Aujourd'hui l'Inde 16/11/2011 à 10h20

Les low-cost aussi peuvent mourir : l'Indien Kingfisher en danger

Aujourd'hui l'Inde"
Antoine Guinard | Aujourd'hui l'Inde.com

(De New Delhi) Première compagnie low-cost d’Inde il y a encore quelques années, Kingfisher Airlines pourrait bientôt disparaître. Le groupe a annoncé la semaine dernière des pertes de près de 70 millions d’euros entre juillet et septembre et a du annuler plus de 200 vols ces derniers jours, lançant finalement un appel au gouvernement indien pour le sortir de cette mauvaise passe.


Un avion de la compagnie Kingfisher (Kingfisher)

Le Premier ministre indien a finalement accepté de considérer la mise en place d’un « plan de secours » pour Kingfisher, le weekend dernier, affirmant que les compagnies d’aviation privées devaient être « gérées de manière efficace » mais que [le gouvernement » devait « trouver des moyens de les aider lorsqu’elles rencontrent des difficultés ».

Hausse des prix du carburant et roupie faible

Vijay Mallya avait fait appel au ministre des Finances et au ministre de l’Aviation la semaine dernière, demandant l’injection de fonds dans le groupe par l’intermédiaire de prêts accorder par les banques à des taux d’intérêt préférentiels.

L’homme d’affaire a cité la hausse du prix du carburant comme catalyseur de cette crise, mettant également en cause les taxes d’aéroport élevées et une dévaluation de la roupie par rapport au dollar. Sur Twitter, il a écrit :

« En Inde, les compagnies aériennes sont surtaxées. Est-ce le rôle de Kingfisher de voler sur certaines routes à perte, lorsque les gouvernement régionaux imposent de lourdes taxes, ou devons nous simplement prendre en compte la profitabilité ? »

Lancé en 2003, Kingfisher n’a pas enregistré de bénéfice net depuis 2005 et traine une dette totale de près d’un milliard d’euros.

Les problèmes du groupe se sont aggravés ces derniers mois, l’avionneur rencontrant des difficultés à attirer du nouveau capital, provoquant des retards dans le paiement de fioul et autres dépenses.

Des rumeurs faisant état de nombreuses démissions dans les rangs des pilotes de Kingfisher ces derniers mois ont été minimisées par la direction.

En septembre dernier, le groupe avait déjà annoncé l’arrêt de Kingfisher Red, sa branche low-cost, affirmant vouloir quitter ce marché, devenue de plus en plus compétitif depuis quelques années en Inde, avec l’émergence de nombreuses compagnies concurrentes.

« Ceux qui sont en train de mourir doivent mourir »

De nombreuses voix se sont élevées pour s’opposer au sauvetage de Kingfisher, un groupe entièrement privé appartenant a un des plus gros conglomérats indiens, par le gouvernement.

Les partis d’opposition se ont se sont prononcés contre toute intervention de l’Etat.

Le PDG de Spicejet, compagnie low-cost indienne concurrente, s’est opposé à ce que « l’argent des contribuables » soit utilisé pour sauver Kingfisher de la banqueroute, tandis que l’industriel Rahul Bajaj a de son côté affirmé froidement que dans une économie de marché :

« ceux qui sont en train de mourir doivent mourir ».

Vijay Mallya a toutefois nié catégoriquement avoir chercher à obtenir des fonds publics, lors d’une conférence de presse, mardi, affirmant avoir seulement demander aux banques de lui accorder 100 millions d’euros de fonds de roulement pour permettre à Kingfisher de se relancer.

Le premier « préteur » du groupe, la State Bank of India, avait posé comme condition à cette aide la mise en place d’un « business plan crédible » par le groupe et l’apport de capitaux propres par les propriétaires du groupe.

Un secteur en crise

Si Kingfisher Airlines est la compagnie aérienne plus touché par la crise que traverse le secteur de l’aviation en Inde, elle est loin d’être la seule. Hormis le groupe Indigo, qui se développe à vitesse grand V et a récent ouvert des vols vers Singapour, Bangkok et les Emirats Arabes Unis, aucune compagnie indienne n’engrange actuellement de bénéfices, malgré une augmentation de 19% du nombre de passagers depuis l’année dernière.

