T'es où là ? 12/11/2011 à 16h26

Mes factures de portable ? C'est pour papa (ou mon ex)

Emilie Brouze | Journaliste Rue89


Paris Hilton au téléphone, lors des American Music Awards, Los Angeles, novembre 2005 (Lucy Nicholson/Reuters)

Surprise en découvrant la dépense « portable » de plusieurs de nos porte-monnaie aux rayons X.

  • Le père de Clément, stagiaire trader de 22 ans (1 400 euros de revenus mensuels), paie ses cinq heures de communication.
  • Idem pour Charly, 25 ans, croque-mort (1 700 euros par mois).

J’en ai parlé autour de moi et me suis aperçue que la facture de téléphone tenait bien souvent du cordon affectif.

« Ma mère croit que j’ai besoin d’elle »

Clémence, 26 ans, dont dix années de portable, en a parlé avec son psy.

En 2004, problème de sous : sa mère lui propose de régler un forfait bloqué. Depuis, elle a terminé ses études, trouvé un job et opté pour un abonnement à 89 euros par mois. Sa mère veut continuer de le payer. Clémence analyse :

« Par ce forfait, elle croit que j’ai besoin d’elle, elle veut m’aider à gérer des côtés pratiques avec lesquels j’ai du mal.

Pour mon psy, c’est un peu pervers comme relation car, par ce forfait, je ne me lance pas tout à fait dans la vie adulte. »

« Dernière main-mise avant les bras des femmes »

Willy, 26 ans, salarié depuis plus de deux ans, décrit la même chose avec le forfait de son iPhone (environ 110 euros par mois) :

« Je paye mon loyer intégralement. Mon assurance intégralement. Ma voiture intégralement. Ma nourriture intégralement. Tous mes meubles, je les ai achetés moi-même. Les vacances, je les paye moi-même aussi. Mais, le téléphone, c’est maman.

Etrange mais c’est ainsi. Sorte de cordon ombilical pour adulte. Volonté de ne pas laisser partir définitivement le bébé. Dernière main-mise sur lui aussi peut-être au moment ou il faut l’abandonner dans les bras des femmes... »

Willy décrit un lien affectif inconscient. Payer, c’est s’assurer que la ligne – au sens propre et figuré – ne sera jamais coupée entre le parent et son enfant. Il ajoute :

« C’est comme un refus de se dire : “Il pourrait ne plus avoir besoin de moi.” »

« Trop la honte »

Pour ces jeunes adultes, le forfait était initialement une prise en charge financière. Avant de se révéler l’entretien d’un lien symbolique. Marie, 24 ans, fraîchement diplômée, est dans l’entre-deux. Sa mère paie le forfait depuis son premier portable, acheté en troisième. Celle-ci résume :

« C’est entre le rationnel et l’affectif. »

  • Rationnel car Marie ne gagne pas encore sa vie. Le forfait, c’est le petit plus à côté du chèque qu’elle encaisse chaque mois. Maman garde ainsi un œil sur les dépenses : « Quand ça dépasse, je couine », dit-elle. Marie avoue faire plus attention à sa consommation, « c’est une pression supplémentaire ».
  • Affectif car « par conséquent », Marie a inclus sa maman dans ses trois numéros illimités. Mère et fille s’appellent souvent.

Au fil des années, l’ado grandit et bosse mais les habitudes restent. « Trop la honte », lâche Aimeric, 29 ans, architecte. « Mon père me paie encore mon portable. » La somme représente un « argent de poche reconverti ». Aimeric explique :

« Cela a plus de valeur que si mon père me payait ma mutuelle ou mes impôts... Car cet argent sert à garder une relation, rester en contact. »

« Les parents jouent les Tanguy à l’envers »

Bruno Salgues, enseignant chercheur à l’Institut Télécom finance lui aussi les forfaits de ses filles de 24 et 29 ans. La plus grande a deux portables : l’un pour les parents (réglé par les intéressés) et l’autre pour l’intime et les réseaux sociaux. Bruno Salgues remarque :

« Aujourd’hui, les parents jouent les Tanguy à l’envers. Ils ont peur de ne plus être en contact avec leurs enfants. Alors le portable, c’est le lien. »

Un lien qui peut être aussi entretenu avec un grand-parent ou entre des conjoints. Karine – son prénom a été changé –, 40 ans, a deux téléphones et deux abonnements. Un forfait est payé par le père de ses deux premiers enfants dont elle reste très proche :

« C’est pour me donner un coup de main et aussi parce qu’on a beaucoup de plaisir à parler tous les deux. Je l’appelle pour un rien. »

Le deuxième forfait est payé par le père de son troisième enfant avec qui elle est constamment en rupture :

« Il le paye pour avoir un droit de regard sur ma vie. Moi ça m’arrange, c’est une façon de le faire participer aux frais de la maison. »

Autonomisation et téléphone-doudou

Corinne Martin, maître de conférences à l’université Paul-Verlaine à Metz et auteure de l’ouvrage « Le Téléphone portable et nous. En famille, entre amis, au travail » décrit les fonctions symboliques de l’objet pour expliquer son cordon :

  • Le téléphone, cet « objet d’autonomisation » :

Au sein d’un couple ou dans les relations filiales, il représente un rite de passage (de plus en plus précoce) vers l’âge adulte.

