Pause 19/04/2012 à 12h30

Des plans sociaux reportés pour cause de présidentielle ?

Elsa Fayner | Journaliste Rue89

Le gouvernement fait pression sur Areva, PSA cale son calendrier sur celui de l’élection : depuis janvier, le nombre de plans sociaux baisse.


Des salariés de PSA Peugeot-Citroën manifestent devant le QG de Nicolas Sarkozy à Paris, le 12 avril 2012 (Jacky Naegelen/Reuters)

Après Lejaby, c’est Photowatt que Nicolas Sarkozy se félicite d’avoir sauvé. Avant de trouver un repreneur pour la Sernam. Et un autre pour La Fonderie du Poitou : Saint-Jean Industries. Seul hic, ce dernier racheteur a déjà investi dans des fonderies à Vénissieux, avant de les fermer quatre ans après.

Les plans de sauvegarde de l’emploi se font moins nombreux depuis le début de l’année : 135 en janvier et février, contre 164 pour la même période en 2011 et 225 en 2010, selon les données [PDF] du service statistique du ministère du Travail (Dares). Sont-ils simplement reportés, présidentielle oblige, ou bel et bien annulés ?

Les grands groupes ne démentent pas

Le site du magazine économique Challenges alertait le 15 février :

« Alexandre Bompard (Fnac) ou encore Luc Oursel (Areva) ont reçu des instructions pour repousser de quelques mois leurs projets de licenciement. [...] PSA avait à l’automne annoncé une réduction de la voilure. Sur les conseils de la rue de Grenelle, le groupe ne fera aucune communication qui puisse inquiéter les salariés d’ici à mai 2012. »

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, confirmait sur Public Sénat le 21 février, mais sans donner de noms :

« Je rencontre régulièrement des chefs d’entreprise et des DRH. Ils me disent, certains, que, toutes les semaines, le ministère du Travail leur téléphone pour leur demander leur intention vis-à-vis de l’emploi et leur dire que s’ils avaient des intentions de licencier, qu’ils les reportent à plus tard. »

Ce que Xavier Bertrand démentait avec véhémence le lendemain. Pourtant, la journaliste de Challenges explique ne pas avoir reçu de démenti officiel de la part des entreprises citées dans son article.

Contactée, la direction de la Fnac assure ne réserver aucune mauvaise surprise. Elle a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de 310 postes, qu’elle doit réviser suite aux remarques de l’Inspection du travail.

PSA : l’usine d’Aulnay menacée

« Plan social et décroissance : 2013 et arrêt courant 2014. » Ce n’est pas une annonce officielle, mais une ligne discrète relevée dans un document interne à PSA Peugeot-Citroën. Une étude confidentielle dans laquelle l’élection présidentielle est directement évoquée :

« Ce calendrier est cohérent avec les orientations du CDG de janvier 2010 situant la fenêtre d’annonce possible, dans le calendrier électoral français, au 2e semestre 2012. »

Contactée, l’entreprise dément, dénonçant une note « caduque ». Jean-Pierre Mercier, délégué CGT chez PSA, répond avoir demandé à la direction le document de travail valide :

« En vain. Surtout, tout s’est passé comme indiqué dans la note jusque-là. »

Le syndicaliste parle d’une « très lourde réorganisation industrielle », qui vise à transférer la fabrication des modèles de voitures d’une usine à l’autre, par un jeu de chaises musicales, pour finir par faire cesser l’activité de l’usine d’Aulnay, qui emploi 3300 salariés en Seine-Saint-Denis.

C’est ce qui est prévu dans un autre document confidentiel du groupe, qui évoque Aulnay comme « site d’ajustement privilégié », scénario chiffré à l’appui [voir document ci-dessous].


« Efficacité industrielle » : document de la direction des programmes et de la stratégie automobile à PSA Peugeot-Citroën, daté du 13 juillet 2010 

Un autre document caduque, répond-on chez PSA. Le 6 mars 2012, Denis Martin, le directeur industriel de PSA Peugeot-Citroën, déclarait pourtant que le constructeur comptait régler ses problèmes de « surcapacités » de production en Europe « entre fin 2012 et 2014 » :

« Donc, dans les dix-huit mois, deux ans, notre efficacité opérationnelle en Europe sera résolue. »

Lors d’une réunion organisée le 6 avril avec l’Etat et la direction de PSA, les syndicats de PSA d’Aulnay ont demandé que PSA s’engage par écrit à maintenir tous les emplois au moins jusqu’à la fin 2016 (fin officielle de fabrication de la C3) et à attribuer un nouveau véhicule pour remplacer la C3.

