Tribune 04/02/2012 à 19h26

La Grèce tragique et ottomane expliquée à l'Allemagne luthérienne

Sophia Mappa | Historienne, sociologue,science po


Un portrait de Martin Luther par Lucas Cranach l’Ancien

Le rigorisme économique d’Angela Merkel, incompréhensible aux yeux d’un Grec, est solidement enraciné dans la culture protestante du XVIe siècle.

Celle que Max Weber a si bien analysé dans « L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme ».

C’est la culture de la rigueur morale et de l’obéissance de l’individu à la loi divine, piétinée, aux yeux de Luther et de ses adeptes, par la corruption de l’Eglise romaine.

C’est aussi la culture de la glorification du travail comme moyen d’obtenir le salut. Celle qui a érigé l’action inlassable de l’homme sur la nature (et sur les hommes) pour créer des richesses en une nouvelle transcendance, et a fait de la frugalité une norme de conduite morale pour les individus.

Le capitalisme – si vigoureux en Allemagne encore aujourd’hui alors qu’il décline dans beaucoup de pays occidentaux –, la discipline farouche de la société allemande au travail et son obéissance à la loi civile, qui contrastent avec leur affaiblissement chez ses voisins européens, sont solidement enracinés dans cette révolution culturelle que fut le protestantisme.

Il a été nourri lui-même des idées nouvelles nées dans tous les autres pays européens de l’Ouest et du Nord, à partir de la Renaissance : l’Italie, la France, l’Angleterre… Idées qui doivent beaucoup à la pensée de la cité grecque et ont présidé à la construction des Etats-nation modernes.

Punir l’hérétique plutôt que sortir de la crise

La culture allemande, si proche mais aussi différente des cultures latines de l’Europe, a donné à l’humanité beaucoup de grandeurs mais aussi beaucoup de misères.

Pour rester polie, disons seulement que l’intolérance aux autres cultures et le désir de les domestiquer, de les faire rentrer dans son moule à elle, n’est pas la moindre. La politique d’Angela Merkel est l’un de ses avatars. Au fond, sa préoccupation semble être davantage la punition des hérétiques que la sortie de la crise.

La société grecque, elle, est enracinée dans une autre histoire, celle des empires, byzantin et ottoman. Aussi inaudible que ça puisse être pour les admirateurs du miracle athénien, l’actuel espace grec n’a historiquement participé ni à la Renaissance, ni aux Lumières, ni à la construction des nations modernes, ni à celle du capitalisme.

Les quelques individus qui ont voulu rattacher cet espace à la culture latine, déjà depuis Byzance, ont été excommuniés par le patriarcat grec, et en tout cas n’ont pas trouvé d’écho significatif auprès de la société.

L’Etat grec, mis en place, au début du XIXe siècle, n’a pas été issu de la volonté des communautés qui l’habitaient. Comme dans les pays colonisés, l’appareil d’Etat, les constitutions, les rois, les politiques, et leur financement, ont été fournis dès le départ par les chancelleries européennes.

Des réflexes acquis sous l’empire ottoman

L’esprit de ces institutions n’a jamais pris racine dans la société grecque, qui n’a su ni les modifier, ni inventer d’autres pour rentrer dans le camp des Européens. La société a occupé les institutions européennes, comme on occupe une scène de théâtre, mais elle l’a fait avec sa propre culture. Celle-ci avait la mémoire lointaine des rois, mais ne connaissait qu’une institution centrale, celle de l’Eglise. Aussi, si elle a accueilli les rois européens, elle s’opposa à la construction d’un pouvoir politique central de type moderne.

En effet, le pouvoir politique en Grèce est enraciné, encore aujourd’hui, dans l’imaginaire de l’empire ottoman. Celui des beys et des chefs de clan qui règnent sur leurs parentèles et leurs clientèles, en leur assurant la prise en charge matérielle, en échange de leur allégeance.

Le refus légendaire de la société de payer des impôts, tellement incompréhensible pour les Européens de souche, vient de ce passé lointain de l’empire où l’impôt était signe de domination et non de construction d’une institution centrale, transcendant les pouvoirs particuliers et considérée comme bien commun.

Depuis deux siècles cet Etat est régi de l’extérieur : par les chancelleries européennes d’abord, par les Etats-Unis après la Deuxième Guerre mondiale, et, depuis 1981, par la Commission européenne.

Le capitalisme est resté étranger aux Grecs

Depuis deux siècles, ceux qui l’occupent se soumettent aux diktats de l’extérieur mais les détournent à leur profit et à celui de leur clientèle. C’est ce qu’a fait le malheureux dernier Premier ministre élu Georges Papandréou et ce que fera son successeur Loukas Papadimos, en dépit de son savoir technocratique.

Sur le plan économique également, il n’y eut jamais d’adhésion collective à l’esprit du capitalisme. Les activités économiques qu’entreprend la société traditionnellement, et spontanément, sont issues de son histoire : l’agriculture, le commerce, la marine marchande, les banques, et, récemment, le tourisme, mais pas l’industrie.

Non pas que les Grecs soient paresseux, comme le pense Angela Merkel, parmi d’autres. Mais, en dépit de l’idée largement répandue que le capitalisme serait une donnée universelle et naturelle de l’humanité, les Grecs, à l’image d’un grand nombre des humains sur la planète, n’en comprennent ni l’esprit, ni les mécanismes.

Visiblement, leur adhésion au Marché commun, il y a trente ans, ne les a pas davantage éclairés. Au contraire, les flux financiers européens allègrement alloués par la CEE ont été mis au service, non pas de la production, mais du clientélisme et de la consommation des produits européens, y compris les armes allemandes et françaises.