Air India, la compagnie aérienne publique indienne, a demandé mardi à l’Etat une aide de près d’un milliards d’euros, deux ans à peine après son dernier renflouement par New Delhi.

Publié initialement sur
Aujourd'hui l'Inde
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  • Delhiite
    Delhiite
    Geek expatrié en Inde
    • Posté à 11h49 le 16/11/2011
    • Internaute 160823
      Geek expatrié en Inde

    Kingfisher a été l’un des pionniers de l’aviation low-cost indienne. A sa tête, Vijay Mallya a racheté Air Deccan qui a révolutionné le secteur en Inde car la première à proposer des prix low-cost avec pour rêve que « chaque Indien puisse voler au moins une fois dans sa vie ». Ils ont aussi proposé de nombreuses routes où Air India n’allait jamais.

    Le vrai problème reste un gouvernement trop cupide, qui plombe le secteur par de très très lourdes taxes et les compagnies indiennes qui volent à perte. Vers l’Asie, elles sont concurrencées par des low-cost thai ou malaysiennes (air asia) qui elles n’ont pas autant de charges aéroportuaires. Il faut sauver Kingfisher, mais les indiens ne voudront jamais que le gouvernement y investisse une seule roupie. Les banques, puissantes, doivent jouer leur rôle de financement et des options de fusion avec d’autres compagnies aériennes doivent être envisagées pour en garantir la solvabilité. Enfin, la roupie, qui est à son plus bas niveau depuis 2ans (mon salaire a perdu 20% de sa valeur en €) plombe toute l’économie indienne et n’améliore pas l’inflation qui est déjà de 8%/an.

    • miktak
      miktak répond à Delhiite
      • Posté à 13h53 le 16/11/2011
      • Internaute 28738

      et oui les probleme viennent toujours des mechants gourvernement qui taxe et impose jamais de mauvaise gestion des entreprises.

      • adrak
        adrak répond à miktak
        • Posté à 14h32 le 17/11/2011
        • Internaute 31361

        Il est tout à fait exact que la fiscalité indienne est très lourde (inspirée du système fiscal français d’ailleurs). On taxe les profits bien-sûr mais aussi le chiffre d’affaire, avec la Service Tax, ce qui pénalise doublement les entreprises qui ne génèrent pas de profit.

        Autre difficulté pour les compagnies low-cost indiennes : sur les petites distances (800 km par exemple), elle sont en concurrence avec le train indien qui est très bien et pas cher quand on voyage en classes supérieures. Il faut environ une nuit en train-couchettes pour parcourir 800 km, pour un tarif de 30 EUR environ en première classe.

        signé : une autre delhiite !

         
        • FericJaggar
          FericJaggar répond à adrak
          La réalité, c'est ce qui (...)
          • Posté à 21h27 le 17/11/2011
          • Internaute 67506
            La réalité, c'est ce qui (...)

          J’imagine que le temps devient plus supportable pour vous ? Je suis passé par Dehli en mai, le temps d’aller vers Srinigar puis Leh, et c’était proprement infernal, je ne sais pas comment vous faites !

        1 autres commentaires
  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 12h45 le 16/11/2011
    • Internaute 37758
      Consultant IT

    « Le Premier ministre indien a finalement accepté de considérer la mise en place d’un “ plan de secours ” pour Kingfisher, le weekend dernier, affirmant que les compagnies d’aviation privées devaient être “ gérées de manière efficace ” mais que [le gouvernement » devait « trouver des moyens de les aider lorsqu’elles rencontrent des difficultés ». »

    Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes.
    Ça continue à marcher à tous les coups.
    Finalement, je ne vois pas pourquoi les capitalistes et autres « libéraux » devraient se gêner.
    Ils ont bien raison puisque de toutes façons, quoiqu’il arrive, on ne se décide jamais à les exproprier puis à les mettre au pilori avant de les envoyer se faire voir ailleurs.

