TRIBUNE 19/07/2012 à 12h31

Hollande veut-il tuer le pouvoir d’achat ?

Jean-Marie Monnier | Professeur d'économie, Paris I

Les heures supplémentaires sans charges sociales vivent leurs derniers jours. Cette mesure phare du sarkozysme offensif est supprimée dans le collectif budgétaire actuellement discuté au Parlement.

Peut-on cependant affirmer comme Gilles Carrez et l’UMP que la gauche sacrifierait le pouvoir d’achat des salariés pour se livrer à un « règlement de comptes contre la loi Tepa “, qu’elle n’a jamais accepté ?

Réussir là où Reagan avait échoué

La loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (Tepa) avait été votée en urgence au début du septennat précédent pour créer un choc de confiance favorable à la croissance. Pour cela, elle réduisait une partie des prélèvements opérés sur les ménages.

Dans le même temps, était lancée la Révision générale des politiques publiques (RGPP) afin de faire le tri dans les dépenses publiques et les postes de fonctionnaires.

Tepa et RGPP devaient en quelque sorte articuler la réduction de la pression fiscale et la diminution des dépenses publiques. Bref, le gouvernement de Nicolas Sarkozy ambitionnait ni plus ni moins de réussir là où Ronald Reagan lui-même avait échoué naguère.

Quand la droite est revenue sur ses pas

Mais cette reconfiguration des finances publiques a précisément été engagée au moment où éclatait outre-Atlantique la crise des subprimes. Celle-ci allait déclencher l’ouragan financier qui devait emporter la planète dans la dépression.

Dans ce contexte, Tepa a vite montré ses défaillances :

  • la baisse des prélèvements sur les riches n’a pas servi la consommation : elle a été convertie en supplément d’épargne, qui a pesé sur l’activité économique ;
  • la défiscalisation des heures supplémentaires a constitué une aubaine pour les entreprises et joué en défaveur de l’emploi. Pour une part, les entreprises auraient profité de l’exonération pour des heures supplémentaires qui en tout état de cause auraient été faites. Pour une autre part, elles auraient profité de ce surcroît de flexibilité pour accroître à moindre coût la charge de travail des travailleurs déjà en poste, pour ne pas recruter.

Enfin, de manière générale, la loi Tepa a coûté, chaque année, environ 15 milliards d’euros aux finances publiques.

Mais, fidèle à son credo libéral, Nicolas Sarkozy a refusé durant quatre ans de revenir sur cet acte fondateur de sa présidence. C’est l’aggravation de la situation budgétaire qui a finalement contraint fin 2011 le gouvernement Fillon à supprimer le bouclier fiscal et le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers.

La loi Tepa était donc moribonde sous les coups de la crise économique et de la droite elle-même lors de l’élection de François Hollande. En d’autres termes, il ne restait plus grand-chose à déconstruire de cette loi.

Hollande prend des mesures minimalistes

La suppression de l’exonération de charges sociales des heures supplémentaires et des allégements sur les droits de succession et de donation ne permet pas de combler l’impasse budgétaire laissée par la droite.

Le gain sur la fin de l’année 2012 n’est que d’un milliard d’euros. Or il faut entre 7 et 8 milliards d’euros pour ne pas aggraver le déficit budgétaire au-delà des engagements pris à l’égard de Bruxelles.

Maintenir le budget dans les clous, c’est le premier objectif du collectif budgétaire. De ce point de vue, il s’agit d’un texte minimaliste.

Le second objectif, c’est d’en finir avec les méandres du sarkozysme fiscal. Sa marque principale était de réduire les impôts sur les plus aisés et de les accroître sur les autres. D’où la présence dans le collectif budgétaire d’un prélèvement exceptionnel sur la fortune et la suppression de la TVA sociale.

Enfin, le troisième objectif qui apparaît avec ces deux mesures, c’est de préparer la réforme fiscale promise par François Hollande. Il s’agira de remettre de la justice dans le système fiscal aussi bien entre les ménages qu’entre les entreprises. Il faudra également revoir le financement de la protection sociale mis à mal par les années de crise.

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  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 13h07 le 19/07/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    « au début du septennat précédent »
    ...

  • Autruchette
    Autruchette
    Dieu est mort !
    • Posté à 13h09 le 19/07/2012
    • Internaute 134171
      Dieu est mort !
  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 13h52 le 19/07/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Les recettes de Sarkozy pour faire évoluer la société française vers plus de flexibilité économique c’était d’une part la diminution des prélèvements obligatoires, d’où la loi TEPA et d’autre part l’augmentation du volume de travail, d’où la défiscalisation des heures supplémentaires, d’où les tentatives pour contourner les « forces intermédiaires », d’où la diminution drastique des inspecteurs du travail, contrôleurs sanitaires et autres empêcheurs de profiter en ronds. En fait cela revenait à alléger le navire pour qu’il puisse naviguer vers l’horizon radieux du libéralisme triomphant. La crise est passée par là et après avoir jeté par dessus bord, les gilets de sauvetage et autres apparaux de sécurité, le capitaine du navire a demandé aux passager de se jeter à l’eau et apprendre à nager. Après d’âpres palabres, il s’est résolu à sortir les quelques canots de sauvetage qui avaient échappé au désastre. A la première accalmie, les passagers ont abandonné le commandant sur une île déserte et ont confié le bateau à un autre capitaine en espérant que le voyage serait moins éprouvant.

