Porte-monnaie 04/09/2012 à 15h42

Jérémy, géologue pétrolier, 3 560 € par mois et plein d’avantages


A 27 ans, Jérémy vient de s’installer en Grande-Bretagne et travaille pour une multinationale du secteur pétrolier. Il nous dévoile ses comptes (garnis) d’expatrié « pas colonialiste ».


Un piolet de géologue (Subarcticmike/Flickr/CC)

Au lycée, Jérémy (prénom d’emprunt) était bon partout.

« J’ai choisi une prépa bio [BCPST, ndlr] car je voyais les maths comme trop rigides. Et puis en faisant de la bio, on touche à tout. J’avais vu des brochures d’école de géologie montrant des hélicoptères survolant le désert. Je crois que c’est ça qui a poussé mon choix pour la géologie. »

Jérémy décroche en 2009 un master de géologie pétrolière, exploration et production. Quelques mois plus tard, il travaille pour Total en CDD.

« Je n’ai pu monter dans un hélico qu’une fois, et c’était en pleine mousson en Indonésie. Ça m’a vacciné pour le restant de ma vie ! »

Après quelques mois de chômage, il est engagé en janvier 2011 par une multinationale de services pétroliers et immédiatement envoyé en Amérique du Sud.

Depuis juillet 2012, il travaille à Reading, en Grande-Bretagne, toujours pour cette multinationale dont il préfère taire le nom :

« Le métier est intéressant. Même si on se doit d’être très rigoureux et scientifique, la géologie est quand même à part. Savoir résoudre des équations, c’est utile, mais il faut savoir aussi observer le terrain, les cartes, savoir reconnaître les types de roches. »

Pour cela, il est amené à se rendre sur des chantiers dans le monde entier pour identifier les zones pétrolières et indiquer aux clients le meilleur moyen de forage. Il analyse le sous-sol de ces zones et identifie les roches susceptibles de renfermer du pétrole.

En Angleterre, Jérémy est sous contrat européen et fait donc partie des expatriés français. Il préfère tout de même parler d’une « expatriation modérée, dans la mesure où le choc culturel est assez minime ».

Pas d’attitude colonialiste

Si Jérémy nous dévoile son porte-monnaie et ses anecdotes d’expatrié, c’est parce qu’il a voulu réagir après avoir lu celui de Sophie, qui pointait l’attitude « très colonialiste » des expatriés du pétrole :

« J’avais trouvé ça vraiment trop cliché, trop simple. Tous mes amis sont chez Total, que ça soit en Angola ou au Cameroun, c’est pas la joie pour eux là-bas [comparé à la situation des expatriés au Gabon évoquée par Sophie, ndlr]. Moi, je suis très content d’être en Angleterre en ce moment. »

Lorsqu’il était à Trinité-et-Tobago, il n’a pas eu l’impression que les Trinitéens étaient exploités par les nombreuses compagnies pétrolières implantées là-bas. Idem à Caracas :

« Le gouvernement vénézuélien fait très attention à ce que font les compagnies pétrolières. Il n’y pas de non-respect de la part des Américains ou des Européens. Dans l’entreprise où je travaille, il y a beaucoup de mélanges. Il y a des Américains, des Anglais, quelques Français mais aussi des Nigérians, etc. »

En Amérique du Sud, il vivait en colocation avec des Vénézuéliens avec qui il sortait souvent le soir. De ses sorties, il a gardé une certaine image des habitants :

« Au Venezuela, il y a deux sortes de personnes : les pro-Chavez, qui pensent qu’on est des impérialistes, et les autres, qui critiquent Chavez et pensent que les Américains et les Européens font un bon travail. De toute façon, il n’y a pas beaucoup d’Occidentaux à Caracas. »

Revenus : 3 560 euros euros par mois

Taux de change

Les conversions de la livre sterling à l’euro ont été réalisées selon le taux de change en vigueur le 30 août 2012 : 1 livre = 1,2639 euro.

  • Salaire : 3 560 euros net par mois

Embauché en janvier 2011, Jérémy touche pour l’instant 3 560 euros par mois, sans treizième mois.

A partir de deux ans d’ancienneté, il pourra bénéficier d’une prime allant jusqu’à 10% de son salaire s’il remplit une liste d’une vingtaine d’objectifs.

  • Avantages

Lors de sa mission au Venezuela, son entreprise lui versait une indemnité d’expatriation de 40 dollars par jour (32 euros, soit 950 euros par mois), un « per diem » censé couvrir ses dépenses courantes.

