Le poids des mots 09/07/2012 à 16h02

La Grande conférence sociale : ce qui se cache derrière ces mots

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

Fini les « sommets spectacles », a promis le gouvernement. Ce lundi, le nouveau président de la République n’a prononcé que le discours d’ouverture de la Grande conférence sociale. Avant de s’éclipser du Conseil économique social et environnemental (Cese), laissant ses ministres écouter les 300 invités et les « facilitateurs » synthétiser les sept tables rondes thématiques.

Pour Mariette Darrigrand, sémiologue et blogueuse sur Rue89 :

« François Hollande continue de faire de l’antisarkozysme, comme pendant sa campagne. Avant, il y avait un homme qui décidait tout seul et très vite, là, les décisions se prendront ensemble et sur les cinq ans du mandat.

Rappelons qu’étymologiquement, conférence veut dire “parler ensemble”, précisément ce que Sarkozy n’a pas su faire. Le rôle de l’Etat est relativisé, il est un acteur, un partenaire social. Hollande aurait pu parler de “Grenelle de l’économie” mais le terme a été trop galvaudé sous le précédent quinquennat. »


Le logo de la Grande conférence sociale

La spécialiste des mots trouve heureux l’emprunt au vocabulaire de l’entreprise et ses séminaires : on parle d’ « ateliers », de « tables rondes »... mais reconnaît que « la modalité de la rencontre est plus mise en valeur que sa finalité ».

Elle note que le logo de la conférence est « un peu naïf », son objet « encore flou » et le mot « rigueur », « interdit ».

Vers un socialisme libéral ?

Pour bien comprendre ce qui se joue ces jours-ci au palais d’Iéna, il faut remonter l’histoire du dialogue social à la française. Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail (IST), nous rappelle qu’auparavant :

  • l’Etat « convoquait » les partenaires sociaux (en 1936 et 1968 pour mettre fin à de grandes crises sociales) ;
  • ou bien il les « consultait » (Sarkozy avait instauré les « sommets sociaux » avec la réforme des retraites, toujours à l’Elysée et toujours dans une logique « top-down »).

La gauche au pouvoir a souvent fait passer ses grandes lois sociales sans passer par un réel dialogue : ce fut le cas en mai 1981 comme en 1997. Jean Gandois, patron des patrons, avait eu l’impression de s’être fait « berner » par Lionel Jospin sur les 35 heures. Aujourd’hui, les syndicats n’accueillent pas unanimement la proposition d’inscrire le dialogue social dans la Constitution.

Hollande prétend inaugurer l’ère de la « concertation », ce qui serait une rupture par rapport aux socialistes du XXe siècle, précise Bernard Vivier :

« Après un Sarkozy bonapartiste, aura-t-on un Hollande libéral au sens où il laisserait libres les partenaires sociaux de négocier entre eux, comme cela se passe en Espagne ou en Allemagne ? Le socialisme fut libéral avant d’être marxiste. »

Un Etat toujours en surplomb

Le choix du Cese pour cette conférence est tout symbolique, note Bernard Vivier :

« On n’est pas au domicile d’un membre du gouvernement, mais dans un lieu naturel d’échange entre partenaires sociaux, voire forces vives de la nation. »

Mais attention à ne pas se laisser berner par les symboles. Le président Hollande veut certes réhabiliter les corps intermédiaires, mais il a bien précisé l’ordre des « trois défis » qu’il veut relever :

  • premier défi : les finances publiques ;
  • deuxième défi : l’industrie et la compétitivité ;
  • troisième défi : le chômage et la précarité.

Le renouveau sémantique n’est donc peut-être qu’une façade destinée à faire avaler le fait que les caisses sont vides.

Jusqu’ici, l’Etat est toujours resté « en surplomb et souvent en guidage direct des réformes sociales », note Bernard Vivier. Et de rappeler :

« Donner davantage d’autonomie aux partenaires sociaux est délicat, on peut se demander si ceux-ci en ont le désir et les capacités.

On a vu par exemple que la loi de janvier 2007 sur la modernisation du dialogue social est restée lettre morte. »

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  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 17h31 le 09/07/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Le décor est planté, les acteurs traditionnels sont tous là, mais ca fait combien de fois que l’on voit cette pièce..
    La partition économique des socialistes étant connue, peu différente de l’UMP. il n’y a pas grand chose à en attendre, surtout si l’Etat se place encore en arbitre hypocrite, qui fait financer par l’impôt ou par des atteintes à notre pouvoir d’achat, ce qu’il lâche pour se substituer au grand patronat des actionnaires boursiers.

