Mangiare ridere 27/07/2012 à 12h47

Un bon café, ça se prend au comptoir, seul. « Si fa cosi »

Floriana | Blogueuse

Approche-toi. Encore plus près. Viens, je te dis. Je suis douce. Je voudrais te faire sentir quelque chose.

Making of

Ce billet d’amour au « caffè » a été publié sur le blog « Mangiare Ridere » qui n’est pas un blog gastronomique mais d’art de vivre « à l’italienne » précise son auteure, franco-italienne vivant en Italie, @flonot.

La baseline de « Mangiare Ridere » : « Life is a combination of Magic and Pasta » (La vie est un mélange de magie et de pâtes) – Federico Fellini.

Attends, je t’attrape par l’oreille. Comme ça tu seras tout proche et je pourrai bien tout t’expliquer correctement.

Voilà. Tu as le nez dedans. Dans cette minuscule tasse fumante aux bords épais – épais parce qu’ils gardent la chaleur – les effluves du « caffè » (en italien au comptoir) à peine torréfié te montent à la tête.

Tu sens ? Ça sent bon. On laisse forcément s’échapper un mmmh…

Qu’est ce que tu fais ? Reviens ici ! Tu veux… T’ASSEOIR ? !

Le café est un plaisir solitaire

Non. On reste debout. Elégamment debout. Parce que « Il caffè buono si beve al Bar » (le bon café se boit au comptoir). C’est écrit dessus.


Un café (@flonot)

Parce que le café en Italie se boit debout au bar. On ne boit pas un café pour discutailler pendant des heures. Il café est un plaisir solitaire, c’est lui et toi, pendant quelques secondes. On prend un café parce que c’est bon. Laisse le temps s’arrêter. Et apprécie.

La seule fois où tu as le droit de le boire à table, c’est après le repas dans un restaurant. ET ENCORE. Les ritals le prennent souvent au moment de payer, donc, au bar. CQFD.

On n’a pas besoin de jouer des coudes, même s’il y a du monde. Pourquoi ? Parce que ce moment là, du café, il est sacré pour tous. C’est d’ailleurs un des rares moments de la journée où les Italiens font preuve d’un civisme exemplaire. Et si tu es une fille, une fois sur deux on te l’offre.

On ne gâche pas, jamais, ce moment.

Trente secondes à tout casser

Donc, on s’avance vers le bar, on boit son café d’une traite, on échange quelques amabilités ou les derniers résultats du « calcio » (football) avec « il barista », on sourit à la jolie Italienne (moi, au hasard) – ou au bel Italien (selon) – puis on s’en va.

Trente secondes à tout casser. Une institution ritale. Un MONUMENT. La chapelle Sixtine au fond de ta tasse.

Mais avec toi, on va prendre tout le temps nécessaire pour que tu ne boives plus jamais du café, mais du « caffè ».

Je t’entends penser :

« Mais pourquoi elle ne dit pas Espresso ? »

Parce que c’est pareil. Un café en Italie, c’est FORCEMENT un espresso. La distinction, on la fait dans les autres pays, quand des génies du marketing ont voulu te faire croire qu’en Italie on buvait de l’espresso et pas du café ( ? !).

Alors ils t’ont vendu un… « Nespresso ».

Je vais brûler Georges Clooney

Et toi tu es tombé dans le panneau. Tu les as crus. Tu penses faire un café « à l’italienne » en faisant un « Nespresso ». Ils en ont fait un truc snob. Alors que le café, c’est le truc le plus démocratique et populaire en Italie. Même en plein centre de Milan ou de Rome tu peux boire un café à 1 euro maximum. Et eux, ils en ont fait un truc élitiste. L’antithèse du café.

JE LES HAIS.

Ils ont tué la saveur, ils ont tué l’odeur, ils ont tué l’âme même du café.

Je vais te dire : tu sais à quoi ça me fait penser Nespresso ? A une contrefaçon. Tu sais, comme une basket avec quatre bandes, ou un polo avec un crocodile chelou. C’est pas l’original. Et comme souvent, la pale copie en a peut-être la couleur – et encore –, mais pas grand chose d’autre.

