L’édito 03/07/2012 à 20h00

Discours d’Ayrault : zéro

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Jean-Marc Ayrault n’est pas le champion des envolées oratoires. Quand il s’y essaye, en agitant en l’air ses coudes bizarrement, cela sonne faux. Il force sa voix, bafouille souvent, mange un mot, écorche un autre.

Son discours de politique générale, mardi après-midi, était long et convenu, simple reprise des mesures égrenées par François Hollande pendant sa campagne. Seule nouveauté, une triste annonce : la révision à la baisse des prévisions de croissance (ramenées à 0,3% pour 2012 et environ 1,2% pour 2013, contre 0,4% et 1,7% attendus).

Pourtant, ce n’est pas à cause de la forme que le discours d’Ayrault était raté ; après tout, tous les hommes politiques n’ont pas la chance d’avoir la voix de Philippe Séguin.

Le véritable problème était ailleurs. A l’image de François Hollande pendant la campagne, Jean-Marc Ayrault n’a pas clairement désigné ce que serait la politique qu’il entend suivre. Ce qui, pour un discours de politique générale, n’est pas idéal.

Politique de croissance ou politique de rigueur ? Des efforts demandés aux Français ou des mesures de relance ? Difficile d’y voir clair dans ses phrases à tiroirs du type :

« Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaires. [...] Mais je refuse l’austérité. »

Ou des promesses de « pactes » incertains :

« Mon gouvernement entend mettre un terme à ce décrochage ! C’est le sens du pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi que je vous propose. »

Que faire en 2013, année dévastatrice ?

L’année 2013 s’annonce dévastatrice sur le plan budgétaire. Que propose Jean-Marc Ayrault ? Augmentera-t-il franchement la CSG ou d’autres impôts ? Coupera-t-il comme un fou dans les dépenses ? Ou tentera-t-il d’assouplir la marche vers l’équilibre budgétaire, telle qu’elle a été convenue avec l’Union européenne, afin d’éviter la récession ? Est-il favorable à une politique de la demande ou une politique de l’offre ? Aucune de ces questions n’a de réponse.

De ces choix de politique économique dépend pourtant le sort des habitants de ce pays : l’ampleur de leurs efforts et de leurs souffrances. Ce sont des choix politiques cruciaux, dont l’expression claire aurait trouvé toute sa place dans le discours de politique générale.

Résumé
Un dessin de Pétillon, dans Le Canard enchaîné de ce mercredi, résume bien la situation. Hollande, l’air fatigué, marche aux côtés d’Ayrault, qui tient son discours à la main. Il lui dit : « Ne galvaudons pas le mot “rigueur”... Nous aurons à en faire beaucoup usage en 2013. »

Le Premier ministre a préféré rester dans l’ambiguïté chère à l’ex-candidat François Hollande. Peut-être parce que le choix qui a été fait, en coulisse, est celui de la rigueur stricte, dure, mais qu’il ne faut pas le clamer sur tous les toits pour ne pas prendre le risque de casser les très minces chances de reprise.

Alors on préfère tresser des phrases creuses avec quatre ou cinq mots : redressement, justice, sérieux, jeunesse, stabilité... Les mauvaises nouvelles, elles, viendront plus tard, distillées au goutte-à-goutte d’ici la fin de l’année.

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  • kestucroa
    • Posté à 20h41 le 03/07/2012
    • Internaute 111844

    Je me souviens encore du discours d’intronisation de Balladur.
    Ni pire, ni mieux. De la prose, rien que de la propose
    Lien
    Il faut arrêter cet exercice convenu ou bien le faire en alexandrins, la prochaine fois.