  • Bretagne
    Bretagne
    Sceptique
    • Posté à 17h34 le 09/07/2012
    • Internaute 74906
      Sceptique

    Certains esprits mal attentionnés, pourraient trouver cette ’’Grande conférence sociale ’’ un peu curieuse. En 1968, le peuple poussait le pouvoir à organiser un Grenelle, la pression était phénoménale. A présent, alors que le pays sommeil en récupérant de deux années de campagne électorale, on anticipe dans la précipitation une convocation des soit disant représentant du peuple, les syndicats, qui sont, comme chacun sait très minoritaires en France.

    On aurait voulu éviter un large mouvement en dehors des structures politiques et syndicales institutionnelles , on ne s’y serait pas pris autrement.

    Le maître du jeu est Hollande comme Sarkozy l’a été lors du Grenelle de l’environnement où il a piégé et manipuler tout un mouvement écolos indépendants.

    La cogestion est en train de se mettre en place, et le service d’ordre est bien ’’ ce florissant personnel syndical et politique toujours prêt à prolonger d’un millénaire la plainte du prolétaire à seule fin de lui conserver un défenseur. ’’

    Le but est bien pour les Propriétaires du monde et leur petit personnel politique de déminer avant la rentrée.

    Il faut gagner du temps et gérer la pénurie avec délicatesse

  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 18h01 le 09/07/2012
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    hier j’entendais un responsable UMP dire « le moment n’est pas aux palabres mais à l’action » donnant bien la vision UMP du dialogue social ...
    or, il semblerait que nous entrons dans une période où il va falloir faire des sacrifices ...
    c’est intéressant de savoir quels sacrifices sont prêts à faire les uns et les autres ...
    bon, bien sûr, à l’arrivée c’est le gouvernement qui décidera :)))
    pourvu que ça ne se termine pas comme le Grenelle de l’Environnement :))

  • Berlingo
    Berlingo
    Etudiant
    • Posté à 18h31 le 09/07/2012
    • Internaute 186768
      Etudiant

    Rencontres-spectacles, FH ne va pas oser prendre une décision qui pourrait fâcher certains copains. On est parti pour 5 ans de théâtre où ils vont aller de concertation en concertation, entrecoupées de commissions et de rapports non-lus.
    Le simple logo montre à quel point ces rencontres sont ridicules : y en fallait vraiment un ? On l’imagine plus dans une pub pour le parc Astérix que pour ça...

  • trouble fêtes
    trouble fêtes
    aconforme
    • Posté à 19h19 le 09/07/2012
    • Internaute 156689
      aconforme

    « Conférence », « sommet spectacle » social : comme d’habitude ...

    Malgré de nombreuses sollicitations et une rencontre à Matignon, les organisations de chômeurs & précaires seront les grandes absentes de ce sommet. Elles appellent donc à participer à une action devant le palais d’Iéna où la conférence doit se dérouler.
    Parler ensemble ? : les chômeurs manifesteront lundi matin.

  • Chimulus
    Chimulus répond à nono le simplet
    Dessinateur de presse
    • Posté à 21h15 le 09/07/2012
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse

    voilà pour les puristes :)

  • Silver974
    Silver974
    Revolté ! ! !
    • Posté à 21h18 le 09/07/2012
    • Internaute 116767
      Revolté ! ! !

    Bon, il est vrai que nous sommes passé du « hard core » au « disco », cela sonne mieux a nos tympans, mais nous ne sommes finalement pas sur que l’on ne nous joue pas le même air sous un autre tempo ... Certe,, pas smple, on oscille aisément entre « génie incompris » et « crétin fini » ...Bref, tout ça pour dire que je n’ai guere d’espoir au sujet de la conclusion de tout cela, mais que je reste persuadé que s’il y a une une chance, aussi minime soit elle, elle nécessitait de « tester » une autre approche, qui si elle n’est toujours pas « la bonne voie », représente, hélas, le meilleur choix, en l’attente du réveil ...a moins que l’on ne dorme déja pour toujours ...

  • jino83
    • Posté à 21h00 le 10/07/2012
    • 159282

    « “ Donner davantage d’autonomie aux partenaires sociaux est délicat, on peut se demander si ceux-ci en ont le désir et les capacités.”

    On peut aussi ce demander si ce qui est appeler “ partenaires sociaux ‘ représente suffisamment bien les salariés , quel est le pourcentage de salariés syndiqués , dans le publique , dans le privé .
    Donc pour ces représentants factice , c’est certain ils n’ont aucun intérêt a ce que le dialogue évolue . Doit y avoir autant de ménage a faire a la tête des syndicats qu’a la tête de la politique , d’ailleurs ils s’entendent plutôt bien sur les concessions a faire depuis trop longtemps .

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