Je vais brûler George Clooney et plus rien ne clochera, tu verras.

Les Italiens n’ont pas inventé le café. Non, c’est vrai. Ni la pasta d’ailleurs. Mais ils ont mis de la MAGIE dedans. Ils ont pris quelque chose qui existait déjà, et ils l’ont sublimé.

Regarde ça marche pour tout :

  • les voitures et les motos ? Sublimées.
  • les fringues et les chaussures ? Sublimées.
  • la bouffe, les glaces, le café ? Sublimés.
  • le vin ? Sublimé. (oups)
  • etc.

Entre le magnifique et le lamentable

On met de la MAGIE dedans, on est comme ça. Et on fait rêver avec des choses simples. Oui, je sais, on est excessifs et on fait souvent rire avec nos embrouilles aussi, et notre Commedia dell’Arte. Je ne le nie pas. Mais c’est pour équilibrer.

J’aime cet équilibre fou, dingue, schizophrène, hystérique… entre le magnifique et le lamentable.

Alors, tu vois, quand tu vas venir en Italie, tu vas boire du café dans les règles de l’art. Tu ne me fais pas honte en cherchant à le boire comme en France. Et quand George te dira « What else ? », tu lui répondras « Viens, Giorgio, je vais te montrer LE RESTE… » (Le mec vit en Italie, en plus !) (Ok, j’arrête).

Je ne parle pas non plus de Starbucks ? Tu as compris ? Des terroristes du café.

Tu vas découvrir ce qu’est le vrai café. Le simple. Le sans chichis. L’authentique.

Si court qu’il se boit en deux gorgées

Peut-être que tu connais déjà d’ailleurs et que tu es un adepte. Celui qui laisse un bon goût – longtemps – dans la bouche. Celui qui a une petite mousse dorée et une odeur entêtante. Celui qui coule bien chaud dans la gorge. Celui qui est si court qu’il se boit en deux gorgées. Celui qui est si fort que ta cuillère pourrait tenir debout toute seule dedans.

Pas l’espèce d’eau sale qu’on te sert à l’étranger. Je dois dire que le café français n’est vraiment pas le pire dans le monde. Mais j’ai déjà terrorisé plusieurs serveurs avec mon « Il est bon ce café ? Vous le faites comment ? Montrez-moi la machine. Vous savez le faire ou pas ? Non mais je veux dire, vraiment ? » C’est une grosse déception à chaque fois, j’ai laissé tomber.

Mais là, on est au bar, en Italie. Il est 8 heures du matin. Les quotidiens du jour – enfin, surtout la Gazzetta – passent entre les mains des Italiens, les jeunes, les moins jeunes. D’ailleurs tu notes tout de suite que quand même, ils ont la classe avec leurs lunettes de soleil. Tu te demandes comment c’est possible de si bien les porter (c’est un don de la nature, je ne vois que ça).

Je pense qu’en Italie, il y a autant de sortes de café que de villes. J’en découvre des nouveaux à chaque fois : caffè, ristretto, corretto, macchiato, macchiato freddo, macchiato caldo, marocchino, cappuccino, caffè vetro… J’en passe. Parce que j’en oublie.

Bon le matin tu as le droit à tout, sauf peut-être au Corretto (café corrigé à la grappa), mais bon c’est toi qui voit, hein. Généralement, je suis du genre « Pas de violence le matin » donc c’est cappuccino.

Un vrai. Avec la mousse de lait montée si fermement que ça fait comme un oreiller pour le sucre. Tu le regardes tomber doucement et ssshhhhhh… disparaître au fond.

Quelques secondes de MAGIE.

Le cappuccino c’est au petit dej’ et basta

Cela n’a donc rien à voir, ni de près, ni de loin, avec l’eau sale à la chantilly industrielle et au cacao que tu bois en France.

Mais attention. Après 10h30 et à moins d’être dimanche, je veux voir une ordonnance médicale – qui stipule que tu as le droit – si tu veux commander un cappuccino.

D’où ça sort cette histoire de boire un cappuccino après le déjeuner – ou pire – LE DÎNER ? Non mais tu me vois commander un lait au Nesquick après mon magret de canard ?

Le Cappuccino c’est au petit-déjeuner et BASTA.

