02/03/2010 à 12h11

Foot : pour assainir les finances des clubs, l'exemple de la NBA

Nacim Chikh | Rue89


Michel Platini président de l'UEFA en conférence de presse à Kiev, en Ukraine en décembre 2009 (Konstantin Chernichkin/Reuters)

Le foot-business est au bord de la crise. Endettés, déficitaires, les clubs peinent à suivre les exigences de leurs joueurs et de leurs agents. Un problème pourtant réglé depuis longtemps outre-Atlantique, dans le basket par exemple, où sportifs comme dirigeants y trouvent leur compte.

Une perte globale de 578 millions d'euros

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L'UEFA vient de faire état de la situation économique catastrophique des clubs européens, en particulier chez les grandes écuries.

On y apprend que les salaires des joueurs ont augmenté de 18,1% en 2008, et que 57 équipes y consacrent plus d'argent qu'ils n'ont de revenus... (Téléchargez le rapport de l'UEFA)

Côté transferts, la palme revient aux clubs anglais et espagnols : entre les sommes dépensées pour l'achat de joueurs et les sommes rapportées par la vente d'autres joueurs, les clubs perdent 385 millions d'euros (sur un marché de 550 millions d'euros pour toute l'Europe).

Au final, le football européen affiche pour la même année une perte globale de 578 millions d'euros et 22% des clubs accusent un déficit supérieur à 20%...

Michel Platini, président de l'UEFA, tente d'ouvrir le débat sur une harmonisation européenne des législations. Véritable enjeu : la réduction de la dette des grands clubs. 650 millions d'euros pour Manchester, 562 pour le Real ou 420 pour l'Inter de Milan...

La surenchère salariale et les transferts exorbitants ont plombé les bilans, avec la bienveillance des banques et des actionnaires, censés assurer leurs arrières. Des clubs qui n'ont pas intérêt à abandonner leur hégémonie sportive et qui font pression pour maintenir le statu quo.

Un système mieux régulé aux Etats-Unis

On pourrait croire que les ligues outre-Atlantique connaissent les mêmes problèmes. Loin de là : la rémunération des joueurs des grandes équipes de basket est extrêmement cadrée. Pourtant c'est, pour les joueurs, le sport d'équipe le plus lucratif du pays.

Le secret réside dans le « salary cap », qui définit la masse salariale maximale à laquelle tous les clubs sont soumis. Chaque dollar de dépassement peut entraîner jusqu'à un dollar d'amende et des restrictions de recrutement.

Détail déterminant : un contrat signé ne peut être rompu. Même en cas de longue blessure ou de transfert, le salaire des joueurs reste immuable jusqu'à la fin de leur engagement. Un bon moyen d'empêcher l'inflation et de maintenir un niveau de jeu relativement homogène.

Les joueurs y sont aussi beaucoup mieux organisés. Tous syndiqués, le « collective bargaining agreement » (ou CBA), sorte de convention collective, est renégocié tous les sept ans avec les clubs et définit le « salary cap », les conditions de transferts ou encore le « Smic » des joueurs. Un salaire minimum qui se chiffre en millions de dollars mais qui, couplé à un plafond de rémunération, empêche les stars de monopoliser tout l'argent disponible.

A tout cela s'ajoute un droit de grève illimitée, dont l'utilisation s'est déjà révélée décisive. Ainsi, en 1999, après un désaccord sur les salaires, la NBA avait démarré avec deux mois de retard, pour finalement céder à toutes les revendications des joueurs.

Une autre conception de la formation

Il serait pourtant impossible d'importer ce système tel quel aux ligues du vieux continent. Les championnats américains sont des « franchises fermées » : il existe une liste fixe des clubs participants et il n'y a pas de système de divisions inférieures. Tout l'inverse du football européen, où la relégation est une tradition et les liens avec le sport amateur plus forts.

La formation n'a elle non plus rien à voir. Les joueurs américains sont formés dans les facs et choisis par les clubs selon un système savant de tours (« drafts ») : les équipes choisissent à tour de rôle des joueurs sortant de l'université.

En Europe, les clubs forment eux-mêmes les joueurs, achetés parfois lorsqu'ils sont à peine adolescents pour des millions d'euros et soumis très vite au monde professionnel et à la compétition de haut niveau. La reconversion des joueurs, une fois leur carrière terminée, est d'autant plus difficile qu'ils arrêtent très tôt leurs études souvent par manque de temps, quand les sportifs américains restent dans le système scolaire jusqu'à parfois 20 ans.

