Global Voices Online 04/08/2012 à 10h32

En Argentine, Evita Peron est de retour et vaut 100 pesos

Global Voices"

Laura Schneider



Présentation du billet de 100 pesos en hommage à Eva Perón (Via Global Voices Online)

Le 26 juillet était le 60e anniversaire du décès d’Evita Perón. Pour marquer cet anniversaire, la présidente argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, a présenté un billet de banque commémoratif orné du visage d’Evita, qui remplace celui du très controversé Julio Roca sur ce billet de cent pesos.

La Présidente a conclu par ces mots :

« Ce billet est en réparation de nos propres erreurs, nos propres fautes. [...] Eva n’était pas une sainte mais ce qui la rend mémorable est qu’elle était une femme ordinaire qui a rencontré un homme, et un peuple. »

L’autre côté de ce billet de cent pesos représente la conquête du désert, conduite par Julio Roca, qui s’est soldée par la mort de milliers d’autochtones en 1879.

Le blog Novedades numismáticas de Argentina y el mundo (Nouvelles munismatiques d’Argentine et du monde) rappelle que plusieurs tentatives avaient déjà eu lieu pour remplacer l’effigie de Julio Roca, qui fut également président d’Argentine de 1880 à 1886, sur le billet.

Selon Teodoro Boot, sur le Blog del Ingeniero, l’utilisation du visage d’Evita est une avancée sociale car c’est la première femme à figurer sur un billet de banque argentin :

« On fait souvent figure d’idiot dans ces controverses et on s’émerveille du fait que Cristina a congédié Roca (de façon un peu injuste, comparé à d’autres) et a aussi refusé d’autres options, pour proposer, ou plutôt, pour reconquérir un autre paradigme, celui de la justice sociale, ce qui avec le cas d’Evita, représente aussi l’avènement des femmes. »

« Je reviendrai, et je serai des millions »

De son côté, la page Relato del Presente revient sur la contribution du personnage évincé, Julio Roca, au concept d’Etat et de nation en Argentine :

« Parce que c’est Julio Argentino Roca qui a défini la nationalité.

Parce que c’est le lieutenant général Roca qui s’est battu contre l’oligarchie de Buenos Aires – clairement partisane de Bartolomé Mitre – car il la considérait comme incompatible avec le concept de nation.

Parce que l’ancien président Roca avait pour vision un Etat moderne et laïc, indépendant de l’Eglise, politiquement libéral et économiquement dévelopementaliste.

Parce c’est Roca qui a conçu un Etat qui a placé son capital au service de la chose publique, garantissant ainsi le libre développement du commerce, tout en permettant à l’Etat de prendre en charge des investissements non rentables tels que, entre autres, la construction de lignes de chemin de fer dans des zones sans intérêt économique. »

Sur son blog, Daniel Mancuso fait allusion à la phrase « Je reviendrai, et je serai des millions », prononcée par Tupac Catari (exécuté par démembrement par les Espagnols en 1781), et phrase que la légende a placé également dans la bouche Evita, avant son décès :

« Et comme punition, vous devrez embrasser et chérir même ceux qui vous répugnent. Bientôt, Roca le génocidaire sera renversé de son siège d’honneur non mérité, tête première dans l’abysse de l’oubli. C’est vrai, vous n’avez jamais renoncé, même après 60 ans d’absence. Vos sentiments sont revenus et sont des millions. »

Cependant, certains pensent que l’image d’Evita sera dévaluée par son apparition sur un billet de banque, comme Roberto Barozzi sur le blog El Mensajero (Le Messager) :

« Ainsi, les billets ressemblent à des timbres commémoratifs, probablement parce que quand ils perdront leur valeur en raison de l’inflation, ils deviendront bientôt des objets de collection.

Cristina avait deux options pour commémorer Eva Duarte avec dignité : lancer un programme en son nom pour restaurer la valeur de la monnaie, en faisant baisser l’inflation ; ou bien imprimer des billets à valeur faciale plus importante à son image pour que les Argentins se souviennent de l’évènement ;

Eva aurait duré plus longtemps que les billets de 100 pesos, qui n’ont plus la valeur qu’ils avaient à l’époque de leur première émission. »

Evita dévaluée ?

La page web du journal Perfil.com a publié un entretien réalisé par Channel 26 avec l’ancien président de la Banque centrale d’Argentine, qui pense que l’image d’Evita a été dévaluée :

« Evita était le prétexte parfait pour émettre un billet de 500 [pesos], mais ils l’ont dépréciée, et l’ont mise sur le billet de 100 pour ne pas reconnaître l’inflation. Ce gouvernement va jusqu’à dévaluer Eva Peron. »

Sur Twitter, les mots clés #ChauRoca et Evita sont apparus, avec d’autres.