Dopé par la libéralisation des marchés et par la concurrence des produits occidentaux, l’écart traditionnel entre la production et la consommation fut transformé en gouffre et a amené au naufrage actuel. Sans aucun doute, la responsabilité de la société grecque et de ses élites est immense.

Un commissaire européen n’apporterait rien

Pourrait-on pour autant passer sous silence celle des dirigeants européens ? Aveuglés par des dogmes économiques simplistes et l’illusion de leur toute puissance de régenter les autres pays, ils sont en train de ruiner leurs propres sociétés et de couper court à la possibilité des pays périphériques de l’UE de se relever.

Car, si la Grèce est un cas extrême de cette périphérie, elle n’est pas seule dans l’incompréhension qui oppose son « Nord » et son « Sud ».

Un commissaire européen n’apporterait rien à la Grèce. Au contraire. Au moment où une conscience, fût-elle marginale, de ses propres responsabilités dans la crise commence à émerger dans ce pays, une humiliation supplémentaire aurait aggravé le désespoir et la révolte largement partagés.

Ce sont les mesures d’austérité qu’il faut remettre en question et l’illusion d’Angela Merkel, entre autres, que les sociétés sont malléables et transformables à coups de bâton et des décrets de l’ hégémon. Au risque si non, de détruire, outre la Grèce, la construction européenne toute entière.

  • 15256 visites
  • 91 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Sophia Mappa
    Sophia Mappa répond à Nouibourg
    Auteur(e) de l'article Historienne, sociologue,science (...)
    • Posté à 12h57 le 05/02/2012
    • 180706
      Historienne, sociologue,science (...)

    Il n’y a aucun fatalisme et le terme « d’arriérés du capitalisme » vous appartient. Au moment où l’on « dévouvre » les impasses du capitalisme, il est quand même significatif. Puisque vous êtes étudiant, il faut vous interroger sur la signification du terme « capitalisme ». Pour moi ce qui a distingué le capitalisme des autres systèmes économiques est la production, l’action de l’homme sur la nature pour la transformer, le rapport au travail, au temps, l’investissement, la rationalité instrumentale, etc. Onassis a fait des fortunes colossales par le commerce, mais il n’a jamais investi dans la production.

  • a déménagé le 16-08-2012
    • Posté à 01h37 le 05/02/2012
    • Internaute 156966
      Amen !

    La Grèce est « tragique et ottomane »... et l’Afrique n’est pas entrée dans l’histoire...

    C’est trop facile.

    La réalité c’est que la social-démocratie de Papandréou hier, et de Hollande demain (à moins que...) c’est couchée devant la finance.

    Les socio-démocrates ne veulent plus faire de politique.

    Ce qui me détourne du PS, ce sont aussi ses partisans, soit pleurnicheurs et timorés, implorant le vote utile, soit masquant leur trouille derrière un cynisme et un humour de pacotille.

    • Monard
      • Posté à 10h23 le 05/02/2012
      • Internaute 19095

      Ce qui me détourne du FdG c’est sa démagogie , son sectarisme ...
      Et sa légèreté simplificatrice : par exemple prétendre qu’une révolution peut sortir des urnes ...
      ce qui ne s’est jamais vu .
      Le mélenchoniste ne doute pas : son analyse est la seule valable . Le FDG va prendre « la finance à la gorge » et la terrasser .
      Les autres sont des aveugles ou des traitres collaborateurs .
      Heureusement l’électeur qui a un peu plus de jugeote , et un peu de mémoire , a des objectifs plus terre à terre , comme se débarrasser d’urgence de la clique au pouvoir ,et introduire davantage de justice ,de solidarité etc ne s’engouffre pas en masse dans ce piège pour neuneux ( composé à 80 % de ce qui reste du PC, dont on verra les orientations pro ou anti PS, après la présidentielle...).

      Le FdG aurait pu s’imposer autrement , avec plus de modestie, moins de hargne .
      Car un parti anticapitaliste est nécessaire et peut apporter beaucoup pour faire avancer les mentalités .

      Mais là vous préférez le marteau piqueur , ridiculiser le PS etc ...

      Apparemment 2002 ne vous a pas suffi ...Vous pensez qu’un JL.M à la place d’un L.J serait passé haut la main .

      Et bien je suis persuadé que vous faites plein d’erreurs sur les aspirations de vos contemporains .

      • Lionel06
        Lionel06 répond à Monard
        Dessoucheur
        • Posté à 17h43 le 05/02/2012
        • Internaute 30683
          Dessoucheur

        Vous, vous ne semblez toujours pas avoir compris que s’il y a bien un parti à avoir ridiculisé la gauche, c’est bien le PS : Mitterand en 83, Jospin en 2002, Royal en 2007...

        Le PS, en flirtant au centre et vers tout ce qui ressemble à la « social-démocratie » à la Blair, ridiculise le socialisme. Heureusement, tous les membres du PS ne sont pas sur cette ligne, mais c’est l’image qu’en ont une bonne partie des sympathisants de gauche.

        Mélenchon vient du PS, est socialiste et son discours politique renoue avec le socialisme à la Jaurès. Après, que les idées du FdG vous paraissent trop braillardes, trop radicales, c’est votre problème mais je ne pense pas que le FdG ait envie de se la jouer simple petit parti figurant...

      • a déménagé le 16-08-2012
        • Posté à 19h33 le 05/02/2012
        • Internaute 156966
          Amen !

        Pas de sectarisme au FdG, nous acceptons les libertaires, les communistes, les trotskistes, les écolos, les socialistes. Mais on ne veut pas des centristes. C’est peut-être ce qui vous chagrine.
        Par contre, au PS, la haine contre les libertaires, les cocos et les trots est tenace. J’en sais quelque chose.