Tout le monde s'accorde pour dire qu'une réforme ne pourra se faire qu'à l'échelon européen. Mais en attendant des positions claires des instances footballistiques ou une véritable action politique, ce sont les supporters qui s'activent.

Les craintes des supporters

Critiquant ouvertement les actionnaires de leurs clubs -comme à Manchester où la famille Glazer, propriétaire du club, envisage de s'en débarrasser pour être tranquille-, ils s'inquiètent des sanctions sportives à l'encontre de leur équipe en cas de problèmes financiers.

En Angleterre, la faillite du club de Southampton lui a coûté une rétrogradation en troisième division. Portsmouth, Valence et la Lazio de Rome seront bientôt dans le même cas, et tout le monde redoute que la chute d'un grand club ait un effet domino dévastateur.

Dans ses plus mauvaises années, le Real Madrid avait pu compter sur le roi d'Espagne pour renflouer ses caisses. Pour les autres...

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  • Warp
    • Posté à 12h23 le 02/03/2010
    • Internaute

    le salary cap est à mon avis impossible à mettre en place en Europe mais il suffirait que Platini tienne l'un de ses engagements et mette en place une DNCG à l'échelle européenne

  • Nacim Chikh
    Nacim Chikh répond à Warp
    Auteur(e) de l'article Rue89
    • Posté à 12h47 le 02/03/2010
    • Internaute
      Rue89

    Oui, le salary cap tel qu'il est conçu aux USA serait impossible à instaurer. Mais on peut imaginer un système de plafond similaire, ou un nombre de joueurs salariés maximum (certains clubs, comme Manchester City, en compte plus d'une trentaine).

    Platini n'a pas vraiment les coudés franches. Les fédérations nationales ne sont pas toutes partantes pour une régulation européenne. La solution qui se dessine pour le moment semble plutôt venir du monde politique, et on peut espérer une directive européenne régulant l'ensemble du sport professionnel. Mais on en est encore loin...

  • Enlendil
    Enlendil répond à Nacim Chikh
    Etudiant
    • Posté à 13h07 le 02/03/2010
    • Internaute
      Etudiant

    30 joueurs ça n'est beaucoup. Sur une saison vous pouvez avoir entre 5 et 10 blessés. Rajouter à celà les suspendus et par moment vous n'avez qu'une vingtaine de joueurs disponibles. Et ça c'est peu. 11 doivent être sur le terrain, comptez au moins la moitié sur le banc... ça fait 18 joueurs minimum à avoir.
    Sachant qu'un défenseur ne sait pas jouer gardien, qu'un avant centre aura du mal à devenir défenseur etc etc... Les joueurs ne sont donc pas permutables. On pourrait se dire que « 20 joueurs c'est suffisant » mais si les 10 absents sont tous des joueurs de devant... vous avez un sacré souci.. D'où l'obligation de multiplier les postes.
    Après n'oublions pas que tous les joueurs ne touchent pas 400 000 euros par mois... loin de là. Dans un club un bon nombre ont des salaires « raisonnables » (certains d'ailleurs ne sont qu'à 4/5 000 euros).
    Par contre certains ont effectivement connu des excès. Du genre de Marseille il y a quelques années qui pointait à plus de 50 joueurs -_- » Mais un dégraissage massif a eu lieu par la suite.

  • Bigbenny
    Bigbenny
    fonctionnaire
    • Posté à 13h21 le 02/03/2010
    • Internaute
      fonctionnaire

    Le constat fait sur la NBA est à nuancer. Tout d'abord, la ligue s'apprête à annoncer des pertes considérables ( Lien ). Et le big boss, David Stern met cela sur le compte de salaires trop élevés. Un Lock Out (grève des joueurs) se profile pour la saison 2011/2012 qui verra justement le CBA être renégocié.
    De plus, les règles de salary cap peuvent être contournés pour les joueurs qui appartiennent à une équipe depuis un certain laps de temps qui s'apprêtent à devenir Free Agent (libres de tous contrats). On appelle cela les Bird Rights, du nom de Larry Bird, premier joueur à avoir pu être resigné par son équipe sans tenir compte du salary cap. Je schématise, mais c'est un peu l'idée. ( pour plus d'infos : Lien ).
    Calquer cet exemple sur le foot ne changerait pas grand chose, surtout qu'en termes de business et de gestion, les propriétaires ont une grande liberté d'action. Et de fait, certaines équipes qui gagnent énormément d'argent (Lakers par ex), ou ont un proprio ne regardant pas à la dépense et prêt à payer la Luxury Tax ( Mavericks par ex), dominent la ligue depuis des années.

