L'Edito 01/02/2012 à 13h00

« Contrat du siècle » pour le Rafale : il n'y a pas de quoi se réjouir !

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

A la fin de ses vœux à la presse, mardi après-midi, Nicolas Sarkozy a salué l’audience, a commencé à descendre de l’estrade. Son regard a croisé celui de Serge Dassault, qui était là au titre de patron du Figaro. Ce dernier lui a fait comprendre qu’il aurait pu parler des ventes de Rafale à l’Inde. Sarkozy est alors remonté sur scène pour pousser un cocorico :

« Cela faisait trente ans qu’on attendait ce jour, 126 Rafale de dernière phase en Inde ! [...] C’est un signe de confiance pour l’économie française. »

Ventes de rafales à l’Inde : le Sarkocorico

La presse n’est pas en reste. Quelle formidable nouvelle ! Le contrat du siècle ! Douze milliards d’euros ! Des emplois ! Un succès commercial sur un marché extraordinairement difficile !

Nous ne partageons pas cet enthousiasme. Au risque de paraître naïf, nous pensons que la France devrait s’abstenir de vendre des matériels de guerre.

Des armes qui servent

La vente de Rafale à l’Inde est d’autant plus contestable que c’est un pays qui connaît des tensions avec le Pakistan voisin... auquel la France a d’ailleurs vendu des sous-marins. Ce ne sont donc pas des avions de parade que nous leur cédons.

Certes, la situation actuelle est calme. Mais ces armes n’ont pas de date de péremption : les matériels que l’on vend à un pays dont les relations avec ses voisins semblent « stabilisées » peuvent servir, quelques années plus tard, à tuer des innocents.

Parmi les clients de la France, on compte des pays qui traversent des conflits comme la Colombie, Israël ou le Tchad. La France a ainsi vendu des munitions à la Syrie ; elle a vendu des missiles antichars Milan et des réseaux de télécommunication au régime libyen du colonel Kadhafi. Est-on fier de l’usage qui en a été fait ?


Un Rafale s’apprête à se poser sur le porte-avions Charles-de-Gaulles, le 27 mars 2011 (Benoit Tessier/Reuters)

Des marchés corrompus

Ces marchés militaires reposent sur les commissions occultes énormes. Des élites corrompues, dans le monde entier, se sont enrichies grâce à ces ventes. Cet argent détourné est un facteur d’aggravation de la pauvreté dans les pays du sud. Comment peut-on se réjouir de participer à un tel système ? Ceux qui parlent de « moraliser » ces marchés sont des joueurs de pipeau.

Mettre un terme à ces ventes d’armes coûterait cher en emplois, c’est certain. L’industrie de la défense, en France, représente 165 000 emplois directs et autant d’emplois indirects. Et un tiers du chiffre d’affaires du secteur est réalisé à l’exportation. Autrement dit, une reconversion du secteur, si elle devait être décidée, prendra du temps. Pour commencer, il faudrait que la France s’interdise de vendre des armes à des pays impliqués dans un conflit armé et aux pays qui violent les droits humains.

Mais le système des exportations d’armement n’a pas que des vertus économiques : il conduit parfois à des gaspillages gigantesques, comme ce fut le cas avec les mésaventures du Rafale (la Cour des comptes ferait d’ailleurs bien de se plonger dans le dossier Dassault Industrie). Par ailleurs, ces contrats à l’exportation ont toujours des contreparties cachées. Qu’a-t-on promis à l’Inde en échange des 126 Rafale ? Quels seront, par exemple, les transferts de technologie ?

Enfin, il ne faut pas sous-estimer le coût de ces ventes d’armes, pour la France, en termes d’image et de crédibilité diplomatique.

Que fait le Parlement ?

C’est au Parlement, censé contrôler ces ventes d’armes, de se saisir de ces questions. Hélas, personne ne semble très préoccupé par la question au palais Bourbon. L’opacité règne sur ces marchés, comme l’a dénoncé Amnesty international. Et les parlementaires se contentent d’applaudir docilement quand le Président, VRP en chef de nos armements, annonce des contrats juteux.

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  • mat_fr
    mat_fr
    Doctorant
    • Posté à 13h15 le 01/02/2012
    • Internaute 106142
      Doctorant

    Oulah...

