Tribune 23/03/2012 à 12h05

Crise économique : c’est la faute à l’université britannique

Mona Chalabi | Consultante

Après le tsunami qui a ravagé le Japon l’an dernier, les météorologistes ont réévalué leurs connaissances et leurs méthodes de prévision des tremblements de terre. Après le séisme de la crise financière, on attend toujours la réponse des économistes.

Un enseignement qui a contribué à la crise

Chercheuse britannique, je suis frappée de voir à quel point le Royaume-Uni reste un pôle d’attraction pour les étudiants en économie de nombreux pays depuis la début de la crise, y compris de France. J’ai donc décidé d’interviewer des enseignants et des étudiants outre-Manche.

Pour eux, c’est une certaine façon d’enseigner les sciences économiques qui a contribué à la déstabilisation financière. Puis égaré les analystes et ceux qui ont annoncé que la crise était derrière nous en 2009. Or, aujourd’hui, les débats sur l’austérité obscurcissent le vrai débat, celui sur cette manière d’enseigner.

1

Abstraction

Première critique : cet enseignement repose sur la modélisation mathématique. Et, donc, sur l’abstraction. Des modèles abstraits omniprésents parce qu’ils sont convaincants. Au point de susciter un attachement fervent, voire religieux, à une idéologie économique.

Pourtant, ces modèles incitent à regarder le monde soit d’une façon, soit d’une autre, très différentes l’une de l’autre, mais jamais simultanément avec ces deux visions. La crise serait ainsi due, selon les modèles, à une ingérence exacerbée des gouvernements dans les affaires économiques, ou à son contraire parfait, un manque d’interventionnisme.

2

Frustration

Une situation frustrante pour les étudiants en économie au Royaume-Uni, dont le nombre a augmenté de 25% depuis 2008, selon l’agence Higher education statistics. Beaucoup ont été attirés en raison des événements économiques auxquels ils ont assisté au cours des dernières années.

Ivan Rajic, qui prépare un PhD en études de développement à l’université de Cambridge, a étudié l’économie en premier cycle et voulait échapper à des « études d’économie conventionnelles, qui vous balancent une pile de manuels poussiéreux ». Le jeune homme ne trouve pas « cette approche pertinente pour comprendre le monde ».

Un point de vue qui n’a pas été facile à assumer. Selon les témoins rencontrés, des étudiants comme Ivan sont souvent ostracisés, et considérés comme « non universitaires ». Il leur est répondu d’être patients, qu’on donnera des réponses à leurs questions au prochain cours, au prochain semestre, l’année prochaine. Qui pêche pour plusieurs raisons.

3

Dogme

Néanmoins, la situation évolue peu à peu. En novembre de l’année dernière, 70 étudiants de l’université de Harvard ont quitté un cours d’introduction à l’économie.

Le professeur était Greg Mankiw, ancien président du Council of economic advisers, conservateur célèbre qui dit faire partie, « confortablement, des 1% les plus riches “ et auteur d’un article publié dans le New York Times en 2010 qui se termine par cette phrase menaçante :

‘Ne laissez personne vous tromper en vous disant que, quand les gouvernements imposent uniquement les riches, seuls les riches portent le fardeau.’

Dans une lettre ouverte à leur professeur, des étudiants ont souligné qu’ils trouvaient que ‘le cours adoptait un avis sur l’économie – avis spécifique et limité – qui perpétuait les systèmes inefficaces et problématiques de l’inégalité économique dans notre société actuelle’. Une première pour cet enseignant dont les manuels font partie des lectures obligatoires en cours d’initiation à l’économie.

Tentatives de changements

D’autres professeurs essaient, eux, d’attaquer de front le défi. Alan S. Blinder de l’université de Princeton, remarque dès 2010 un changement dans le comportement des étudiants. Désormais, ils sont ‘absorbés par les cours. Plus aucun ne dort’. Pour lui, ‘les élèves veulent, attendent et méritent des explications à la crise’.

Et Blinder de suggérer une réévaluation du keynésianisme ainsi que l’ajout de nouveaux sujets au programme comme les bulles spéculatives et la titrisation. Tandis qu’aux Etats-Unis, Menzie D. Chinn, professeur d’affaires publiques et économiques, a inauguré un nouveau cours en 2009 à l’université du Wisconsin : ‘Réponses politiques à la grande récession .