        La démagogie au FdG ? Pas plus qu’au PS. Quand Hollande délave le programme voté par les militants du PS, pour le rendre rose très pâle et attirer les voix du centre, c’est bien de la démagogie non ?

        La révolution par les urnes, c’est avoir confiance en la démocratie et en la république. Croire que ces deux concepts ont encore une réalité et une utilité. Je comprends que l’on puisse trouver cela simpliste et léger, après le déni de démocratie que fut la ratification du traité de Lisbonne en 2008, grace au PS, après la victoire du non en 2005. Mais Mélenchon est un indécrottable optimiste.

        Prendre à la gorge la finance n’est qu’un slogan, comme le changement c’est maintenant. Se baser sur un slogan pour ce faire une idée, c’est un peu léger non ?

        J’ai constaté avec Mitterrand 83 et Jospin 95 que le PS ne fait pas grand chose pour plus de justice et de solidarité (stok-options de DSK, PARE pour les chômeurs...). C’est pour cela que j’ai quitté le PS, après d’autres, mais bien avant Mélenchon.

        Mélenchon a eu raison de choisir le marteau piqueur. Il était inaudible dans le PS. Le PC de Robert Hue, si gentil avec les socialistes, était invisible.

        Pour vous, un parti antilibéral est utile mais surtout, il ne doit pas déranger ! Ne pas taper sur le PS ! Je vous range dans la catégorie pleurnicheur et timoré.

        Le PS n’a pas retenu les leçons de 2002 et 2007, il subira le même sort en 2012. Mélenchon n’y est pour rien si le PS est incapable de gagner une élection nationale.

  • Blaise P.
    Blaise P.
    Thésard
    • Posté à 04h30 le 05/02/2012
    • Internaute 133777
      Thésard

    Comme beaucoup d’autres lecteurs, je suis déçu par cette avalanche de clichés, notamment sur les allemands. Il me semble que la Grèce a beaucoup de problèmes institutionnels et une vision historique et culturelle peut donner un éclairage sur leurs causes mais ne donne aucune solution.

    Je me demande aussi ce qu’entend l’auteure par capitalisme. Si on entend « régime économique dans lequel les moyens de production sont propriété privée », alors je pense que c’est le cas en Grèce depuis bien longtemps. C’est peut-être un autre type de capitalisme auquel l’auteure pense. Mais il faudrait le définir car sinon chacun mettra sa propre définition du capitalisme à la place.

  • FirstDraftHistorian
    • Posté à 07h10 le 05/02/2012
    • Internaute 14204

    Bon article à part la conclusion. Les Allemands ont raison de ne plus vouloir payer les grecs. La solution est que les grecs quittent l’Euro et peut être même l’UE jusqu’à ce qu’ils décident de travailler et payer leurs impôts comme les autres. Ils n’ont pas inventé le roue. Ils peuvent apprendre des autres.

    En 1981, les grecs n’étaient pas prêts pour l’Europe. Tout le monde savait en 2001 à quel point ce pays est corrompu de haut en bas. Les Allemands ont eu raison de vouloir les exclure de l’Euro. Ce sont les Français qui insistaient. Faire des apologies pour les grecs ne les aidera pas plus que ça aide les petits voyous à ne plus voler ou agresser.

    Et puis, il faut arrêter de taper sur les Allemands parce qu’ils bossent dur, payent leurs impôts, respectent les lois et sont honnêtes.

    • Orestic
      Orestic répond à FirstDraftHistorian
      Dugenou
      • Posté à 08h50 le 05/02/2012
      • Internaute 172002
        Dugenou

      Pour ce qui est de travailler, d’après les statistiques européennes les grecs travaillent plus que la moyenne européenne :
      Lien

      Pour ce qui est des impôts c’est une autre histoire...

      Au sujet des allemands, on ne tape pas sur les allemands parce qu’ils bossent dur mais parce qu’ils sont méprisants et n’ont pas de vision (ou en tous cas ne la partagent pas). Ils sont enfermés dans leur seul monde et ne voient pas et ne comprennent pas les autres.

    • Sophia Mappa
      Sophia Mappa répond à FirstDraftHistorian
      Auteur(e) de l'article Historienne, sociologue,science (...)
      • Posté à 13h32 le 05/02/2012
      • 180706
        Historienne, sociologue,science (...)

      Si l’Union européenne devait se résumer aux pays capitalistes, je suis d’accord avec vous, la Grèce ne devrait pas y renter. Mais le cas grec pose la question de la coopération à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE. Si cette dernière se résume au capitalisme allemand, alors il ne reste pas grand monde qui puisse en faire partie. L’UE paye le prix de l’esprit ultra libéral qui a présidé à sa construction. Toute la question pour moi est celle de savoir comment prendre en compte la diversité des pays qui font, à tort ou à raison, partie de l’UE et du monde. Et cela à un moment où le capitalisme et la démocratie sont en train de changer dans les pays même qui les ont inventés.

      • zorbeck
        zorbeck répond à Sophia Mappa
        • Posté à 15h20 le 05/02/2012
        • Internaute 9110

        Oui, mais ce que vous appelez esprit ultra-liberal a plutôt son origine chez les Grand Bretons que de l’autre coté du Rhin. Il faudrait peut-être nuancer un peu par ce que l’on entend par capitalisme, ou libéralisme.

        Car la dérégulation complète de la finance, c’est à Londres qu’elle a ses défenseurs, pas à Berlin où le ministre des finances (Schaueble) a soutenu, bien avant Sarko, le besoin de régulation des flux financiers, par l’interdiction du short-selling ou par la taxe Tobin notamment (et c’est exactement ceci qui a provoqué l’exit de Cameron en Decembre). Le capitalisme rhenan n’est pas l’anglo-saxon, il croit au pouvoir regulateur de l’Etat et a favorisé ouvertement la valeur travail (les entrepriss du Mittelstand en sont un exemple patent) contre les profits purement spéculatifs et non imposables entretenus à Londres. Ce n’est pas une nuance, c’est une différence fondamentale.