    Donc finalement le Rafale, on le raille quand on le vend pas et on le brocarde quand on le vend, en faignant de re-découvrir que les armes c’est pas bien.
    Pourquoi alors n’a-t-on pas droit à ce genre d’article à chaque fois que la France vend des armes.
    Où étiez-vous quand DCNS a annoncé la vente de 6 corvettes Gowind à la Malaisie il y a quelques semaines. Où étiez vous en juillet lors de l’annonce du contrat pour la rénovation des Mirage 2000 indiens (4 milliards de dollars). Etc..

    Non, simplement taper sur le Rafale fait vendre, ayez l’honnêteté de l’admettre.

    Pour le reste :
    - « nous pensons que la France devrait s’abstenir de vendre des matériels de guerre »
    Vendre du matériel surtout aussi stratégique c’est d’abord faire de la diplomatie, tisser des liens et faire des pactes stratégiques. On ne vend pas à un pays le fleuron de son aéronautique, capable de délivrer de l’armement nucléaire, pour le « fun ».
    D’autres part si ce n’était pas nous c’était l’Eurofighter. Auriez vous écrit un tel article ?

    - « il conduit parfois à des gaspillages gigantesques, comme ce fut le cas avec les mésaventures du Rafale (la Cour des comptes ferait d’ailleurs bien de se plonger dans le dossier Dassault Industrie) »
    Déjà fait.
    Lien
    JE CITE : « Selon elle [la Cour des Comptes], chaque Rafale sorti de chaîne coûte 101 millions. Soit une hausse de 4,7% seulement, toujours par rapport au prix de départ, ce qui confirme les affirmations des militaires. Les détracteurs du Rafale, et ils sont nombreux, n’en n’ont cure : l’avion reste à leurs yeux un gouffre financier. Ils pourront toujours se consoler en regardant ce qui se passe de l’autre côté du channel. Selon le “ National Audit Office ”, le prix unitaire de l’Eurofighter a augmenté de... 75 %, pour dépasser les 250 millions d’euros pièce ! “
    Un autre article pour vous informer :
    Lien

    -‘transferts de technologie ?
    On a besoin des transferts de techno pour vendre ! ! cela faisait partie des termes du contrat.

    Pour terminer, 18 avions seront construits en France. Le reste ASSEMBLE en Inde, mais la plupart des pièces produites en France.

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 13h17 le 01/02/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Il y aura transfert de technologies puisque 80% de ces avions seront construits en Inde.
    La campagne de réelection de Sarko rique de coûter plus cher au pays qu’une seule année de sa déplorable gestion. Le gouffre financier c’est lui, d’abord et avant tout.

    Et attendez M’sieur Riché, ce n’est pas fini, le meilleur est à venir, combien va t on laisser de millions à AQMI pour libérer nos otages d’AREVA au niger au moment opportun après avoir fait les fiers à bras en Lybie ou fait tuer deux pauvres jeunes français au nom de notre puissance.

  • L'ami Dino
    L'ami Dino
    ex-supporter de la Juventus
    • Posté à 13h19 le 01/02/2012
    • Internaute 44072
      ex-supporter de la Juventus

    « Enfin, il ne faut pas sous-estimer le coût de ces ventes d’armes, pour la France, en termes d’image et de crédibilité diplomatique. »

    C’est pas pour faire l’apologie des marchands de canons, mais les pays qui ne produisent rien d’autre que des lance-pierre ont une crédibilité diplomatique proche de zéro. On peut le déplorer mais c’est comme ça.
    Après évidemment, la crédibilité diplomatique de la France ne m’empêche pas de dormir et je suis assez d’accord pour être contre la guerre et les armes. Maintenant nous expliquer qu’on sera plus fort si on a pas d’armée, comment dire...faudrait pas non plus nous prendre pour des jambons.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 13h20 le 01/02/2012
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    « Son regard a croisé celui de Serge Dassault, qui était là au titre de patron du Figaro. Ce dernier lui a fait comprendre qu’il aurait pu parler des ventes de Rafale à l’Inde. Sarkozy est alors remonté sur scène pour pousser un cocorico »

    Mais si Laurent Joffrin et Pascal Riché avaient été plus rapides , Sarko serait remonté pour nous faire l’apologie des exportations de sanibroyeurs..

  • sucette
    sucette
    Tout n'est pas perdu!
    • Posté à 13h36 le 01/02/2012
    • Internaute 32754
      Tout n'est pas perdu!