  • TonyRev
    TonyRev
    Etudiant
    • Posté à 20h58 le 03/07/2012
    • 182074
      Etudiant

    Je vous trouve un peu dur avec lui. Certes, ce n’est pas un bon orateur, mais son discours était assez clair, du moins autant que peut l’être un discours de politique générale (le dernier mot est important). Il s’en tient effectivement au programme de François Hollande et le maintient, y compris les mesures les plus coûteuses (150 000 emplois-jeunes, Pacte de solidarité intergénérations) et ce malgré une croissance plus basse que prévue et des trous budgétaires plus importants, tout en maintenant l’objectif d’équilibre budgétaire en 2017. Qu’attendre de plus ? Depuis le 6 mai, le PS applique la politique qu’il a promis durant la campagne, respecte l’« agenda du changement » élaboré par le candidat Hollande, et a même obtenu des concessions dans la politique de rigueur imposée par l’UE (et ce n’est pas une mince affaire, celle-ci étant presque exclusivement dirigée par des conservateurs pro-austérité - quoique peut en dire la presse, jamais avare de mauvaise foi). J’ai voté Hollande, et pour l’instant, je n’ai pas à regretter mon choix, les promesses sont tenues. Pour ce qui est des difficultés, on savait qu’il y en aurait, et il serait hypocrite d’affirmer qu’on ne s’y attendait pas. Les années à venir vont être difficiles, le redressement promis par Hollande et Ayrault ne se fera que dans la durée d’après eux-mêmes, et Hollande ne l’a jamais caché durant sa campagne : alors restons vigilants sur la politique du gouvernement, soyons critiques lorsqu’il le faut, mais arrêtons d’être hypocrites en reprochant au Premier Ministre de ne pas appliquer une politique « à gauche toute » faisant fi des contraintes économiques, qu’il n’a de toute manière jamais promise.

  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 21h11 le 03/07/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    Soyons sérieux. Quand il n’y avait que 50000 chômeurs, nous n’avons jamais été capables de les recaser. Nous n’avons pas plus été capables quand il y en a eu 1 millions etc... Et aujourd’hui il y en a 10 fois plus. Qui peut crédiblement affirmer que la solution se trouverait encore dans ce système économique ? Je pense que les soc.-dem. savent aussi que non. Jospin l’avait d’ailleurs dit clairement. Les soc-dem d’aujourd’hui sont encore traumatisés par la sanction qu’il reçut de ceux qui n’ont pas encore réalisé que la société de consommation était finie. Leur problème, c’est que leur excès de prudence peut aussi les faire sanctionner très sévèrement, car il y en a maintenant beaucoup qui ont compris qu’il était temps de tourner la page et de se lancer dans l’exploration de cette ère post-capitaliste qui commence.

  • Listéria
    Listéria
    particulier
    • Posté à 21h49 le 03/07/2012
    • 180828
      particulier

    Avons-nous voté pour Hollande pour échapper à l’austérité ou pour échapper à Nicolas Sarkozy ?

    Il ne faut pas être dupe, personne n’a pu voter pour Hollande en pensant qu’on échapperait à cette austérité. Nous avons fait des choix tactiques, pas des choix stratégiques. Aujourd’hui, nous sommes face aux réalités et c’est bien navrant, maintenant il faut bien convenir que nous avons choisi une personne, pas forcément une politique. Certes, la presse nous dit le contraire, il n’en reste pas moins que ce n’est pas la réalité : François Hollande n’est pas un dictateur élu pour 5 ans, il est seulement le premier représentant de la nation. Nous sommes encore les détenteurs de la souveraineté. Ce qui signifie que nous avons encore notre mot à dire.

  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 01h17 le 04/07/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    La rigueur, la rigueur...

    J’aimerais mieux la répudiation de la dette.

    Mais quand je fais ce rêve, Ayrault tique...

  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 08h59 le 04/07/2012
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    Ayrault a bien du mérite. Il aurait « bafouillé » selon l’auteur de cet article ? ! Important, çà.
    Si vous n’avez pas assisté en direct au discours, lisez plutôt le compte-rendu du Monde.
    S’exprimer devant la meute umpiste revancharde, gueularde comme jamais.
    Lamentable et pitoyable Copé commandant sa troupe de sbires que l’on eut dit aussi avinés qu’habituellement l’un d’entre eux (un député des Hauts- de Seine...).
    Je me fiche du discours protocolaire, je vois déjà des actes qui me conviennent. J’en attends d’autres et d’autres encore..
    La rigueur ! Et alors ? N’ont à perdre que ceux qui possèdent.
    La rigueur, on connait de longue date. La faute à qui ?
    Oui, Ayrault a eu bien du mérite.

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