        Maintenant, s’il est indéniable que G.S. et consorts ont une part de responsabilité dans la faillite grecque, il est tout aussi clair que ce sont bien des élus grecs qui ont signé ces accords et ont emprunté des centaines de millards, pour les consommer (ou les placer en Suisse) et non pour les investir. Si un « haircut“de 50% est encore de trop pour l’électeur grec, la sortie de l’euro me parait la seule solution. Peut-etre qu’enfin les Grecs reconnaitront-ils qu’un Etat a besoin d’impôts pour fonctionner, et que graver dans le marbre de la Constitution le fait que les armateurs ne peuvent payer d’impôts est une arnaque dont ils sont les seuls responsables.

        Une petite remarque quand meme pour moduler mon optimisme : contrairement à ce que pensent beaucoup trop de gens, je ne crois pas qu’une sortie de l’euro amènera beaucoup plus de justice sociale.

        Ce qui se passera à ce moment là est que tous les détenteurs de capitaux vont raffler à bas prix toutes les entreprises exsangues que le gouvernement aux abois voudra leur vendre. Et ce jour là, les gros armateurs et ceux qui ont tout détourné en Suisse se feront applaudir comme les patriotes libérateurs qui, face à l’arrogance allemande ou à l’ultralibéralisme sauvage, se mettent à relever le pays au bord du gouffre en investissant pour leur patrie, le coeur sur la main et la larme à l’oeil. Et les couillons dans l’histoire, ce seront non seulement le peuple grec qui applaudira, mais surtout les contribuables européens qui devront refinancer leurs banques et paieront la note.

        Personnellement, je préfère la rigueur allemande.

      • fromgreece
        fromgreece répond à Sophia Mappa
        etudiante
        • Posté à 23h51 le 05/02/2012
        • 180865
          etudiante

        accepter d’être une union de peuple et non pas de machine à produire ? ? Utopiste philanthrope que je suis ! Jamais un allemand n’accepterai d’être considéré à la même valeur qu’un grec !

  • STEFFEN Louis
    STEFFEN Louis
    ancien enseignant réformateur
    • Posté à 09h36 le 05/02/2012
    • Expert 25070
      ancien enseignant réformateur

    Quelques objections à cet article intéressant.
    1. Le sud de l’Allemagne, catholique, est le plus pro-capitaliste du pays, plus que les Länder du Nord, de tradition luthérienne. L’esprit de la tradition est certes encore agissant mais il ne constitue pas l’explication unique d’une posture politique qui s’explique davantage par la cupidité des acteurs et l’archaïsme nationaliste.
    2. Le refus de l’impôt et les mille manières de s’en affranchir sont un sport tout aussi pratiqué qu’en Grèce dans des pays comme la France et l’Italie qui n’ont jamais été sous domination ottomane. Là encore cherchez la cupidité et le refus de la solidarité et vous trouverez une explication plus exacte. C’est la même cupidité qui conduit à ne pas se syndiquer (ça ne« rapporte » rien, comme disait Stendhal).
    3. La formule « punir l’hérétique plutôt que sortir de la crise » est bien venue dans le contexte français actuel. Elle s’applique à merveille au rejet teinté de mépris et parfois de haine qui s’observe parmi le « peuple » et dans beaucoup de médias à l’égard d’Eva Joly et des écologistes. Ce sont eux les modernes hérétiques qu’il faut châtier parce qu’ils dérangent et empêchent les braves gens de dormir. Et pourtant, à tout bien considérer, ce sont eux qui nous indiquent les seules voies possibles pour sortir de la crise, en Grèce, en Europe et dans le monde tout entier.
    A l’heure où l’on reparle de Gilbert Bécaud, il est bon de rappeler ce vers d’une de ses chansons : « Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté. »

    • Sophia Mappa
      Sophia Mappa répond à STEFFEN Louis
      Auteur(e) de l'article Historienne, sociologue,science (...)
      • Posté à 11h46 le 05/02/2012
      • 180706
        Historienne, sociologue,science (...)

      Merci pour ce commentaire. Mon propos n’était pas de donner une analyse globale de la tradition dans un article court, mais de mettre en avant, dans une conjoncture où nous coulons sous des considérations économicistes, l’épaisseur historique des sociétés et leur diversité. Le refus de payer l’impôt en France est un fait nouveau et a d’autres origines que celui qui explique le même phénomène en Grèce où l’Etat n’est pas perçu comme une institution collective. L’Italie du Sud est différente de l’Italie du Nord et présente des similitudes frappantes avec la Grèce, entre autres le rapport à l’Etat et à l’impôt. Si je voulais prolonger cet article, je pourrais avancer, entre autres, que certains pays européens, comme la France, se rapprochent des pays du Sud, au lieu de les « développer »

  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 10h54 le 05/02/2012
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    Souvent, pour débroussailler la vision que j’ai d’un pays, je passe par la lecture de polars, James Lee Burke pour la Louisiane, Kemm Nunn pour la Californie et sa frontière mexicaine et bien d’autres encore.
    Pour la Grèce contemporaine je ne saurais trop recommander Petros Markaris : un écrivain grec de cette nouvelle génération d’auteurs européens, qui ont utilisé le roman policier comme outil critique pour discerner le bien du mal dans leur société contemporaine.

