17/06/2010 à 19h24

Foot : Jabulani devait assurer le spectacle, il tue l'attaque

Gilles Juan | enseignant


Jabulani, ballon de la Coupe du monde 2010 de football en Afrique du Sud (Paulo Whitaker/Reuters).

Rien d’original à dire que « Jabulani », le ballon du Mondial, est pourri. Casillas a clos le débat, en considérant qu’il s’agissait d’un « ballon de plage ». Mais plutôt que de se focaliser sur le ballon, qui est une erreur incontestable et qui sera vite oublié, arrêtons-nous un instant sur la « philosophie de jeu » qui a conduit à la production d’un tel cerf-volant : favoriser l’attaque.

Favoriser l’attaque, c’est généralement pour qu’il y ait plus de « spectacle ». Seulement, au nom du spectacle, le ballon fausse l’intégrité des conditions de jeu.

C’est exactement comme si tout à coup, on mettait des obstacles dans la surface, des marmottes par exemple, ou qu’on demandait au gardien de n’utiliser qu’une main.

Tous les sports se doivent d’obtenir les conditions optimales, et d’éliminer toute forme de hasard, pour que les résultats soient dûs à la performance, et le moins possible à ce qui relève de l’aléatoire.

Or, les trajectoires de ce ballon sont complètement aléatoires. Elles ne sont pas maîtrisées par celui qui tire, ni maîtrisables par celui qui est aux cages. Si encore c’était un parti-pris, comme au rugby ! Mais là non : il s’agit juste de sacrifier les gardiens.

Dans le sport, le hasard n’est toléré, et potentiellement souhaitable, que si tous les participants sont logés à la même enseigne : il pleut sur tous les joueurs, la pelouse est arrosée pour tout le monde, il fait trop chaud ou froid pour tous.

À la rigueur, le fait que le ballon rebondisse beaucoup pourrait être intégré dans le jeu et les contraintes techniques : c’est potentiellement intéressant qu’un ballon rebondisse davantage.

Mais une trajectoire flottante, quand elle ne doit rien à la performance mais tout au hasard, n’est pas estimable. Pour dire les choses simplement, ce n’est pas marrant du tout, ce n’est pas du jeu.

Jabulani encourage un jeu prudent, voire crispé

Ensuite, si l’on y réfléchit bien, plus la Fifa voudra favoriser le spectacle, plus elle échouera à en proposer. Et rien d’anormal à cela puisque ce sera le symptôme d’une pauvreté du jeu. Un ballon pour faciliter la tâche des attaquants -en compliquant celle des gardiens- : un constat d’échec du jeu. Et donc, une volonté de compensation, une philosophie de perdant, et non un encouragement à attaquer.

Mais quoi qu’il en soit, l’incitation à l’attaque ne semble pas non plus un argument tenable, puisqu’il s’agit d’observer le phénomène suivant : grâce à ce nouveau ballon, les équipes ont encore moins besoin d’attaquer.

Elles peuvent encore plus avoir confiance dans le contre, le coup de pied arrêté, la frappe de 25 mètres. On les encourage à persévérer dans leur attitude prudente, pour ne pas dire crispée.

En définitive, plus on facilitera la tâche des attaquants, moins les équipes attaqueront. C’est implacable.

Ainsi, une fois de plus, nous sommes au regret de constater que la Fifa n’a pas réfléchi. Aveuglée par des bons sentiments -plus de buts ! plus de spectacle ! -, bons sentiments derrière lesquels on doit toujours chercher l’intérêt -l’audience, par exemple-, la Fifa s’est encore emmêlé les pieds.

Plutôt que de faire en sorte que les équipes soient dans des conditions optimales -celles auxquelles elles sont habituées, tout simplement-, on tente chaque fois d’ajouter un ingrédient « spécial Coupe du monde ». Soit un nouveau ballon, soit une nouvelle règle, soit les deux.

Pour ne pas être injuste à l’égard des designers du Jabulani -le premier ballon parfaitement rond, parce que moulé on ne sait plus où ni comment-, soyons soucieux de faire le tour des arguments en faveur du ballon : celui-ci possède onze couleurs, c’est-à-dire autant que le nombre de joueurs dans une équipe, autant que le nombre de langues officiellement parlées en Afrique du Sud.

Pathétique.

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  • Fencer
    Fencer
    Informaticien
    • Posté à 19h46 le 17/06/2010
    • Internaute 86534
      Informaticien

    J’avoue être assez d’accord avec votre analyse. Au premier abord, j’étais heureux de savoir qu’on allait avoir « enfin » un ballon complètement rond - c’était la classe !

    Oui mais je me suis rappelé un cours de sport il y a quelques années où on nous a expliqué que les parties « plates » du ballon sont comme les ailerons sur une voiture : ça l’aide à prendre « appui » sur l’air => une voiture de course est plaquée au sol, tandis qu’un ballon aura tendance à prendre de l’effet.

    Du coup, avec un ballon entièrement rond, plus d’appui aérodynamique, donc pas de trajectoire précise : CQFD. C’est Platoche, le roi du coup de pied arrêté, qui aurait été malheureux avec un tel ballon...

  • Hugodecaen
    Hugodecaen
    Etudiant
    • Posté à 20h09 le 17/06/2010
    • Internaute 103281
      Etudiant

    Cela fausse aussi les contrôles de balle, on voit depuis une semaines ces mauvais contrôle c’est alertant.

    Au lieu de faire une coupe carrée on la fait ronde, à n’y rien comprendre !