Bourse attack 08/06/2012 à 12h58

« Finance folle » : les robots traders attaquent sur France 2

Elsa Fayner | Journaliste Rue89

Kerviel à la Société générale, Ikil chez JP Morgan, Patrice Tourre chez Goldman Sachs : les Bourses, et les banques concernées, ont encore récemment vacillé sous les assauts de traders isolés. Ceux-ci appartiennent pourtant déjà au passé. Ils ont été remplacés par de simples robots bien plus rapides qu’eux. L’équipe de « Cash investigation » réalise une enquête éclairante, diffusée ce vendredi 8 juin sur France 2, sur le « trading à haute fréquence ».

Des ordres boursiers chaque microseconde

Les hauts plafonds du palais Brongniart ont été troqués contre les tôles d’un hangar en banlieue de Londres. La Bourse française s’est rapprochée de ses clients, dont la plupart sont dans le coin, commentent les deux réalisateurs, Irène Bénéfice et Olivier Toscer. La distance a son importance : plus les tuyaux de télécommunications sont courts, plus les échanges vont vite. Or, les robots passent des ordres toutes les microsecondes.

C’est l’intérêt : le plus rapide peut remporter beaucoup sur les marchés financiers. Les réalisateurs indiquent ainsi que les sociétés de trading à haute fréquence ont gagné 3,7 milliards d’euros en 2011 aux Etats-Unis, où deux tiers des opérations boursières sont réalisées par des ordinateurs.

Un crash de 14 minutes

Le 6 mai 2010, à 14 heures 42 minutes 44 secondes précisément, les cours du Dow Jones s’effondrent aux Etats-Unis. En quelques secondes, tous les voyants des entreprises cotées passent au rouge. Les analystes croient d’abord à une réaction des traders aux événements grecs.

Il n’en est rien. Le robot d’une seule entreprise de trading à haute fréquence est en cause. Il a vendu 3 000 contrats extrêmement rapidement, entraînant les autres robots dans la panique. Le « flash crash » durera quatorze minutes. Des millions d’euros partiront en fumée.

Extrait de « Finance folle »

En France, un tiers des transactions à la Bourse de Paris sont réalisées par ces robots ultrarapides. Et, si Euronext, qui gère la Bourse française, assure aux réalisateurs qu’un tel effondrement éclair ne peut se produire en France, l’Autorité française des marchés prouve le contraire : des mini flash-crashs ont déjà eu lieu, qui peuvent « provoquer des catastrophes et des gains totalement indus ».

Pas encore de faillites d’entreprises

Lors du flash crash américain de juin 2010, l’action de l’entreprise Procter & Gamble a perdu 30% de sa valeur en quelques minutes. De quoi mettre les entreprises en danger, même si aucune faillite n’a encore eu lieu, explique le coréalisateur Olivier Toscer :

« Avant, c’était relativement simple : si le business était bon, le cours de l’action montait. Alors que les traders haute fréquence ne tiennent aucun compte des perspectives à moyen ou long terme de l’entreprise. Leur seul intérêt, c’est de faire bouger les cours, faire croire qu’il y a un mouvement. Les entreprises ne peuvent plus prévoir le cours de leur action. »

Conséquences, liste l’enquêteur :

  • les entreprises ne savent plus combien elles valent et banques ne savent plus à quelle hauteur leur prêter ;
  • les investisseurs qui ont perdu beaucoup d’argent avec ces actions yoyo risquent de ne plus en acheter par la suite ;
  • si l’entreprise a moins de perspectives claires, elle devient plus frileuse, et investit moins.

Des algorithmes tenus secrets

Les machines achètent, vendent, passent des ordres selon des algorithmes tenus secrets par les entreprises qui les mettent au point.

Mais celles-ci recourent parfois à des techniques que l’Autorité française des marchés qualifie de frauduleuses. A visage masqué, un ingénieur qui conçoit de tels algorithmes raconte comment un certain nombre d’entreprises de trading à haute fréquence « envoient des rafales d’ordres pour saturer les ordinateurs de la Bourse et ralentir les flux » : seuls les plus rapides peuvent passer des ordres, les autres sont bloqués. C’est la méthode de la « saturation ».

Celle du « brouillage » est devenue, selon l’homme flouté, « ultraclassique » depuis peu : un système informatique envoie un ordre, et le tue aussitôt. Pour profiter du mouvement qu’il a pu initier. Pour Olivier Toscer, rien de nouveau sur le principe, si ce n’est la rapidité de l’opération, qui la rend désormais indétectable pour les gendarmes de la Bourse.

Infos pratiques
« Finance folle : l’attaque des robots traders ? »
D’Irène Bénéfice et Olivier Toscer

Diffusion vendredi 8 juin à 22h45 sur France 2. Un film produit par Premières lignes.