Radicaliser la discipline

Certains sont plus radicaux. Tony Lawson, de l’université de Cambridge, appelle de ses vœux une science sociale unifiée :

Il serait utile que les [différentes] disciplines soient regroupées dans les mêmes bâtiments, que des cours soient communs, qu’elles ne soient plus isolées les unes des autres.’

Ce que nous avons commencé à faire avec des universitaires, spécialistes de différentes disciplines. Nous nous sommes rassemblés pour écrire plusieurs essais sur les leçons à tirer du mouvement des ‘Indignés’.

Car les autres disciplines n’ont pas fait beaucoup mieux que l’économie pour comprendre la crise, comme le montre une étude que je viens de co-écrire. Pour le Dr David Colander, professeur d’économie et auteur de douzaines d’articles introspectifs sur le sujet, ‘l’échec systémique est un échec universitaire, pas seulement un échec de l’économie’.

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  • zé ninguem
    zé ninguem
    lecteur
    • Posté à 19h23 le 23/03/2012
    • Internaute 103600
      lecteur

    « Tribune 23/03/2012 à 12h05
    Crise économique : c’est la faute à l’université britannique »
    Ou comment continuer à mettre les esprits et les écoles au service des mêmes,
    ceux qui sont les moteurs et bénéficiaires de la « crise financière » qui n’est pas une crise pour tout le monde.

  • sitoihien
    • Posté à 19h25 le 23/03/2012
    • Internaute 21237

    Crise économique : c’est la faute au capitalisme qui est mauvais par nature car basé sur le matérialisme, individualisme, l’économisme, le consommationnisme, le compétitionnisme... etc

    Est-ce que des universitaires britanniques font des cours pour « sortir du capitalisme » ? ? ?

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    • nore
      nore répond à sitoihien
      in situ
      • Posté à 19h40 le 23/03/2012
      • Internaute 53953
        in situ

      Clair, il manque un bout à cette réflexion : la critique du système lui-même.
      Mais il faut reconnaitre que ce sont les premiers pas positifs : remise en cause de la discipline économie et de la manière de l’aborder.

      Un début qu’il faut surveiller pour pas qu’il se repose sur les premiers lauriers acquis.

  • Fozzie
    Fozzie
    Riendutoutiste tendance dure
    • Posté à 19h46 le 23/03/2012
    • Internaute 1195
      Riendutoutiste tendance dure

    Les études en économie sont peut-être responsables, mais il ne faut surtout pas oublier ceux qui ont ouvert la boîte de Pandore de la dérégulation générale : Reagan et Thatcher. La mort de l’un et la sénilité de l’autre ne doivent pas les dispenser de passer aux oubliettes...

  • Mona Chalabi
    Mona Chalabi
    Auteur(e) de l'article Consultante
    • Posté à 19h49 le 23/03/2012
    • Expert 183532
      Consultante

    @zé ninguem En effet, comme le commentaire du professeur Greg Mankiw montre ci-dessus. Mais cela n’empêche pas forcement une analyse - il y a beaucoup d’exemples des gens qui ont critiqués des idées desquelles ils pouvaient profiter. Des français qui craignent de perdre leurs boulots à cause d’immigration et trouvent néanmoins les politiques du FN répugnantes ?

    • zé ninguem
      zé ninguem répond à Mona Chalabi
      lecteur
      • Posté à 21h52 le 23/03/2012
      • Internaute 103600
        lecteur

      C’est tout le débat entre la théorie et la pratique. Cette dernière finit toujours
      par l’emporter. Les faits en dernière instance commandent les idées.

    • Le Renifleur
      Le Renifleur répond à Mona Chalabi
      loin d'ici
      • Posté à 22h37 le 23/03/2012
      • Internaute 136986
        loin d'ici

      L’éclairage que vous apportez sur l’enseignement de cette discipline « stratégique » qu’est l’économie chez nos amis d’outre manche est intéressant.

      Vous me direz si je me trompe (je suis novice en la matière) :

      La plupart du temps, les enseignants appuient leurs argumentaires sur les expériences passées, autrement dit sur des faits historiques : « A telle époque, on concevaient les échanges de telles façons etc. » et de théoriser sur la révolution industrielle « et Keynes et gnagnagni et Marx et gnagnagna »...

