Merci patron ! 02/04/2012 à 16h20

Les salariés de Publicis sommés de soutenir Maurice Lévy et ses bonus

Elsa Fayner | Journaliste Rue89

Les managers du groupe de com’ ont demandé aux salariés de signer des messages de soutien au PDG, qui va toucher 16 millions d’euros de prime.

Infosignalée par
un internaute

Marc (son prénom a été modifié) travaille chez Publicis. Mercredi 28 mars, en fin de journée, il assiste à un drôle de ballet dans l’open space :

« Les directeurs appellent les équipes dans leurs bureaux. Comme tout est vitré, tout le monde assiste au manège en se demandant ce qu’il se passe. Les premiers sortis nous expliquent. Les directeurs leur demandent de signer une pétition pour soutenir Maurice Levy et justifier sa rémunération. »

Nous sommes au surlendemain de la révélation, par La Tribune du bonus de 16 millions d’euros, promis par Publicis à son président du directoire.


Maurice Lévy, PDG de Publicis, en mars 2012 (IBO/Sipa)

« Une chasse aux salariés »

Comme nous l’ont affirmé plusieurs sources, de nombreux salariés sont alors sollicités pour participer à l’opération décrite par Marc. Il poursuit :

« La journée touche à sa fin et une chasse aux salariés qui n’ont pas signé s’engage. Tout le monde est convoqué dans les bureaux, par groupe client, deux par deux, ou individuellement. »

Marc, à son tour, est appelé avec un collègue dans le bureau de son directeur :

« Qu’avons-nous à voir là dedans ? Sommes-nous obligés de signer ? Pourquoi cette pétition ? Notre boss répond par un grand discours sur le fait que Publicis en est là grâce à “Maurice”, que ce n’est pas un profiteur mais un vrai entrepreneur, que sa rémunération n’est que justice, que la polémique actuelle n’a pas lieu d’être. Et qu’il faut signer pour faire corps. Tout en répétant que la signature n’est pas obligatoire. »

Démenti de Publicis

Arthur Sadoun, qui dirige Publicis France et Publicis Conseil, dément l’existence d’une « pétition » :

« Suite aux articles du début de la semaine, nous avons eu énormément de questions de nos collaborateurs.

Chez Publicis Conseil, nous avons rencontré le CE et le Comex [comité exécutif, ndlr], et nous avons été hyper pugnaces pour expliquer le montant, le système de rémunération et le fait qu’il s’agit d’un bonus différé.

De leur côté, les managers des différentes entités ont très clairement donné une version objective des faits. Ils ont expliqué le contexte aux équipes. Mais personne n’a forcé qui que ce soit à signer quoi que ce soit. »

« Un mouvement de sympathie spontané »

Arthur Sadoun témoigne en revanche d’« un mouvement de sympathie spontané et assez profond » :

« Maurice Lévy a reçu des e-mails de soutien de l’interne et des CE. Des initiatives individuelles ou collectives. Un manager a très bien pu dire qu’il écrivait un e-mail de soutien et demander si quelqu’un voulait s’y associer. Mais rien d’organisé. »

Questionné sur le nombre de messages de soutien reçus par Maurice Lévy, Arthur Sadoun ne souhaite pourtant pas répondre :

« Nous ne voulons pas faire d’exploitation publique sur le soutien apporté à Maurice Lévy. On pourrait publier un communiqué de presse disant que X salariés soutiennent le président du directoire, mais ce n’est pas notre rôle. »

« Pour dire que Maurice est super »

Pourtant, lundi, la CGT Info-Com’ fait état de plusieurs plaintes :

« Nous avons écho de pressions sur certains salariés afin qu’ils signent une “pétition” ou un texte de soutien au PDG et son bonus. Une curieuse démarche pour tenter de justifier l’injustifiable, alors que les salariés ne bénéficient plus d’augmentation collective depuis plusieurs années. »

Trois délégués syndicaux, de trois agences différentes de Publicis – Marcel, Publicis Conseil et Publicis Consultant – racontent que des collègues sont venus leur raconter avoir été sollicités pour signer un message de soutien.

Ce que confirme un autre salarié, sous couvert d’anonymat. Un collègue est venu lui demander, « l’air de rien » :

« Sinon, y a une pétition qui va circuler, ça te dirait pas de la signer ? C’est pour dire que Maurice est super. »

« Une ambiance malsaine »

Il a refusé d’apposer son paraphe. Tandis que Marc, lui, n’a pas osé dire non :

« Pendant que mon boss m’expliquait à quel point la rémunération de Maurice Lévy était justifiée, je sentais le regard des autres, à travers la vitre. Je n’ai jamais ressenti un tel malaise ici. Et là, le collègue qui est avec moi décide de signer sans rien dire et s’en va aussitôt. J’ai fait de même, à contrecœur, par peur d’être fiché. »

Une réaction qu’il regrette vite :

« En ressortant du bureau, je me suis senti mal, mais vraiment mal. J’ai refait la scène dix fois dans ma tête, mais ça ne changeait rien. Dans les couloirs, on ne discutait que de ça. Il y avait ceux qui avaient signé, ceux qui avaient refusé tout net, d’autres qui défendaient la démarche, mais très peu. Plus on en parlait entre nous, plus on prenait la mesure de ce truc dingue qu’on aurait dû tous refuser de signer.

Mais on voyait aussi passer dans les bureaux des dénonciateurs qui désignaient au boss ceux qui n’étaient pas passés dans son bureau : “Lui n’a pas signé ! Elle non plus !” L’ambiance est devenue malsaine ce jour-là. Ça a été tellement vite. »

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  • redux
    • Posté à 18h11 le 02/04/2012
    • 184283

    Lorsqu’Hollande parla de l augmentation de 30% des revenus des patrons du CAC pour justifier sa tranche a 75% il a omis de dire que ca faisait suite a une baisse les 3 années précédentes.