    Tout ça pour dire que je ne suis pas convaincu que ce soit la solution, même si on peut évidemment s'inspirer de quelques mesures prises par la NBA.

  • Nacim Chikh
    Nacim Chikh répond à Bigbenny
    Auteur(e) de l'article Rue89
    • Posté à 13h46 le 02/03/2010
    • Internaute
      Rue89

    Oui, la NBA perd de l'argent à cause des salaires. Personnellement, je l'interprète plutôt par un nivellement vers le haut du salary cap (avoir une limite de masse salariale astronomique pousse à atteindre une masse salariale astronomique).

    Pour les cas des free agent, c'est il est vrai une exception problématique. Les assouplissements à répétition des règles dans certains cas de figures ont doucement dénaturé le principe du salary cap (pour comprendre le fonctionnement du salary cap et ses exceptions, voir le très bon article de passionbasket.fr Lien).

    Les clubs se frottant à la luxury cap restent marginaux (même s'ils sont sur le devant de la scène). La négociation du CBA prévue pour 2011 s'annonce explosive, c'est vrai, mais les leçons du lock-out de 2004 dans le hockey (qui avait débouché sur l'annulation de la saison) ont (je l'espère) été retenues.

    Comme je l'ai dit dans un précédent commentaire, le salary cap n'est pas un kit livré et monté pour le football européen. Mais il ouvre des perspectives intéressantes dans ce qui peut/sera fait chez nous.

  • Barak
    Barak
    bouddhiste extrêmiste
    • Posté à 14h26 le 02/03/2010
    • Internaute
      bouddhiste extrêmiste

    On peut se moquer de la ligue 1, il n'empêche que c'est l'un des rares « gros » championnats européens où les problèmes d'argent n'existent pas. La DNCG veille. Et si ça empêche le niveau de grimper au moins, si tout les poids lourds anglais, espagnols et italiens s'effondrent et vendent à tour de bras, on pourrait rêver d'une victoire française en coupe d'Europe...

    Mais avant que l'on surveille les salaires et les dépenses de tout le monde... Les clubs italiens c'est pas nouveau leur surrendettement et si on en parle que maintenant alors combien de temps avant d'agir ?

  • Nacim Chikh
    Nacim Chikh répond à Barak
    Auteur(e) de l'article Rue89
    • Posté à 14h55 le 02/03/2010
    • Internaute
      Rue89

    Les clubs français sont clairement les plus responsables financièrement. Il faut quand même garder un oeil sur l'OL. L'ambitieux projet de Jean Michel Aulas (OL Land, un nouveau complexe sportif comprenant un stade de de 60 000 places), pourrait s'avérer dangereux si les résultats sportifs ne suivent plus.

    La mauvaise saison (très relative au vu des deux derniers mois) de l'OL a d'ailleurs inquiété plus d'un investisseur. Mais sinon, le football français va bien, et ses résultats en ligue des champions (s'il confirme durant les matchs retours) montrent bien qu'une gestion axé sur l'aspect humain et sportif porte ses fruits.

  • Nacim Chikh
    Nacim Chikh répond à domica
    Auteur(e) de l'article Rue89
    • Posté à 18h08 le 02/03/2010
    • Internaute
      Rue89

    Bonjour,

    Lors du premier « règne » de Florentino Perez, le Real Madrid a été aidé 2 fois par le roi d'Espagne. Une première fois lorsqu'il s'est vu gracié d'une dette d'un milliards de francs, qui avait fait grand bruit à l'époque.

    Au sujet de ses terrains d'entrainement, le problème n'est pas le prix de vente, mais plutôt le loyer ridicule qui lui est maintenant demandé.

  • Arcus_Plus
    • Posté à 18h31 le 02/03/2010
    • Internaute

    La rentabilité des clubs de foot est un sujet complexe comme le suggère l'article (ou l'on voit que finalement les plus gros clubs sont en réalité ceux qui ont la capacité d'endettement la plus profonde, et non les plus riches dans l'absolu). Cette idée du cercle « vertueux » : victoires -> gains financiers -> équipe plus forte -> victoires etc ... trouve de nombreux contre-exemples, d'abord celui de l'endettement des gros clubs, et ensuite de manière plus positive, dans des clubs plus modestes en apparence sur le plan sportif comme le FC Copenhague. L'équipe vient de se faire éliminer par Marseille en coupe d'Europe, et pourtant, sans doute, c'est un club à l'économie plus florissante que le club Français, car géré par une société (Parken) qui a su diversifier ses activités (un peu comme essaie de le faire l'OL). Enfin tout ça pour dire qu'il n'est pas nécessaire d'aller voire ce que font les mecs en NBA alors qu'il y a des exemples de bonne gérance juste sous les nez des mecs de l'UEFA.

