Global Voices Online 13/02/2012 à 10h32

Adieu Malév ! En Hongrie, la mort d'une compagnie aérienne

Global Voices"

Marietta Le · Traduit par Suzanne Lehn


Malév, la compagnie aérienne publique hongroise née en 1946, a cessé ses activités le 3 février, pour cause de faillite. Selon la presse hongroise, le personnel de la compagnie n’a été mis au courant qu’à peine une heure avant, et des passagers ont découvert la nouvelle en voulant s’enregistrer à l’aéroport Liszt Ferenc de Budapest.

Les Hongrois ont été abasourdis par l’information, car même si la mauvaise situation financière du transporteur national était notoire, des plans de sauvetage de Malév étaient en cours de négociation ces dernières semaines. Pour beaucoup, la fin fatale de la compagnie a été causée par une mauvaise gestion financière.

En janvier, les aides accordées par l’Etat de 2007 à 2010 à la compagnie aérienne ont été jugées illégales par la Commission européenne. Ses partenaires commerciaux ont retiré leur confiance à la compagnie, et le coup de grâce a été porté vendredi quand les aéroports de Dublin et Tel-Aviv ont refusé les autorisations de décollage aux vols de Malév.

Une publicité pour Malev, musique de Gábor Presser

Selon le blog A REPÜLÉS Szakmai, le dernier vol de Malév s’est posé à Budapest vendredi à 08h46 UTC (09h46 en Hongrie), en provenance d’Helsinki. Les paroles du pilote aux contrôleurs aériens ont été repris par les internautes hongrois sur de nombreux sites de partage :

Le pilote : « Au nom de l’équipage du dernier vol Malév, nous voudrions vous remercier pour votre bonne collaboration de plusieurs décennies. Au revoir. »

Le contrôleur aérien : « Nous vous remercions aussi et vous souhaitons bon repos, j’espère que nous nous rencontrerons. »

Le pilote : « Je l’espère aussi, sous un nom différent. »

« Il nous fallait les laisser là »

Selon AIRportal.hu, vendredi soir, quatorze avions de Malév ont été restitués à leur loueur ILFC sur un aéroport en Irlande. Csaba Demeter, un pilote qui participait au retour des avions, a raconté son histoire sur Facebook :

« Vers minuit, nous sommes arrivés à EINN [code de l’aéroport de Shannon, en Irlande, ndlr], avons atterri les uns après les autres et roulé en formation, pour saluer ainsi le passé. Nous avons stoppé les uns après les autres, sur les pistes, les emplacements de stationnement, nous les avons arrêtés, déchargé, et éteint les lumières, nos avions étaient dans le noir. C’était affreux, il nous fallait les laisser là. Nous espérions un appel [disant] “rentrez avec les avions”, que ce n’était qu’un rêve ou une mauvaise plaisanterie. Mais rien n’est venu. Ils sont restés là-bas. Tous. : -( “

Il s’en est suivi un échange de pensées sur le triste sort du transporteur aérien national. Les souvenirs de Csaba sur son blog Fékszárny disent mieux que quiconque ce que signifiait Malév pour les habitants de ce petit pays d’Europe centrale :

‘J’ai volé maintes fois avec eux, j’ai beaucoup de bons et de mauvais souvenirs. Je n’en parlerai pas parce qu’ils n’ont rien de spécial. Si j’ai beaucoup aimé voler sur Malév et leur ai toujours donné la priorité sur les autres, c’est que c’était les nôtres.

Après une longue absence de chez soi, ils étaient les premiers signes du retour à la maison. Le logo blanc et bleu avec le drapeau tricolore hongrois, la salutation à la porte avec les journaux hongrois.

Je passe ordinairement deux ou trois semaines à l’étranger, pas dans des villes et des hôtels confortables, mais dans des déserts et autres endroits magnifiques. Rentrer à la maison était donc toujours une grande joie, et le premier messager en était l’équipage du vol Malév.

Après un long et éprouvant voyage, mes yeux s’emplissaient même de larmes en atterrissant à [l’aéroport] Ferihegy. Cela faisait très mal de voir les images et lire les nouvelles sur Internet. Espérons que tout n’est pas perdu, ce serait bien de voir à nouveau les avions rouge-blanc-vert.’

En pleine tempête

Pour le blog Véleményvezér, le transporteur aérien national est ‘entré en pleine tempête’ [allusion à un film catastrophe du même nom, et expression s’appliquant à un enchaînement de facteurs aggravants, ndlr] du champ économique de la Hongrie :

‘Malév est entré en pleine tempête de ce point de vue : il aurait pu survivre à presque une décennie de stagnation économique et à presque une décennie de mauvaise gestion ; mais les deux phénomènes se sont amplifiés mutuellement.

Il n’a pas survécu et c’est un clou de plus dans le cercueil de nos rêves et illusions sur la place de chef de file de Budapest et de la Hongrie dans la région.’

Jusqu’à la création d’un nouveau transporteur aérien hongrois, rapporte le site d’information Origo, les pilotes de Malév Hungarian Airlines Virtual continueront à ‘voler’ avec les indicatifs d’appel de Malév.

Publié initialement sur
Global Voices
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  • Le Rus
    Le Rus
    Vivant, c'est l'essentiel.
    • Posté à 18h53 le 13/02/2012
    • Internaute 7385
      Vivant, c'est l'essentiel.

    Vous direz à Suzanne qu’en français Liszt Ferenc c’est Franz Liszt... Mais je chipote.

    • 98euR50
      98euR50 répond à Le Rus
      lecteur
      • Posté à 17h43 le 14/02/2012
      • Internaute 171182
        lecteur

      Vous direz au Rus qu’en français, Liszt Ferenc, c’est François Farine... Mais je chipote.

  • vol19
    • Posté à 18h54 le 13/02/2012
    • Internaute 13492

    Sans doute pas la dernière, même American Airlines est en danger.

    Malev dans les années 70, les voyages dans le bloc de l’Est relevaient d’une certaine aventure, accueil glacial et inquiétant à l’aéroport (vraiment digne d’un des films d’Hichcok), les avions russes mal pressurisés (donc mal aux oreilles à l’atterrissage), les hongrois envoyés par le PNC à l’arrière de l’avion, les occidentaux placés à l’avant, sièges à bascule comme dans les théatres des années 60, duty free payable en deutchmark et dont le prix était calculé de manière à coûter plus ou moins le prix du bien dans le pays de résidence. Un autre monde, si proche et déjà le transport d’un côté ou d’un autre le signifiait. Prendre la Malev, c’était surtout quand le vol du matin de Swissair (autre compagnie disparue depuis) était complet.

    Au milieu des années 90, tout avait bien évidement changé, mimétisme du service et du matériel avec l’ouest, aéroport rénové, un accueil à l’arrivé très aimable et si différencié avec le régime précédent que celà pouvait donner l’impression de passer de l’ombre à la lumière avec une émotion pour tout ce que ce peuple avait pu endurer comme frustrations durant toutes ces années de la guerre froide.
    Et pourtant, la tragédie revient, comme le chantait Barbara, le soleil est noir...

  • vorivzakonie
    vorivzakonie
    toujours juste
    • Posté à 20h03 le 13/02/2012
    • Internaute 168643
      toujours juste

    Bordel ! Est-ce que quelqu’un sait comment se débarrasser de cette merde de pub de bagnole Ich Hasse Autos !