Communication 13/07/2012 à 13h30

PSA Aulnay, la fermeture jamais annoncée

Elsa Fayner | Journaliste Rue89

Pourquoi les salariés du site d’Aulnay n’ont-ils jamais eu l’occasion de s’opposer au plan social ? Retour sur une opération de com’ parfaitement menée.


Des salariés d’Aulnay manifestent devant l’usine après l’annonce de la fermeture du site, le 12 juillet 2012 (MARTIN BUREAU/AFP)

L’usine PSA d’Aulnay va fermer. L’information n’a pas vraiment surpris les salariés regroupés sur le parking du site, jeudi. Depuis un an, la nouvelle menaçait, était confirmée par petites touches et distillée, jusqu’à s’imposer sans que personne ne sache vraiment comment.

Une chose est certaine : le tempo a été parfait pour la direction de PSA Peugeot-Citroën. Difficile de s’opposer à une fermeture qui n’a jamais été annoncée. Quelques militants syndicaux ont beau promettre « la guerre », pour beaucoup de ceux qui était venus manifester jeudi sur le parking d’Aulnay, l’affaire est pliée.

Laisser faire la rumeur

Khalid était là, ce jeudi matin, lorsque le « brief » extraordinaire a été organisé pour l’annonce officielle. Le silence s’est fait dans la salle, personne n’a eu d’appétit lors du déjeuner. Pourtant, la seule chose que le jeune homme a fait remarquer à ses supérieurs, c’est leur « manque de tact » :

« L’annoncer à deux semaines des vacances... Des collègues ont emprunté pour pouvoir partir. Mais là, personne ne va passer de bonnes vacances. »

Mais la fermeture elle-même ? L’opérateur pense à l’immédiat d’abord. Pour le reste, « ça fait un an qu’on parle de fermeture entre nous ».

Un document confidentiel

Juin 2011. C’est à ce moment-là que la CGT a fait circuler un document interne confidentiel dans lequel la direction de PSA indique qu’elle envisage de fermer son site d’Aulnay-sous-Bois. Le document prévoit un calendrier précis : une diminution progressive de la production en 2012, suivie de l’annonce en 2013 d’un plan social, pour une fermeture programmée courant 2014.

La direction dément, répond que le document est « caduque ». Va-t-elle attendre l’élection présidentielle pour passer à l’acte ? Dès le lendemain de l’élection de François Hollande, le lundi 7 mai, une étude commandée par Eric Besson sur l’avenir de la filière automobile lève le doute : une fermeture est envisagée. Ce qui amène Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, à demander le 29 juin à PSA de « faire connaître ses intentions au plus vite ». Rien de plus.

Entre le document interne révélé par la CGT et l’étude réalisée pour le gouvernement, l’information est passée. Sans que la direction de PSA n’ait jamais eu à l’annoncer. 3 000 emplois sont en jeu, 10 000 si l’on ajoute les emplois indirects.

Dire que l’automobile va mal

La direction n’a pas eu non plus à intervenir beaucoup pour préparer le terrain ces dernières semaines. Dans un communiqué de presse du 6 juin, elle dresse un état des lieux catastrophiques de sa production : les ventes de véhicules sont en recul de 10,7%.

Ce à quoi la CGT répond dans un communiqué :

« Si PSA avait maintenu ses ventes en Iran, il aurait fallu rajouter 200 000 véhicules pour le premier semestre 2012. PSA aurait dû annoncer non pas 1 619 000 véhicules vendus mais plus de 1 800 000, le même niveau que celui de l’année dernière (1 860 000) qui, rappelons-le, est un des meilleurs crus de l’histoire de PSA. »

Bref, ça n’irait pas si mal pour l’entreprise.

La com’ de la fermeture

Mais PSA a une version en tête, et des chiffres à l’appui :

  • ses ventes sont en recul ;
  • sa part de marché en Europe s’élève à 12,9% ;
  • la progression de la part de ses ventes hors Europe est de 39% ;
  • la conclusion s’impose d’elle-même, à en suivre ce raisonnement : il s’agit d’un « mix défavorable », et l’entreprise est obligée de se développer hors d’Europe. D’autant plus que PSA n’est pas seule dans ce cas, poursuit le communiqué de presse : l’industrie automobile tout entière est touchée.

Ce que la presse reprend en chœur :

  • « En Europe, des restructurations nécessaires mais insuffisantes » (Les Echos) ;
  • « Pourquoi PSA Peugeot-Citroën doit fermer Aulnay » (La Tribune) ;
  • « PSA, symbole du déclin de l’industrie automobile » (Le Point), etc.