    Objectivement, il n’y a aucun indice de corruption dans ce contrat. Si cela s’était joué à coup de pots de vins, les américains ou russes auraient remporté l’offre. Parmis les spécialistes de l’aéronautique (dont je fais partie), cet appel d’offre passe pour le plus propre de l’histoire. L’évaluation des divers concurrents a été extrêmement rigoureuse et les résultats (Eurofighter et Rafale en finale) collent aux performances connues de ces machines. La où la corruption va jouer à plein, c’est lors du découpage des lots de fabrication parmis les sous traitants indiens qui construiront les 110 appareils sur place. Vous pourriez être soit un peu plus rigoureux dans votre travail journalistique, soit reconnaître que vous n’êtes pas le mieux placé pour commenter les contrats d’armement.
    En revanche je suis d’accord avec le titre. Il est très difficile de dire si la France y perd ou y gagne dans le cas où le contrat est finalisé. La fabrication sur place, le transfert de technologie et les 16 destinés à l’armée de l’air prélevé directement sur les chaines seront ils compensés par l’interopérabilité, les relations diplomatiques, le coup de pouce aux autres appels d’offre et les futurs partenariats ? Ensuite le terme contrat du siècle est mal choisi. Personne ne connaît le prix final proposé par Dassault. Sur les $12M annoncés, bien malin qui peut dire combien arrivera dans la poche du consortium Rafale. Pas grand chose est une réponse plausible.

  • Anastasiant
    Anastasiant
    Entrepreneur auto
    • Posté à 13h39 le 01/02/2012
    • Internaute 92200
      Entrepreneur auto

    L’armée indienne se prépare à un « conflit limité » avec la Chine selon le patron du renseignement américain :

    Indian Army preparing for limited conflict with China : US intel chief

    Noting that India is increasingly getting concerned about China’s posture on its border, a top US intelligence official on Wednesday said that the Indian Army is strengthening itself for a « limited conflict » with China.

    The Times of India

    Indian Army preparing for limited conflict with China : US intel chief

  • Guilll
    Guilll
    Argloup
    • Posté à 13h52 le 01/02/2012
    • Internaute 45706
      Argloup

    Merci pour cet article !

    Et au sujet des pertes d’emplois si on arrête d’aider les autres pays à s’entretuer : combien de postes de fonctionnaires (réellement utiles, contrairement aux fabricants d’armes) aurait-on pu créer avec toutes les subventions refilées à Dassaut pour fabriquer son Rafale ?

  • Elcondorpasa
    Elcondorpasa
    irresponsable
    • Posté à 15h08 le 01/02/2012
    • Internaute 88183
      irresponsable

    Je serais quand même plus nuancé.
    - On a vendu QUE 126 de nos Rafales. C’est rien, par rapport aux autres constructeurs (F-16, Eurofighter, Saab...)
    - Ensuite, l’Inde est un pays ami, qui a besoin de se défendre. (ce n’est pas la Lybie de Kadhafi...hein Mr Sarko ? ...))
    - Quand au transfert de technologie...c’est une vaste blague ! L’Inde ne fera qu’assembler le Rafale. Toutes les pièces seront réalisés par les usines originelles.
    - Alors bien sur, la question posé demeure : faut-il continuer à vendre des armes ? -> bien entendu dans un monde plein de bonnes intentions, la réponse serait non. Mais dans le cas d’un pays qui à une armée et qui veut garder son indépendance militaire, c’est vital. Car si l’on ne vendait pas nos armes à l’étranger, on ne pourrait pas continuer à entretenir/améliorer notre force de dissuasion.

  • vorivzakonie
    vorivzakonie
    toujours juste -Ceterum censeo (...)
    • Posté à 15h28 le 01/02/2012
    • Internaute 168643
      toujours juste -Ceterum censeo (...)

    Le 7 décembre dernier Gérard Longuet, ministre de la défense déclarait : « Si la Dassault ne vend pas de Rafale à l’étranger la chaine sera arrêtée »
    Sans s’étendre sur la possibilité ou non d’arrêté un tel programme fixé par contrat, la remarque visait à souligner que l’Etat ne pourrait pas longtemps porter la charge d’acheter 11 appareils par an afin d’éviter à Dassault une hausse du prix de l’avion qui rendrait celui-ci invendable à l’étranger.
    En d’autres termes l’Etat français finance l’industrie de l’armement en achetant les produits de celle-ci (c’est un peu comme l’avance sur recette au cinéma) mais ne peut porter à terme à lui seul le poids de cette industrie dès lors que les produits ne sont pas vendus à l’étranger.
    La vente des produits a l’étranger n’est donc pas tant une manne financière qu’une occasion de simplement rembourser les frais de production de l’avion portés jusqu’à pas l’Etat.

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