      Hors, vous savez (comme un bon nombre de riverains) que la puissance financière de « La City » actuelle repose en partie sur la création de « territoires exonérés de participer à l’effort collectif du Royaume », autrement dit de ce que l’on appelle aujourd’hui des « Paradis Fiscaux » depuis environ 6 siècles...
      D’où un succès incontestable, voire une domination culturelle anglophone sur le commerce international : ne dit-on pas que ’l’Anglais est la langue du commerce » ?

      Hors, il me semble que cette dernière maxime n’est plus vraie.

      Il me semble que l’on a occulté (en occident) pendant des siècles le développement économique et la sphère d’influence asiatique et notamment Chinoise,

      Il me semble que l’on occulte toujours le fait que lorsque que « les gaulois habitaient des huttes en bois » et que les « Highlanders tissaient des Tartans », les chinois concevaient des observatoires astronomiques de premiers plan... Et excellaient dans tous les arts...

      Force est de constater que a Chine a pris le « leadercheap » commercial de la planète en moins de 20 ans.

      Qu’est-ce que cela inspire chez nos amis enseignants britanniques : Dédain ? Curiosité ? ou encore le sentiment « de s’être pris une sacré claque dans la g... » consécutif à une posture commerciale arrogante et séculaire ?

      • Mona Chalabi
        Mona Chalabi répond à Le Renifleur
        Auteur(e) de l'article Consultante
        • Posté à 22h54 le 23/03/2012
        • Expert 183532
          Consultante

        Idées très intéressantes mais difficile à répondre car je peux pas prétendre parler pour les britanniques. Cela dit, je crois que vous avez mentionné un élément important : la langue. Lorsque apprendre le chinois est perçu comme un défi insurmontable et l’anglais et une langue qui entoure autant de gens (tendances qui vont pas changer du jour au lendemain) je pense qu’un espèce d’arrogance va durer chez nous par rapport à l’importance de nos idées ainsi que nos valeurs en ce qui concerne l’économie.

         
        • Le Renifleur
          Le Renifleur répond à Mona Chalabi
          loin d'ici
          • Posté à 23h46 le 23/03/2012
          • Internaute 136986
            loin d'ici

          Je me trompe peut-être mais il me semble que le « principal débat » qui oppose les économistes occidentaux (enseignants/chercheurs) depuis des lustres tient dans l’équilibre « États/Intérêts privés »...
          Autrement dit : pour les uns, l’État, c’est le frein à l’économie, pour d’autres, l’Etat, c’est la solution... Avec toutes les postures « intermédiaires »...

          Faut croire qu’en Chine, ils se sont interrogés différemment et proposent un État Fort qui soutient un Secteur privé Puissant et inversement.

          On en voit le résultat.

          • Mona Chalabi
            Mona Chalabi répond à Le Renifleur
            Auteur(e) de l'article Consultante
            • Posté à 23h58 le 23/03/2012
            • Expert 183532
              Consultante

            ...Et c’est cette perception que le débat est clairement tranché entre ’pour’ et ’contre’ l’ingérence d’Etat qui entraîne cette façon de voir le monde schématisé en noir et blanc. Cela revient à la modélisation encore une fois.

            • Le Renifleur
              Le Renifleur répond à Mona Chalabi
              loin d'ici
              • Posté à 00h52 le 24/03/2012
              • Internaute 136986
                loin d'ici

              J’ai lu avec intérêt votre échange avec MarxforEver et il est vrai que le concept même de la « modélisation » pose intrinsèquement problème.

              Vous avez également relevé parmi mes propos la « barrière de l’appréhension de la langue ».

              Hors, nous savons que le langage influe sur la pensée :
              on raisonne avec les mots dont nous disposons...

              C’est une donnée essentielle dans la réflexion économique :

              Vous noterez l’utilisation de plus en plus fréquente de la novlangue dans cette discipline. le concept de « Croissance négative » en est un bon exemple...

              Le retournement du sens initial d’un mot est également courrament utilisé ; Par exemple, on nomme aujourd’hui « Démocratie » le strict contraire de son sens initial (démocratie athénienne).

              Autre exemple : Le mot « hermétique », qui désigne aujourd’hui « quelque chose de fermé » désignait à l’origine « celui qui montre la voie » (hermès trismégiste)...