Areva : des revirements à la chaîne

Réduire les effectifs autrement

Le nombre de plans sociaux a eu tendance à diminuer ces deux dernières années. La Dares a recensé 955 PSE en 2011, autant qu’en 2007 et moitié moins que lors de l’année noire de 2009. Car, pour réduire leurs effectifs, les entreprises optent de plus en plus pour des dispositifs parallèles, sans licenciement :

  • chaque mois, plus de 25 000 demandes de ruptures conventionnelles sont effectuées en moyenne, selon la Dares ;
  • le recours au chômage partiel, reparti à la hausse depuis septembre 2011, ne réduit pas les licenciements économiques mais semble en être annonciateur, constate le Centre d’études de l’emploi ;
  • dans le cadre de difficultés économiques, l’employeur peut en outre mettre en œuvre un plan de départs volontaires.

Fin novembre 2011, les salariés d’Areva s’inquiètent un peu partout en France. L’AFP annonce des suppressions d’emplois dans le cadre du « plan d’action stratégique » du groupe nucléaire français, citant des sources proches du dossier.

Branle-bas de combat. Le lendemain, à l’issue d’une réunion d’urgence avec le patron du groupe nucléaire, le ministre de l’Economie, François Baroin, déclare qu’il n’y aura « aucune suppression de poste, aucun plan de départ volontaire ».

Et pourtant : le 12 décembre, Areva prévoit une réduction de ses effectifs dans l’Hexagone via un gel des recrutements qui se traduirait par 1 000 à 1 200 départs naturels par an, rapporte La Tribune. Soient 5 000 à 6 000 suppressions de postes d’ici 2016 si la mesure est étendue sur l’ensemble de la période visée par le plan d’action stratégique.

Une estimation qui est aujourd’hui revue à la baisse. Contacté, le groupe évoque un gel de 250 recrutements par an :

« Pour une période non décidée. La mesure peut durer une année ou être répétée chaque année jusqu’en 2016. Nous ajusterons selon l’activité. Ceux qui ont annoncé 1 200 suppressions ont peut-être inclus les suppressions de postes en Allemagne dans leurs chiffres. »

Nouvelle pression ? Lors du comité de groupe France Areva du 21 mars, la question d’une éventuelle intervention de l’Etat a été posée, raconte Patrick Lescure, délégué central CGT :

« Il nous a répondu qu’il n’y avait eu aucune rencontre, aucun contact avec le ministre du Travail. »

Faire traîner

Faire traîner, changer d’orientation à répétition, telle semble être l’attitude retenue par les grandes entreprises sur le point de couper dans les budgets.

Chez Cofinoga, le plan social annoncé le 20 janvier pour 433 salariés tarde à se préciser et ne peut donc être négocié, déplore Lionel Azougalhi, délégué CFDT et porte-parole de l’intersyndicale.

Comme à la SNCM : le président du conseil de surveillance a évoqué début avril la menace d’un plan social de 800 emplois. Sans donner de dates.

Groupama, de son côté, compte économiser 400 millions d’euros. « Sans toucher à la masse salariale », a compris Philippe Goret, pour la CGT :

« Logiquement, les mesures auraient dû être mises en œuvre début 2012. Ça n’est pas le cas. La direction a dû préférer hiérarchiser les priorités. »

Reporter la fermeture

Dans les entreprises de moindre taille, la stratégie consiste davantage à décaler de quelques mois la date couperet :

  • l’usine de composants électroniques Freescale, qui emploie 821 salariés, reporte ainsi à juin 2012 sa fermeture ;
  • quand le raffineur Petroplus, de Petit-Couronne, placé en redressement judiciaire, décroche un contrat de six mois avec Shell. Nicolas Sarkozy s’en attribue la responsabilité ;
  • Albany, qui fabrique des tissus techniques, renonce de son côté à la fermeture immédiate de son usine de Saint-Junien.

Les banques, elles, ne s’embarrassent pas et mettent d’ores et déjà en place des PSE, qu’elles expliquent par la crise économique. Mais dans les secteurs porteurs aussi, on licencie. Nokia Siemens Network, spécialisée dans les réseaux mobiles, a annoncé début mars la suppression de 186 postes sur 460 en France. Une réduction de 40% des effectifs.

