Cinq idées folles (mais pas toutes idiotes) pour sauver l’euro
Hollande et Merkel se sont retrouvés jeudi au chevet de la zone euro. Afin de les aider à réfléchir, Rue89 a dégoté cinq idées iconoclastes permettant d’éviter l’iceberg.
François Hollande et Angela Merkel se sont retrouvés jeudi soir au chevet de la zone euro, toujours malade de ses dettes publiques. L’été a été étonnamment calme sur les marchés financiers et pourtant, l’Europe est loin d’être tirée d’affaire.
Plusieurs pays n’arrivent toujours pas à se financer normalement. Les solutions proposées pour stabiliser le navire sont soit très risquées (jeter à l’eau le matelot grec) soit très complexes et longues à mettre en place (une plus grande intégration politique, un plus grand contrôle bancaire, de nouveaux instruments financiers, un changement du rôle de la banque centrale, etc.).
Quelques experts ont avancé des solutions plus folles, mais aussi plus simples et plus radicales. Mais ils prêchent jusque-là dans le désert. En voici cinq exemples.
Fusionner toutes les dettes et les restructurer
Paul Jorion

Paul Jorion (DR Fayard)
Paul Jorion n’est pas économiste de formation – il est anthropologue – mais il l’est devenu par passion. Il est l’un des rares à avoir prévu la crise des subprimes avant 2008.
Sur son blog, il propose une solution très radicale pour mettre fin, d’un coup, au problème :
« La nuit de dimanche prochain (avant l’ouverture de Tokyo), toute la dette des dix-sept nations de la zone euro est rebaptisée “Eurodette” (OATs, Bunds, etc.) et la minute suivante, la zone euro fait défaut dans son ensemble.
Lundi matin l’Eurodette est restructurée (d’un seul bloc) et la parité euro/autres devises ira se placer où elle le peut.
Les dix-sept pays de la zone euro se retrouvent non seulement avec la monnaie commune (qu’ils avaient déjà) mais avec une dette commune ayant subi la décote correspondant à la restructuration. La zone euro aura opéré sa métamorphose : elle peut désormais fonctionner comme une zone monétaire ordinaire. Elle est sauvée. »
Jorion a raison sur le papier : cela marcherait. Le problème, c’est que de nombreux pays, à commencer par l’Allemagne, sont très hostiles à l’idée de fusionner leur dette bien notée avec les dettes mal notées (et donc plus chères à financer sur le marché) des pays fragilisés. Pour eux, cela reviendrait à faire porter le poids du sauvetage sur leurs propres contribuables.
Ecrêter TOUTES les dettes publiques
Nicolas Dufourcq et Sahra Wagenknecht

Nicolas Dufourcq (DR/Cap Gemini)
Nicolas Dufourq est directeur financier de Cap Gemini. Sur Rue89, il a avancé une proposition originale : écrêter TOUTES les dettes publiques européennes, y compris l’allemande, de 20%.
« La dette européenne s’établirait dès lors environ à 65% du PIB européen ; afin de respecter un principe d’équité essentiel à la construction d’une Europe des peuples, toutes les dettes, y compris la dette allemande (81,2% [en 2011, ndlr] du PIB aujourd’hui) ou la dette finlandaise (50% du PIB), seraient écrêtées ;
elles seraient ensuite mutualisées ; les Eurobonds deviendraient l’instrument de financement d’une Europe forte car libérée de l’effet boule de neige de la dette ; ils se négocieraient à des taux bas car le monde entier préfèrera prêter à une Europe assainie plutôt qu’à un continent étouffé sous le poids de sa dette [...]. »
Selon lui, les détenteurs de créances (assurances-vie, banques...) n’y perdraient pas. Car l’alternative, c’est la crise, la baisse du patrimoine et la baisse durable du niveau de vie : rien de bon pour eux...
En Allemagne aussi

Sahra Wagenknecht (DR)
L’idée d’un écrêtement général a également germé outre-Rhin, sous une plume très différente, celle d’une député du parti de gauche (Die Linke), Sahra Wagenknecht.
Tous les pays verraient leur dette amputée et ramenée à 60% du PIB (actuellement, celle de l’Allemagne est de 81,2% du PIB, celle de la France de 100%).
Cela déstabiliserait plusieurs banques, mais des mécanismes de soutien seraient mis en place pour empêcher que cette crise bancaire ait un effet sur l’économie réelle.
Une grosse taxe « one shot » sur le patrimoine
Giuliano Amato
En 2010, l’ancien Premier ministre de gauche Giuliano Amato a proposé une idée simple : réduire la dette italienne de 120% à 80% du PIB italien en ponctionnant, en une seule fois, le patrimoine du tiers des Italiens les plus riches.
L’économiste français Jacques Delpla, libéral, a repris l’idée dans une chronique publiée par les Echos, proposant une taxe exceptionnelle de 15% levée sur l’ensemble du capital national : actifs financiers et immobiliers.
Cet argent viendrait garantir le remboursement de notre dette publique. On pourrait la payer en cash ou en titres de propriété (ce qui éviterait de causer trop de problèmes aux gens riches en capital, mais pauvres en liquidités).
Séparer la bonne dette (bleue) de la mauvaise (rouge)
Jacques Delpla