              Les exemples fourmillent et le nombre de « mots volés ou inversé » augmente exponentiellement depuis une 30aine d’années :

              « contre vérité » pour « mensonge »,
              « double discours » pour « menteur » ;
              « référent bondissant » pour « un simple ballon de gosse »
              sans oublier le remarquable « mal comprenant » en lieu et place de « con » !

              Alors comment voulez-vous désigner le problème lorsque l’on nomme du nom de sa solution justement ce problème ou qu’on vous a supprimé le mot le désignant ?

              Croyez bien que cette « évolution » aliénante qui démarre avec Tocqueville (et les pères fondateurs des « démocraties modernes ») n’est pas un hasard...

              Ceci explique également une certaine « stagnation » des théories économiques et la difficulté aujourd’hui à...
              « inventer autre chose »....
              Que « la dictature des Marchés » à laquelle nous sommes « bon gré mal gré » soumis.

        3 autres commentaires
  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 19h55 le 23/03/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    Je connais bien la modélisation, car j’ai fait ma thèse dessus, mais dans le domaine scientifique.

    Le problème ne me semble pas seulement dans l’utilisation de la modélisation en économie, même s’il est légitime que les économistes tentent de l’améliorer.

    Plus importante encore est la question du rapport entre modélisateurs et décideurs, car il ne devrait pas être aussi direct qu’aujourd’hui : il manque un acteur pour opérer le transfert de connaissances entre modélisateur et décideurs. Exemple des problèmes que cela pose :

    => Déjà dans mon propre domaine, je vois bien que les décideurs ignorent systématiquement les marges d’erreurs, soit parce qu’ils sont incultes, soit parce qu’ils sont des adeptes de l’esprit d’approximation. Alors même qu’on sait, cela peut déjà générer moult catastrophes.

    =>Mais il y a plus grave encore, car les décideurs veulent ignorer la nature même du travail de modélisation : faire de la modélisation c’est simplement faire une maquette du monde exactement comme on peut faire une maquette d’une voiture. Or les maquettistes choisissent toujours en fonction de leur intérêt les détails qu’ils veulent représenter ou ignorer. On peut parfaitement faire une bonne maquette de voiture en ne représentant pas les freins ou le moteur.

    Les décideurs d’aujourd’hui sont des gens qui, par ignorance, crédulité, paresse ou mauvaise foi, tentent de reconstruire la voiture à partir de la maquette en choisissant d’ignorer que cela produira une voiture sans freins !

  • Mona Chalabi
    Mona Chalabi
    Auteur(e) de l'article Consultante
    • Posté à 20h13 le 23/03/2012
    • Expert 183532
      Consultante

    Qui plus est, la modélisation crée une distance morale dangereuse : tout devient surréel avec la modélisation alors la connexion entre la cause et la conséquence est affaibli.

    • MarxForEver
      MarxForEver répond à Mona Chalabi
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 20h42 le 23/03/2012
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      Je présume qu’en économie, comme chez nous en biologie, les modélisateurs savent que l’individu n’est pas réductible à l’avatar unidimensionnel qu’ils construisent pour leur modèle. Par contre j’ai constaté de nombreuses fois que les décideurs ne veulent pas connaître cette différence. Il y a là un vrai problème moral, car leurs décisions affectent de vrais individus mutidimensionnels.

      En sciences, le principe de causalité reste fondamental. Dans les années 70, le passage de l’analyse univariée à multivariée a représenté un vrai progès pour nous. Ce fut plutôt un enricihissement de l’appréhension de la relation entre causes et conséquences. Bien que ce tournant date de maintenant 40 ans pour nous(arrivée du micro-ordinateur dans les labos), il semblerait qu’il n’ait toujours pas encore été pris par de larges segments de la sphère social. Cela m’amuse énormément quand j’entends un journaliste dire à un poltique : « A votre avis quelle est la cause de ... »

    • MarxForEver
      MarxForEver répond à Mona Chalabi
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 20h54 le 23/03/2012
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      J’oubliais de dire que vous aviez grandement raison d’insister sur l’interdisciplinarité. Ce principe est largemet admis et pratiqué en sciences. Mais à voir les querelles entre sociologues et économistes : cela n’a pas l’air aussi évident pour eux.