  • franzfranz
    franzfranz
    le monde de kafka
    • Posté à 10h44 le 05/02/2012
    • Internaute 163427
      le monde de kafka

    Entièrement d’accord quant à l’analyse grecque. Du coup on ne peut que regretter que celle de l’Allemagne ne soit pas aussi historiquement circonstanciée.
    Car s’il est vrai qu’elle donne cette image d’ordre et de discipline, il n’en est pas moins vrai qu’il y a une différence entre l’Allemagne prussienne unifiée par Bismarck et l’Allemagne disons classique où les Princes élisaient l’Empereur.
    Quant à Max Weber si son analyse de l’origine protestante du capitalisme est juste, celle de Martin Buber sur l’ « affairisme » juif comme manière de rendre gloire à Dieu ne l’est pas moins.

    • Sophia Mappa
      Sophia Mappa répond à franzfranz
      Auteur(e) de l'article Historienne, sociologue,science (...)
      • Posté à 18h24 le 05/02/2012
      • 180706
        Historienne, sociologue,science (...)

      Je suis d’accord avec vous.

  • palliet
    • Posté à 11h23 le 05/02/2012
    • Internaute 10176

    Rassurez moi, c’est une blague non ?
    J’ai du mal à croire qu’une historienne et sociologue sérieuse puisse écrire ce type d’article au premier degré...

    Sophia Mappa connait certainement bien la Grèce, mais connait-elle l’Allemagne ?
    De quelle culture Allemande parle-t-elle ?
    Vu de Stuttgart, Hambourg, Leipzig ou Berlin on ne parle pas de la même chose.

  • phosphene
    phosphene
    voyeur
    • Posté à 12h25 le 05/02/2012
    • 178140
      voyeur

    très bon article,, c’est un essai,
    les causes a effet ne sont pas toujours celles que l’on croit ,,
    de plus a bouffer de l’info’ en permanence on perd un peu le rationnel ,la tête dans le guidon l’homme refuse souvent un regard sur les fondements d’une société ,,son histoire , et ses apports sur le temps.

  • Le_mouton_noir
    Le_mouton_noir
    www.delaservitudemoderne.org
    • Posté à 12h26 le 05/02/2012
    • Internaute 119868
      www.delaservitudemoderne.org

    Je ne sais pas si cela ira jusqu’à la guerre, mais ce qui est certain c’est que la situation est bcp plus préoccupante que ce que l’on fait accroire aux bonnes gens. Les grecs, n’en déplaisent aux avaleurs de couleuvres médiatiques, sont des victimes innocentes comme le furent avant eux les argentins.

  • al.jk
    al.jk
    poil à gratter
    • Posté à 12h27 le 05/02/2012
    • Internaute 58477
      poil à gratter

    Je ne comprends pas le sens de ces éléments d’argumentation :
     »« Celui des beys et des chefs de clan qui règnent sur leurs parentèles et leurs clientèles, en leur assurant la prise en charge matérielle, en échange de leur allégeance. » »
    Primo : La seigneurie et la servitude me semble être des éléments tout à fait semblable ne faisant pas de du « “Bey” » un élément spécifique.

    « “Le refus légendaire de la société de payer des impôts, tellement incompréhensible pour les Européens de souche, vient de ce passé lointain de l’empire où l’impôt était signe de domination et non de construction d’une institution centrale, transcendant les pouvoirs particuliers et considérée comme bien commun.” »
    Secondo : Le seigneur domine son domaine, lève l’impôt se sert au passage puis reverse à L’Intendant cela semble correspondre au rôle du « “Bey” ». De plus c’est une question d’impôt (dîme et compagnie ! ! ! et droit de cuissage) qui mène en partie vers les troubles et la Révolution.
    Le concept de « “Bey” » ne peut à lui seul être un élément d’analyse ne constituant pas un élément de spécificité propre.
    Pour finir un petit élément de langage m’a interpellé : « » les Européens de souche » »
    Qu’entendez-vous par là ? Je pensais que la Grèce était le Berceau de l’Europe et voilà qu’elle n’en fait plus partie, qu’elle est Ottomane et par là même aurait perdue la « Souche » ! Cette souche dont vous parlez, serait-elle raciale ? Auquel cas pourriez-vous en tant qu’Historienne nous en dire davantage ?
    Comment RUE89 peut-elle se laisser aller à diffuser ce genre d’article où le but n’est pas de parler de la Grèce mais de prévenir du Danger de l’Islam ? L’Islam qui rend forcement Décadent et dont le cas historique de la Grèce serait au vu des évènements actuels une preuve (et le protestantisme libérateur, protecteur et performant).

    • Orestic
      Orestic répond à al.jk
      Dugenou
      • Posté à 12h38 le 05/02/2012
      • Internaute 172002
        Dugenou

      « les européens de souche » veut dire les descendants de Rome après que le grand schisme de 1054 a coupé cette partie de l’Europe de l’autre.
      Lien

      (sans oublié la longue influence musulmane qui a aggravé la coupure)

      On en voit un autre avatar plus virulent avec les Russes qui sont européens mais anti-occidentaux...^^

      • al.jk
        al.jk répond à Orestic
        poil à gratter
        • Posté à 12h53 le 05/02/2012
        • Internaute 58477
          poil à gratter

        Ma chère qu’entendez-vous par les descendant de Rome ? De l’Empire Romain, auquel cas je ne vous raconte par l’étendu géographique (le bassin méditerranéen en entier), l’Eglise de Rome (quid des protestants, de l’Angleterre) ? Que faire de l’Europe du Nord (autres peuples, autres mythes, autres rites....) ? ?
        De plus si l’on prend en compte Rome cela contredit l’argumentaire de notre grande Historienne sur le côté latin décadent ! ! ! ! ! !

