Insultes, démissions, mutinerie : suivez le vaudeville des Bleus
A ce train-là, le dalaï lama va bientôt se sentir obligé de faire un communiqué. Les insultes proférées par Nicolas Anelka contre Raymond Domenech ont provoqué une réaction en chaîne qui a fait exploser une équipe de France déjà quasiment éliminée du Mondial sud-africain. Rue89 fait le point sur le week-end fou foot des Bleus.
16h58. (De notre envoyée spéciale) Paris, un bar du IIe arrondissement où est diffusé le match Portugal-Corée du Nord (7-0).
« A chaque but marqué par le Portugal, applaudissements et perfidies contre les Bleus : “Eux, ils ont l'air heureux, c'est pas comme la France ! ”, “Ah, c'est pas Anelka qui ferait ça ! ”... Et même : “J'espère qu'ils vont se prendre sept buts les Bleus, ça leur apprendra.” »
16h44. RTL a eu la bonne idée d'interviewer la maman de Raymond Domenech, Germaine, pour lui demander son sentiment sur le vaudeville des Bleus, et accessoirement, si les mots prêtés à Anelka l'ont blessés. Ce dernier n'aura pas à s'excuser auprès de la génitrice du sélectionneur, pour qui « le mal est fait » :
« C'est désolant d'être insultée comme ça, parce que le sélectionneur c'est mon fils. Double insulte, voilà. Aussi bien pour le sélectionneur que pour sa maman. [Ça me] fait mal. Très mal. Et on est tous pareils dans la famille. J'ai des enfants, des petits enfants et c'est pas bien. »
16h15. Ce lundi 21 juin, les Bleus se sont entraînés sans les logos des marques Carrefour, SFR, Crédit Agricole et GDF Suez qu'ils arborent d'habitude sur leur maillot d'entraînement.
Le JDD.fr note aussi le symbole mais explique que ça n'est qu'une coïncidence :
« Cette absence de marque est obligatoire la veille d'un match, stipule le règlement de la Fifa. Les 23 avaient enfilé ces mêmes habits mercredi dernier. »
15h18. MetroFrance.com ressort des archives vidéo de l'INA une interview du capitaine de l'Olympique lyonnais Raymond Domenech sur la grève votée à main levée par son équipe, alors entraînée par Aimé Jacquet.
Les Lyonnais refusent à l'époque -le 1er avril 1977- de jouer un match contre Nantes, pour pouvoir voir leurs enfants pendant les vacances scolaires. (Voir la vidéo)
15h10. « Au vu des derniers événements », le Crédit Agricole suspend prématurément sa campagne de pub avec Thierry Henry, Yoann Gourcuff, Lassana Diarra et Hugo Lloris. (Voir la vidéo)
14h54. Zinedine Zidane réagit à son tour, fustigeant l'attitude de l'équipe de France :
« Je ne suis pas d'accord avec leur décision de ne pas participer à l'entraînement. On se souviendra de deux choses sur cette Coupe du monde : le nom du vainqueur, et le fait que l'équipe de France ait refusé de s'entraîner avant son match contre l'Afrique du Sud. »
14h38. Le dessinateur Hervé Baudry est décidément très inspiré par la difficile chasse aux socières au sein des Bleus.
13h34. Jean-Jacques Bourdin, présentateur de la matinale de RMC, lance une pétition pour que les Bleus renoncent à l'argent perçu pendant le Mondial, et le reversent au football amateur.
13h32. Sur Europe 1, le comédien Jamel Debbouze a pris la défense de son ami Nicolas Anelka, s'en prenant au quotidien sportif qui a fait sa une de l'échange musclé au sein des vestiaires :
« Les joueurs ont tous été pourris par le journal L'Equipe. »
13h07. Les Bleus ont stoppé la grève et repris l'entraînement ce lundi vers 11 heures. Robert Duverne, le préparateur physique de l'équipe entré en conflit avec Patrice Evra, a dirigé la première partie de l'entraînement.
9h38. Invité de la matinale de France Inter, Alain Finkielkraut a appelé l'équipe de France à « déclarer forfait », fustigeant « le putsch débile de voyous milliardaires » :
« Ils doivent impérativement subir le même sort qu'Anelka. » (Voir la vidéo)
21/06, 9 heures. Le dessinateur Hervé Baudry n'exclue aucun scénario.