      • Mona Chalabi
        Mona Chalabi répond à MarxForEver
        Auteur(e) de l'article Consultante
        • Posté à 22h08 le 23/03/2012
        • Expert 183532
          Consultante

        Et justement je crois que la science et les sciences sociales sont très différentes et la même lentille ne marche pas dans la même manière pour les deux - il faut changer la vocabulaire, les théories afin de comprendre les faits - mais aussi partager ces outils. Je crois que les efforts des professeurs d’économie d’être perçu comme des ’vrais’ scientistes a ironiquement contribué a cet éloignement de la réalité. Avec cette dernière crise les universitaires peuvent se rendre compte que dépenser leurs forces en réfutant des idées d’autres disciplines et beaucoup moins productif que le dialogue.

         
        • Ash31
          Ash31 répond à Mona Chalabi
          • Posté à 10h22 le 24/03/2012
          • Internaute 157549

          On peut clairement penser que la modélisation est la en quelque sorte pour justifier le statut de « science » économique. Cela permet entre autre de naturaliser les hypothèses économiques et de leur donner une légitimité scientifique. Même certains libéraux notoires comme Hayek avaient déjà en leur temps critiqué cette dérive mathématique.

        1 autres commentaires
      • Pi.K
        Pi.K répond à MarxForEver
        Vilain Parisien
        • Posté à 13h43 le 26/03/2012
        • Internaute 105016
          Vilain Parisien

        Ça commence à émerger, au moins entre philosophie et économie. À Paris 1, il y a le master ESH (Économie et sciences humaines, rattaché à l’UFR d’économie), qui se situe au croisement entre économie, sociologie et philosophie ; et inversement, les économistes sont invités à suivre certains cours de philosophie politique. C’est encore relativement marginal à l’échelle du pays, mais ce n’est pas inexistant. D’excellentes revues, comme la Revue de philosophie économique en France, Philosophy and Public Affairs ou Economics and Philosophy aux États-Unis et en Angleterre, tendent à faire le lien entre les disciplines.

    • Seingalt
      Seingalt répond à Mona Chalabi
      amateur professionnel
      • Posté à 09h25 le 24/03/2012
      • Internaute 166244
        amateur professionnel

      « tout devient surréel avec la modélisation alors la connexion entre la cause et la conséquence est affaibli ».

      Je suis plutôt en désaccord avec ça, et avec ce que dit MarxForEver : « En sciences, le principe de causalité reste fondamental ». Il me semble qu’un des progrès de la science au XXème siècle est justement d’admettre une causalité affaiblie tout en restant exacte. Cela se fait par l’utilisation de l’aléatoire, et pas seulement dans les domaines où le hasard est fondamental (physique quantique, théorie de l’évolution). On l’utilise également en biologie, en physique statistique et évidemment en modélisation économique ; c’est une approche parfaitement valable. Et si un modèle prévoit qu’un événement a une probabilité de 95% et qu’il se produit effectivement dans 95% des cas, les 5% d’exceptions n’invalident pas le modèle.
      À mon avis le problème avec l’économie n’est pas la trop grande abstraction des modèles (il n’y a pas de sciences sans abstraction), mais plutôt le contraire. Les modèles ne devraient servir qu’à comprendre, or ils sont utilisés pour investir sur les marchés. Ils sont ainsi « concrétisés » et de ce fait modifient le marché. Ils deviennent partie intégrante d’une réalité qui va alors leur échapper.

      • MarxForEver
        MarxForEver répond à Seingalt
        L'argent n'existe pas
        • Posté à 10h48 le 24/03/2012
        • Internaute 124072
          L'argent n'existe pas

        Je ne vais pas trop m’étendre sur le principe de causalité en physique, qui n’est pas mon domaine, vue la vivacité des discussions chez eux : je connais de jeunes physiciens qui n’admettent toujours pas l’aléatoire.

        Par contre, je suis d’accord sur l’abus de prédictions : faire des prédictions c’est sortir du domaine d’ajustement des variables et donc augmenter les marges d’erreur dans des proportions inévaluables, un point que les décideurs et commentateurs évitent soigneusement de mentionner.

        Un autre abus fréquent est l’utilisation de la corrélation comme d’une preuve.