Jacques Delpla (DR)
Dans les Echos, le même Jacques Delpla a proposé de séparer, pour les émissions futures, les dettes en deux parties.
« Une partie senior (bleue), dont la qualité serait identique aux obligations fédérales allemandes (le Bund) et qui irait au maximum jusqu’à 60% du PIB : elle serait toujours remboursée avant les autres dettes publiques et serait implicitement notée AAAA.
D’autre part, une dette rouge (au-delà des 60% du PIB), junior, susceptible de défaut.
Ensuite, les états, qui s’engageraient à l’orthodoxie budgétaire, mettraient en commun l’ensemble de leurs dettes bleues, chaque pays étant responsable de l’ensemble des dettes bleues des autres pays.
Il y aurait une unique dette bleue, de plus de 5 000 milliards d’euros, émise par une agence de la dette bleue. Les dettes rouges, elles, demeureraient nationales et continueraient d’être émises par les Trésors nationaux. »
Cette « dette bleue » est selon lui « le seul moyen pour redonner à des pays comme le Portugal ou la Grèce » un accès permanent à des financements abordables. A défaut, ils auront la tentation de quitter l’euro.
Faire sortir l’Allemagne de l’Euro
John Prout

John Prout (DR)
C’est une idée imaginée par John Prout, ancien responsable de la salle des marchés du Crédit commercial de France.
Elle a été reprise sur son blog par l’Américain Clyde Prestowitz, président de l’Economic Strategy Institute. Le problème de l’euro, disent-ils, n’est pas la faiblesse de la périphérie, c’est la force excessive de l’Allemagne.
Selon eux, du point de vue de l’économie allemande, l’euro est sous-évalué (d’où les énormes excédents de ce ce pays, mais il est surévalué pour tous les autres pays :
« Du fait de l’énorme compétitivité internationale de l’Allemagne et de la taille prééminente de son économie, l’euro est bien plus fort qu’il ne le serait dans une eurozone sans Allemagne. »
La sortie de l’Allemagne permettrait aux autres pays de retrouver leur compétitivité et donc de la croissance, grâce à la dévaluation de l’euro face au nouveau mark. Et l’Allemagne perdrait la part « artificielle » de sa compétitivité.
Ce n’est pas bête. Ils oublient un détail : l’euro est avant tout une construction politique. Sans l’Allemagne, il aurait beaucoup moins d’intérêt. L’expulsion de Berlin ressemblerait en réalité plus à la fin de l’euro qu’à son « sauvetage ».
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Gros con de droite
Gros con de droite
Le problème du point 1) est qu’une grosse partie de cette dette est détenue par des particuliers, des entreprises et des banques européennes. Il manque l’analyse de ces conséquences internes à l’UE pour se faire une idée de son intérêt.
Idem pour le point 2).
Le point 3) est intéressant quand on sait que le plus gros patrimoine, en France, et celui de la sphère publique. Si celle-ci est exemptée de cette taxe, alors c’est un transfert massif du privé vers le public. Tous ceux qui ont des patrimoines liquides vont les exiler immédiatement, et seuls ceux qui ont du capital immobilisé (de la terre, du bâti) seront touchés, pour un rendement nettement moindre. Dans le même temps, l’exil des capitaux provoquera une crise encore plus dure que l’actuelle. Bravo, encore une idée de gauche, on les reconnaît sans coup férir au fait qu’elles reviennent à se tirer une balle dans le pied.
Le point 4) est trop compliqué, c’est un rêve de technocrate qui ne tiendra pas à la première crise politique venue.
Le point 5) ne se fera pas parce que l’Allemagne n’y a pas intérêt et que la France ne l’acceptera jamais.
Curieusement, il manque une 6è option, qui est ce que s’apprête à faire la BCE : intervenir massivement sur les marchés pour réduire le spread (écart entre les taux payés par les différents pays), quitte à générer une inflation qui aurait un effet bénéfique additionnel sur la dette.




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