  • Barak
    Barak répond à monpays
    bouddhiste extrêmiste
    • Posté à 14h01 le 03/03/2010
    • Internaute
      bouddhiste extrêmiste

    La ligue 1 c'est au niveau des championnats européens une sorte de D2 certes. La premier League, la Liga et le Calcio sont censés être au dessus. Mais derrière, la Bundesliga, la Ligue 1 ou le championnat Portugais sont au même niveau. Porto c'est deux ligue des champions, plus que n'importe quel club français, c'est sûr. Bon la première c'est 1987, donc c'est plus tout jeune et la seconde c'est avec Mourinho et une génération en or avec Déco et toute la compagnie, plus une coupe UEFA. C'est pas non plus le Real faut pas plaisanter. En France on a parfois des finalistes, c'est juste qu'on a du mal a gagner les finales...
    Et puis sur le niveau général du championnat portugais, pas sûr que Maritimo ou le Vitoria Setubal ce soit bien plus glorieux que Nancy ou Sochaux. On verra bientôt ce que ça donne avec l'OM face à Benfica en UEFA par exemple, pour ce qui est des confrontations directes. Mais je reste convaincu que les niveaux sont plutôt équivalent. La seule différence c'est que le Portugal a des clubs leaders incontestés. En France moins, encore que depuis quelques années le processus devienne le même. L'OL n'est plus seul
    Si on mesure le niveau d'un championnat uniquement aux trophées européens glanés par un de ses clubs, alors le championnat Serbe est au dessus du championnat français puisque l'Etoile Rouge de Belgrade a une ligue des champions et une coupe de l'UEFA, soit mieux que n'importe quel club français.

  • .Dé.
    .Dé. répond à ledan
    touriste
    • Posté à 15h54 le 03/03/2010
    • Internaute
      touriste

    Cette réponse s'adresse également à nimch...

    Quelle arrogance intellectuelle ! ! ! vos posts sont d'une bétise et d'un manichéisme rare...

    En résumé, votre pensée : foot = beaufs/bière/pizza = incultes surpayés et tricheurs = instrument d'abrutissement des masses...

    C'est affligeant et même amusant de constater avec quelle désinvolture vous insulter les quelques centaines de millions de passionnés du football.

    Bien que je ne cautionne pas les dérives financières autour du football professionnel, je ne saurais accepter les banalités stéréotypées que vous proférer à l'encontre des fans de football et des sportifs professionnels.

    Certes ces sportifs millionaires ne comptent pas parmi l'élite intellectuelle mais ils constituent tout de même une élite à l'heure où culte du corps et de la performance sont élévés au rang de maitre étalon de la valeur des hommes. La faute à qui ?

    Ces « incultes décérébrés » ont sacrifié leur adolescence et leur vie de jeunes adultes pour arriver là où ils sont, tout comme les élites intellectuelles durant leurs études.

    Toutefois si dans la sphère professionnelle « traditionnelle », généalogie, argent et pistons en tout genre constituent des passe-droit à l'idéal méritocratique, dans le sport, cher(e) ami(e), il n'en est rien. Le sport c'est la méritocratie, sauvage et cruelle, certes, mais les faits sont là.

    C'est d'ailleurs pour cela que le football fait rêver les gens car, en majorité, les élus de la discipline sont d'origine modeste, il n'y a pas de parvenus dans le football. De plus, le sport professionnel constitue un espoir de promotion sociale indépendant des capacités ou des performances intellectuelles, il est une alternative parmi d'autres.

    Par ailleurs, je ne comprend le rapprochement idiot entre passion de football et désintérêt pour le débat publique. Je suis fan de football depuis que j'ai l'age de tenir debout et je ne suis pas pour autant dupe quant aux enjeux géo-politiques, économiques et culturels ... du monde dans lequel nous vivons !

    Tiens, au fait, j'aime la bière, les pizzas et même les jeux de foot !

  • Mads Madsen
    • Posté à 12h55 le 04/03/2010

    Il semble que le litige venait plutôt du fait que Florentino, lors de la vente de ces terrains, a obtenu (très) facilement leur requalification d'inconstructible à constructible - ce qui « requalifie » le prix de vente, évidemment.
    Et je crois avoir lu quelque part qu'en sus, le club gardait l'usufruit d'une partie des batiments à construire.

    Des enquêtes (justice espagnole, UEFA) ont été ouvertes, mais je ne connais pas les suites.