Hep ! Facteur ! 06/02/2012 à 12h10

La boîte aux lettres rurale, espèce (de service public) en danger

Florent Hayet | Etudiant a 3IS


Une poupée sur une boîte aux lettres (Marc Lagneau/Flickr/CC)

Ulrich et Gabrielle habitent une ferme perdue dans les collines de l’Ariège. Pour éviter de se déplacer jusqu’à la boîte postale la plus proche, à 5 km, ils ont trouvé l’astuce :

« Nous accrochons une pince à linge au clapet de notre boîte aux lettres, avec le courrier à l’intérieur. C’est une sorte de code : quand le facteur passe pour sa tournée quotidienne, il sait qu’il a une lettre à ramasser. Parfois, on laisse un peu de monnaie dans la boîte et c’est lui qui pose le timbre. »

La Poste, après avoir fermé ses bureaux de poste dans les campagnes, y fait disparaître les boîtes postales. Dans certains hameaux isolés, adieu les sorties pour mettre le courrier dans la boîte jaune de la place du village.

« C’est la rentabilité avant tout »

Jacques Drouhin, maire de Flagy et président de l’Association des maires ruraux de Seine-et-Marne, tente de voir le bon côté des choses :

« Heureusement, il existe encore un esprit d’entraide dans les villages. Pour aller poster le courrier, on peut encore compter sur son voisin ou sur la secrétaire de mairie ! »

Mais il dénonce « une véritable dégradation du service public dans le milieu rural » :

« Mauvaise distribution du courrier, moins de boîtes aux lettres, fin des cabines téléphoniques... c’est la rentabilité avant tout. Conséquence : les habitants se retournent vers le maire qui doit trouver des solutions. »

La Poste nie vouloir supprimer les boîtes aux lettres, et parle d’un « redéploiement » :

« Nous mettons les boîtes aux lettres là où les gens en ont l’utilité. Le chiffre de 130 000 boîtes postales en France reste stable. On a environ une boîte pour 500 habitants, c’est le ratio le plus élevé d’Europe. Alors quand on constate que la boîte n’est pas suffisamment remplie, nous décidons de la supprimer. »

L’entreprise de service public explique que la décision de suppression d’une boîte se fait dans les bureaux de poste, après « plusieurs instances de concertations entre La Poste et les élus locaux ».

La Poste faut sauter les boîtes, on attend le facteur

Une affirmation contestée par plusieurs élus. A Villeneuve-le-Comte, un village de Seine-et-Marne, la boîte aux lettres a été retirée sans aucune concertation avec la commune.

Les arguments avancés au maire sont confus : d’abord, la boîte est dite en « réparation », puis, contactée par la mairie, La Poste évoque un « risque routier » à l’endroit où elle est implantée, avant d’expliquer que la boîte n’était « pas rentable ». Le courrier se conclut par une phrase digne d’une entreprise privée :

« En tant qu’entreprise responsable, La Poste se devait de maintenir une rentabilité économique afin de conserver son modèle social et la pérennité de son activité. »

Pourtant, la loi française rend obligatoire l’implantation d’une boîte aux lettres à moins de dix kilomètres de toute habitation. Les personnes âgées et à mobilité réduite seront-elles obligées de parcourir plusieurs kilomètres pour poster leur déclaration d’impôts ? Au service communication de La Poste, on a une parade :

« Les habitants isolés des zones rurales pourront toujours donner leur courrier au facteur, lors de sa distribution. »

Autrement dit : si vous n’avez rien à faire de votre journée, attendez le passage du facteur...

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  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working Class Blero
    • Posté à 12h58 le 06/02/2012
    • Internaute 164574
      Working Class Blero

    Chez moi, les boites jaunes, c’est maintenant une par bourg centre, les autres villages peuvent aller se faire voir. Ils ferment aussi des bureaux distributeurs, le premier est aujourd’ hui à 8 kms de chez moi.
    Les facteurs absents ne sont plus remplacés, leur tournée est affectée à un autre en plus de la sienne. Résultat : quelquefois pas de tournée pendant un ou deux jours, et très souvent, sauf les jours de distributions de pub, pour ça on trouve toujours un préposé.
    La Poste va devenir une banque avec un service de messagerie optionnel.
    Ce service public est déjà mort, je trouve les maires des villages bien trop cools pour se substituer à ce service via les services municipaux.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 13h12 le 06/02/2012
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Puisque la poste devient un service privé, les municipalités devraient leur louer les emplacements de boîtes à lettre 2000€ par mois mois et par boîtes.

    Pareil pour EDF, 2000€ par mois le mètre de câble sur la commune.

    Ca aiderait les collectivités locales à assumer les responsabilités que l’Etat leur a refilé.

    Et les communes n’ont pas à aire de cadeau aux entreprises privées comme la poste, edf, orange ou veolia.

  • Vlobulle
    • Posté à 14h03 le 06/02/2012
    • Internaute 52643

    Je ne trouverai pas complètement déraisonné de ne relever le courier et de ne faire les distributions qu’un jour sur deux dans les zone à très faible densité de population. Surtout si cela permet d’avoir une couverture complète du territoire.

    Quitte à choisir, je préfère que tout le monde soit couvert, qui à avoir un service plus lent car moins fréquent, que d’avoir des zones blanches et la garantie de distribution n+2 dans les zones couvertes. Et j’imagine que pour beaucoup c’est le cas (combien utilisent le courier pour des choses qui sont urgente à un ou deux jours près ?).

  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 14h37 le 06/02/2012
    • Internaute 70089
      met le doigt où ça fait mal.

    Manque à cet article le thème de la qualité de distribution qui elle aussi a énormément pâti de la privatisation. Une distribution tous les deux jours ce ne serait pas vraiment gênant si encore certains délais de livraison n’étaient pas devenus aberrants.

    Plus de 15 jours par exemple pour qu’un courrier du trésor public du canton parvienne à destination (20kms), moyennant un détour délirant jusqu’au centre de tri régional (100kms). Courrier de recouvrement sous délais d’une semaine, sous peine de majoration... A qui présente-t-on la facture ? Au guichetier local ? La distribution n’est plus de son ressort, cette responsabilité à été délocalisée à 15 km de là - dans un autre canton.

    Les économies d’échelle sensées rationaliser le fonctionnement de l’entreprise l’ont en fait rendu ubuesque, au détriment de l’usager, mais aussi probablement d’au moins certains salariés de l’entreprise qui doivent finir par se demander pour quelle raison ils se lèvent encore le matin tant leur travail a perdu tout son sens.

  • scripta manent
    scripta manent
    anarchogaulliste social
    • Posté à 14h46 le 06/02/2012
    • 175612
      anarchogaulliste social

    la poste vend des cartes postales et des livres dans ses bureaux au lieu de faire son boulot,c est lamentable .