         
        • Orestic
          Orestic répond à al.jk
          Dugenou
          • Posté à 16h40 le 05/02/2012
          • Internaute 172002
            Dugenou

          Rome = La Papauté et la culture qu’elle a imprimé sur l’Europe occidentale.

          Papauté qui a hérité de la partie occidentale de l’empire romain quand la partie orientale est restée entre les mains des patriarches orientaux. D’où le conflit sur le leadership qui a suivi.

          bon, je l’explique pas très bien mais tout est ici :
          Lien

        1 autres commentaires
    • phosphene
      phosphene répond à al.jk
      voyeur
      • Posté à 12h35 le 05/02/2012
      • 178140
        voyeur

      c’est un peu tiré par les cheveux ,,non ? ?

  • weibel
    weibel
    libre
    • Posté à 14h06 le 05/02/2012
    • 180790
      libre

    Pour ceux qui n’ont pas suivi :
    Pour qu’il devînt roi des Grecs, il fallait coton soie fil et laine.

  • setori
    setori
    retraité
    • Posté à 15h54 le 05/02/2012
    • Internaute 43503
      retraité

    Vite dit que la pensée grecque n’a pas influencée le siècle des lumières ! D’où nous vient l’idée de « démocratie » si ce n’est de PLATON et plus largement des penseurs grecs ! ARISTOTE a été le moteur de toute la pensée religieuse pendant plusieurs siècles ,pensée qui fondait également le fonctionnement de la CITE .La réforme a radicalisé les choses en faisant de la réussite individuelle la réponse à la volonté divine .C’est ce que Max WEBER a mis en exergue dans son ouvrage .Il est certain que réussite individuelle contre réussite au travers d’une société égalitariste et redistributrice sont des antagonismes toujours d’actualité ici comme ailleurs.

    • Sophia Mappa
      Sophia Mappa répond à setori
      Auteur(e) de l'article Historienne, sociologue,science (...)
      • Posté à 21h10 le 06/02/2012
      • 180706
        Historienne, sociologue,science (...)

      Avez-vous lu l’article, ou avez-vous juste besoin de vous exprimer ?

  • silversamourai
    silversamourai
    paranoia agent
    • Posté à 16h17 le 05/02/2012
    • Internaute 15954
      paranoia agent

    ...la frugalité et l’humilité des touristes qui viennent des terres luthériennes est bien connue des habitants méditerranéens...

  • laury68
    laury68
    Retraité
    • Posté à 17h18 le 05/02/2012
    • Internaute 50402
      Retraité

    Ne cherché plus la Grèce est le poil a gratter que les Américain via leurs Banques a mis en Europe pour nous empêcher de les concurrencer et les principaux dirigeants Européen s’il s’était moins pro-Américain et avait un peu de courage chercherait a leurs faire payer au lieu de s acharner sur les peuples.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 20h41 le 05/02/2012
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    C’était tentant de faire un papier sur ce thème... J’en avais fait un, similaire, à propos de l’Espagne que je n’ai jamais sorti. Mais je crois avoir bien fait de ne pas m’être mis au niveau d’une sociologie de café du commerce.
    Les Arabes, les Noirs, les Gitans, les Hippies ... ne mériteraient-ils pas une étude montrant qu’ils ne sont pas fait pour le capitalisme ?
    Moi-même d’ailleurs....

  • fromgreece
    fromgreece
    etudiante
    • Posté à 23h48 le 05/02/2012
    • 180865
      etudiante

    Lien

    Merci pour le petit article plein de compassion culturelle

  • SuperLuther
    SuperLuther
    espion
    • Posté à 08h14 le 06/02/2012
    • Internaute 134524
      espion

    « C’est aussi la culture de la glorification du travail comme moyen d’obtenir le salut. » ça ne vous dérange pas d’écrire une IDIOTIE pareille (quand on est historien la moindre des choses c’est quand même d’éviter de telles contres vérités qui frisent l’imposture intellectuelle !).

    Luther c’est le principe de la justification par la grâce au moyen de la foi, principe qui s’oppose à celui de la justification par les œuvres, donc par définition le travail ne risque pas de permettre d’obtenir le salut. Un contresens de cette ampleur c’est quand même ennuyeux pour la crédibilité de la théorie.

    Par ailleurs à titre indicatif Luther était complètement opposé à l’usure (il y a des sermons à ce sujet qui ne laissent aucun doute) donc au profit bancaire aussi rattacher le capitalisme allemand à Luther est un raccourci d’autant plus discutable que Luther (à la différence de Calvin) reste sur le plan social et politique complètement un homme du moyen âge.

    Un article de plus qui démontre la méconnaissance intellectuelle française à peu près complète sur la Réforme. Mais la moindre des choses quand on ne sait pas c’est soit d’étudier soit de se taire.

  • anarchocapitaliste
    • Posté à 08h24 le 06/02/2012
    • Internaute 116555
      cadresup

    @Modraal

    le caractère des peuples, ça existe - et mêmes si toutes les civilisations se valent ( !), elles n’aboutissement pas aux mêmes effets - mêmes causes, mêmes effets - la corruption, le clientélisme et une certaine nonchalance produisent, comme vous dites, un différentiel d’inflation - comparez le nord et le sud de l’Europe, y a pas photo

  • fleur
    • Posté à 09h04 le 06/02/2012
    • Internaute 14974

    Et revoilà les vieux clichés... ! L’allemagne « luthérienne », alors que la moitié de la population est (et était) catholique. Et on a depuis longtemps prouvé que le capitalisme acharné n’est pas seulement le fait du protestantisme... La « discipline du travail » : il y a belle lurette qu’elle n’existe plus ; toutefois, il reste une conscience des responsabilités vis à vis de la collectivité, qui est rare en France.
    La politique d’Angela Merkel est celle de la droite ! ! Il y a encore d’autres options en Allemagne ! Mais Merkel représente l’opinion de la population active qui a fait depuis plus de 20 ans des sacrifices énormes pour relever l’économie dans l’ancienne RDA (et il y avait du travail... il y en a encore) et satisfaire aux critères européens.
    Pas besoin d’aller ressortir des idées fausses. Il suffit de lire régulièrement les quotidiens allemands...