00h50. Vincent Couëffé, présentateur de l'émission 100% Foot, sort un papier et lit ce qui est présenté comme la vraie phrase prononcée par Nicolas Anelka, jeudi soir :
« Va te faire enculer avec ton système de merde. »
Ce n'est pas exactement ce qu'a écrit L'Equipe sur sa une. Ce qui confirme ce que certains Bleus disaient depuis deux jours, accusant le quotidien sportif d'avoir mis en une des propos erronés. Et accusant ensuite toute la presse.
00h10. Jean-François Copé, invité de l'émission 100% Foot sur M6, trouve qu'« il faut mettre les pieds dans le plat sur la question de la gouvernance » du foot français.
Pour lui, la Fédération française de football (FFF) est fautive de n'avoir jamais su dire non à aucun joueur ni aucun dirigeant, depuis des années. Résultat : plus personne n'a le pouvoir dans le foot hexagonal.
Estimant que la FFF n'est pas indépendante du pouvoir politique dans un tel contexte, il estime que « les dirigeants du football français doivent apprendre à rendre des comptes au peuple français ».
Il poursuit en disant qu'il en va de même des joueurs :
« C'est notre rôle de politique de siffler la fin de ce match lamentable. »
S'en prenant indirectement aux propos d'Alain Finkielkraut, il estime que « si, l'équipe de France est l'étendard de la France, et elle doit rendre des comptes à la nation ».
23h00. Plus aucun épisode du feuilleton des Bleus n'étonne Bixente Lizarazu, ancien champion du monde de football, interrogé sur TF1 :
« Si demain on m'annonce que mes joueurs ont pris Domenech en otage je ne serai pas surpris. »
Ajoutant :
« On est dans un asile de fous aujourd'hui. [...] Il me tarde qu'on en finisse avec l'équipe de France. »
23h00. Aimé Jacquet, ancien sélectionneur de l'équipe de France, a réagi sévèrement sur Canal+ : « Nous sommes la risée du monde. »
22h55. Sur Canal+, Pierre Ménès commente les images de Nicolas Anelka avant son embarquement pour Londres : « C'est Dark Vador ! »
Sur Twitter, EricBediez complète la parenté :
« On a retrouvé le vrai fils de Darth Vador et Lady Gaga dans un aéroport en Afrique du Sud... »
22h45. Valérie Pécresse peut effectivement craindre pour le vocabulaire des plus jeunes supporters. Le site Web de buzz Tuxboard a relevé un premier acte de vandalisme sur les publicités Quick de Nicolas Anelka.
22h35. Dans le mag d'après-match sur TF1, Robert Duverne, visiblement ému, a raconté son altercation avec Patrice Evra. Il dit avoir voulu persuader le joueur de s'entraîner, tout en sachant que ce dernier ne le voulait pas.
Le préparateur physique des Bleus regrette que l'équipe ne puisse pas travailler sereinement :
« Quand on s'aperçoit qu'on ne peut pas travailler, s'entraîner pour marquer des buts, on est énervé.
Je vais essayer de m'occuper de l'équipe du mieux possible la veille d'un match, dès demain. »
L'entraînement de demain 11 heures est confirmé. « Affaire à suivre », comme dirait Laurent Delahousse.
22h15. C'est pas parce que ça va mal pour l'équipe de France qu'il faut en arriver là.
22h10. Après Roselyne Bachelot et Nicolas Sarkozy, d'autres personnalités politiques réagissent au feuilleton des Bleus.
- Marine Le Pen (FN) réclame, dans un communiqué, la démission de la ministre des Sports au nom de « l'humiliation mondiale » subie par la France.
- Henri Guaino, conseiller spécial de l'Elysée, exclue, sur i>Télé, une « intervention politique » pour clore le feuilleton : « Je ne vois pas de quelle décision politique la situation actuelle pourrait relever : on ne peut pas décréter la cohésion de l'équipe de France. »
- Sur RTL, l'UMP Dominique Paillé, accuse la FFF : « Que les responsables qui ont conduit à ce qui est aujourd'hui un fiasco sachent en tirer les conclusions eux-mêmes, c'est une question d'honneur. »
- Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, s'inquiète de l'influence de Nicolas Anelka sur les jeunes : « Comment voulez-vous que des jeunes respectent leurs professeurs s'ils voient Anelka insulter l'entraîneur ? »
- Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères, déplore « une caricature de la France », « vraiment un feuilleton épouvantable ».
- Le ministre du Travail Eric Woerth a fait part de sa tristesse de supporter : « Je suis comme tout le monde navré par ce spectacle pitoyable. »
22h05. Nicolas Anelka a bien quitté l'Afrique du Sud, selon L'Equipe.fr : aperçu à l'aéroport du Cap, le joueur a pris l'avion en direction de Londres, où il vit.