Sebastián Abrevaya (@SebasAbrevaya) cite également la phrase « Je reviendrai et je serai des millions » :

@SebasAbrevaya : « Elle est en effet revenue, et était des millions (de billets de banque). »

Marian Villavicencia (@marianV7), à propos du marché des devises, demande :

@marianV7 : « Les billets de 100 pesos avec Evita seront-ils cotés au marché officiel des devises ou au marché noir ? »

Hernán Giardini (@HernanGiardini) fait une autre suggestion :

@HernanGiardini : » Ils ont enfin éjecté Roca le génocidaire du billet de 100 pesos ! #ChauRoca Maintenant, il faut démolir les monuments, et changer le nom des rues et des villes. »

Le nouveau billet ayant un cours officiel, l’Hôtel argentin de la monnaie a publié les caractéristiques techniques et de sécurité de ces nouveaux billets.

Traduit par Claire Ulrich

Publié initialement sur
Global Voices
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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 10h59 le 04/08/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Petit rappel wikipédia sur Evita Peron.
    « Evita reste l’une des figures les plus populaires de l’Argentine. Elle a eu une très grande influence pour l’obtention de la plupart des acquis sociaux du pays, notamment le vote des femmes, la sécurité sociale, les congés payés et plus largement les droits des travailleurs et le rôle des syndicats. »
    Une première dame qui portait bien son nom.

    • alangaja
      alangaja répond à padiran
      éthiopique
      • Posté à 13h01 le 04/08/2012
      • Internaute 93690
        éthiopique

      pendant que madame s’occupait des pauvres, monsieur s’occupait des nazis...

      • padiran
        padiran répond à alangaja
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 16h52 le 04/08/2012
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Chacun s’occupe de ce qu’il peut. Pendant que le chilien Pinochet s’occupait de Salvador Allende que faisait Madame Pinochet ?

         
        • alangaja
          alangaja répond à padiran
          éthiopique
          • Posté à 17h17 le 04/08/2012
          • Internaute 93690
            éthiopique

          je voulais dire qu’Evita Peron était une façade d’honorabilité bien pratique pour son mari et ses basses oeuvres.
          pour que madame Pinochet sauve la réputation de son mari, elle aurait dû faire les douze travaux d’Hercule...

          • padiran
            padiran répond à alangaja
            Chroniqueur Grolandais
            • Posté à 17h24 le 04/08/2012
            • Internaute 5159
              Chroniqueur Grolandais

            Je voulais dire que Madame Peron a fait les 12 travaux d’Hercule à la place de Juan. L’article portait bien sur Evita, ou me trompais je ?

        • Gérard Manhut Aussichot
          • Posté à 18h25 le 04/08/2012
          • Internaute 167544

          Comme le suggère le nom de son mari, elle s’amusait avec un sex-toy à grelots

        3 autres commentaires
  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h27 le 04/08/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Déjà, je pense qu’un billet de banque devrait être neutre....
    ...et que lui coller « un visage » ressemble à une forme d’idôlatrie.

    A quand le billet de 500 € avec photos de Sarkozy, Carlita et Guilia ?
    ( sur des billets de 20 € seulement, ça serait un peu trop mesquin )

    Ne pas oublier que c’est grâce à eux que nous n’avons plus de triple A.

  • Rhetoric-killer
    Rhetoric-killer
    dommage contextuel
    • Posté à 07h53 le 05/08/2012
    • 183041
      dommage contextuel

    C’EST pas chez nous que des histoires pareilles risquent d’arriver : le silence de l’euro sur les ’grands européens’ est aussi comique que sa santé économique. Si on cherchait un symbole qui décrive la nullité de cette ’idée’ d’ailleurs, on le tient.

  • KIKI21000
    KIKI21000
    retraité
    • Posté à 11h02 le 06/08/2012
    • Internaute 53190
      retraité

    Même si le péronisme est un mélange toutes les idées circulant dans les années 40/50, pour un état sud américain les droits sociaux étaient dignes des pays les plus avancés de l’ouest européen.
    Quand à mettre le visage de quelqu’un sur un billet de banque, c’est comme un mausolée, seul les tyrans ont des mausolées ; mille excuses Vladimir Illich tu n’en voulait pas ; Vu de notre fenêtre, Éva Péron était la femme du président, mais les argentins ne la considère pas seulement ainsi.