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 09h48 le 06/02/2012
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    Votre article est intéressant et bien écrit, je tiens à le dire car je me suis assez plaint de certains articles de rue89 ces derniers temps ! alors...

    Juste quelques remarques néanmoins. A un moment, vous parlez d’ « européens de souches » d’un côté et grecs de l’autres, pourtant s’il y en a qui sont bien européens de souche, ce sont bien eux quand-même !

    Et comme l’a fait remarquer d’autres riverains, le sud de l’Allemagne est catholique et néanmoins très industriel aussi, et riche. Et en ce qui concerne Angela Merkel, le fait qu’elle soit fille de pasteur protestant d’une région très protestante a aussi de l’importance je suppose. Je suis allée un peu en Allemagne, dans le Palatinat et la Sarre. Oui, par rapport à la France, c’est propre, les automobilistes et les piétons sont disciplinés ce dont je ne me suis pas plaint au contraire sinon, c’est loin d’être un pays sinistre, du moins ces régions, les gens sont moins affectés que nous du point de vue vestimentaire et les commerçants sont hyper-réglo avec les clients, qu’ils soient allemands ou pas, pas comme chez moi... et ça, c’est vraiment agréable.

    la ou je suis en désaccord aussi, c’est que Merkel fait croire à se concitoyens qu’elle veut imposer un capitalisme rigoureux, sérieux, animé par des gens honnêtes et travailleurs, rien de plus faux selon moi, c’est un hyper capitalisme barbare et mafieux qu’on veut nous imposer, qu’on soit allemand, grecs, français ou autres. Le gagnant, c’est le rentier en yacht, ce n’est pas le travailleur luthérien sérieux et Martin Luther doit se retourner dans sa tombe. Du coup, je pense que, comme les grecs, beaucoup d’allemands ne doivent pas être forcément très heureux dans notre système actuel car il parait que là-bas, les emplois au rabais se multiplient et ça, ce n’est pas très « protestant » je pense.... l’éthique protestante récompense le travail et le travail bien fait, on est loin du compte ! !

    D’autre part, ce qui se passe en Grèce, pays que je ne connais pas, est surement une perversion de l’ultra-libéralisme qui fait que la magouille est encore plus généralisée qu’elle ne l’a été autrefois, je peux me montrer mais je crains que non... Je connais un peu l’Irlande qui a aussi été un pays colonisé et sans industrie et son soi-disant développement a favorisé l’essor de petits mafieux locaux, en tout cas, pour ce que j’en sais et c’est bien dommage !

    Enfin, je pense que ce capitalisme débridée est issue de nulle part et de partout, c’est le règne de la vulgarité et de la conso et ça, qu’on soit d’origine germanique, grecque, latine, on doit s’y opposer. D’autre part, ce système ne convient pas à certains peuples et ne convient pas à certaines personnes individuellement qui n’ont pas cet esprit (c’est mon cas), et je pense que parmi ces personnes, certaines sont allemandes je pense.... On veut leur faire croire qu’on veut imposer partout leur façon de faire si vertueuse, s’ils croient ça, ils sont complétement floués !

    En clair, le capitalisme, c’est le déni des identités des peuples et de leur histoire....

  • LienRag
    • Posté à 16h00 le 06/02/2012
    • Internaute 34767

    L’article n’est pas inintéressant mais parler des « européens de souche » qui ne comprennent pas le refus de payer l’impôt est plus que maladroit, il révèle un certain impensé.

    Passer sous silence la violence de la guerre civile (gagnée par les Anglais et les Américains, concrètement) dans la destructuration de la société grecque est aussi quelque peu surprenant...

  • Tuxy
    Tuxy
    victime de la ploutocratie
    • Posté à 16h12 le 06/02/2012
    • 178477
      victime de la ploutocratie

    La Bavière, a majorité catholique, a pourtant vu naître certains fleurons allemands (BMW, Adidas...) <= ne pas confondre les paradis fiscaux et « territoires innovants ».
    Ex : si vous allez en Andorre, c’est 95% de misère et 5% de petits opportunistes qui collectionnent en vrac villa, voiture, femmes pour frimer.
    Ce qu’il faut donc regarder avec évidence c’est que ces petits Citizen Kane ne sont pas l’Etat et font la loi. Les familles en dépendent et s’effacent. Mais ce sont en aucun cas des vrais projets de société. Juste un pacha qui essaye de faire croire qu’il est bon et gentil à traire son cheptel.

  • Eu-re-ka
    Eu-re-ka
    amoureux des bons journalistes
    • Posté à 16h31 le 06/02/2012
    • Journaliste 50279
      amoureux des bons journalistes

    Ces différences culturelles profondes et anciennes sont également analysées par E.Todd dans « l’illusion économique », par le biais des structures familiales.
    (avantage de cette théorie, elles peut aussi expliquer pourquoi le protestantisme, véhiculant notamment une valeur d’inégalité « naturelle » (être élu ou pas dès sa naissance), s’est installé durablement en Allemagne, ce qui n’a pas été le cas partout).

