Histoire d'un piston ordinaire à l'UMP et dans un ministère
Rue89 s’est procuré un échange épistolaire entre l’UMP, le ministère de l’Industrie et EDF sur la situation d’un ingénieur.
un internaute
C’est l’histoire d’un ingénieur EDF qui ne parvient pas à obtenir la promotion qu’il estime mériter. Après plusieurs tentatives directes auprès de sa hiérarchie, rien n’y fait. L’homme opte alors pour une autre voie : étant également militant UMP, il décide de passer par le parti de la majorité et le ministère concerné.
Plusieurs sollicitations en 2007 et en 2008 lui ont permis d’obtenir un avancement, mais pas au classement souhaité. Nouvelle demande lors de son entretien annuel fin octobre 2009. Nouveau refus. Il prend donc la plume et écrit le 28 novembre 2009 au directeur général de l’UMP, Eric Cesari, sans dissimuler son intention :
« Je suis adhérent à l’UMP et auparavant je l’ai été à l’UDF et au Parti républicain durant de nombreuses années. J’adresse souvent à l’UMP des chèques de soutien selon mes moyens. Aussi, je me permets de vous faire la requête suivante. [...]
Je sollicite votre intervention auprès de Monsieur le président directeur général du groupe EDF et peut-être également auprès de Monsieur le ministre de l’Industrie afin que je sois classé X. Je demande que cette modification prenne effet à dater du 1er janvier 2010. »
« Soin », « examen attentif », « bienveillant intérêt »
Une bouteille à la mer ? L’échange épistolaire, que Rue89 s’est procuré, démontre au contraire que sa « requête » n’est pas restée sans suite.
A l’UMP, c’est finalement Eric Delpit qui s’empare de sa demande. Chef de cabinet du secrétaire général du parti, Xavier Bertrand, il écrit le 6 janvier 2010 directement à son homologue du ministère de l’Industrie, Olivier Breuilly :
« L’attention de notre mouvement a été appelée par Monsieur X sur sa demande de promotion au sein du groupe EDF. [...] Je vous laisse le soin d’y apporter la suite qu’il convient. »
Le chef de cabinet de Christian Estrosi se montre plus prompt encore. Dès le 22 janvier 2010, il envoie un premier courrier à l’ingénieur pour lui signifier que son cas va être traité sans délai :
« Le ministre a pris bonne note des éléments que vous avez communiqués et aussitôt demandé au président d’EDF de procéder à un examen attentif de votre dossier et de vous tenir informé de la suite qui lui sera réservée. »
Puis, le même jour, Olivier Breuilly adresse comme promis un deuxième courrier à Denis Lépée, chef de cabinet de la présidence et de la direction générale d’EDF :
« L’attention de Monsieur Christian Estrosi, ministre chargé de l’Industrie, a été appelée sur la situation de Monsieur X, ingénieur d’affaires au sein d’EDF, qui souhaite obtenir une promotion. [...] Je vous remercie du bienveillant intérêt qu’il vous sera possible de porter à la requête. »
L’UMP « transmet automatiquement au ministère concerné »
Sollicités par Rue89, ni l’ingénieur ni le ministère n’ont souhaité répondre à nos questions sur ce qu’il convient d’appeler un piston. Ou au moins une tentative de piston, puisqu’elle n’a pas débouché, nous a répondu le service de communication d’EDF, sans donner les raisons de ce nouveau refus mais sans s’offusquer non plus de la pratique :
« Son manager lui a rappelé que sa demande avait déjà été refusée lors de son dernier entretien annuel et que la situation n’avait pas changé. »
En tout cas une demande ordinaire, reconnaît-on à l’UMP, qui rejette cependant toute responsabilité dans la généralisation d’un procédé que le parti fait pourtant perdurer :
« On reçoit énormément de demandes de la part de militants et de non militants. On les transmet automatiquement au ministère concerné. On n’est que des intermédiaires. »
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authueil.org
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Des lettres comme ça, il m’est arrivé souvent d’en faire. Les gens viennent voir les politiques (et notamment les parlementaires) quand ils ont essuyé un refus administratif (permis de construire, visa...) en croyant que le politique va faire plier l’administration.
Il y a les dossiers qu’on veut réellement faire avancer. Pour ceux-là, on prend son téléphone et on appelle directement la bonne personne. Ca va plus vite, c’est plus discret et bien plus efficace.
Et puis il y a ceux dont on s’en fout, mais où il faut gesticuler pour faire plaisir à celui qui est venu demander le piston. Alors on fait des lettres, car ça laisse des traces, on peut en envoyer des copies, donner l’illusion qu’on est intervenu. Le politique n’a pas le choix, il a la pression de l’électeur, il faut qu’il « fasse quelque chose ». C’est peut-être critiquable, mais c’est l’organisation même du système qui veut ça.
On est ici très clairement dans le deuxième cas. Le choix des formules est très significatif : « Je vous laisse le soin d’y apporter la suite qu’il convient », « Je vous remercie du bienveillant intérêt qu’il vous sera possible de porter à la requête ». Ces formules, je les utilise aussi, elles disent très clairement qu’on transmet la requête mais qu’on ne l’appuie pas.
la réponse du 22 janvier, c’est un simple accusé de réception, en plus même pas signé du ministre mais du chef de cabinet. L’intérêt d’avoir ces lettres, c’est qu’il y a, en haut à gauche, les références du dossier. Comme ça, quand on relance (parfois, ça traine) ça facilite les recherches si on donne les références exactes. Elles ne valent rien d’autres et il ne faut surtout pas croire, quand on reçoit ce courrier, que c’est réglé.
Oui, c’est du piston ordinaire, mais il n’a rien de spécifiquement UMP. Au PS, ils doivent aussi en faire des courriers de ce genre. C’est l’esprit français : l’égalité pour tous, une carte de priorité pour moi.
Ce qui me rassure, c’est que le type n’a pas obtenu ce qu’il demandait...




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