« C’était quand même assez ric-rac pour vivre à Caracas. »

A Reading, il ne touche plus ces indemnités mais il ne paie pas de logement, c’est l’entreprise qui s’en charge. Depuis son retour de mission, à Reading, il est logé dans une « staff house » (maison d’employés), tous frais payés :

« L’ambiance y est sympathique. Ceci dit, c’est loin d’être une “auberge espagnole” anglaise. Le soir, on est tous un peu crevés. »

Elle se situe à 10 minutes à pied du centre-ville. Pour se rendre à son travail, il prend le bus d’entreprise pendant 15 minutes.

« Quand je suis arrivé, on m’a aussi donné une prime de 400 euros pour acheter le nécessaire, comme des meubles ou je ne sais quoi. Mais comme je vis à la “staff house”, je n’ai rien dépensé. »

S’il reste plus de six mois sur le sol anglais, il devra quitter le logement et se débrouiller pour en trouver un. En contrepartie, il aura droit à une prime de logement de 1 750 euros par mois.

Lorsqu’il est en mission à l’étranger, l’entreprise lui propose 4 000 dollars pour ses voyages personnels. Quand il était en Amérique du Sud, il n’est rentré que deux fois : pour le mariage d’une cousine et pour rendre visite à sa famille. Il a pu également faire venir ses parents grâce à cet argent.

Dépenses fixes : 800 euros par mois

L’observation de son budget ne semble pas être le premier des soucis de Jérémy. Installé en Angleterre depuis moins de deux mois, il découvre jour après jour les caractéristiques du système britannique.

  • Loyer : 0 euro
  • Energie : 0 euro
  • Internet : 0 euro
  • Assurance : 0 euro pour l’instant

Comme Jérémy n’a ni maison, ni voiture, il n’a pas de factures de gaz, d’électricité ou d’Internet à régler. Idem pour l’assurance habitation.

Pour ce qui est de sa responsabilité civile, il prévoit de s’en charger bientôt.

  • Impôts sur le revenu : 700 euros par mois

Au Venezuela, il était sous contrat de mission internationale : il a payé des impôts au fisc vénézuélien et ce qu’il a gagné là-bas n’est pas imposable en Grande-Bretagne. Actuellement, il paye ses impôts au Royaume-Uni. Son entreprise communique son salaire annuel au fisc britannique, et les impôts sont prélevés à la source.

  • Frais bancaires : 30 euros par mois

Il possède trois comptes bancaires, deux en France et un en Grande-Bretagne.

  • Téléphone portable : 70 euros par mois

Jérémy a deux forfaits en ce moment : il paie 25 euros par mois pour son forfait anglais et 45 euros pour son forfait français qu’il a voulu garder.

Dépenses variables : environ 1 100 euros par mois

Jérémy a une vie très saine : il ne fume pas, ne boit pas, fait du sport et, à l’écouter, on se doute bien qu’il mange ses cinq fruits et légumes par jour.

  • Courses et alimentation : 260 euros par mois

Jérémy ne fait pas de courses extravagantes ; il n’achète que l’essentiel pour sa vie de célibataire.

  • Déjeuners : 100 euros par mois

« Je mange tous les jours à la cantine de l’entreprise. »

Le système de santé britannique
Au Royaume-Uni, les expatriés français bénéficient du National Health Service, prélevé sur les impôts, qui prend en charge l’intégralité des frais lorsqu’ils consultent un généraliste référent.
  • Mutuelle : au moins 45 euros

Jérémy n’a pour l’instant « aucune idée claire sur les coûts de [sa] mutuelle » :

« Ce que je sais, pas contre, c’est qu’en contrat international, ma mutuelle représentait 3% du salaire, donc en gros 120 euros par mois. »

Il continue de verser 45 euros par mois à une mutuelle française « au cas où ». Elle remonte au temps où il était au chômage.

  • Vêtements : environ 30 euros par mois

Il ne sait pas vraiment combien il dépense par mois. « Allez, disons 400 euros maximum par an. »

  • Transports : autour de 130 euros par mois

« Les frais de transports ne sont pas pris en compte par l’entreprise quand c’est pour le loisir. »

Reading se trouve à 25 minutes de Londres en train. Jérémy s’y rend un week-end sur deux, principalement pour voir des amis autour de brunches ou de balades. Parmi les Français de Londres – entre 70 000 et 300 000, le nombre est imprécis –, il lui est souvent arrivé de retrouver « de bons potes d’école d’ingé » qui travaillent eux-aussi dans le pétrole.

  • Loisirs et sorties : environ 220 euros par mois

Sportif, Jérémy se rend régulièrement à la salle de sport, dont l’abonnement lui coûte 100 euros par mois.

