Tribune 29/05/2012 à 18h05

Jeux d’argent en ligne : que va faire la gauche ?

Par Romain Chiaramonte, Kuzeo.com


Voilà deux ans que la loi relative à la libéralisation du marché des jeux d’argent sur Internet a été promulguée en France. De nombreux enseignements sont à tirer de ces deux exercices, tant au niveau comptable qu’au niveau de l’état d’esprit qui règne au sein de l’Hexagone à ce sujet.

Entre une volonté modérée de moderniser son économie et un système fiscal assez contraignant, les protagonistes de ce marché essaient malgré tout de survivre.

Ne pas perturber le PMU ou la FDJ

Durant ces quelque 700 jours, et alors que les attentes étaient nombreuses, autant de la part de l’Etat(-providence) que de la part des opérateurs, l’Eldorado annoncé ressemble plutôt à un mirage qu’à une opulente cité aztèque. Même si tous les pays du vieux continent n’ont pas encore franchi le cap, la France, dans un souci de dynamiser son économie, se heurte depuis le début de la libéralisation à plusieurs paradoxes de taille.

Premièrement, il existe depuis toujours deux acteurs incontournables :

  • le Pari mutuel urbain (PMU) : paris hippiques ;
  • la Française des jeux (FDJ) : loterie, jeux de grattage, etc.

Le but du jeu (sans mauvais jeu de mots) a donc été d’ouvrir les vannes à de nouveaux opérateurs sans perturber la rentabilité des deux monuments précédemment cités.

Dans un tel contexte, difficile donc de libéraliser ce marché où l’Etat joue un rôle central.

Une autorité de régulation

De plus, ledit Etat joue un rôle assez castrateur car, dans un souci de contrôle et pour éviter toutes les dérives possibles liées aux jeux d’argent (tricherie, blanchiment, dépendance, etc.), le « jeu responsable » a été un alibi de choc.

Les instances étatiques ont donc mis en place l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), une particularité franco-française. Les missions de cette autorité sont notamment de distribuer des agréments aux opérateurs. Entre la vérification de la solidité financière de ces derniers (afin que les gains soient bien payés, notamment) et la présence de nombreux bandeaux dissuasifs (prévention, numéro vert, etc.), l’Arjel veille aussi à la protection des joueurs et notamment des mineurs.

Une fiscalité contraignante

Enfin, d’un point de vue économique, inutile de préciser que l’Etat ne souhaite pas passer à côté de cette manne financière. A tel point que les opérateurs rentables à ce jour ne sont pas nombreux, à vrai dire, il n’y aurait que… le PMU et la Française des jeux.

Aussi, la taxe des opérateurs n’est pas calculée sur le produit brut des jeux (PBJ) (grosso modo équivalent au bénéfice) mais sur les mises des joueurs. Même l’Arjel recommande que la taxation évolue dans le sens des opérateurs, qui sont déjà quelques-uns à avoir fermé leurs portes.

Forcément, il est donc préférable que les joueurs ne gagnent pas trop, auquel cas, ladite solidité financière de l’opérateur en prendrait un sérieux coup. De facto, les cotes sont moins qualitatives (moins élevées) que dans les autres pays d’Europe au niveau des paris sportifs, ce qui entraîne un désintérêt des joueurs au fil du temps. D’autant plus qu’en France, il n’est pas possible de parier sur tout, un autre facteur qui pourrait entraîner plus de mises, donc plus de revenus pour les opérateurs comme pour l’Etat.

Taxe Filippetti et futur des jeux d’argent

Le débat politique n’est pas prêt de s’achever à ce sujet, d’autant plus avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Clairement, plusieurs mesures, à ce jour dans les cartons, pourraient être mises en place pour encore plus protéger les joueurs, notamment. Il est possible d’évoquer le cas de la taxe Filippetti qui a pour objectif de taxer les joueurs de poker dont les gains seraient supérieurs à 5 000 euros annuels. Même si cette loi n’a pas été validée par les parlementaires en décembre dernier, nul ne doute qu’elle pourrait rapidement revenir sur le tapis.

De plus, plusieurs sénateurs de gauche ne souhaitent pas ouvrir la porte à de nouveaux jeux sur Internet alors que la mise en place des casinos en ligne reste un sujet central pour les mois à venir. A droite, on défend cette ouverture à la concurrence, qui a permis de protéger les joueurs français en leur permettant de jouer sur des sites agréés et sécurisés.