    • alankin
      alankin répond à Ermite
      peu importe
      • Posté à 15h00 le 16/11/2011
      • Internaute 140809
        peu importe

      dans le même temps le gonze aime voler au tarif le plus bas. Lol.

  • hugolinde
    hugolinde
    cadre sup
    • Posté à 15h26 le 16/11/2011
    • Internaute 142239
      cadre sup

    Petite précision : Kingfisher Airlines a été créée en 2005 en misant sur un concept de service haut de gamme (repas copieux, vidéo à bord sur toutes les destinations intérieures, service irréprochable). L’absorption de la low cost Air Deccan date de 2008.
    La situation financière actuelle de Kingfisher n’est pas directement liée aux activités du modèle low cost, même si à ce jour, c’est cette branche qui pâtit des coupes franches dans les tentatives de redressement de la compagnie.

  • LienRag
    • Posté à 15h51 le 16/11/2011
    • Internaute 34767

    La question est surtout de savoir quel service public rend Kingfisher et si celui-ci ne peut être effectué à moindre coût directement par le service public...

    • adrak
      adrak répond à LienRag
      • Posté à 14h22 le 17/11/2011
      • Internaute 31361

      La compagnie publique Air India dessert effectivement de nombreuses lignes non rentables, rendant dès lors un réel service public.

      Toutefois, cette compagnie publique est un gouffre financier pour l’Inde. Air India engloûtit des subventions qui se chiffrent chaque année sans parvenir à se restructurer, ni à offrir un service égal à Kingfisher ou Jet Airways à ses usagers.
      Une bonne partie des employés de réservation ne font pas leur travail correctement, voire sont payés à rien faire (il est très difficile de joindre quelqu’un au téléphone, mis à part le call-center qui est outsourcé).

      En cela elle n’offre pas un bon service public, car sa mauvaise gestion coûte très cher à l’Inde.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 22h24 le 16/11/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    L’avion Sarkozien « Air farce Oine » n’est pas prêt de faire faillite, lui !

    • PHOQUE_auff
      PHOQUE_auff répond à Yvon le Zébulon
      Rendre l’âme, d’accord, mais à (...)
      • Posté à 10h51 le 17/11/2011
      • Internaute 155053
        Rendre l’âme, d’accord, mais à (...)

      Non non...le vrai nom de ce na’ vion c’est « AIR BEAUF’ ONE »...

  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 10h10 le 17/11/2011
    • 173412
      expatrie

    tres logique dans un pays ou beaucoup meurent de faim dans des bidonvilles on se preoccupperait de sauver une compagnie aerienne privee, ca tombe sous le sens. Les surnumeraires seront nettoyes au karcher (voir bohpal), n’est-ce pas cette logique qui a donne naissance au systeme capitaliste, ou on donne des droits a certains et des devoirs aux autres, le meilleurs systeme (que dis-je !) le seul systeme.

    • PHOQUE_auff
      PHOQUE_auff répond à the ghost
      Rendre l’âme, d’accord, mais à (...)
      • Posté à 10h56 le 17/11/2011
      • Internaute 155053
        Rendre l’âme, d’accord, mais à (...)

      n’est-ce pas cette logique qui a donne naissance au systeme capitaliste, ou on donne des droits a certains et des devoirs aux autres, le meilleurs systeme (que dis-je !) le seul systeme.
      ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
      tres vrai ce que vous dites ici ; ils fabriquent un probleme et ensuite le balance sur le dos de ceux « qui droivent absolument faire un effort “pour la nation” et se serrer la ceinture ».

      Ce systeme merite son Mr Propre et ils le savent tres bien en Inde les vertues purificatrices du feu...

  • Tassin
    Tassin
    Inquiet
    • Posté à 13h08 le 17/11/2011
    • Internaute 70606
      Inquiet

    Tant mieux, un peu moins d’avions dans les airs !
    Les vols low-cost sont condamnés à court terme de toutes façons. Il n’y a déjà plus aucune taxe sur le kérosène, ce qui veut dire plus aucune marge de manœuvre face à l’augmentation des prix du pétrole.
    Et c’est une bonne nouvelle pour tout le monde !