C’est un « outil de “rassurance” » à l’image des petits messages aux proches qui ne disent rien mais réaffirment une présence. Le portable renferme aussi une mémoire cognitive avec SMS ou photos qu’on garde et regarde. Un objet rempli d’affectif, en somme. Comme un doudou.

Mais presque tous les intéressés assurent qu’ils paieront bientôt leur forfait. Car le lien, comme le cordon ombilical, semble devoir finir par être coupé.

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  • licia
    licia
    de-ci de-là
    • Posté à 17h00 le 12/11/2011
    • Internaute 118601
      de-ci de-là

    C’est vrai que le téléphone portable fait désormais parti du mode de contribution des liens affectifs entre parents et enfants, et proches amis (es) mais de là a payer les forfaits des enfants pour sans doute avoir peut être le droit de leurs reprocher de ne pas donner de leurs nouvelles ! !

    Ma fille fait des petits boulots pour s’offrir des plus. Elle a une somme d’argent défini par mois qui lui permet d’assumer son quotidien et je donne un coup de pouce lorsqu’il y a une nécessite, il est hors de question que ce soit systématique comme dit dans l’article à propos notamment des abonnements téléphoniques. Lorsque ses études seront terminées, et qu’elle aura une vie professionnelle, a elle de s’assumer.

    Je ne comprends pas bien l’intérêt de garder les enfants en l’âge d’adulte dans une certaine dépendance des parents . Oui je sais, le chômage, la crise, etc etc.. mais est-ce vraiment une bonne excuse ? N’est-ce pas plutôt une façon de les garder prés de soi.
    Alors chers parents, faites une bonne analyse et cessez de continuez a infantiliser vos enfants alors qu’ils sont désormais dans leur vie d’adulte.

  • LittleLouise
    LittleLouise
    SNAFU
    • Posté à 17h21 le 12/11/2011
    • Internaute 140631
      SNAFU

    Ma facture de portable ? C’est Papa. Comme une grande partie du reste, d’ailleurs, parce que je ne travaille pas encore. Ma solde de réserviste me paie les extras. Le portable, c’est différents. J’ai le même numero depuis mes 13 ans et mon premier portable. Maintenant, c’est toujours Papa, alors que j’ai un compte et que ce serait plus simple pour moi de gérer mes histoires de téléphone. Mais il y avait une offre pour quatre numéros, alors...

  • Karmalene
    • Posté à 17h34 le 12/11/2011
    • Internaute 159349

    Je fais partie de ces enfants attardés dont les parents payent toujours le forfait. Le raisonnement de mes parents est simple : puisque je ne peux objectivement pas me passer d’un portable, principal moyen de rester en contact avec mes parents en tant qu’étudiante à 500 bornes de chez elle, et puisque, tout aussi objectivement je ne peux pas assumer trente euros de plus de dépenses par mois, eh ben ils préfèrent continuer à payer directement plutôt que de me renflouer par la suite.
    C’est la seule chose. Assurance, mutuelle, loyer, je paye tout le reste. Et honnêtement, si je pouvais également payer mon forfait, je le ferais immédiatement. Comme le dit l’article, c’est vraiment un pas vers l’indépendance.
    Mais avoir mon forfait payé par mes parents ne me rend pas non plus petite fille gâtée, faut arrêter les généralisations. Je déteste demander de l’argent à mes parents, je leur cache qu’en ce moment je peux passer un ou deux jours d’affilée sans manger juste pour faire durer les provisions un peu plus longtemps, je suis plutôt économe en général. Je ne suis pas la plus malheureuse des étudiantes, loin de là, mais je ne suis pas non plus la gamine gâtée qui se fait payer ses extras par ses parents.
    Par contre, là où je suis d’accord avec la plupart d’entre vous, c’est sur le montant des forfaits dans l’article. Il ne me viendrait jamais à l’idée de dépenser 100 euros pour un forfait, si je ne suis pas capable de me le payer.

  • A déménagé le 06-02-2012
    A déménagé le 06-02-2012 répond à thelgein
    Non connue
    • Posté à 19h14 le 12/11/2011
    • Internaute 43286
      Non connue

    tout à fait d’accord avec vous : le téléphone est surtout là pour rassurer les parents et comme autonomisation on fait mieux (certains centres de vacances en payent parait il les frais).
    le téléphone (et encore plus le portable) est censé crée du lien... lien entre patron et employé, entre parents et enfants, entre amis... et ce lien peut rapidement/facilement amputé notre Liberté.

  • poum
    • Posté à 20h46 le 12/11/2011
    • Internaute 87464

    Si c’est mon employeur qui paie ma facture, vous pensez que ça crée aussi un lien affectif ?

  • gotin
    gotin
    interne
    • Posté à 22h32 le 13/11/2011
    • Internaute 99864
      interne

    C’est drôle, j’ai été intégralement prise en charge par mes parents jusqu’à bac+6, et le portable a été la 1ère chose que j’ai « déduit » de mon argent de poche, puis payé avec mes 1ers salaires d’externe.
    Comme quoi tous les Tanguis ne fonctionnent pas pareil :)

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