En somme, le jeu de la libéralisation n’a pas été joué à fond, entre une volonté de protéger les joueurs et l’obligation de ne pas toucher aux symboles (PMU et FDJ), la route est encore longue pour atteindre l’Eldorado annoncé.

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  • 8 réactions
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  • julien Pr
    julien Pr
    France
    • Posté à 23h52 le 29/05/2012
    • 173019
      France

    « Le but du jeu (sans mauvais jeu de mots) » Super jeu de mot !
    Ah, en fait, non ...

  • tOrDrE L¤RdRe
    tOrDrE L¤RdRe
    VALLSS89
    • Posté à 00h17 le 30/05/2012
    • Internaute 50571
      VALLSS89

    la crise liée aux jeux d’argents en ligne ou non on tué le jeux tout court, les clubs d’échecs, de go et autres voient les inscriptions diminuer les gars sont sur le poker en ligne ou pas pour gagner trois ronds. Dans les bistros fini la belote ou le 421 pour savoir qui paye la tournée, ils restent à béer devant l’écran en attendant les résultats du Kéno pis parler de jeux pour les saloperies à gratter...

  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 08h49 le 30/05/2012
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    La libéralisation des jeux en ligne a été menée par la droite au pouvoir ,sous la pression des lobbies amis, ceux du jeu, comme le fils de M.Balkany, comme l’avait fait Pasqua avec les machines à sous, juste avant de partir.
    Le lien entre la droite, les jeux d’argent, les salles de jeux, est évident, toutes ces entreprises où la Mafia - et ses méthodes - n’est jamais très loin ...

  • jmc06-
    jmc06-
    chasseur de gorille
    • Posté à 09h29 le 30/05/2012
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    (Arjel) c une couille vide , voir l’affaire de full tilt poker ; elle ne vérifie quand elle s’ennuie j’pense

  • Tuxy
    Tuxy
    victime de la ploutocratie
    • Posté à 09h49 le 30/05/2012
    • 178477
      victime de la ploutocratie

    « un mirage qu’à une opulente cité aztèque » :
    correction.
    - les prédateurs de ces marchés du blanchiement d’argent se font moins d’argent que prévu. Je ne vais pas pleurer sur leurs lingots d’or.
    - ces prédateurs se financent ouvertement par l’exploitation des « naifs, dépendants aux jeux ou les “pourquoi pas”.

    Pendant ce temps, on demande à des personnes de la santé, de soigner sans budget les personnes qui se sont fait plumer.
    Pendant ce temps, de ménages sont ruinés, des faits divers ne sont cachés que sous trois tonnes de détails policier ou détails sordides ultra-techniques sans parler des raisons.
    Pendant ce temps, les banques se frottent les mains à se faire leur marge sur ces ménages ruinés.
    Pendant ce temps, des casinos ont l’hypocrisie de financer quelques labos de santé pour soi disant aider les gens dépendant à s’en sortir. Tout comme l’armement paye les balles et les bandages ; les Casinos veulent faire survivre un maximum leur victime dépouillée pour s’en laver les mains. C’est une porte vers l’esclavage. ET si l’Etat ne peut pas nous protéger de ça, alors l’Etat devient complice ! On est plus sur Sarkoland donc OUT toute ces organisations mafieuses et manipulations.

    CF, les résultats des différents observatoire sur les jeux et dépendances ; leur rôle (véritable proxénétisme d’Etat).
    CF : la chute de Rome. Manipulation du peuple obligé d’applaudir leur propre décadence dans une Arène !

    Pour tOrDrE L¤RdRe
    - OUI je confirme la violence vulgaire du marketing agressif déployé par les communautés de poker qui empiète sur le jeu de go et autres clubs de VRAIS jeux.
    - OUI fini les belotes, les gens se ruent sur des jeux stériles à gratter.
    - C’est un vrai problème de destruction de lien social car le jeu est un outil d’apprentissage et de construction de soi. Les casinos sont des temples dorés de destruction de soi et de mirage.

  • miakhi
    miakhi
    plus gai sans frigide
    • Posté à 11h19 le 30/05/2012
    • Internaute 168781
      plus gai sans frigide

    D’un côté, je suis d’accord pour penser que l’Etat français protège les deux grandes sociétés que vous mentionnez. Et, oui : cela crée de l’inégalité. Et, oui : cela est peu satisfaisant.

