Conflit social 20/06/2012 à 15h46

Tensions chez Les Verts : un parti est-il un employeur comme un autre ?

Elsa Fayner | Journaliste Rue89


Une militante d’Europe Ecologie - Les Verts tient une pancarte du parti à Paris, le 25 février 2010 (LOIC VENANCE/AFP)

Les salariés d’Europe Ecologie - Les Verts ont attendu la fin des législatives. Deux cambriolages en une semaine ont ouvert les vannes de leur mécontentement.

Lundi 18 juin, la quinzaine de salariés du siège d’EELV ont décidé de faire valoir leur droit de retrait, comme peut le faire n’importe quel salarié qui s’estime confronté « à un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ».

Ils hésitent à raconter, veulent garder ça pour eux, ne pas « utiliser la situation politiquement ». Le représentant du personnel contacté préfère « régler ça au mieux, par le haut, sans médiatisation ». Quelques-uns ont malgré tout envie d’en parler. Deux d’entre eux ont accepté de témoigner, sous couvert d’anonymat.

Huit cambriolages et des « invasions »

Ce sont donc les cambriolages qu’ils évoquent d’abord : huit en quelques années. L’un parle également d’intrusions de « visiteurs agressifs » au siège, d’une collègue violemment prise à partie par un inconnu.

Il considère n’être pas assez payé – en moyenne, les salariés gagnent autour de 2 000 euros net par mois – pour régler ces situations. Ni formé pour ça :

« Que des collègues partent en arrêt de travail et qu’ils doivent prendre des médicaments parce qu’ils sont maltraités au travail, c’est une chose. Mais qu’un fou puisse débarquer un jour et nous tirer dessus, c’est dangereux ! La fumisterie de la direction en vient là à toucher des domaines qui ne sont pas anodins. Il suffirait de sortir 600 euros pour payer une alarme. »

Mardi 19 juin, dans l’après-midi, une réunion a été organisée « en urgence » par la direction, avec les représentants du personnel – qui menaçaient de faire grève – et une société de sécurité, explique Pascal Durand, porte-parole d’EELV :

« Cette histoire de droit de retrait est réglée maintenant. Le siège va être sécurisé. Les salariés ont repris le travail mardi soir. Mais je comprends qu’un cambriolage soit un traumatisme. Les salariés ont perdu des données professionnelles, des souvenirs personnels. Je comprends aussi que salariés aient un gros coup de blues après les élections. Ils ont travaillé comme des fous, dans des conditions difficiles. »

Le management « d’une PME de droite »

Pour les deux salariés qui témoignent, le problème, justement, c’est que les élections se succèdent :

« Il y a toujours une élection, un conseil national, une échéance importante, alors on ne dit rien, on est sympa. »

Pendant ce temps, le malaise s’installe, racontent-ils :

« Les délégués du personnel demandent depuis longtemps à la direction ce qu’elle compte faire pour les risques psychosociaux. Mais elle ne répond pas, elle n’organise pas les réunions obligatoires avec les élus du personnel. Elle ne nous écoute pas. »

En matière de risques psychosociaux, l’un des salariés parle d’« une organisation par-dessus la jambe » : management et organisation du travail inexistants.

Son collègue raconte, lui, avoir travaillé de nombreux week-ends d’affilée l’an dernier, le soir, la nuit parfois. Il évoque des collègues en souffrance, certains en arrêt maladie, et d’« autres problèmes de management dignes d’une PME de droite ».

« Deux fois moins de salariés pour le même travail »

Pour Anne Souyris, membre du conseil d’orientation politique d’EELV, le mal-être remonte aux précédentes législatives :

« C’est une situation compliquée qui dure depuis longtemps. Il y a eu une sorte de plan social il y a trois ans. La moitié des salariés sont partis. Reste une moitié du personnel pour faire le même travail qu’avant, celui d’un parti national. Dans une situation délétère : avec le mauvais score que nous avions réalisé aux législatives de 2007, nous avons vécu avec très peu d’argent, sans pouvoir emprunter, ni recruter. Avec le score de ces dernières législatives, la situation va changer. »

La direction aussi. Pascal Durand devrait remplacer Cécile Duflot dès le 22 juin. Celui-ci promet d’être vigilant :

« S’il y a d’autres revendications, ce sera à la future direction de les traiter. Il faut que dans ce parti, comme dans n’importe quel parti, il y ait des relations constructives. Si je suis en responsabilité, les relations sociales seront l’une des priorités pour le mouvement. Car je pense qu’on ne travaille bien que si les gens sont heureux de venir bosser.

Notre difficulté, c’est d’être parfois un parti de masse, sans être structuré pour ça. »

« Le conflit est nécessaire ici aussi »

C’est le propre des structures militantes surtout, constate David Eloy qui, en 2009, a créé avec des amis un syndicat pour défendre et conseiller les salariés du secteur associatif. Les points communs avec le cas du parti politique vert sont nombreux pour le secrétaire général d’Asso :