21h55. Domenech aurait envoyé un SMS à Anelka : « Si tu reviens, j'annule tout. » (Lu sur Twitter donc c'est vrai.)
21h45. Une source proche du dossier nous apprend que tout cela n'est qu'un malentendu. C'est la faute aux vuvuzelas. Anelka aurait dit : « On va être acculés, il nous faut plus de buts. »
20h55. Le gouvernement reprend les choses en main. Nicolas Sarkozy a appelé Roselyne Bachelot pour parler de « cette crise » pour lui demander de prolonger son séjour en Afrique du Sud, « parce que lui comme moi nous prenons la mesure de l'indignation des Français ». (Oui, on parle bien d'une engueulade de vestiaire de sport.)
Sur TF1 toujours, la ministre des Sports indique qu'elle va réunir lundi Patrice Evra, le président de la Fédération française de football (FFF) Jean-Pierre Escalettes et le sélectionneur Raymond Domenech.
Diagnostic : « Il faut que les joueurs de l'équipe de France se ressaisissent ». Bonus : elle a « parlé longuement » à Patrice Evra qui est « décidé à faire un bon match » contre l'Afrique du Sud. (Voir la vidéo)
20h50. C'est qui la balance ? Patrice Evra avait expliqué samedi qu'il voulait que le « traître » coupable d'avoir rapporté à la presse les propos d'Anelka à Domenech à la mi-temps de France-Mexique soit expulsé de l'équipe.
Il précise ce dimanche que le bavard n'est pas Duverne, le préparateur de l'équipe de France, avec qui il a eu une altercation.
20h25. L'équipe de France malade, c'est toute la France qui tousse, à en croire les réactions des politiques. Après Nicolas Sarkozy samedi, qui a qualifié d'« inacceptables » les insultes attribuées par L'Equipe à Anelka, on relève :
- Pour Jérôme Cahuzac, président socialiste de la commission des Finances à l'Assemblée, ce qui se passe chez les Bleus est conforme au « climat que Nicolas Sarkozy a exalté » : « l'individualisme », « l'égoïsme », « le chacun pour soi » et « le chèque touché en fin de mois ».
- Sur France 2, Dominique de Villepina lui aussi filé la comparaison avec le sarkozisme : « Je ne veux pas que la France ressemble à l'équipe de France de football »
- François Bayrou tente de prendre de la hauteur : « J'aime le foot, mais je trouve qu'on en fait trop à son propos. (...) Il y a des forces qui s'accommodent très bien de ce que les peuples soient détournés des vraies questions. »
Mais cède lui aussi à la tentation de tacler le Président : « Ce qui m'a frappé c'est le nombre de gens qui m'ont dit : Ce match est à l'image de la France d'aujourd'hui. Trop de communication, trop d'argent et, sur le terrain, comme une résignation. »
- La ministre de l'Economie Christine
Lagarde a fait part de sa consternation.
- Le divers droite Nicolas Dupont-Aignan ne fait pas dans la demi-mesure : « Il faut les virer, voilà ! Pas tous, mais bon, faut faire son boulot. Pour moi, le foot est pourri par le fric, ça explique beaucoup de choses. Il faut un grand ménage. »
De leur côté, les footeux donnent dans le registre politico-historique. Guy Roux, ancien entraîneur de l'AJ Auxerre : « Mai 68, c'était une république qui tournait rond à côte de ça. On est quand même dans un stade avancé d'anarchie. »
20h20. Et pendant ce temps, il y a aussi du foot : Hubert Artus et le Rue89 Football Club suivent en direct le match Brésil-Côte d'Ivoire.

20h15. Il y en a au moins un que tout ça amuse, c'est Hervé Baudry. Le dessinateur, qui tient un blog sur Rue89, nous assaille de dessins plutôt biens vus sur l'explosion en vol de l'équipe de France...
20h05. L'encadrement des Bleus confirmait un entraînement des joueurs lundi, à 12 heures.
19h00. Sur un navire à la dérive, c'est le genre de choses qui arrive : « Et maintenant, la mutinerie », titre 20minutes.fr. Les joueurs français ont en effet refusé de s'entraîner ce dimanche après-midi.
Et le groupe s'est déchiré sous les yeux des invités du stade Field of Dreams (« le champ des rêves ») de Knysna, venus les voir (tenter de) se préparer la rencontre contre l'Afrique du Sud mardi. Le Post a réalisé un montage que les chaînes d'information continue ont alors pu diffuser. (Voir la vidéo)
Le récit que dresse L'Equipe.fr est saissisant :
- Le capitaine Patrice Evra s'en est pris au préparateur physique Robert Duverne. Il a fallu que Raymond Domenech intervienne pour les séparer. Duverne a quitté le terrain, jetant son sifflet de rage.