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 12h58 le 19/04/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    article à garder et à ressortir quand les plans de licenciements reprendront après l’élection de Hollande. Ces braves employeurs préfèrent se rétribuer et rétribuer les actionnaires plutôt que garder l’emploi et mettront toutes les fermetures et plans de sauvegarde de l’emploi (quelle mauvaise blague que cette expression !) sur le dos de la gauche.

  • redux
    • Posté à 13h13 le 19/04/2012
    • 184283

    Licencier est sain pour l économie , les entreprises se créent et disparaissent c est ce qui fait le dynamisme d une économie.
    Et puis parfois l entreprise doit ajuster son activité a la demande c est ainsi.On va pas maintenir des emplois a rien faire.Mais c est vrai que parfois,comme dit l autre, une entreprise c est un peu comme une mongolfière pour décoller faut lacher du lest.
    Sans parler de la technologie qui remplace peu a peu l ouvrier.
    Les francais doivent admettre que l emploi n est pas a vie dans la meme entreprise, la mobilité doit etre encouragée.

  • ungars
    ungars
    Sur Terre
    • Posté à 19h00 le 19/04/2012
    • Internaute 159765
      Sur Terre

    Je confirme que de nombreux plans sociaux sont en attente. Dans la banque et la finance,environ 10 000 licenciements au sien de nos banques nationales...et tous leurs sous-traitants, en informatique par exemple. Au LCL, un plan de maîtrise des coûts a été mis en place, pour des choses un peu anodines comme les frais de réception, de voyage (il ya avait de gros abus). Mais il sera étendu à TOUT !
    Le Crédit Agricole, avec la fusion des systèmes informatiques régionaux, se rerouve avec 1500 informaticiens sur les bras...
    La Société Générale fait mordre la poussière à ses fournisseurs depuis des années...
    Ca va être rock’n roll...

  • Kolyse
    Kolyse
    psychédélique
    • Posté à 19h20 le 19/04/2012
    • Internaute 124863
      psychédélique

    Sans compter pression électorale sur SNCF pour réintégrer les marins de Sealink et le personnel de Sernam (compagnie privée). Il serait intéressant de faire aussi la lumière sur les pressions faites par le gouvernement auprès des autres entreprises nationales : La Poste, EDF, ex F.Telecom...

  • marc_r89
    marc_r89
    citoyen
    • Posté à 15h56 le 20/04/2012
    • Internaute 121487
      citoyen

    Il y a quelques jours, il y a eu une émission très intéressante sur France-Inter.
    C’était au sujet d’Arkema, ex filliale de Elf, rachetée par Total, et qui doit être « vendue au » ou plutôt repris par le groupe Suisse Klesch pour un Euro symbolique. De plus, Klesch doit recevoir 96 000 Euros en dote.
    Or ce groupe Klesch est un groupe financier réputé pour reprendre des affaires pour mieux les dépecer.

    Ce jour là donc, France-Inter a diffusé un reportage où des syndiqués d’Arkema sont aller visiter les différents QG de campagne. Ils ont visité dans l’ordre, avec un journaliste :
    - Le Front de Gauche : On leur a dit que si une société a une activité considérée comme stratégique pour la France, il existait un décret qui permettait d’interdire la « vente ».
    - Au PS, la personne qui les a reçus a dit qu’il n’était pas possible de bloquer la vente et a pris très vite un ton aggressif et a demandé s’ils voulaient le retour à l’URSS.
    - A l’UMP, vigiles et refus de les recevoir.
    - Chez Bayrou, accueil sympatique, mais journaliste interdit d’entrée, et à part la gentillesse, nada, désolé etoussa.

    Remarque : Près de 2000 emplois sont menacés.

    Wikipedia
    laprovence

  • Frédéric Maurin
    Frédéric Maurin
    prolétaire
    • Posté à 22h48 le 20/04/2012
    • Internaute 45400
      prolétaire

    Notez également qu’une entreprise comme La Poste gèle, après des suicides de cadres, ses plan de réduction d’effectifs, reporte son projet d’actionnariat salarié et ouvre un grand dialogue en interne.

    Il y a de ces coincidences !

    Lien

    Pourquoi pas un référendum tant qu’on y est ?

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