Pour/Contre 30/05/2012 à 12h30

Pour ou contre la prime de l’ex-patron d’Air France ?

Sophie Caillat | Journaliste Rue89


Pierre-Henri Gourgeon pose devant un A380 à Hambourg, Allemagne, le 30 octobre 2009 (Eric Piermont/AFP)

Pierre-Henri Gourgeon, qui a quitté Air France en novembre dernier en laissant la compagnie dans un piteux état, est menacé d’être privé d’une partie de ses indemnités de départ. La mesure est-elle aussi juste qu’elle en a l’air ?

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Contre

Bercy a fait savoir mardi dans un communiqué que, lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires, le représentant de l’Etat, qui détient 15% de la compagnie aérienne, s’abstiendrait de voter l’indemnité de 400 000 euros. Puis qu’il voterait contre.

Cette prime rémunère l’interdiction d’aller travailler chez la concurrence trois ans après son départ et représente une fraction de l’indemnité de départ globale (1,4 million d’euros), dont une partie a déjà été versée à Pierre-Henri Gourgeon.

Elle a été décidée par le comité de rémunération, lors du changement de tête de la compagnie, à l’automne dernier, et « dans l’intérêt de l’entreprise ».

Pour Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances, et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, ces « indemnités et primes ne s’inscrivent pas dans le sens des règles de modération salariale et de décence » annoncées par le président François Hollande.

Même Laurence Parisot a estimé que cette prime n’était « pas conforme au code éthique » du Medef, compte tenu de la situation du groupe.

Surtout, il faut regarder le contexte « difficile » traversé par l’entreprise : en janvier, un plan d’économies de deux milliards d’euros a été annoncé.

L’Unsa-aérien a donc logiquement fait valoir le scandale qu’il y aurait à, d’un côté, « demander des efforts financiers aux salariés de la compagnie avec un blocage des salaires sur deux ans et d’autre part verser à un “ex grand patron”, qui a échoué dans sa mission, une somme aussi colossale ».

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Pour

On n’entend personne voler au secours du parachute doré de l’ancien patron. Pourtant des arguments plaident en faveur de son maintien.

Le gouvernement Ayrault défait les engagements du gouvernement Fillon sur ce sujet comme sur celui de la réduction des salaires des grands patrons des entreprises publiques.

Dans une interview à L’Express, le Premier ministre a assuré que la baisse de rémunération s’appliquera aussi aux contrats de travail en cours, et pas seulement aux nouveaux, « au nom du suffrage universel ».

Or, revenir sur ce qui a déjà été approuvé n’est pas très fair-play. En droit du travail, une annulation ne vaut en général que pour l’avenir. C’est le même principe que la non-rétroactivité des lois stipulée dans l’article 2 du code civil : « La loi ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a point d’effet rétroactif. »

De plus, baisser les rémunérations des patrons du public, c’est accroître l’écart avec ceux du privé et inciter encore plus les grands patrons à aller pantoufler dans le privé.

Enfin, Bercy lance probablement un coup d’épée dans l’eau car l’abstention ou le vote contre de son représentant ne pèsera que peu au sein du conseil d’administration d’Air France, composé de quinze personnes, dont trois nommées par l’Etat et six « indépendantes ».

Il sera particulièrement intéressant d’observer ce que votera Alexandre de Juniac, le successeur de Pierre-Henri Gourgeon, dont le parachute sera probablement amputé de la même manière.

Et de toutes façons, si l’ancien patron, âgé de 66 ans (et donc en âge de partir à la retraite), « est si mauvais que ça, qu’on le laisse partir à la concurrence, ça arrangerait Air France », suggère David Ricatte de la CGT, interrogé par France Info.

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  • zadvocate
    • Posté à 13h42 le 30/05/2012
    • Internaute 5262

    Avant de hurler au scandale, il faudrait peut-être réfléchir aux questions juridiques qui se posent. Si ce Monsieur était salarié et que son contrat contenait une clause de non concurrence, il y avait nécessairement une contrepartie financière de prévue. Pourquoi ? Parce que depuis un arrêt de la chambre sociale de la cour de cassation de 2006, une clause de non concurrence n’est valable notamment que si elle est assortie d’une contre partie financière qui doit être inscrite au contrat ou dans la convention collective à défaut.

    Si l’employeur demande au salarié de respecter cette clause après la fin de son contrat, le salarié doit recevoir la contre partie financière. Sinon le salarié n’est pas tenu de respecter la clause.

