Contrôle technique 23/01/2012 à 12h32

Bayrou : « 2 euros de plus » pour acheter français, vraiment ?

François Krug | Journaliste Rue89

François Bayrou l’assure : les consommateurs sont prêts à payer « deux euros de plus » pour acheter français. Sauf que les sondages sur la question se contredisent et que l’écart de prix est souvent supérieur.

Depuis son entrée en campagne, François Bayrou s’est fait le champion du « made in France », un thème central de la présidentielle. Une solution, selon lui, à la désindustrialisation et au chômage.

Dimanche sur Canal Plus, le candidat du Modem est ainsi revenu sur le cas de Lejaby, un fabricant de lingerie qui a délocalisé sa production et vient de fermer sa dernière usine française. Chiffres à l’appui :

  • un soutien-gorge coûte environ 80 euros ;
  • dans ce prix, le coût du travail en France représente environ quatre euros ;
  • ce coût du travail en Tunisie, où Lejaby a délocalisé, s’éleverait environ à deux euros ;
  • pour soutenir la production française, les consommateurs seraient pourtant prêts à payer ces deux euros de plus.

François Bayrou en est « absolument certain », les consommateurs seraient sensibles au label « produit en France » qu’il propose de créer :

« Si le label est crédible [...], si ça devient un sujet obsessionnel comme il faut que ce soit pour tout le monde, oui je crois que ça peut faire la différence. Et je crois que beaucoup de Français sont comme moi et peut-être comme vous, c’est-à-dire qu’ils peuvent mettre deux euros de plus... [...] Il y a 60% des Français, je crois, 50% et quelque, qui disent qu’ils sont prêts à le faire. »

Ce n’est pas si évident que ça : les sondages n’apportent pas de réponse définitive sur l’attrait du « made in France ».

Pour renforcer son argument, François Bayrou aurait pu citer un sondage Ifop réalisé en novembre, et commandé par le Cedre (Comité des entrepreneurs pour un développement responsable de l’économie) : 72% des sondés étaient prêts à payer plus cher pour des produits faits en France, même si pour 66%, l’écart de prix ne devrait pas dépasser 10%.

Les Françaises prêtes à acheter un Lejaby ?

A en croire ce sondage, la plupart des Français – ou des Françaises – seraient donc prêts à acheter de la lingerie Lejaby produite en France.

François Bayrou aurait-il bizarrement sous-estimé l’attrait du « made in France » ? Pas forcément : un autre sondage, contradictoire, laisse penser qu’il l’aurait plutôt sur-estimé.

Ce sondage Harris Interactive de décembre, réalisé pour le site 2012etvous.fr, offre en effet une tendance différente : 34% des sondés répondaient qu’ils seraient prêts à privilégier les produits français, même si ceux-ci coûtaient plus cher, mais 49% estimaient qu’ils n’achèteraient pas ces produits français s’ils coûtaient plus cher que ceux fabriqués à l’étranger.

Autre faiblesse de l’argumentaire de François Bayrou : ce qui vaut pour un soutien-gorge Lejaby ne vaut pas pour tous les produits, l’écart de prix dépassant souvent deux euros.

Rue89 avait ainsi pris le candidat au mot, en tentant d’acheter uniquement français pendant une semaine. Une mission impossible, ou en tout cas ruineuse. Exemples :

  • au rayon « lingerie » : 33 euros pour des collants fantaisie produits en France, trois fois plus que des collants Dim produits à l’étranger ;
  • au rayon « viande » d’un supermarché : les écarts de prix au kilo entre des viandes françaises et européennes atteignaient neuf euros pour la côte de veau, quatre pour le poulet fermier, et presque dix pour l’escalope de poulet...

Des écarts susceptibles de mettre à mal le patriotisme économique que François Bayrou et les Français partageraient.

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  • marchenchuches
    marchenchuches
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 12h50 le 23/01/2012
    • Internaute 42407
      Ouvreur d'huitres au Niger

    Il serait peut être plus parlant de chiffrer en relatif.
    Accepterions nous de payer 5% plus cher pour du français, pour autant que l’offre existe ?

