Arbitrage vidéo : un glapisseur répond aux Cahiers du football
Les Cahiers du football ont toujours été des adversaires acharnés et éloquents de l’introduction de l’arbitrage vidéo dans le football. Avec -ce dont on ne saurait accuser les commentateurs de la télévision française et les pétitionnaires de l’UMP- le souci louable de creuser véritablement le sujet. Mais aussi, parfois, quelques élans de mauvaise foi et quelques accès d’énervement.
Comme dans un article paru ce lundi, qui pose six questions agacées « à ceux qui glapissent “La vidéo ! La vidéo !” après Allemagne-Angleterre ». Pour tout dire, je suis rarement du genre à glapir. Même après un but refusé à l’équipe d’Angleterre. (Voir la vidéo)
Mais je suis suffisamment convaincu de l’intérêt de l’introduction de l’arbitrage vidéo dans le football pour avoir envie de répondre.
Quand vous dîtes « la vidéo », vous désignez un système de vérification du franchissement de la ligne ? Parce que dans ce cas, tout le monde est d’accord, mais les tests effectués jusqu’à présent n’ont pas été concluants, et le dispositif expérimenté par Canal+ a été abandonné parce que le cas ne s’est pas présenté en deux ans de Ligue 1.
J’ai tendance à croire que la majorité des partisans de « la vidéo » ne sont ni foncièrement dogmatiques, ni motivés par un amour débridé de la vidéosurveillance.
Ce qui suscite leur indignation et, parfois peut-être, des glapissements impulsifs, est le cas où une décision arbitrale est manifestement erronée, alors qu’elle aurait pu être différente avec une assistance technique ou humaine.
A partir de là, comme disent les footeux, la nature du remède (vidéo, puce électronique sur le ballon, arbitre de surface, appel à Olivier Rouyer) compte moins que son efficacité.
On aurait d’ailleurs aimé que Les Cahiers évitent de mettre dans le même sac de sport le système de ballon à puce, dont la fiabilité est contestée, et le dispositif vidéo type Hawk-Eye, qui semble plus prometteur.
Dans le cas contraire, à qui croyez-vous faire avaler l’amalgame grossier entre ce dispositif concernant des incidents rarissimes et l’utilisation des images, plusieurs fois par rencontre, pour juger des actions de jeu ?
On serait presque tenté de rétorquer : à ceux qui ont l’habitude d’utiliser des cas limites pour tirer des conclusions définitives sur l’ensemble des cas possibles.
Plus sérieusement, la question ne porte pas uniquement sur le cas, effectivement rare, où le doute est permis sur le franchissement de la ligne de but, mais bien sur les actions de jeu qui donnent lieu à des erreurs d’arbitrage flagrantes. Qui sont, elles, nettement plus fréquentes.
En quoi le but non accordé à Lampard est-il plus un plaidoyer pour « la vidéo » que pour l’arbitrage à cinq, dont les conséquences sur le jeu sont infiniment moins graves ?
Il n’est pas nécessairement davantage un plaidoyer pour la vidéo que pour l’introduction d’un arbitre de surface mais on peut contester qu’il le soit moins.
L’introduction de l’arbitrage vidéo dans d’autres sports que le football montre que l’arbitrage peut parfaitement être strictement encadré, et que les conséquences sur le jeu sont au bout du compte assez minimes.
Je ne prétends pas maîtriser l’ensemble des systèmes utilisés mais ceux que je connais présentent tous deux limitations essentielles.
D’une part, les faits de jeu qui peuvent faire l’objet d’un recours à la vidéo sont limités.
- Au tennis, le système Hawk-Eye contrôle uniquement le fait que la balle a bien rebondi à l’intérieur du court (ou du carré de service), et pas s’il y a eu let, ou faute de pied, ou double rebond avant le coup de raquette ;
- en NHL (hockey), la vidéo ne sert qu’à vérifier que certaines conditions de validité (mais pas toutes) d’un but ont bien été remplies ;
- pour la NBA, enfin, la vidéo a été introduite pour déterminer si le dernier tir d’un quart-temps a bien été déclenché avant le buzzer (avant que les autorités ne décident de multiplier les cas de recours à la vidéo au delà du raisonnable).
D’autre part, le nombre de cas de recours à la vidéo au cours d’un match est également limité.
Soit parce que seul l’arbitre peut demander une assistance technique (rugby, hockey, basket), soit parce que les joueurs ont un droit de tirage restreint (3 appels au Hawk-Eye par set et par joueur au tennis, avec un appel supplémentaire en cas de jeu décisif).
Si je ne craignais pas Les Cahiers aussi inflexibles sur la question, je leur soumettrai volontiers une proposition d’introduction de l’assistance vidéo au football également doublement limitée :
- en réservant à l’arbitre le soin de déclencher le recours à la vidéo,
- en l’utilisant uniquement pour juger de la validité d’un but, sur la base de critères restreints, sur l’exemple du rugby ou de la NHL (par exemple, bon franchissement de la ligne de but, balle restée dans les limites du terrain, absence de hors-jeu, absence de contrôle de la main).
Il se passera quoi quand les images ne permettront pas de voir précisément si le ballon est rentré aux trois-quarts, ou si la machine indique qu’il l’est à 76% avec une marge d’erreur de 10% ? On tire à pile ou face ou on appelle Olivier Rouyer ?
On fera comme au rugby, comme le décrivait très bien une interview réalisée par Les Cahiers du foot en 2005 : l’arbitre vidéo dira à l’arbitre de champ que la vidéo ne permet pas de conclure et lui laissera prendre ses responsabilités.
Donc, non, effectivement, l’aide de la vidéo ne comblerait pas le fantasme d’un « arbitrage sans erreurs ». Mais elle permettrait d’éviter une grande partie des erreurs les plus flagrantes, ce qui serait déjà un progrès considérable.
Vous n’auriez pas pu nous laisser deux ou trois jours de plus pour parler de foot plutôt que de passer directement du délire sur les Bleus aux délires sur l’arbitrage ?
Sachez bien, chers Cahiers, que beaucoup auraient été ravis de disserter uniquement sur le formidable match de la Mannschaft (ou sur le retour inespéré de l’équipe anglaise). Même L’Equipe, c’est dire, qui titrait le dimanche matin « Enfin du foot ! ».
Mais il y a certains faits de jeu qu’il est quand même difficile de passer sous silence.
Et au fait, vous l’avez quand même regardé, ce match magnifique qui fait écho à une légende vieille de 44 ans ?
Oui, avec une délectation certaine et la satisfaction de voir l’emporter l’une des équipes qui, depuis le début de la Coupe du monde, produit le plus de jeu collectif.
Mais également avec le regret de voir cette belle victoire contestée à cause d’une erreur d’arbitrage qui, avec une meilleure organisation technique, aurait pu être évitée.
► Modifié le 02/07/2010 à 12h30 : contrairement à ce qui avait été écrit dans un premier temps, l’arbitre au rugby peut utiliser la vidéo pour vérifier que le ballon est bien passé entre les perches sur une pénalité. Mea culpa.
- 23919 visites
- 156 réactions























Aboyeur
Aboyeur
haaaaaaaaaaa non
je croyais que la coupe du monde était terminée. Ça suffit le foot !




Partager