  • du fait de leur engagement, les salariés ont des difficultés à se reconnaître comme des salariés. Ils exercent leur métier par conviction, et ils pensent que leurs problèmes sont à ravaler tellement la cause qu’ils défendent est plus grande ;
  • du fait de leur engagement, les salariés ont également des difficultés à être reconnus comme des salariés par leur employeur. Celui-ci leur renvoie régulièrement l’image du militant qui ne compte pas ses heures, enchaîne les contrats courts, ne regarde pas son salaire, et accepte toutes les conditions de travail. Or, si le secteur militant présente bel et bien des spécificités – de pics d’activité, de déplacements, d’investissement, etc. –, le droit du travail s’y applique ;
  • l’employeur voit souvent le conflit comme une remise en cause de son engagement, de son identité. Il se plaint qu’on « lui renvoie l’image d’un sale patron », d’avoir l’impression d’être « passé de l’autre côté ». Or, dans ces structures aussi cohabitent des intérêts divergents. Le conflit, la discussion sont nécessaires. Comment concilier les intérêts des uns avec ceux des autres pour faire avancer le projet ? , telle est la question.
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  • Windu
    Windu répond à antropophage housse
    Sur ma chaise
    • Posté à 16h28 le 20/06/2012
    • Internaute 115557
      Sur ma chaise

    J’ai envie de dire que ça n’a rien à voir !
    Autant le sujet de l’article est grave, parce qu’on parle de stress au travail, mais en même temps d’une situation qui n’est pas considérée comme un emploi pour/par certains. Bref, on parle de la place du militant-employé, qui est un sujet qui dépasse EELV, mais on voit là que ça n’est pas forcément plus rose (ou plus vert ?) dans ce parti que dans d’autres...
    Autant votre remarque est puérile : à l’UMP aussi, il y avait 3 candidats, et après ?

  • Pinicchio
    Pinicchio
    révolutionnaire en charentaises
    • Posté à 17h39 le 20/06/2012
    • Internaute 112704
      révolutionnaire en charentaises

    Salarié d’une association d’éducation populaire, je me reconnais parfaitement dans ce qui est décrit dans l’article.

    Je suis salarié à temps partiel sur un poste (directeur permanent d’un centre de loisirs) qui impose qu’un certain nombre de choses soient faites. J’ai une quasi totale liberté dans la gestion de mon temps de travail hors temps de présence avec les enfants. Je me suis vite rendu compte que mon volume horaire théorique ne serait pas suffisant pour faire correctement mon travail et cette liberté d’organisation a permis des dépassements d’horaires systématiques.

    Cette situation est le résultat à la fois d’un manque de financement des collectivités sur le secteur d’activité, des difficultés financières de l’association et de la concurrence des associations entre elles pour obtenir la gestion des centres auprès des mairies. Une conséquence étant que les salariés sont mal payés et travaillent dans de mauvaises conditions.

    C’est une grande contradiction pour cette association ancrée à gauche, d’économie sociale. Ayant une autre expérience au sein d’une autre association, et côtoyant de nombreuses personnes travaillant dans ce milieu, il me semble que cette contradiction n’est ni spécifique aux secteur des centres de loisirs, ni à celui de l’éducation populaire.

  • Calisto13
    Calisto13
    Joyeux
    • Posté à 17h44 le 20/06/2012
    • Internaute 129009
      Joyeux

    J’adore cet article... comment peut on se dire de gauche et traiter ses salariés comme cela... franchement c’est littéralement indécent. Manquerait plus qu’ils délocalisent, c’est moins chère ailleurs et là bas tu peux les faire travailler 7j/7, voire même la nuit...

    Me fait penser à deux potes qui bossent dans une mairie bien connu du Nord de Paris, les 35 h ils se demandent dans quel pays elles ont été instaurées parce que eux ils les cherchent...

    Faite ce que je dis pas ce que je fais...

  • Corellien
    Corellien
    Mutin
    • Posté à 18h10 le 20/06/2012
    • 185166
      Mutin

    C’est le gros problème des salariés de partis, comme de toute autre structure associative/syndicale.
    Par exemple, les fameux cinéma militants « Utopia », toujours prêts à projeter du Ken Loach ou du Pierre Carles...ne sont pas forcément de gentils patrons. Et en plus dans ces cas là, comme les structures ont peu d’argent y a un chantage en mode « tu comprends, travailler pour nous c’est aussi mener un combat, on a besoin de continuer, tu peux pas exiger 1,5 SMIC ».
    Parce que certaines personnes arrivent à lier engagement au service de ses convictions et gagne-pain, ils se retrouvent à ne pas oser réclamer des conditions de travail dignes. Les démarcheurs de chez Green Peace ça doit pas rigoler non plus.
    C’est exactement le problème aussi des permanents syndicaux, qui se retrouvent soit transformés en petits bureaucrates et techniciens ne partageant pas les outils de luttes (et acquièrent donc une forme de pouvoir) , soit en « personne à tout faire » sur laquelle le syndicat se repose entièrement pour fonctionner (et là adieu le fonctionnement collectif).
    C’est pour ça que de nombreuses structures militantes, quitte à avoir recours à des salariés/permanents/semi-permanents, tâchent de fonctionner de manière autogestionnaire, avec partage et rotations des tâches, salaires votés en AG, etc...

  • Léo82
    Léo82 répond à Corellien
    quidam procrastinateur
    • Posté à 16h56 le 21/06/2012
    • Internaute 118888
      quidam procrastinateur

    je suis peut être hors sujet, mais ta réflexion me renvoie à ces intérimaires d’Action contre la faim, Amnesty et compagnie qui t’accostes dans la rue pour te demander tes sous alors que eux sont payés pour ça (on leur fournit d’ailleurs un ’argumentaire béton’ pour ceux qui dans la rue leur arguerait cet argument) et parfois très loin de partager les idéaux dont ils veulent te faire participer.... financièrement bien sûr.

    pour témoignage, un de mes amis, à qui on mettait une forte pression, et à qui on a même dit qu’on allait devoir se séparer de lui, parce qu’il ne faisait pas assez d’adhésions. et embauché par l’intermédiaire d’une boite d’intérim bien sûr... je trouve çà pathétique.

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