Quatorze matchs plus tard, je vibre... pour l'Allemagne

Mascotte de Naranjito, Coupe du monde 1982.
J’avais 11 onze ans lorsque l’Allemagne et la France se sont affrontées à Séville, en demi-finale de la Coupe du monde 1982. Je m’en souviens très bien, c’est la dernière fois que j’ai pleuré.
1982, sur la Costa Brava. Mes parents et moi passons nos vacances dans un hôtel à Sant Feliu de Guixols, entre Barcelone et Perpignan. Je porte un T-shirt « Naranjito », la petite orange mascotte de la Coupe du monde.
Le dessin animé « Onze pour une coupe », dont le générique est chanté par Eric Charden, vient distraire et éduquer les enfants dans la compétition et je suis à fond. (Voir la vidéo)
Mon album Panini est complet depuis que j’ai échangé tous mes doubles pour la dernière carte manquante, celle du Polonais Zbigniew Boniek.
A l’époque, je joue chez les jeunes du Stade Français. Jouer au foot au Stade Français, c’est comme jouer au rugby à l’OM, il y a un truc qui déconne. Mais du haut de mes onze ans, je vis à fond un sport qui me passionne et qui tapisse massivement les murs de ma chambre.
Pendant cette demi-finale, tous les Espagnols de l’hôtel sont intensément pour la France. Seul un couple de touristes allemands reste discrètement silencieux dans un coin, osant par moment quelques soutiens, mais vraiment légers.
L’attentat du goal Schumacher contre Battiston
L’Allemand n’est pas cordialement apprécié dans ma famille en 1982. Les souvenirs de prison de mon grand-père sont encore très présents, et il n’est pas une visite où il n’en parle. La guerre, les privations, les humiliations...
Pour le petit garçon que je suis, le simple mot « Allemagne » résonne comme un coup de fusil. Je n’y peux rien, un enfant soutient toujours son grand-père. L’attentat de Schumacher sur Battistion, les buts de Trésor et Giresse, les pénaltys manqués de Stielike et Six...
J’ai les images gravées à jamais, comme des millions d’entre vous. Il me faudra des années pour oublier. Le nom Schumacher, même porté par un autre, symbolise à lui seul tout ce que le sport véhicule de plus violent, et je grandis avec le mépris. (Voir un extrait d’un sujet de France 5 sur l’incident entre le goal allemand Schumacher et le footballeur français Battiston)
Il me faudra la double intervention de Tania, une magnifique Berlinoise de 18 ans, et de Gerhardt, un pote de régiment, pour atténuer cette colère.
Alors comprenez mon trouble lorsque, aujourd’hui, après quatorze matchs joués dans la compétition africaine, mon admiration la plus sincère se porte sur l’Allemagne !
Est-ce que j’ai changé ? Trahi ? Vieilli ? Je n’en sais rien. Mais l’Allemagne est à ce jour la seule équipe m’ayant fait vibrer. Un seul match sur quatorze m’a donné le frisson. Pas vous ? Un jeu franc et rapide à une touche de balle, de l’imagination, des tentatives, des tirs cadrés -pas de problème avec le nouveau ballon-, une certaine forme de folie offensive pleine de fraîcheur. Je me suis régalé !
J’espérais du Brésil le même genre d’émotion : mais rien. Les Pays-Bas ? Mous. L’Italie ? Plate. L’Argentine ? Brouillonne. La France ? Ha ha ha.
Non, si je fais le compte -mais l’Espagne n’a pas joué-, seule l’Allemagne m’a fait vraiment plaisir. Trembler de bonheur, sourire, s’emballer, se laisser porter par la beauté du jeu, se sentir léger, voilà les émotions que le sport doit générer, et l’Allemagne a rempli ce job.
Mon grand pardon est initié, j’espère que mon grand-père, de là où il est, ne m’en voudra pas.
► Vinvin est auteur, il est le concepteur de la série foot parodique « On lâche rien ! » Suivez-le sur Twitter pendant les matchs de la Coupe du monde.
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(nippon ni mauvais)
(nippon ni mauvais)
Ben moi, je soutiens par principe les petits : Af. du Sud, Corée du Sud et du Nord, Japon, Ghana, Slovénie, tous ces « sans grandes » qui sont quand même arrivés dans la grande marmite mercantile de la coupe du monde.
Ah, quel bonheur quand une de ces équipes met un pion à un « grand », voire gagne un match à contre-courant des pronostics de ceux qui savent !
Et puis, quand ils perdent, on peu se dire : « tant pis, au moins ils ont fait de leur mieux, avec leurs moyens ».
Alors que les grandes équipes, quand elles gagnent c’est « normal », quand elles perdent c’est des « emmanchés surpayés ». Où est la passion là-dedans ?
Oh ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : bien sûr que j’ai vibré avec la France en 98 ! Mais j’ai vibré avec les Turcs et les Coréens en 2002. Ce style de « patriotisme », il ne passera pas par moi.




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