Si les Italiens te regardent bizarrement, tu penses que c’est parce que tu es français et qu’ils n’aiment pas les Français. C’EST FAUX.

Ils te regardent bizarrement parce que tu bois un cappuccino à 19 heures, voilà la sombre vérité.

Le reste du temps, si le café est trop fort pour toi, je te concède le macchiato. Littéralement ça veut dire « tâché ». Taché de lait.

En Italie, dès la première aire d’autoroute

Quand je rentre de France en voiture, je passe la frontière, et je m’arrête sur la première aire d’autoroute que je croise, juste pour boire un café.

Et oui, parce qu’en Italie il café est délicieux, même sur l’autoroute.

Donc, fais-moi plaisir. Si tu veux boire un café à l’Italienne chez toi :

  • tu balances tes capsules suisses par la fenêtre. Ça se saurait si les Suisses savaient faire un café ;
  • si tu aimes les machines à espresso tu en prends une VRAIE, une traditionnelle (Illy, Bialetti, Lavazza,…), avec du vrai café moulu pour machines à espresso. Celui qui est torréfié très fin. C’est moins cher et c’est meilleur ;
  • tu achètes une Moka Bialetti. C’est la Ferrari de la cafetière. Ça coûte pratiquement rien et tu la gardes toute ta vie. Tu changes le joint pour quelques centimes une fois par an. J’ai la mienne depuis quinze ans. Et tu sais ce qui est merveilleux ? Elle chante. Quand le café est prêt. Et plus tu fais du café, plus il est bon. Juré ;
  • je ne t’ai pas parlé des cafetières à filtres en papier parce que je ne voudrais pas faire un ulcère à mon age.

On aime tellement le café en Italie qu’on attend impatiemment la fin du repas, quand la mamma arrive a table avec la grande Moka fumante et bourdonnante.

La Dolce Vita, c’est exactement ça.

C’est un peu de beauté et un peu de magie dans les choses les plus simples.

Et pour te le prouver, la photo plus haut, c’est moi qui l’ai prise. Les Ritals te font un petit cœur dans ton macchiato. C’est un sourire en le voyant. Puis c’est bon. Tu n’es jamais déçu.

Tu vas adorer, crois-moi. Alors déguste-le ce café, puis, tiens, je te prête même ma Vespa pour parfaire le tableau.

Non je déconne. Un bacione !

PS : Et pour le faire chez toi, dans la plus authentique tradition italienne, c’est ici.

MERCI RIVERAINS ! Le Castor Masqué
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  • 78 réactions
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  • Tom-
    • Posté à 13h10 le 27/07/2012
    • Internaute 9410

    Je t’aime, Floriana.

    J’ai déjà la cafetière. Je confirme, elle est presque aussi merveilleuse que toi.
    Impossible de trouver un café moulu qui ne soit pas brulé à la taréfaction. Je t’invite pour un petit noir à la maison. Tu amènes la magie ?

  • innervisionary
    innervisionary
    bien au chaud
    • Posté à 13h41 le 27/07/2012
    • Internaute 141755
      bien au chaud

    Autre exemple de sublimation, comme ça en passant...

    Le crime et la corruption ? Sublimés !

    Billet sympathique au demeurant, un peu d’extrémisme du café ne fait jamais de mal ! Mais je tiens à ajouter, tout de même, que l’expérience du café à la Moka Bialetti est encore plus intense quand il est préparé sur un feu de petit bois entre 4 cailloux au milieu de nulle part... la nature, toi, et ce café épais presque syrupeux qui te réchauffe le corps en moins de temps qu’un verre de cantine plein de vodka...

  • Majesté
    Majesté
    ex-spermatozoïde
    • Posté à 13h42 le 27/07/2012
    • Internaute 77564
      ex-spermatozoïde

    A la lecture de cet article j’ai frisé l’orgasme. Peut-on rédiger plus belle ode, plus belle déclaration d’amour au caffè ?

    Un article pareil, d’ailleurs, ça ne se lit pas. Ca se ressent. Ca se hume. Comme un caffè.