    Mais de l’autre côté, du côté du laissez faire, laissez passer, tout va de mal en pis parce qu’on n’est pas, mais vraiment pas, au pays des bizounours.
    Oui, l’Eldorado des paris en lignes n’est pas au rendez-vous. Pourquoi ? A cause des sites de paris illégaux, ne rendant compte à personne et où l’on peut parier sur tout et n’importe quoi, sans aucune vérification ni garantie de recevoir ses gains.
    Vous voulez vraiment vous aligner sur ces pratiques ?

    L’arjel que vous dénoncez interdit les paris en cours de match : c’est effectivement une particularité française. Demandez à nos voisins britanniques, italiens qui n’ont pas cette réglementation, ce qu’ils pensent des matches de foot et des scandales qui naissent un peu partout.
    L’arjel a la capacité de suspendre les paris si elle constate une anomalie : trop de paris pour la défaite de telle ou telle équipe. Cela vous importune et fausse la concurrence. Mais avez-vous pensé qu’il y avait peut-être anguille sous roche ? Que les paris étaient peut-être truqués ?

    Arte a diffusé un reportage vraiment intéressant sur le lien entre les paris et les matches truqués (Arte : Lien, présentation : Lien). Hervé Martin-Delpierre a enquêté pendant 2 ans, autour du monde sur les liens entre la mafia, le sport et la corruption. Résultat : les mafias blanchissent leur argent via les paris et aujourd’hui, les paris en ligne. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est plus, c’est qu’au lieu de blanchir en pariant sur les 3 possibilités, ce qui leur causait un vrai manque à gagner, elles parient désormais à coup sûr en truquant les matches. Allez, un petit carton rouge à la 58ème ? Facile si on connaît un joueur qui a des dettes de jeu.
    Vous ne me croyez pas ? Même le très intègre Sep Blatter demande l’aide des Etats pour lutter contre cette dérive, preuve que pour le foot, cette situation devient inacceptable.
    Et que dire des autres sports moins médiatisés... Truquer pour perdre est presque indétectable.

    Alors vous râlez. En bon français, vous n’êtes pas content. Mais avez-vous seulement envisagé que ces mesures vous protègent, vous, de menées totalement criminelles ?
    Vous êtes libéral et la misère des autres vous indiffère. C’est votre droit. Ce n’est pas ma position et c’est mon droit. J’estime aussi que les paris qui sont faits, sur les sites légaux, le sont par des personnes aux revenus modestes. Les paris, c’est un peu comme la drogue : on met le pied dedans par jeu ou par désespoir, pensant pouvoir garder le contrôle. Mais bien sûr, c’est impossible, parce que le système est organisé pour ne pas laisser tranquille celui qui a essayé et qui voudrait arrêter. Tenter de protéger un individu contre un système relève de ma conception de la politique. Parce que croire qu’on est libre et qu’en conscience, on peut arrêter quand on veut est le cache-sexe de l’exploitation cynique d’autrui et de sa fragilité.

  • illiera Trevisa
    illiera Trevisa
    dépressive
    • Posté à 11h57 le 30/05/2012
    • Internaute 74681
      dépressive

    Pour rappel historique, une des lois votée sous la révolution française ( je n’ai plus la date exacte en tête) fut l’interdiction des jeux d’argent pour des raisons morales .... les jeux d’argent (le loto en l’occurrence ) ne furent rétablis en France par l’état que sous la IIIème république et seulement dans les années 30.

  • Tmal
    Tmal
    Parti rider...
    • Posté à 14h11 le 30/05/2012
    • Internaute 112672
      Parti rider...

    Cette loi a 2 ans. Depuis quand les nouvelles entreprises sont censées être rentables en si peu de temps ? ? ? N’est-ce pas un fait connu que pour se lancer dans le business il faut beaucoup travailler avant, si on a de la chance, de pouvoir en retirer les fruits ? Ce qu’il y a c’est qu’on se rend compte que finalement, l’argent n’arrive pas tout seul...

    Les impôts qu’ils rapportent, c’est un peu la seule raison pour laquelle ces jeux peuvent être intéressants. Autrement quel intérêt, franchement ? Alors on rembourse la dette, et quand ce sera fait on pourra revoir tout ça.

    L’affaire du calcioscomesse en Italie est éloquente. La libéralisation de ce secteur ne profite qu’aux mafias voire aux opérateurs (et encore, je lis que les pauvres sont trop taxés).

    PS : moi aussi je veux bien être moins taxé.

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