Le permis en Mini 05/09/2012 à 16h54

J’ai payé le permis de conduire mon fils 3 000 euros dans une auto-école de luxe

Ramses Kefi | Journaliste Rue89

Des leçons vite programmées, au soleil, en Mini... Pour en finir avec ce fichu permis, Olivier a eu recours à un jeune concept, qui tire parti d’un système « préhistorique ».

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Olivier, 45 ans, a contacté Rue89 après la parution début août de l’article « Lutte contre le permis de conduire au noir : “Ça fait froid dans le dos” ».

Il souhaitait raconter l’expérience de son fils, la vingtaine passée, dans une auto-école de luxe, unique en son genre, de la région parisienne :

« On a payé à peu près 3 000 euros pour un permis en accéléré. On nous a apporté le contrat à la maison. Les leçons de conduite avaient lieu dans le sud de la France et en Mini Cooper. »

Des parents « prêts à gaspiller des sommes énormes »

Il insiste pour ne pas parler d’arnaque, puisque le contrat était « réglo », mais préfère brocarder le système français « archaïque » en matière de permis de conduire, qui permet à des entrepreneurs « un peu malins » de profiter de ses failles et de se faire « un tas de fric, sans forcément être dans l’illégalité » :

« Certains ont payé jusqu’à 5 000 euros à cette auto-école. C’est énorme, mais ça en dit long sur le ras-le-bol et le désespoir de nombreux candidats et celui de leurs parents, prêts à gaspiller des sommes énormes pour en finir avec les lourdeurs. »

Son fils a obtenu son code dans une auto-école classique. Il a enchaîné avec quelques heures de conduite, avant de laisser tomber après un échec à l’examen. Son emploi du temps d’étudiant était surchargé et les créneaux qu’on lui donnait, pas vraiment adaptés à un apprentissage efficace de la conduite.

« Les leçons étaient trop espacées dans le temps, il avait l’impression de ne rien apprendre », explique son père, qui justifie l’urgence pour son fils d’obtenir son permis :

« Il faisait de trop longs trajets en transport. C’était soit être véhiculé, soit louer un appartement près de sa fac. La voiture nous paraissait être la meilleure solution. »

« Nous ne sommes pas une auto-école »

Son fils entend alors certains de ses amis – aisés – parler d’une auto-école parisienne, Royal Speed, qui propose un concept inédit de permis accéléré, après un apprentissage intense dans le sud de la France.


Capture d’écran du site de Royal Speed (RoyalSpeed.fr)

L’offre est attrayante : l’élève apprend à conduire dans une Mini Cooper et sur des routes moins encombrées qu’à Paris, avec la promesse d’obtenir le précieux sésame en trois mois maximum et, en cas d’échec, à l’un des examens (code ou conduite), de pouvoir le repasser sous quatre semaines.

Il prend une trentaine d’heures, pour un peu moins de 3 000 euros. « Un prix presque raisonnable comparé à ce qui est proposé là-bas, parce que mon fils avait déjà un peu d’expérience et son code de la route », poursuit Olivier.

Guillaume Borzakian, créateur et président de Royal Speed, explique au téléphone :

« Nous ne sommes pas une auto-école, nous proposons seulement, parmi d’autres services, le passage du permis de conduire. Nous sommes des commerciaux de la conduite en quelque sorte. Nous concluons des partenariats avec des auto-écoles à qui nous envoyons des clients.

La formation est adaptée et intensive et le candidat se retrouve dans des conditions d’apprentissage optimales puisqu’il est bien encadré et beaucoup moins stressé. »

« Un permis, ça ne se donne pas ! »

Le programme est le suivant : le candidat passe son code à Paris. Une fois réussi et en fonction des places disponibles, Royal Speed l’envoie dans l’une des auto-écoles « partenaire », à Rodez (Aveyron), Cassis (Bouches-du-Rhône) ou Avignon (Vaucluse) - dans lesquels il est aussi possible de passer son code- en ne précisant sur son site Internet ni leurs adresses, ni leurs numéros de téléphone.

Joint ce jeudi soir par Rue89, William Lemaître, gérant de l’établissement en question à Rodez, nie « le partenariat » :

« J’ai été effectivement en contact avec cette entreprise, qui m’a envoyé des élèves. Nous n’avions absolument aucun contrat. Mi-avril, j’ai arrêté d’en recevoir.

