à observer en moyenne 232 cancers mortels survenant naturellement (écart-type de 15), plus 70 morts supplémentaires prédites par le modèle « linéaire sans seuil ». En réalité, on n’observa que sept cancers au total (quinze écart-types sous la prédiction), soit bien moins que la population non exposée, la conclusion des auteurs étant que l’exposition chronique à des faibles radiations semble être un moyen efficace d’améliorer les défenses naturelles contre le cancer.

    a+

  • elleJo
    elleJo
    somewhere over the rainbow
    • Posté à 23h23 le 01/10/2011
    • Internaute 79511
      somewhere over the rainbow

    Si le témoignage d’Alex vous laisse insensible(la 1ère vidéo a été supprimée),j’espère juste pour vous qu’en cas de catastrophe sur notre territoire,(nous sommes tous à moins de 300kms d’une centrale) vous saurez « accompagner “ vos enfants..
    Merci à Simon d’oser confier ses peurs sur un sujet dont personne ne doit rien dire.Tant les lobbies sont importants ! ! ! ! ! !
    En somme le nucléaire c’est un peu comme la Palestine !

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  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 07h29 le 02/10/2011
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    Étonnant, dans ce pays déjà profondément meurtri par le nucléaire, militaire celui là, en 1945, de voir la passivité des populations proches comme lointaines de Fukushima.
    Faut il mettre ça sur le compte d’un état d’esprit fataliste ou d’une grande discipline, d’une grande confiance dans la parole officielle, voire même d’une incommensurable pudeur ?
    Il ne faut pas oublier que le séisme et le tsunami ont fait 25000 morts avant la catastrophe nucléaire, rayant de la carte des villes entières ...
    Peuple admirable de stoïcisme ? ou peuple abattu par les catastrophes ?

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