  • jpeg4577
    jpeg4577
    assissursoncanape
    • Posté à 16h40 le 06/02/2012
    • 180904
      assissursoncanape

    Pourriez vous trouver dans un texte de luther quelque chose qui puisse confirmer ça « C’est aussi la culture de la glorification du travail comme moyen d’obtenir le salut. Celle qui a érigé l’action inlassable de l’homme sur la nature (et sur les hommes) pour créer des richesses en une nouvelle transcendance, et a fait de la frugalité une norme de conduite morale pour les individus. »

    L’idée est pas du tout là dedans, d’abord Luther ne fut pas ce qu’on peut appeler un moraliste, je dirais que si vous voulez chercher un moraliste protestant, n’allez pas en allemagne mais plutot o cocorico chez Calvin.

    Par ailleurs tout historien qui se respecte n’a jamais confirmé les propos tenus par Max Weber. Tout ce qu’on peut dire d’abord c’est que du fait du salut par la foi seule, on peut donc mettre de coté son salut et plutot que de consacrer sa vie à tenter de gagner son salut par des oeuvres justifiantes, un protestant peut s’occuper de sa vie. La valeur travail est beaucoup moins en exergue chez le protestantisme que la valeur Dieu.
    J’avoue que quand je lis, je sens les propos du papisme avec son relent d’anti protestantisme primaire. Par ailleurs « Punir l’hérétique plutôt que sortir de la crise », je crois que si quelqu’un a à faire un veritable mea culpa par rapport aux punitions infligées aux hérétiques, l’église catholique romaine devancera largement les protestants.

    Bref l’anti protestantisme des papistes français est toujours aussi pregnant, ça ne leur a pas suffit de nous génocider à la saint barthelemy voilà qu’en plus ils viennent nous donner des leçons.

  • jpeg4577
    jpeg4577
    assissursoncanape
    • Posté à 20h37 le 06/02/2012
    • 180904
      assissursoncanape

    Acessoirement l’allemagne est à 55% catholique je crois, ou en tout cas à peu pres à 50% c’est dire que ce parallèle n’a pas tellement de réalité

  • cquirin
    cquirin
    Geek quadrilingue
    • Posté à 01h04 le 07/02/2012
    • 180928
      Geek quadrilingue

    Ayant souffert d’une forme de capitalisme poussé à l’extrême comme ingénieur chez une société américaine dans le top ten du Dow Jones, j’ai toujours été un adepte assez convaincu des concepts développés par Max Weber sur le protestantisme. J’ai donc été très attiré par cet article Rue89 qui, de par son titre, semblait donner un élément historique nouveau à cette interminable discussion sur la crise de dette en Grèce.
    J’avais tort. Je n’ai jamais été aussi déçu par un article Rue89. Je dirais même que, j’ai du mal à « rester poli » pour ne pas le qualifier d’odieux.
    Donc disons que cet article est extrèmement simplificateur, une injure pour tout Allemand élevé dans un esprit d’ouverture à toutes les cultures, et, aussi, pour tout Grec moderne qui certainement ne veut pas se voir réduit à un porteur d’une culture ottomane ou byzantine mais qui veut gagner sa vie par un travail fait honnêtement. Alors, qu’est-ce cet article aussi anti-allemand qu’anti-grec ? A mon avis, il est surtout franco-français. Enfin, une façon de canaliser sa propre hésitation entre l’admiration envieuse de l’Allemagne et l’idéalisation nostalgie d’une Grèce qui connaît encore ce « savoir-vivre » qui se serait perdu en France.
    Mais arrêtons-nous là, sur cette liste de points malheureusement non-exhaustive, pour argumenter, bons scientifiques que nous sommes.
    Cet article est simplificateur parce que, comme beaucoup de commentataires l’ont déjà fait entendre, l’Allemagne n’est juste pas le pays protestant typique capitaliste, mais un pays influencé et par des protestants et par des catholiques dans une même mesure. Et c’est précisément dans cette culture du compromis qui s’est développée de ce melange confessionnel que se base la force de cette Allemagne qui a su, il faut l’avouer, s’adapter à un monde changeant suffisamment tôt.
    C’est article est une injure pour tout Allemand élevé dans l’esprit d’ouverture qu’on trouve dans ce pays au moins depuis la fin des années 80 par la simple brutalité de certains de ses propos. Que doit penser un Allemand à qui ont enseigné les erreurs horribles dans l’histoire allemande, qui s’est donné de la peine pour apprendre des langues étrangères pour correspondre avec d’autres cultures et qui peut-être fait des compromis culturels tous les jours dans un couple mixte issu de migration, que doit-il penser quand il lit que l’Allemagne montre toujours de « l’intolérance aux autres cultures et [du] désir de les domestiquer, de les faire rentrer dans son moule à elle » ? Qu’elle donne « des coups de bâton et des décrets de l’hégémon » pour « transformer » des pays comme la Grèce ? Un tel Allemand doit se sentir offensé, il ne peut pas juste dire « oui, elle a raison, nous sommes comme ça, les Allemands. »
    De la même façon, que doit penser un Grec, citoyen éclairé, quand il lit que sa société n’a pas « participé [...] aux Lumières » et qu’elle « refus[e] légendaire[ment] [...] de payer des impôts » alors qu’il a toujours payé ses impôts ? Démocrate moderne convaincu qu’il est, il ne peut pas accepter qu’on dise que la société dont il est membre « s’oppos[e] à la construction d’un pouvoir politique central de type moderne ». Il va se sentir offensé.
    Et c’est exactement par ce manque de finesse et d’ouverture à d’autres cultures, qui ne peut se former que dans l’échange direct avec des personnes qui les représentent et qui les portent en elles et pas seulement dans ces bouquins d’histoire, que cet article reste replié sur lui-même et finalement un produit purement franco-français.

  • Aller à la page
  • 1
  • 2
Verbes thématiques