        Il est vrai que la question de l’utilisation du modèle pour ensuite altérer le phénomène modélisé et la réalité me concerne peu, tant il y a peu de chances que je puisse altérer la réalité perçue par les organismes que j’étudie. Mais elle se pose effectivement dans les sciences humaines.

         
        • Seingalt
          Seingalt répond à MarxForEver
          amateur professionnel
          • Posté à 15h26 le 24/03/2012
          • Internaute 166244
            amateur professionnel

          « je connais de jeunes physiciens qui n’admettent toujours pas l’aléatoire »

          Ah, ils souffrent du syndrome Dieu-ne-joue-pas-aux-dés... Mais la physique quantique est pourtant solidement établie, et les expérimentations sur les inégalités de Bell vont dans ce sens.

          • MarxForEver
            MarxForEver répond à Seingalt
            L'argent n'existe pas
            • Posté à 19h07 le 24/03/2012
            • Internaute 124072
              L'argent n'existe pas

            D’accord avec vous : mais avec eux j’avais renoncé à ce débat qui semblait trop épidermique : -)

        2 autres commentaires
  • Dupont georges
    Dupont georges
    Et l'ANI? On en parle?
    • Posté à 21h49 le 23/03/2012
    • 181137
      Et l'ANI? On en parle?

    Si on apprenait à mettre l’économie au service de l’homme et non plus l’inverse ?

    • pikichante
      pikichante répond à Dupont georges
      bergère
      • Posté à 04h39 le 24/03/2012
      • Internaute 147011
        bergère

      Lien

      Voici un lien sur l’université des va nu pieds en Inde qui met l’économie au service de l’homme.

  • hector_le_dinosaure
    • Posté à 21h59 le 23/03/2012
    • Expert 155439
      Chercheur

    Une petite precision qui n’apportera peut être pas grand chose a l’article mais qui rendra son introduction plus precise : Les meteorologues n’ont rien a voir avec l’etude des tremblements de terre, il s’agit ici de sismologues, geologues, tectoniciens, geophysiciens....

  • sevyniloc
    sevyniloc
    retraité de la fonction publique (...)
    • Posté à 22h10 le 23/03/2012
    • Internaute 27806
      retraité de la fonction publique (...)

    Le monde économique et financier rêve que ces domaines sont codifiés scientifiquement afin de les rendre immuable et presque « naturels ». Or tout est faux, ces domaines relèvent de l’humain et sont donc incodifiables et heureusement car cela permet de changer de système, de le corriger. Ces domaines ne relèvent que de « conventions sociétales » totalement renégociables en permanence. Même l’argent est un simple convention sociétale puisque, aujourd’hui, 85 % de cet argent est scriptural, c’est à dire immatériel.
    Le jour où on admettra ces réalités, on pourra enfin espérer construire une société à la fois plus dynamique, plus libre et plus juste.

    • Mona Chalabi
      Mona Chalabi répond à sevyniloc
      Auteur(e) de l'article Consultante
      • Posté à 22h16 le 23/03/2012
      • Expert 183532
        Consultante

      Tout à fait. Même le mot ’naturel’ est un effort implicite de conférer un espèce de légitimité à leurs études car la nature a quand même sa propre espèce de justice.

  • Mona Chalabi
    Mona Chalabi
    Auteur(e) de l'article Consultante
    • Posté à 04h38 le 24/03/2012
    • Expert 183532
      Consultante

    Merci Renifleur, je trouve que la référence à Orwell est très pertinente mais j’ajouterais une précision que on n’est pas encore au point où c’est un fait accompli. Car l’objective de novlangue (dans le roman d’Orwell où elle a été crée) c’est d’effacer la possibilité de critiquer le système 1. en forçant la société de penser dans le langage de leurs oppresseurs et 2. en réduisant la capacité de penser d’un autre monde par un effacement systématique d’autres mots. Ce dernier n’est pas encore fait lorsque vous êtes capable de donner les traductions comme vous avez fait ci-dessous. Autre fait intéressant : novlangue s’appelle dans son version originale en anglais ’newspeak’ ce qui est à la fois une référence aux efforts d’être perçu comme nouveau et moderne (comme la traduction novlangue saisit) mais ’newspeak’ est aussi une référence aux médias (the news). Et justement, je crois qu’une raison pour laquelle les expressions que vous avez énuméré sont devenues tellement omniprésentes c’est parce qu’elles sont plus médiatiques.