- Alors que les joueurs regagnent leur bus, le directeur délégué de la Fédération française de foot Jean-Louis Valentin annonce sa démission aux journalistes :
« Il y a des élus, il y a un sélectionneur et des joueurs. Chacun assume ses responsabilités. Moi je suis un administratif de la Fédération, un salarié. Je suis monté en ligne quand il fallait pour défendre ce que j'estimais être les intérêts de la Fédération.
Je considère que ce qui se passe cet après-midi est un scandale. Un scandale pour les Français, un scandale pour les jeunes qui sont ici, un scandale pour la Fédération et pour l'équipe de France.
Dans ces conditions, je démissionne. Ils ne veulent pas s'entraîner. C'est inacceptable. En ce qui me concerne, c'est terminé. Je quitte la Fédération, je quitte naturellement mes fonctions. Je suis écoeuré et dégoûté. »
- L'entraînement est finalement annulé, et Domenech s'avance pour lire le communiqué des joueurs, qui affirment sans nuance leur solidarité envers l'attaquant de Chelsea, renvoyé dans ses pénates samedi :
« Tous les joueurs de l'équipe de France sans exception souhaitent affirmer leur opposition à la décision prise par la Fédération française de football d'exclure Nicolas Anelka. » (Voir la vidéo)
On a rien oublié ? Si : avant cette séance avortée, le feuilleton avait connu un premier épisode sur le plateau de Téléfoot. Domenech y était invité pour donner sa version de l'altercation avec Anelka :
« Les gens n'imaginent pas la pression. On est dans un vestiaire, le sélectionneur dit quelque chose à un joueur qui est déjà sous pression, il peut avoir un moment d'énervement, il a des mots. »
Ribéry l'y a rejoint et, les larmes aux yeux, a présenté ses excuses aux supporters des Bleus :
« Je demande pardon à tous les Français de ne pas avoir fait une Coupe du monde comme ils le souhaitaient. On n'a pas été bons, on n'a pas mouillé le maillot comme on aurait dû le faire. On se sentait bien à un moment donné, contre l'Uruguay (0-0), mais on a essayé de faire des choses individuelles. » (Voir la vidéo)

18h50. Au départ, il y a une couverture de L'Equipe. Ou plutôt, un coup de poing dans le ventre. C'est ainsi que l'ont vécu deux des contributeurs amateurs de foot de Rue89.
Le premier à tirer, c'est Vinvin, qui tient une chronique quasi-quotidienne dans le Rue89 Football Club pendant la durée de la Coupe du monde :
« Il y a trois éléments qui s'entrechoquent et me choquent. Le premier c'est qu'Anelka ait dit cela. Le deuxième c'est que quelqu'un ait rapporté qu'il ait dit cela. Le troisième c'est que L'Equipe l'ait plaqué en couverture, sans filtre, sans pincettes.
Pas un beau titre dont ils ont le secret, comme un “ Inadmissible ” ou “ L'insulte faite à Raymond ” ou encore “ Anelka pète les plombs ”, etc.
(...) Une couverture qui sent le fond des latrines, comme du Voici qui aurait mal tourné, c'est dire... »
► « L'Equipe et les insultes d'Anelka à Domenech : on touche le fond »
Pour l'enseignant Gilles Juan, le choix du quotidien sportif est la preuve que dans le journalisme, la citation gagne du terrain sur l'analyse :
« Il faut dire que la citation dispense le journaliste de faire son métier : traduire les événements en actualité, sous prétexte que les authentiques mots qui ont été prononcés “ parlent d'eux-mêmes ”, sont “ forts ” et “ vrais ” (et aussi un petit peu parce que c'est vendeur). »
► Insultes d'Anelka en une de L'Equipe : la citation remplace la réflexion
Photo : Jean-Louis Valentin quitte le stade d'entraînement des Bleus (Charles Platiau/Reuters) ; l'entraînement des Bleus au Cap, le 21 juin 2010 (Toru Hanai/Reuters) ; l'entraînement des Bleus au Cap, le 19 juin 2010 (Charles Platiau/Reuters) ; Anelka à l'aéroport du Cap, le 20 juin (Carlos Barria/Reuters).
(non validés par la rédaction de Rue89). Tous les tweets concernés.
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Bachelot a piqué une colère.
-Tout le monde a l'infirmerie pour une piqure ! ! !




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