  • 19589 visites
  • 80 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • zoophélie
    zoophélie
    consultante
    • Posté à 13h36 le 08/06/2012
    • Internaute 78054
      consultante

    « la rapidité de l’opération, qui la rend désormais indétectable pour les gendarmes de la Bourse »
    Euh, pour sur que si le gendarme en question est au bord de la route avec un képi il ne verra pas grand chose.
    Dans la vraie vie du HFT toute opération ayant un impact sur le cours génère une trace que ce soit un ordre annulé ou effectivement passé.
    Donc il suffit d’analyser les logs, c’est ce qui se fait en cas de suspicion.
    C’est aussi comme ça qu’on sait qu’il y a peu prêt 9 ordres annulés pour 1 de passé.

  • errorscript
    errorscript répond à zoophélie
    geek de formation, crétin par (...)
    • Posté à 13h50 le 08/06/2012
    • Internaute 65001
      geek de formation, crétin par (...)

    Encore faut il que le gendarme de la bourse se dote de moyen suffisant pour analyser ces logs dont la taille journalière est astronomique. Dans la finance comme dans les autres domaines, la « police » a toujours un train de retard

  • It08
    It08
    Etudiant
    • Posté à 13h52 le 08/06/2012
    • Internaute 155451
      Etudiant

    Euh. Une action peut bien valoir 0.000000001 euro en bourse, c’est pas pour ça que l’entreprise fait faillite.

    Le seul et unique danger d’une baisse du cours c’est de se faire absorber par une autre entreprise (ben oui, moins l’entreprise vaut, plus c’est facile de l’acheter).

    Quand les gens comprendront que la bourse, c’est avant tout un casino et que ça n’a rien à voir avec l’économie...

  • Rezonor
    Rezonor
    Collectif
    • Posté à 14h07 le 08/06/2012
    • Internaute 63987
      Collectif

    C’est exactement le sujet de la rencontre organisée par le Parti Pirate sur l’économie financière, lors de la campagne pour les législatives, le 21 mai au Café de la Gare.

    Nous ignorons le traitement que lui applique France 2, mais nous signalons qu’il existe un enregistrement video de la conférence, citée plus haut, dont l’aspect pédagogique permet de bien comprendre la formation d’un contrat de type CDS et comment son négoce conduit à l’usage du trading Haute Fréquence ainsi que la relation avec le traité ACTA qui entend protéger les algorithmes utilisés par le « shadow banking system » de sorte à la mettre hors de portée des investigations des élus et des états, Europe comprise.

    En fait, a-t-il expliqué pendant cette conférence, l’impuissance des états provient de ce que les régulateurs français (en 2010 il n’existe pas encore de régulateur européen) et américains ne disposent pas des moyens adéquats face à la puissance des moyens mis en œuvre par les opérateurs sur les marchés de gré à gré non régulés, comme le déclare les présidents de l’AMF et de l’ACP dont les propos ont été recueillis par les commissions d’enquête sénatoriales et parlementaires citées dans la video pirate.

    La conclusion est intéressante. Les moyens explorés par le Parti Pirate permettent d’entrevoir une autre pratique du financement public, un véritable renversement copernicien, tellement les enjeux sont considérable en volume, si les régulateurs parvenaient à leurs fins, consistant à faire revenir dans le giron de marchés régulés (donc taxables) les opérateurs de gré à gré qui génèrent dix fois plus de richesses virtuelles et cent fois plus de risques que l’économie réelle.

    Nous sommes donc impatients de voir le travail de France 2, car de l’avis des Pirates il y a là matière à une révolution financière, voyons si les conclusions des enquêterus de france 2 convergent avec cet avis : wait (vu l’horaire tardif) and see (twice again pour comparer).

  • A déménagé le 17.12.2012
    • Posté à 14h44 le 08/06/2012
    • 176912

    Sauf que dans l’état actuel, le cours d’une action influence les taux auxquels on prête à cette entreprise.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    voyageur à domicile
    • Posté à 14h56 le 08/06/2012
    • Internaute 6095
      voyageur à domicile

    « les banques concernées, ont encore récemment vacillé sous les assauts de traders isolés. »

    Légendes ! Croyez-vous vraiment que ce soient des « traders isolés » qui font vaciller leurs mastodontes d’employeurs ? Croyez-vous que ces jeunots disposent de milliards sur lesquels ils peuvent jongler sans supervision supérieure ?

    « Le robot d’une seule entreprise de trading à haute fréquence est en cause. Il a vendu 3 000 contrats extrêmement rapidement, entraînant les autres robots dans la panique. Le “ flash crash ” durera quatorze minutes. »

    Fumées ! C’est l’inverse qui s’est produit. Les robots ont juste rétabli (et dissimulé) en quelques minutes un moment de panique parfaitement humaine. De même qu’ils sont souvent utilisés en fin de séance pour limiter les baisses de résultats (ce sont les résultats de fin de séance qui sont retenus par les médias et les stats).

    Regardez l’historique des graphiques des indices et vous verrez : généralement, les jours de perdition, les machines à essayer de limiter la baisse se mettent en branle une heure et demie avant la clôture.

    => Comment déconstruire un krach, par Paul Jorion
    => La Bourse : le krach du 6 mai 2010, par Frédéric 2

Verbes thématiques