    Ensuite, que dire des 400k€ ? C’est beaucoup ? oui et non car en général, la clause de non concurrence porte sur deux années et une zone géographique dans laquelle le salarié ne peut pas travailler en concurrence avec son ancien employeur.

    Ces 400 k€ doivent aussi être ramenés au montant de la rémunération de ce monsieur qui à n’en pas douter ne devait pas gagner le smic.

  • nanabel
    nanabel répond à Baracuda
    1ère version
    • Posté à 14h08 le 30/05/2012
    • Internaute 97292
      1ère version

    « Vu son bilan, c’est lui qui devrait rendre de l’argent ! »

    D’après le syndicat Sud de Roissy, Gourgeon a fait gagner plein de pognon aux actionnaires d’Air France. D’après eux, l’entreprise serait loin d’être en danger financier. Ils disent que les médias font croire que les 1500 licenciements prévus, pour le seul exercice 2012, sont liés aux mauvais résultats comptables, alors qu’Air France a progressé de 2 % en 2011 et poursuit son ascension cette année. Dans le palmarès mondial, Air France serait classée 3è compagnie aérienne.

    Ils disent aussi que le plan de licenciement, ainsi que le non renouvellement des postes et le gel des salaires, sont les solutions qu’a trouvé la direction pour faire gagner encore plus de pognon aux actionnaires. Voir ici :

    Alors, qui croire ? Les médias qui ne font que relater le discours des dirigeants, ou les syndicats qui bossent tous les jours dans l’entreprise ?

  • Manganese
    Manganese
    Otage de l'Etat français
    • Posté à 14h11 le 30/05/2012
    • 182506
      Otage de l'Etat français

    Ah tiens, je croyais qu’une prime n’était pas obligatoire ni acquise définitivement et qu’elle pouvait être supprimée à tout moment ? le droit privé français 2 poids, 2 mesures ?

  • angath1
    angath1
    Riche héritier exilé
    • Posté à 14h52 le 30/05/2012
    • Internaute 123769
      Riche héritier exilé

    Pour

    Je suis simple Ingénieur et j’ai une clause de non concurrence a 100 K€ pour 2 ans d’interdiction d’exercer dans le même domaine d’activité. Cela représente exactement 2 ans de mon salaire de 50K€/an. Je sais ici je suis un sale riche je m’en excuse.
    Je parle en salaire brut bien sur et ne vous parle du montant de mon impôt par mois que je trouve choquant lui par contre (et encore ça vas augmenter avec le flamby)

    Donc rien de choquant a ce que le patron d’ Air France (poste légèrement plus important que le mien quand même) touche 400K€.

  • Ermite
    Ermite
    Anarchiste, pas gauchiste, (...)
    • Posté à 15h56 le 30/05/2012
    • Internaute 37758
      Anarchiste, pas gauchiste, (...)

    Il s’agit dune somme relative à l’exercice de la clause de non-concurrence.
    Il suffit donc à Air France de ne pas faire jouer cette clause et hop, le tour est joué, il n’est plus nécessaire de verser cette prime.
    Vous allez me dire « Oui mais si on ne fait pas jouer cette clause, M. Gourgeon pourra se faire employer par une autre compagnie aérienne ».
    Certes... mais dans l’état actuel du secteur du transport aérien, quelle compagnie voudra engager un ancien dirigeant avec un bilan aussi affligeant ?

  • gabonet
    • Posté à 16h07 le 30/05/2012
    • Internaute 14523

    drôle de contrat , j’ai travaillé dans une multinationale plu de 30 ans à des postes divers dont 20 ans comme responsable d’une équipe commerciale , les contrats étaient clairs pas de bons résultats à répétition c’était la sortie en signant un contrat de non concurrence sans indemnité sauf le strict légal .
    ce qui est fou, pour les grands patrons il foutent la boite en l’air , en plus il ont un parachute doré , les sanctions ce n’est pas pour eux mais pour leurs subalternes , qui eux par les bêtises de leur dirigeant font partie de plan sociaux !

  • A déménagé le 27-06-2012
    A déménagé le 27-06-2012 répond à gabonet
    non connue
    • Posté à 19h57 le 30/05/2012
    • Internaute 186630
      non connue

    Il n’a pas foutu la boite en l’air, c’est la crise qui l’a fait...
    Pas moins de 140 compagnies aériennes ont fermées ou ont été assimilées par des plus grandes dans le monde depuis 2008. Et si la crise continue, ce chiffre va considérablement augmenter...

    Lien

    C’est bien facile de juger du travail des autres, sans les connaitre, sans connaitre les difficultés auquels ils ont à faire face, depuis votre salon...

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