    Ma femme, qui n’aime pas le café (nul n’est parfait, mais c’est vraiment son seul défaut, je le jure sur le joint en caoutchouc de ma Bialetti 28 ans d’âge), ma femme, donc, est toujours déroutée devant l’expression d’extase qui se lit sur mon visage lorsque j’empoigne délicatement la petite oreille de la petite tazzina.

    Il caffè, c’est une entrée en zen.

    Dire que certains font le tour du monde en escalade à mains nues ou en apnée abyssale pour ressentir un petit frisson, alors que pour 1 euro et quelques secondes, on peut frôler le nirvana.

    Cet article, c’est ma madeleine de Proust.

    Floriana, ti ringrazio. Che Dio ti benedica centomila volte. E anche di più.

  • Chele
    • Posté à 14h23 le 27/07/2012
    • Internaute 15104

    Ça m’a bien fait rire parce que je suis à moitié italienne et que la partie française de ma famille peut aller à pied en Wallonie (bon, faut traverser la petite langue des Flandres françaises pour arriver en Wallonie. Oui, je sais, c’est bizarre). Ce sont donc des nordistes (oui, des ch’ti. Des « Bauyaux Rouches » exactement) et leur concept du café ne peut être plus différent qu’en Italie.
    Quand j’étais gosse, je voyais mes nordistes (moi, je suis une « nordiste du sud », une « Ch’ti du sud », une Picarde, quoi) boire jusqu’à 1 litre de café par jour ! Il était fait dans une cafetière italienne de type Bialetti pour pauvres (sachant que la vraie Bialetti n’est pas vraiment chère…) et sans oublier une pétouille de chicorée au dessus du café avant de refermer la cafetière. Et la cafetière restait toute la journée sur la cuisinière à charbon pour qu’il reste suffisamment chaud toute la journée ! ! ! Aujourd’hui que dans ma famille, ils n’ont presque plus de cuisinières à charbon dans les cuisines, mes nordistes mettent leur café au chaud toute la journée dans un thermos, au secours.
    Pour réussir à en absorber quotidiennement une telle quantité, il a intérêt à être passablement mouillé. C’est plus du café, pas encore tout à fait de la chirloute, mais c’est pas terrible. Pas aussi dégueu qu’aux US où c’est encore pire que de la chirloute, mais pas terrible. Sauf celui après le repas du midi qui était fait spécialement et était plus « serré » (si tant est que ça ait un sens là-bas ; o). D’ailleurs, je n’en buvais qu’après le repas de midi et en bistouille, c’est à dire avec du genièvre dedans, comme ça, ça passait.
    Evidemment, quand j’étais chez les ritals, ça les sciait quand je voulais une bistouille. Et puis va trouver un vrai genièvre chez des ritals, toi…

    Boyaux rouges : nom donné aux Artésiens, aujourd’hui étendu aux Ch’ti du Pas-de-Calais. J’ai écrit « bauyaux rouches » pour la prononciation.

  • Mathieu_D
    Mathieu_D
    Consultant
    • Posté à 14h26 le 27/07/2012
    • Internaute 88055
      Consultant

    Un jour vous comprendrez que l’expresso n’est pas la meilleure façon de faire du café.
    Faire un expresso avec de l’éthiopien, du kényan, du civette ? Quelle horreur.
    Ces cafés aux milles nuances sont saccagés par l’expresso : pour les apprécier, il faut les infuser.

    Donc oui à la presse Bodum, vive la lenteur, à bas la pression !

  • a déménagé le 17 août 2012
    • Posté à 15h24 le 27/07/2012
    • Internaute 190365
      non connue

    Niveau charme, c’est clair que l’italienne de caractère enfonce la norvégienne bourrée

    Floriana, prenons un café et ensuite on file en Fiat 500 voir le festival Antonioni

  • Frangipanier
    Frangipanier répond à Zaa Zala
    Plante verte, rouge et noire.
    • Posté à 15h29 le 27/07/2012
    • Internaute 106626
      Plante verte, rouge et noire.

    Surtout que bon, boire un café SANS lire son journal, c’est un peu un sacrilège...Et lire le journal debout, c’est point pratique !

    Non, vraiment, vive le petit noir à table en lisant le Coin-coin enchaîné !

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