    Quand a Maurice Lévy c est un formidable entrepreneur,ni rentier ni héritier,il a amener son groupe au sommet mondial pour la plus grande fierté francaise.

    Il aurait pu toucher un bonus chaque année pendant 10 ans et s épargner ainsi beaucoup d impot mais conformement a l accord passé avec les actionnaires (peut etre vous,moi) il a attendu tout ce temps et en donnera la moitié aux impots

    Chacun pourra aussi calculer que ce montant - cumul de primes sur 9 ans - ne représente en fait qu’un bonus annuel bien inférieur à la moyenne constatée des patrons du CAC 40 et de nombre de spéculateurs ou traders qui ne créent véritablement aucune richesse, aucun emploi, aucune innovation de progrès pour notre société.

  • tartopom124
    tartopom124
    emmerdée
    • Posté à 18h22 le 02/04/2012
    • Internaute 122179
      emmerdée

    Pour avoir travaillé plusieurs années dans une filiale de publicis puis à la maison mère, je peux vous confirmer que
    1/ les salaires des « petits » sont gelés depuis belle lurette, et que
    2/ l’ambiance est vraiment tendue, parce qu’on en demande toujours plus à tout le monde sans rien en échange, voire moins. C’est pour ça que je suis partie, à la faveur d’une charrette et que je ne l’ai jamais regretté. Et ceux qui ont fait pareil non plus.

  • regard_d_ailleurs
    regard_d_ailleurs
    étudiant
    • Posté à 18h39 le 02/04/2012
    • Internaute 64787
      étudiant

    « Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours - Le vrai visage du capitalisme français ». Il y a un chapitre très intéressant sur Maurice LEVY.

  • pullman
    pullman
    veuf
    • Posté à 22h27 le 02/04/2012
    • 184419
      veuf

    Je suis graphiste, et je n’ai jamais travaillé chez Publicis, mais dans mon milieu professionnel cette agence a TRES mauvaise réputation pour son management très malsain - et pourtant la vie en agence n’est pas un paradis. A tel point qu’on préfère éviter autant que possible d’avoir à y travailler.
    C’est inquiétant pour Publicis qui ne va finir par ne plus pouvoir travailler qu’avec des très débutants, qui n’ont vraiment, mais vraiment, pas le choix. Et qui vont en sortir brisés, comme certain de mes collègues, qui ont préférés se réorienter, alors que c’était des professionnels de valeur. C’est son management sadique et décorélé du réel qui sabote cette agence.
    C’est d’autant plus inquiétant pour cette agence dont la plus grande valeur est son image et les salariés sous payés qui contribuent a son succès.
    Je précise que je ne suis même pas choqué par la rémunération de Maurice Levy, mais par les méthodes de cette agence.

  • daniel_57
    daniel_57
    +50 ansbientôt licencié. De (...)
    • Posté à 08h25 le 03/04/2012
    • Internaute 57227
      +50 ansbientôt licencié. De (...)

    Dans mon ancienne boite il y a eu ce genre de truc. Les salariés devaient signer une pétition disant qu’ils étaient fier que leur « boss » soit un « killer » (c ’est souvent le terme employé pour designer des licenciements) ... comme je faisais parti de la liste de ceux licenciés (nous étions 9), je sais pas si de nombreux salariés ont signés.

  • steandra
    steandra
    xxx
    • Posté à 23h03 le 03/04/2012
    • 184487
      xxx

    Actuellement en poste chez Publicis, je peux vous confirmer que les salaires sont gelés, aucune augmentation.. Et je trouve ça scandaleux d’étaler de la sorte ce que Maurice peut gagner par rapport à nous pauvre salarié qui participons malgré tout à la réussite de sa boite ! ! ! !

  • jfscr
    jfscr
    l
    • Posté à 21h33 le 04/04/2012
    • 184464
      l

    Je travaille dans le groupe de publicité que dirige Maurice Lévy.
    De « duplicité » devrais-je écrire, tant l’attitude de notre dirigeant, qui déclarait vouloir « hypermériter sa rémunération » manifeste surtout une hyper-hypocrisie. Nous l’avons vu, au mois d’août, endosser brièvement la cape de l’Abbé Pierre pour un couplet sur la solidarité en temps de crise, avant de récupérer celle d’Hyperman pour toucher son hyperbonus. Passons sur les questions que se pose toute personne raisonnable : que peut faire un seul homme, même « hyperméritant », avec ces 16 millions ? Hyperrespire-t-il ? Boit-il son café dans un hyperbol ? Une chose est sûre : de nombreux salariés de Publicis, notamment dans les agences de région comme la mienne, font leurs courses à l’hyperdiscount. Il faut dire que leurs rémunérations sont gelées depuis des mois, voire des années. Parfois, l’hyper est déjà fermé quand ils sortent du bureau : car la réduction des effectifs impose aux infographistes, aux assistant(e)s, aux « fantassins » de l’armée Publicis de faire des horaires impossibles pour des salaires mensuels équivalents à un seul hyperdéjeuner de notre Hyperman.
    Ceci n’est pas du misérabilisme mais une réalité, n’en déplaise aux signataires de « soutien à Mauricie Lévy » !
    Même certains de nos clients, patrons de PME en butte à la crise, doivent rester songeurs devant ce jackpot indécent et les manœuvres dérisoires de son bénéficiaire pour atténuer les effets de cette Hyperbourde de communication.

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