L’édito 22/08/2012 à 12h17

La hausse du plafond du livret A n’est pas vraiment de gauche !

Pascal Riché | Cofondateur Rue89


Des pièces de 1 euro sur un coin de table (Tom Raftery/Flickr/CC)

Le livret A, c’est un peu comme la tour Eiffel ou le baccalauréat. On l’aime par réflexe, par attachement quasi républicain. Ne finance-t-il pas le logement social ? Difficile d’être contre ce produit d’épargne simple, défiscalisé, en un mot : populaire.

L’augmentation de son plafond (de 15 300 à 19 125 euros), annoncée ce mercredi matin, est donc généralement bien accueillie. Ce n’est qu’un début : François Hollande a promis de doubler ce plafond lors de son mandat, pour le porter à 30 600 euros. Et il tiendra parole, jure-t-on à Bercy.

Cette mesure ne va pourtant pas de soi, car elle profitera, concrètement, aux familles les plus aisées de la société. Ce qui cadre mal avec le programme de François Hollande.

Les détenteurs de livret A qui ont atteint le plafond sont en effet très minoritaires : 8,5% des livrets A seulement ! Ce ne sont pas les épargnants les plus modestes et ils détiennent déjà 43,2% de l’encours.

Doublement d’une niche fiscale

En France, les familles aisées ont, la plupart du temps, en plus de leurs autres produits d’épargne, plusieurs livrets A bourrés jusqu’à la gorge : un par membre de la famille. Pour une famille avec deux enfants, l’épargne A est déjà de 61 200 euros. Placée à 2,25%, avec une parfaite disponibilité, une parfaite sécurité, et sans fiscalité : elle assure un gain net de 1 377 euros par an qui, à taux inchangé, doublera d’ici la fin du quinquennat...

Il y a d’autres raisons de s’interroger sur l’opportunité de doubler le plafond du livret A. Passons sur l’argument de la Banque de France, qui craint que l’on ne fasse que déshabiller Pierre pour habiller Paul : une partie de l’épargne risque en effet de glisser de l’assurance-vie (fiscalisée) vers le livret A (défiscalisé) ; on se souvient toujours que le second finance le logement social, on oublie que la première finance les entreprises et la dette publique.

Et le logement social !

Reste l’argument du logement. La mesure serait « de gauche » parce qu’elle permettrait de financer de nouveaux HLM. Or, cela reste à démontrer : il faut en effet que des projets existent en nombre suffisant.

Ce n’est pas le cas actuellement : le livret A déborde de liquidités inutilisées. Une grande partie de l’argent (52 milliards sur les 300 milliards collectés, selon la Cour des comptes) dort sans affectation à la Caisse des Dépôt.

Pour que le relèvement du plafond du livret A ait un sens, il faut changer cet état de fait et s’engager dans une politique de logement audacieuse : le gouvernement a promis de construire 150 000 logements sociaux par an (contre 110 000 en 2011), mais déjà, les associations s’inquiètent d’un possible recul.

Seule une politique très hardie dans le domaine peut justifier la défiscalisation, par un gouvernement de gauche, de dizaines de milliards d’euros d’épargne. C’est à Cécile Duflot, la ministre du Logement, de jouer.

P.S. : Après avoir publié cet édito, j’apprends que le Parlement est convoqué le 24 septembre en session extraordinaire pour examiner deux projets de loi, dont l’un portera sur les logements sociaux : bon signe.

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  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 12h26 le 22/08/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Certes le doublement du livret A ne concerne pas les classes les plus populaires, mais concerne cependant la classe moyenne, qui peut aussi être de gauche, et qui généralement finance les politiques de gauche ou de droite, un peu plus que d’autres catégories plus aisées.
    Alors donner a cette catégorie socioprofessionnelle la possibilité d’épargner 15.000€ de plus sans passer par la bourse est plutôt une bonne nouvelle. Pour une fois, la classe moyenne profite d’une mesure de défiscalisation et non comme toujours d’une mesure de fiscalisation.
    C’est n’est peut-être pas de gauche, ni de droite, mais simplement une mesure raisonnable.

  • Jarno474
    Jarno474
    Curieux du monde
    • Posté à 12h47 le 22/08/2012
    • Internaute 101654
      Curieux du monde

    Le taux d’inflation en 2011 a été de 2.5%. Avec un taux de 2.25% pour le livret A, on ne gagne pas d’argent, on en perd ! Ceux qui ont vraiment de l’argent et qui savent s’en servir trouveront certainement des placements plus rémunérateurs.

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 12h59 le 22/08/2012
    • Expert 24356
      Chercheur

    « une partie de l’épargne risque en effet de glisser de l’assurance-vie (fiscalisée) vers le livret A (défiscalisé) »

    Premièrement, l’assurance-vie est peut-etre fiscalisée mais est liée à de nombreuses exonérations de droits de succession. Donc elle comporte aussi un manque à gagner pour l’Etat. Peut-etre plus encore que le livret A, mais je n’ai pas fait le calcul.

    Ensuite, et c’est le plus important, ces produits d’épargne sont totalement incomparables. Personnellement, étant de gauche, je considère le mérite individuel supérieur aux privilèges de la naissance. Ainsi je trouve plus équitable de défiscaliser l’épargne individuelle plutot que les droits de succession !
    Par ailleurs, quand j’épargne sur le livret A, elle est disponible à tout moment. Une assurance-vie n’est absolument pas disponible et ne profitera qu’à mes enfants (en général). Qu’est-ce qui est de gauche et profite aux classes populaires ? Favoriser une petite épargne disponible à tout moment ou une épargne qui se transmet par héritage ?

    Enfin, pour finir, les classes populaires possèdent-elles plus d’argent en livret A ou en assurance-vie ? Je doute que ce soit le deuxième cas.
    Moi j’ai plutot l’impression que ce ne sont pas les classes populaires qui ont peur du doublement du plafond du livret A, mais plutot les banques !

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 13h24 le 22/08/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    « l’un [projet de loi] portera sur les logements sociaux : bon signe. »

    Bon signe ? Tout dépend de ce qu’il y a dedans ...
    Il n’y a pas que la construction de logements neufs (indispensable tant le manque de logements est criant) mais aussi la possibilité de maintenir en état le parc existant. Lorsqu’un locataire quitte un logement, il n’est pas rare que celui-ci reste vide des mois et des mois, sous prétexte ( ?) qu’il n’y a pas d’argent pour le retaper et le mettre aux normes s’il est un peu ancien.
    Là aussi, il y a déjà un gisement de logements, alors que des dizaines et des dizaines de personnes, parfois des familles avec enfants, dorment dans la rue.

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