  • Tuxy
    Tuxy
    victime de la ploutocratie
    • Posté à 09h21 le 24/03/2012
    • 178477
      victime de la ploutocratie

    SI des étudiants en économie se rebelle, il en est de même dans d’autres sciences :

    - dans le développement durable, il y a de plus en plus de masterisation (de besoin) et PARADOXALEMENT Sarkozy a tout coupé au niveau de ces emplois verts pour préserver ses amis du pétrole et du nucléaire.
    Le chômage bouchonne obligeant de façon schyzophrénique, ces étudiants fraichement et magnifiquement diplomés à travailler sur les « emplois du pole emploi » du type « faire du community management pour l’Oreal » ou « faire du marketing territorial pour l’industrie du porno ou l’église ».

    - La France comme beaucoup de pays, à des poles trop spécialisé à l’université. Trop dans le sens qu’il y a des formations pluridisciplinaires pour favoriser les think tank et l’innovation mais.... aucun poste dessus !
    Je connais une personne spécialiste sur 5 sciences mais qui n’est jamais embauché car pas spécialisé. Mais ça c’est pas que parce que le gouvernement casse l’université... c’est parce que ça permet d’externaliser les frais : ces personnes vont être envoyé bosser 2H par ci (4H de route) 2H par là (6H de train) ce qui est terriblement couteux et ridicule.
    On passe d’une France utile a une France inefficace , inutile, cassée, brimée, harcelée moralement, diplomée... et mis sur les bancs en touche.

    • MarxForEver
      MarxForEver répond à Tuxy
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 11h08 le 24/03/2012
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      Je ne peux que plussoyer frénétiquement, tellement je connais bien ce problème qui est le mien. Nous devons supporter un nain président qui est un gros blaireau, qui considère que « l’environnement y en a assez“(sic).

      Les étudiants peuvent aussi chosir, comme moi, de rester dans la filière écologique. Mais bonjour les dégâts en termes de salaire !

      Pour ma part j’occupe l’équivalent de 3 postes à haut niveau de responsabilité et n’ai pas eu de vacances depuis plus de 10 ans ... avec un salaire d’ouvrier intérimaire du BTP !

      Mon cas et celui de beaucoup d’autres dans la même situation prouve que le chômage de masse n’est pas une question de manque d’activité !

      Ceux qui le prétendent mentent !

      Les postes existent mais on (suivez mon regard) ne veut pas les pourvoir, parce qu’on ne veut pas payer les salaires, car on préfère mettre l’argent public dans les banques et la bourse !

  • Hurz
    Hurz
    -
    • Posté à 09h26 le 24/03/2012
    • Internaute 110884
      -

    Dès la première phrase il y a une ânerie plus grosse que Claude Allègre : les météorologistes n’ont rien à voir avec les tremblements de terre !
    Je n’ai pas eu le courage d’aller plus loin.

  • benderattaque
    benderattaque
    Gargamel grolandais
    • Posté à 10h35 le 27/03/2012
    • 182063
      Gargamel grolandais

    Un article intéressant, mais qui ne va pas au fond des choses selon moi. Le problème vient-il d’une approche trop mathématique et trop basée sur des modèles de l’économie, ou vient-il plus profondément du l’application au travers du monde de la vision friedmanienne de l’économie ? Depuis que j’ai lu le bouquin de Friedman « Capitalisme et Liberté », cela a modifié ma vision des choses. Reagan et Tatcher n’ont fait qu’appliquer cette théorie, avec l’aide des économiste de l’école de Chicago. On voit bien où ça nous a mené. Le keynésianisme a été une réponse à la crise de 29 qui a été crée par une libéralisation des marchés financiers qui a résulté en une bulle financière qui a éclaté. Cela a signé une reprise de contrôle des états sur les milieux financiers. Dans les années 80 et 90, une nouvelle vague de libéralisation a eu lieu, et nous avons eu le droit à la crise que l’on connait aujourd’hui. On peut y voir une répétition de l’histoire. Reste à savoir comment nous allons réagir, mais vu ce qui se passe en Grèce, on a plutôt l’impression qu’on va encore plus loin dans la libéralisation. Est-ce vraiment la bonne solution ?

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