PSA n’aurait pas le choix. La question de fermer ou non Aulnay en devient presque marginale, tellement la crise de l’industrie automobile a l’air profonde.

Abdel, 45 ans, est dégoûté. Il travaille à la chaîne à Aulnay depuis douze ans :

« La lutte ne fait que commencer. On va se mobiliser en septembre, vous allez voir ! »

Pendant ce temps, les représentants CGT du personnel expliquent comment ils comptent négocier les départs et les reclassements. Ici, la plupart sont opérateurs, ils travaillent à la chaîne. Comme Khalid :

« Tous veulent être reclassés à Poissy, c’est la chaîne de montage la plus proche chez PSA, mais il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Seuls les plus sérieux vont y être envoyés : ceux qui n’ont jamais débrayé, jamais fait grève, ceux qui sont en bonne santé aussi. »

Dans le coin, l’aéroport de Roissy et quelques grands magasins spécialisés font travailler. Mais ce ne sont pas les mêmes métiers. Surtout, en ce moment, « ça débauche, ça débauche », constataient jeudi, amers, les salariés sur le parking et sous la pluie.

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  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 13h50 le 13/07/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    Seulement 588 millions de bénéfices.

    PSA était bien obligé de mettre les gens qui ont produit ce bénéfice à la rue.

    Et puis, la Sécu, qui est riche, elle, pourra bien leur verser leur chômage.

    Et puis, ensuite, l’Etat qui roule sur l’or pourra bien leur verser le RMI.

    Si le PS veut juguler le déficit public (Etat + Sécu), il ferait bien d’obliger PSA à garder ses salariés.

    Et si le PS veut couler l’Etat et la Sécu, il n’a qu’à laisser faire PSA...

  • silsilsil
    silsilsil
    Odieux campagnard
    • Posté à 13h53 le 13/07/2012
    • Internaute 121365
      Odieux campagnard

    « la fermeture jamais annoncée », de qui se moque-t-on ?

    Pour rappel :
    - Aulnay-sous-bois se situe dans la région la plus chère de France, les charges de l’usine doivent en souffrir, les sites situés en province ont un avantage concurrentiel sur le marche national,
    - A long terme, l’industrie automobile a autant d’avenir que celles des locomotives a vapeur ou des moulins a vent a leurs époques respectives, et ce même s’il y a encore de bonnes opportunités dans les pays émergents a court terme,
    - 200 000 postes ont été supprimes dans l’automobile en 15 ans, les personnes travaillant encore dans ce secteur devraient donc se poser de sérieuses questions quant a leur avenir professionnel.

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 13h55 le 13/07/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Je ne vais pas revenir sur les défaillances du syndicalisme français et de la perméabilité regrettable de ses dirigeants avec les décideurs économiques et institutionnels, mais plutôt sur le dialogue social version famille Peugeot.

    Peugeot n’est pas une maison qui négocie quoique ce soit avec ses salariés, il en a toujours été ainsi, sa communication ne s’adresse donc qu’à ses clients et ses actionnaires.

    A la fin du 20ème siècle Peugeot et Citroën furent de grands utilisateurs des syndicats maison regroupés sous l’étiquette de la Confédération des syndicats libres –CSL- dissoute en 2002, syndicats qui permettaient d’obtenir facilement l’accord majoritaire des salariés et la tranquillité dans les instances paritaires, sur les décisions patronales.

    Les autres syndicats étant particulièrement maltraités, ainsi :
    En 1995, six salariés Peugeot tentent de faire reconnaître par la Justice la
    discrimination syndicale dont ils sont victimes sur la base de l’article L 412-2 du
    Code du travail qui interdit à l’employeur de prendre en considération l’appartenance
    syndicale pour arrêter ses décisions en ce qui concerne notamment la conduite et la
    répartition du travail, la formation professionnelle, l’avancement, la rémunération.
    Les six salariés démontrent que depuis qu’ils ont des mandats syndicaux, ils
    n’ont aucune évolution de carrière.
    Ils en apportent la preuve en fournissant des tableaux comparatifs de
    l’évolution de carrière de leurs collègues ayant la même ancienneté,
    engagés au même niveau de qualification et appartenant au même atelier.
    C’est la méthode du panel comparatif.