  • Jaguar_
    Jaguar_
    Félin
    • Posté à 14h54 le 19/07/2012
    • Internaute 125154
      Félin

    Tribune très partiale d’un monsieur intervenant au PS
    ça devrait faire plaisir au riverain moyen, c’est l’essentiel

  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 14h02 le 19/07/2012
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    - » la baisse des prélèvements sur les riches n’a pas servi la consommation »
    ...
    - » la défiscalisation des heures supplémentaires a constitué une aubaine pour les entreprises ... »

    Oui, nous le savions, comme la baisse de la TVA dans la restauration n’a pas fait embaucher, n’a pas fait baisser les prix...

    Et bien d’autres mesures sarkozystes qui n’ont servi qu’à enrichir les nantis qui bénéficiaient déjà d’une rente de situation.

    Je trouve même ce nouveau gouvernement bien tendre avec ceux qui défendent ce système...

  • Karavi
    Karavi
    obsolescence programmée ((
    • Posté à 15h55 le 19/07/2012
    • Internaute 113192
      obsolescence programmée ((

    Parmi les infos pas bien réjouissantes, en voici une qui pourrait être une bonne nouvelle

  • Bad Lieutenant
    Bad Lieutenant
    Bisounours de combat
    • Posté à 16h54 le 19/07/2012
    • Internaute 190065
      Bisounours de combat

    Peut on continuer de se permettre le luxe de ne pas poser le regard sur les véritables problèmes ?

    Monsieur Monnier j’ai lu avec grand intérêt votre synthèse sur une concertation socialiste autour de la dette Lien, car j’ai aimé le titre maintenant j’ai lu votre résumé et vous ne dites rien en tout cas pas un seul mot sur la légitimité de cette dette or comment appréhender des problèmes majeurs sans regarder les éléments essentiels qui les composent ?

    Dans ce texte ci vous nous expliquez qu’hollande adopte des mesures minimalistes ok mais vous les justifiez par le fait que nous sommes dans l’attente d’une réforme de la fiscalité donc je pose une question, pourquoi cet article ? Juste pour nous demander d’attendre ? Franchement aider le pouvoir en place afin que le peuple français en bénéficie ne serait il pas de devancer les problèmes en proposant des solutions plutôt que de s’enliser en permanence dans le constat stérile ?

    Nous sommes nombreux à savoir que cette dette n’existe que pour favoriser le rachat des services publics par l’oligarchie financière pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi ne pas enfin mettre sur la table l’horreur économique dans laquelle nous évoluons ? A mon avis c’est cela qui aiderait hollande plutôt que de pinailler pour pinailler, merci.

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 16h59 le 19/07/2012
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse

    dessin

  • alain georges
    alain georges
    tête contre les murs
    • Posté à 16h59 le 19/07/2012
    • 185805
      tête contre les murs

    sarko l a déjà tué depuis longtemps !

  • migloo
    migloo
    anarcho-élitiste de pacotille
    • Posté à 17h50 le 19/07/2012
    • Internaute 90438
      anarcho-élitiste de pacotille

    Monsieur Monnier, professeur d’Economie Socialiste. à Paris 1, ne s’embarrasse pas beaucoup d’objectivité.

    L’échec de Reagan ?

    Le supplément d’épargne pèse sur l’activité économique ?

    Les heures sup’ défavorisent l’emploi ?

    Et bien sûr l’incontournable confusion entre justice et équité.

    Allez, continuez à nous distraire avec vos miracles.

    • la choukette
      la choukette répond à migloo
      libre penseur si possible
      • Posté à 15h41 le 23/07/2012
      • Internaute 90914
        libre penseur si possible

      professeur d’Economie du Parti Socialiste plutôt non ?

  • BA
    BA
    -
    • Posté à 11h54 le 21/07/2012
    • Internaute 41511
      -

    Samedi 21 juillet 2012 :

    De plus en plus, les investisseurs internationaux placent leur argent dans cinq abris antiatomiques. De plus en plus, ils mettent à l’abri leur argent dans les obligations de ces cinq Etats :

    Allemagne : taux des obligations à 10 ans : 1,167 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi bas.

    Finlande : taux des obligations à 10 ans : 1,407 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi bas.

    Pays-Bas : taux des obligations à 10 ans : 1,594 %.

    Autriche : taux des obligations à 10 ans : 1,890 %.

    France : taux des obligations à 10 ans : 2,073 %.

    Lien

    Mais en revanche, les investisseurs internationaux fuient les Etats européens périphériques. L’Italie et l’Espagne sont deux bombes atomiques financières. Ces deux bombes atomiques financières vont bientôt exploser.

    Italie : taux des obligations à 10 ans : 6,166 %.

    Espagne : taux des obligations à 10 ans : 7,267 %. Record historique battu. Le taux n’avait jamais été aussi haut depuis la création de l’euro.

    Lien

    Les investisseurs internationaux savent que les deux bombes atomiques financières vont exploser.

    Ils s’y préparent.

    Nous-aussi, nous devons nous préparer à l’explosion.

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