Il va au ciné environ trois fois par mois, soit un peu plus de 30 euros par mois. Quand il sort boire des verres avec ses amis, il ne boit pas d’alcool, « rien que du Coca Light », et dépense environ 90 euros par mois.

  • Vacances : environ 300 euros par mois

Jérémy verse environ un mois de salaire – 3 500 euros – pour ses vacances chaque année.

A force de voyager, il s’est fait des amis au quatre coins du monde. Dernièrement, il est retourné au Venezuela et en Nouvelle-Calédonie pour leur rendre visite. Il n’a pas eu à payer d’hébergement.

Epargne : le reste, soit environ 1 750 euros par mois

« A vrai dire, je regarde pas trop. Tant que la banque ne m’appelle pas, je me dis que tout va bien. »

A 27 ans, Jérémy ne se fait pas vraiment de soucis pour l’avenir. Il aimerait bien se poser en Angleterre pendant quelque temps, mais il ne dit pas non à quelques missions à l’étranger. Du moment qu’elles s’étalent sur de longues périodes de deux à trois ans, ça ne le dérange pas.

Plus tard, sans vraiment savoir quand, il souhaite s’installer pour de bon en Europe et quand on lui demande avec qui, il répond avec insouciance :

« La famille, ça viendra. Je suis pas stressé par ça. Les rencontres que j’ai pu faire me montrent qu’il ne faut pas trop s’en faire. Lorsque j’étais en Indonésie, j’ai rencontré un couple d’expatriés qui s’étaient connus là-bas et qui se sont mis ensemble assez rapidement. »

Enchaîner des missions loin de son pays a forcément un impact sur la vie privée : c’est justement cela qui justifie les bons salaires et les primes des expatriés selon Jérémy.

MERCI RIVERAINS ! LapommedeNewton
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  • Pesticide
    Pesticide
    Cherche la mauvaise herbe
    • Posté à 16h03 le 04/09/2012
    • 183635
      Cherche la mauvaise herbe

    « pour identifier les zones pétrolières et indiquer aux clients le meilleur moyen de forage. Il analyse le sous-sol de ces zones et identifie les roches susceptibles de renfermer du pétrole. »
    4000€ pour aider des types à se faire du fric en salopant la terre, désolé si je n’applaudis pas.

  • silsilsil
    silsilsil
    Odieux campagnard
    • Posté à 16h14 le 04/09/2012
    • Internaute 121365
      Odieux campagnard

    Les géologues pétroliers sont en général bien traites par les compagnies car la compétence est relativement rare.

  • Melinster
    Melinster
    Pédant galvanisé
    • Posté à 22h14 le 04/09/2012
    • Internaute 61559
      Pédant galvanisé

    Si tous les expatriés touchaient un salaire dédommageant les conséquences liés à l’instabilité de leur mode de vie...
    L’avantage de travailler pour un groupe pétrolier, c’est de garder un emploi fixe, là où beaucoup d’expatriés doivent sauter de petits contrats en petits contrats, sans rémunération conséquente (disons pas toujours), et soumis à une certaine concurrence. On peut parfois gagner 2000 ou 3000€ net logement et pas mal d’avantages compris, mais si c’est pour passer 6 mois par an à dégoter un nouveau contrat, il reste plus bésef à la fin.

    Sinon :
    « Le gouvernement vénézuélien fait très attention à ce que font les compagnies pétrolières. Il n’y pas de non-respect de la part des Américains ou des Européens. Dans l’entreprise où je travaille, il y a beaucoup de mélanges. Il y a des Américains, des Anglais, quelques Français mais aussi des Nigérians, etc. »
    C’est assez naïf de comparer le pétrole vénézuélien au pétrole des pays Africains. Dans un cas un gouvernement qui tâche d’être le plus indépendant possible des occidentaux, et donc ne laissera rien passer à leur compagnies (y’a qu’a voir l’Argentine), de l’autre des dictateurs ou assimilés 100% à la solde de gouvernements divers et variés (Angleterre, France, USA, Chine...). S’il faut parler du Vénézuela, c’est plutôt pour l’or, le pétrole et le diamant sont bien trop surveillés.

  • ninjacommando
    ninjacommando répond à unhommede52
    anti sarko réfléchi
    • Posté à 01h10 le 05/09/2012
    • 181718
      anti sarko réfléchi

    si cette personne est en angletterre c’est peut etre et avant tout parce que sa société est en angletterre et non pas parce qu’il veut echapper au fisc français faudrait peut etre arreter de se regarder le nombril et de voir le monde en face....
    Et pour Coluche on peut dire que c’est des gens comme vous qu’il avait ds le nez des gens qui ne comprennent que le premier degré signe d’une c....rie bien profonde et bien ancrée.

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