A Paris, on leur faisait un tas de promesses que je ne pouvais pas tenir, notamment sur les délais et les conditions d’obtention de leur examen. Un permis, ça ne se donne pas ! »

Des séances de massage dans les forfaits

L’organisation du séjour est comprise dans le forfait. « Nous avons aussi des partenariats avec une agence de voyage et des hôtels », étaye Guillaume Borzakian, qui, outre l’hébergement, propose en parallèle de la formation diverses activités : séances de massage, parties de golf, piscine...

« Le but est d’avoir un candidat épanoui. Certes, cela a un coût. Mais tout est détaillé dans le contrat. Et quand vous ratez plusieurs fois votre code et/ou votre permis à Paris, ça revient aussi très cher.

Quand un candidat rate deux, trois fois son examen et qu’il reprend chaque fois une quinzaine d’heures de conduite, on arrive aux mêmes tarifs. »

Il décrit Royal Speed comme une entreprise familiale, qui fonctionne au bouche-à-oreille et qui ne conclut ses partenariats commerciaux qu’avec des proches – amis, cousins –, sans chercher à attirer des clients en masse, ni faire « plus de pub que ça » :

« Nous avons à peine une dizaine de candidats au permis en ce moment. »

« Quand tu as mis tant d’argent, tu t’entêtes »

Le site internet est pourtant bien renseigné, la communication habile, laissant penser que la boîte cherche plutôt à se faire connaître et toucher un public plus diversifié que sa clientèle huppée. Elle offre, par exemple, des facilités de paiement.

Guillaume Borzakian minimise la rentabilité de leur formule :

« L’année précédente, notre bénéfice sur le permis de conduire était de 2000 euros. Parfois, nous perdons même de l’argent en offrant les frais à nos clients quand ils ratent un examen et doivent se réinscrire. »

C’est dans l’organisation des séjours qu’il assure amortir ses coûts et les autres services qu’il propose, comme la location de bateaux de luxe. Olivier confirme :

« L’heure de conduite est autour des 50 euros. En revanche, on paye les chambres d’hôtel le triple de leur prix de base. »

Difficile selon Olivier de court-circuiter Royal Speed, en allant directement s’inscrire à l’auto-école « partenaire » de Cassis :

« Elle refuse de vous prendre si vous ne passez pas par Mr Borzakian. »

Le fils d’Olivier a finalement eu son permis un peu moins de six mois après son inscription. Pas aussi rapidement qu’il ne l’espérait. Pour Olivier, mieux vaut être doué ou déjà préparé avant d’apprendre à conduire. :

« Quand tu échoues au permis et que tu veux changer d’auto-école, personne ne te reprend ou presque. Ils veulent soigner leurs statistiques. Et quand tu as mis tellement d’argent, tu t’entêtes parce que tu ne veux pas avoir l’impression d’avoir fait ça pour rien.

Tu es un peu bloqué. En tout, nous avons dépensé plus de 4 000 euros. »

La jalousie des auto-écoles

L’initiative de Royal Speed n’enchante pas les auto-écoles. L’une des Mini Cooper circulait en région parisienne il y a encore quelques mois. Selon Guillaume Borzakian, la boîte employait un moniteur indépendant pour des cours de perfectionnement :

« Il y a déjà eu des pneus crevés, des rayures sur la voiture. Je ne comprends pas cette jalousie. Nous ne faisons pas du tout le même travail. »

Philippe Colombani, président de l’Union nationale des conducteurs indépendant (Unic), tempère. S’il se montre plutôt dubitatif et réticent, il ne voit pas Royal Speed comme un danger pour les auto-écoles :

« Un permis aussi luxueux n’attire pas tout le monde. Il est trois fois plus cher. C’est tout à fait légal, mais il serait bon, par exemple, de demander les taux de réussite. »

Guillaume Borzakian reste évasif sur la question. Il en pose d’autres : .