    Autre perspective, quelle est la structure des coûts ?
    Une paire de baskets, à la production européenne, revient à environ 7€.
    On ne devrait pas constater de différence supérieure à 7€ entre une production européenne et une production à bas coùt. Ca n’est vraiment pas le cas.

    Tant que les coûts de distribution, à valeur ajoutée égale, seront évalués en pourcentage du cumul des étape précédentes, on ne s’en sortira pas.

    Pour paraphraser FH, l’ennemi du produire francais, c’est le distribution.

  • guyome
    • Posté à 13h09 le 23/01/2012
    • Internaute 11884

    Moi j’adore quand les politiques (et les média les critiquent et commentent) parlent d’industrie.

    D’abords, le « made in France » n’est vu que du point de vu client final (B2C). Mais comme client de fringue, je trouve pas bcp plus de « made in Germany », voir moins, que de made in France. Et pourtant...

    Oui, il arrive que les entreprises vendent aux entreprises (B2B) et c’est d’ailleurs là ou l’Allemagne industrielle domine.

    Ensuite, externalisé une production, ce n’est pas qu’une question de coûts de la main d’œuvre. C’est un choix de politique industriel (et dépend du secteur) : l’entreprise perds des savoir faire, est moins réactive,... La délocalisation n’est pas nécessairement la panacée : la qualité, le contrôle de la production, vol de technologie ou les délais de livraison sont de vrai problèmes.

    Ensuite produire en France, ce n’est pas non-plus qu’une question de taxe douanière. Pour fabrique des produits électroniques en France, il faut aussi avoir les fournisseurs de qualité en France, ce n’est pas nécessairement le cas. Pourquoi fabriquer en France si tout les fournisseurs sont chinois ? ?

    Enfin, un conseil pour Bayrou, la consommation citoyenne n’a jamais marché.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h29 le 23/01/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    [ Bayrou : « 2 euros de plus » pour acheter français, vraiment ?  »

    Ça dépend de quoi :
    Pour mes 500 grammes de riz « Basmati » (mon préféré) que j’achète au supermarché au prix de 1,40 € - aurais-je été gagnant en achetant ce riz en Camargue, direct du producteur....
    ... au prix de 3,50 €uros, pour 500 gr d’un riz que je n’aime pas tant que ça ?

    Mais si on me propose un meuble qui coûte simplement deux euros de plus, de fabrication artisanale française... je suis convaincu que je fais une affaire !

    Le seul souci, c’est que le sigle made in France se paie la peau du cul, en général.
    - Mes chemises, je les paye 10 € / 15 € environ... parce qu’elles viennent d’ailleurs.

    Je voudrais bien sûr « aider » l’artisanat français, mais mes ressources ne me
    permettraient même pas de me vêtir normalement au tarif « made in France ».

    Je ne crois pas être le seul à n’avoir pas envie de mettre 100 € dans un futal !
    ...surtout si à l’usage, on a plutôt l’impression d’avoir été pris pour un pigeon.

  • Brachamul
    Brachamul répond à marchenchuches
    Multi-Taskeur
    • Posté à 15h15 le 23/01/2012
    • Internaute 94825
      Multi-Taskeur

    Vous avez tout à fait raison.

    De plus, et surtout, si un label « produit en France » est proposé, c’est justement parce qu’il est difficile de proposer comme avantage concurrentiel la fabrication locale.

    Le constat de Rue89 disant qu’il est impossible de s’approvisionner pendant une semaine avec du « produit en France » montre justement la pertinence de l’analyse de François Bayrou : on produit si peu en France qu’il est devenu impossible de se fournir localement en simples produits du quotidien .

    La proposition du label « produit en France », ou « produit en Europe », n’est qu’un des éléments de l’axe « Produire » de la campagne de François Bayrou, c’est un symbole. Le véritable enjeu, c’est de faire revenir l’industrie dans nos contrées : on ne réduit pas le chômage en modifiant la fiscalité des heures de travail comme le fait l’UMP, ou en réduisant le temps de travail, comme l’a instauré le PS. On réduit le chômage en créant de l’emploi, et pour cela il faut une politique qui encourage les entreprises à produire chez nous.

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