Pour/Contre 26/06/2012 à 12h48

Pour ou contre le coup de pouce au smic ?

Pascal Riché | Cofondateur Rue89


Un pouce levé, avec un « smiley » (Moved ! /Flickr/CC)

Un smicard, quand il travaille à plein temps, gagnait jusque là environ 1 080 euros par mois. Difficile d’être contre l’augmentation de son salaire, surtout quand il ne s’agit que d’une vingtaine d’euros : 1,4% au titre de l’inflation (une augmenbtation automatique) et 0,6% au titre du « coup de pouce ».

Et surtout aussi quand ceux qui crient le plus fort contre ce coup de pouce de 0,6% sont les mêmes qui s’indignent contre la hausse des taxations des plus riches : des gens qui parfois gagnent en un jour ce qu’un smicard gagne en un an....

Néanmoins, de nombreux économistes, pas seulement à droite, contestent l’efficacité des coups de pouce sur le smic.

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Pour

  • La justice sociale

Vivre avec 1 080 euros, quand on est célibataire, dans une ville, est difficile. Vivre avec deux smic, pour une famille, ne l’est pas moins. Pour les syndicats, seul un coup de pouce sérieux permettrait de compenser la hausse, ces dernières années, des dépenses incompressibles : logement, santé, énergie, essence.

Le sentiment de justice sociale et d’équité est lui-même bénéfique à la cohésion sociale et donc à la croissance. Une société dans laquelle ce sentiment se délite est rarement une société dynamique...

  • Il n’y a pas eu de coup de pouce depuis six ans

« Ce ne sera pas une catastrophe pour la compétitivité nationale », pour reprendre la formule de Jean-Lous Borloo. Pendant ces six années, les hauts salaires, eux, ont augmenté (sans que personne ne trouve rien à redire concernant cet alourdissement du coût du travail).

  • L’augmentation du smic relance la consommation

L’argent distribué aux smicards est quasiment entièrement dévolu à des dépenses de consommation, donc au chiffre d’affaires des entreprise, donc à l’activité.

  • La hausse du chômage n’est pas liée au smic

Elle est liée aux dérèglements de la finance et aux politiques d’austérité. Malgré l’absence de coup de pouce pendant six ans, l’économie française a perdu 800 000 emplois : les économistes devraient passer plus de temps à analyser les causes de ces destructions d’emplois-là, qui n’ont rien à voir avec le salaire minimum...

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Contre

  • Cela nuit à la compétitivité et à l’emploi

Lorsque l’augmentation des salaires est supérieure à l’augmentation de la productivité des travailleurs, la compétitivité en souffre. Les entreprises, pour compenser cette hausse du coût du travail, ont le choix entre la réduction des effectifs ou la hausse des prix de leurs produits, elle-même génératrice de perte de marchés. Quelle que soit la solution choisie, l’emploi en pâtit donc.

Dans la conjoncture actuelle, selon Francis Kramarz, membre du groupe d’experts sur le smic, 1% d’augmentation provoquerait la destruction « d’environ 1,5 % des emplois situés au salaire minimum, soit de l’ordre de 15 000 à 25 000 postes perdus ».

Les premières victimes étant les jeunes peu diplômés, « pour qui la marche à franchir pour entrer sur le marché du travail serait encore plus haute », ainsi que les salariés peu diplômés et plus âgés, « qui risqueraient de perdre leur emploi ».

  • L’impact est nul, voire négatif, pour le pouvoir d’achat

Trois raisons sont alternativement avancées à l’appui de cet argument :

  • les entreprises réagiront en comprimant l’ensemble des réunérations de la grille salariale ;
  • la hausse du smic sera répercutée dans les prix, et donc grèvera le porte-monnaie des consommateurs ;
  • l’augmentation du taux de chômage liée à celle du smic participera à la pression sur les rémunérations de l’ensemble des salariés (plus le chômage est élevé, plus les employeurs sont rudes et les demandeurs d’emploi conciliants).
  • Cela grève les finances publiques

La hausse du smic entraine la revalorisation salariale de 890 000 fonctionnaires, dont les rémunérations sont indexées sur lui.

Par ailleurs, elle entraîne mécaniquement des allègements supplémentaires de charges sociales (qui sont accordées pour les salaires allant jusqu’à 1,6 fois le smic). Selon Gilles Carrez, ex-rapporteur général du Budget (UMP), la facture totale pour l’Etat serait de un milliard d’euros.

  • Cela mine les grilles salariales

La hausse du smic comprime l’éventail des salaires dans les entreprises, ce qui réduit les marges de manœuvre des négociations salariales. Environ 20% des smicards ont plus de dix ans d’ancienneté, rappelle la CFDT.