« Est-il normal qu’un élève attende des mois pour obtenir une date d’examen et parfois des années pour réussir son permis ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’inspecteurs ? Pourquoi est-il si difficile de changer d’auto-école quand on a raté ? Le système est préhistorique. »

Alors il en profite. Olivier, lui, ironise :

« Au prix où j’ai payé, je me demande si je n’aurais pas dû l’acheter. »

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  • phil135
    phil135
    normal
    • Posté à 18h57 le 05/09/2012
    • 179105
      normal

    autour de chez moi (rp sud) les auto-écoles annoncent 1500€ au départ mais avec les suppléments ça ce termine vers 2000€.

    le pire est que je suis convaincu (par l’exemple des gens sur la route) que la conduite à la sortie n’est pas meilleure que quand ça coutait le tiers.

    et à 2000€, on arrive à des montants qui permettent d’envisager un aller-retour vers un endroit où le permis sera beaucoup beaucoup plus facile à obtenir

  • tomaz31
    tomaz31
    (immigre belge en Allemagne)
    • Posté à 19h15 le 05/09/2012
    • Internaute 107093
      (immigre belge en Allemagne)

    J’explique quand même le permis ancienne manière en « filière libre en Belgique ».

    Permis théorique possible dès 16 ans et 9 mois, raison simple, il est valable 15 mois ce permis théorique.

    Ensuite conduite accompagnée avec son père en général, il faut avoir plus de 6 ans de permis et accompagné maximum 1 personne tous les 3 ans, légalement.

    J’ai appris dans une zone industrielle le week end à conduire, il y a personne, puis des petits trajets, mais uniquement de jour, interdit de nuit, aucune des deux personnes ne peut avoir bu ne fusse que 0,1 d’alcool. Personne ne peut être dans la voiture sauf les deux personnes.

    Et ensuite test pratique, sur parking et 20 minutes sur route, et j’avais mon permis... Incroyable, théorique comme pratique du premier coup !

    On a uniquement ajouté quelques heures obligatoire en auto-école, pour obliger une certaine professionalité.

    Mais l’idée d’avoir 15 mois pour apprendre à son aise, je trouvais cela assez bien, franchement.

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas répond à A déménagé le 29-10-2012
    Fou du volant
    • Posté à 20h00 le 05/09/2012
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    Je suis bien d’accord avec vous que c’était mieux avant , mais pour le permis vous racontez n’importe quoi .
    J’étais un jeune con normal en 1971 et j’ai eu le permis du deuxième coup , et j’avais bossé un mois pour me payer les leçons et tout genre au SMIC et sans doute environ 1000 francs .
    Et aujourd’hui pour les petits cons normaux ça leurs coute aussi genre 1000 € qui est aussi environ le SMIC .
    La seule différence avec avant , c’est qu’il n’y a plus de boulots a cause du chômage et qu’on leurs file un permis minable a 6 points avec lequel ils ne peuvent plus apprendre a conduire légèrement bourré et défoncé , c’est en ça que c’était beaucoup mieux avant par contre..

  • Nomad®
    Nomad®
    Vagabond
    • Posté à 09h45 le 06/09/2012
    • Internaute 144674
      Vagabond

    Je n’appelle pas une formule « en trois mois » une formule accélérée et je signale par ailleurs que cela n’a rien « d’inédit ».

    Témoignage :

    J’ai 49 ans, bientôt 50 ans, j’ai passé mon permis à Paris, à l’ECF Ecole de Conduite Française, en « formule accélérée ». Vendue officiellement sous ce nom et pour la somme de 4.000 FF (Francs) en Juin 1981.

    Description des évènements : renseignements pris et inscription faites à l’auto école du quartier de la tour Eiffel on me remet le code de la route avec l’injonction de l’apprendre par coeur chez moi pour le lundi suivant.
    Je me présente donc le Lundi suivant pour deux jours complets et intensifs de leçon de code par diapositives et ont me présente à l’examen le mercredi matin de la même semaine et je j’obtiens.
    S’ensuit l’apprentissage de la conduite à plein temps, 8 heures par jour ET SEUL dans le véhicule avec mon moniteur du mercredi après-midi au Lundi soir suivant (dimanche exclu mais samedi inclu).
    Le lendemain, donc le mardi de la deuxième semaine je suis présenté à l’examen de conduite que je réussi.

    Entre le premier pied dans l’auto-école comme élève vierge de toutes leçons de conduite et de code et l’obtention du permis de conduire complet il s’est passé 8.5 jours... Plus l’apprentissage du livret du code chez moi par coeur au préalable.

    Pourquoi cela n’est plus possible maintenant je ne sais pas et je plaind les jeunes et autres qui sont confrontés à ce parait être maintenant un parcours du combattant surtout quand je viens lire ici « formule accéléréé inédite » qui n’est ni accélérée ni inédite à mon sens...

    Cordialement

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