    Au cours de l’affaire Peugeot, la justice constate l’absence de raisons particulières de stagnation et en conclut que seule l’appartenance syndicale des intéressés expliquait le comportement de l’employeur et que la discrimination s’en trouvait ainsi démontrée. Ce jugement en première condamnation prud’homale est confirmé par la cour d’appel. La direction de Peugeot est condamnée à verser à chacun des six salariés une provision pour discrimination comprise entre 10 000 et 100 000 francs (1500 et 15 000 euros).
    Ce verdict ne fait pas évoluer les positions de la direction qui refuse de négocier avec le syndicat pour les 18 nouveaux dossiers présentés par l’inspection du travail.
    Enj anvier 1998, Peugeot est condamné une nouvelle fois pour les mêmes motifs.
    La CGT prépare alors 169 dossiers. Sous la menace des procès, la nouvelle direction de Peugeot accepte de négocier avec la CGT avec qui elle conclue un accord portant sur l’ensemble des salariés pouvant se prévaloir d’un mandat syndical actuel ou passé ou d’une candidature à un mandat syndical antérieur à la date de l’accord.
    Malheureusement, en contre partie, le syndicat s’engage à faire cesser toutes les procédures en cours et à renoncer à toute action devant toute juridiction.

    Source Lien

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Merde à l'or
    • Posté à 14h37 le 13/07/2012
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    La direction de PSA a annoncé le 12 juillet 2012 8000 suppressions d’emplois et l’arrêt de la production à l’usine d’Aulnay-sous-Bois, au prétexte de « restaurer sa compétitivité et d’assurer son avenir » (communiqué du 12/07/2012 « PSA Peugeot Citroën présente un projet de réorganisation »). Il s’agit d’une mystification ! Le chiffre d’affaires 2011 était supérieur de 6,9% au chiffre d’affaires 2010 (« Résultat annuels 2011 PSA Peugeot Citroën »). Le résultat opérationnel 2011 s’élevait à 1,315 miliards d’euros ! En 2011, les dirigeants de PSA se sont octroyé 8,6 millions d’euros et ont jeté par la fenêtre pas loin de 500 millions d’euros en dividendes et acquisition d’actions d’autocontrôle. Autant de preuves que l’argent ne manque pas dans le groupe PSA. Mais PSA n’est plus un groupe industriel : sa direction n’est motivée que par l’activité financière.

    Collectif Alternative Libertaire 93

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 16h28 le 13/07/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Les « Caïds » de banlieue pourraient-ils donner ce coup de pouce à la production ?
    ...en foutant le feu aux bagnoles encore en circulation, par exemple !

    « PSA n’aurait pas le choix. La question de fermer ou non Aulnay en devient presque marginale, tellement la crise de l’industrie automobile a l’air profonde ».

    La crise de l’automobile n’a pas l’air profonde ... elle est abyssale !
    Ce n’est pas avec des salariés - tous secteurs confondus - qui doutent de plus en plus de leur avenir et de leur devenir, que les gens auront tendance à s’endetter pour l’achat d’une voiture neuve, que ce soit en France ou ailleurs.

    Et comme on ne peut pas multiplier les « primes à la casse », on a trouvé un truc :
    - Il se prépare l’obligation de contrôle technique tous les ans, au lieu des deux ans traditionnels....afin de pouvoir « forcer à jeter » des voitures encore en bon état.
    Les nouveaux contrôles seront bien plus rigoureux, et de nombreux points techniques supplémentaires seront passés au crible, en particulier l’électronique embarquée.

    Si votre pendulette de bord ou votre jauge d’essence, et pourquoi pas aussi votre équipement GPS qui déconne, ou votre sono d’origine devient criarde...
    ...vous devrez jeter votre bagnole, car l’objectif ne sera plus de les réparer !

    C’est ça, le vrai Grenelle de l’environnement : La bagnole jetable, dès 30 000 km.

    Pourquoi aussi ne pas forcer les plus modestes à jeter leur bagnole dès l’achat...
    ...pour en racheter une autre dans la foulée, avec un pommeau de vitesse nouveau ?

    Aujourd’hui, c’est l’automobile qui voit sa fin prochaine arriver,
    Tout le réseau routier payé par les impôts, sera réservé aux grosses cylindrées
    (et là, on reviendra aussi sur ces limitations* de vitesse abusives, boites à PV)
    d’ailleurs Christine Lagarde l’avait déjà expliqué aux pauvres : achetez un vélo.

    Demain, c’est lensemble des produits qui resteront invendus sur les étagères.

    * A quoi bon acheter une bagnole, si on nous impose le 50 km/h partout ?

    PS :
    Faites donc à pied le tour de la place Vendôme ou un tour Faubourg-St-Honoré
    - Des Rolls, il y en a à foison, mais aucune n’affiche le carré vert « contrôle technique »

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