  • La hausse du smic ne permet pas de lutter contre la pauvreté

Les « vrais » pauvres sont des chômeurs ou des travailleurs précaires. Il vaut mieux concentrer les efforts sur ces populations très fragilisées, en agissant sur d’autres leviers (RSA, etc). Commentaire d’un expert qui a plaidé en coulisse contre le coup de pouce gouvernemental :

« Le RSA augmente le revenu des smicards de 15 a 30% s’ils n’ont pas d’autre revenu. Et cela, cela n’ennuie pas les PME. Cela n’ennuie que les riches qui vont payer plus d’impôts ».

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  • gwinver
    • Posté à 13h08 le 26/06/2012
    • Internaute 157645

    personnellement, je suis contre : il faudrait pouvoir augmenter le budget disponible des gens au SMIC sans toucher au SMIC : par exemple avec des aides sur les transports ou les gardes d’enfants ...
    Je vois 2 inconvénients majeurs à l’augmentation du SMIC :
    - la baisse de compétitivité des entreprises
    - le rattrapage très démotivant des personnes qui étaient il y a quelques années à 10 % ou plus au dessus du SMIC et qui se font rattraper, n’étant plus qu’à quelques € du SMIC : vu que ces salaires ne font pas partie de l’accord, c’est les grands perdants ...

    de plus dans certaines entreprises, un % d’augmentation global est prévu et s’il passe intégralement dans le rattrapage du SMIC il n’y a pas d’augmentation possible pour les autres employés...

    et cette augmentation faible n’est pas de nature à faire changer d’avis quelqu’un au chômage qui hésiterait à reprendre un emploi du fait de la faible différence entre d’un côté le chômage et de l’autre le salaire amputé des divers frais (transport, garded’enfants...)

  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 13h43 le 26/06/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    Je crois qu’il faut d’abord se demander pourquoi, contrairement à ce qui s’est passé après la crise de 29, les gouvernements de la plupart des pays de l’OCDE refusent d’adopter des mesures keynésiennes massives, en augmentant par exemple les salaires.
    Parce que les gouvernants sont tous des salauds ? Sûrement pas tous, et probablement aucun.

    La principale raison est que ça déséquilibrerait encore plus la balance du commerce extérieur.

    La globalisation de l’économie, et l’ouverture des frontières qui va avec, pousse l’Humanité à une guerre économique inédite, avec au bout un dumping social de plus en plus intenable. Mais aussi une course à la médiocrité.
    Seulement on est incapable de faire marche arrière, tant les intérêts de chacun sont imbriqués, et tant l’environnement est devenu d’une complexité ingérable.

    Il faut, et d’urgence, revenir à des concepts simples sur les échanges économiques, il faut à nouveau savoir mesurer les choses autrement qu’à travers la loi du marché devenue folle :

    Les échanges commerciaux se mesurent à leur valeur sur le marché. Mais qui comptabilise ce qui, parmi les biens échangés, enrichit l’acheteur, ou ce qui est voué à une obsolescence accélérée ?
    Quand bien même on équilibrerait la balance en valeur, l’aura-t-on équilibrée en emplois ? Et quel serait l’équilibre dans un an, dix ans, 25 ans ?

    Que devient un téléphone portable, un tee shirt, ou un Airbus en 20 ans ?

    Il faut que l’économie s’intéresse au qualitatif, en plaçant non pas des barrières douanières (contre-productif), mais des normes de qualité visant à augmenter la durée de garantie et la réparabilité. La Suisse a commencé à le faire. Si l’UE s’y met, c’est l’ensemble des pays de OCDE qui suivra.

    Alors, et seulement alors, une politique keynésienne sera possible, et le SMIC pourra être augmenté massivement, parce que cet afflux de devises sur le marché circulera dans un circuit qui enrichit et non qui appauvrit.

  • phil135
    phil135
    normal
    • Posté à 13h46 le 26/06/2012
    • 179105
      normal

    un truc qui me gène autour de cette histoire de salaire c’est que l’on paye des salaires qui a smic ou à smic +2% restent insuffisants, et comme on sait bien que c’est insuffisant on donne par ailleurs un tas de compensations en prestations sociales financées par des charges qui alourdissent le coût du travail aussi bien que si on avait directement payé les gens suffisamment pour vivre. à part que c’est un système vicié, et que le circuit charges - organisme de collecte - organisme de distribution - receveur n’a pas du tout un rendement de 100%.

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 13h57 le 26/06/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    Baisser la TVA de 2% aurait des effets mais cette augmentation du smic c’est pisser dans la mer pour la faire déborder........

  • Le Yéti
    Le Yéti
    voyageur à domicile
    • Posté à 14h15 le 26/06/2012
    • Internaute 6095
      voyageur à domicile

    UN « COUP DE POUCE » DE 6,60 EUROS PAR MOIS

    Sur un SMIC de 1100 euros net par mois, les smicards ont donc gagné 22,00 euros par mois.
    Mais comme une partie de cette augmentation – 1,4%, soit 15,40 euros – n’est qu’une avance sur le rattrapage légal de l’inflation, nos valeureux smicards ont bénéficié d’un coup de pouce royal de +0,6%, soit une augmentation nette de 6,60 euros par mois.
    Champagne... enfin non, Champomy !

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