« Paraiso » 25/02/2013 à 14h10

« Tabou », magnifique film du Portugais Miguel Gomes

Laurence Garret | Documentariste

Pour ceux qui se souviennent du « Tabou » de Murnau et Flaherty, le nouveau film du même nom ne peut pas les décevoir. Il y est question de paradis perdu et d’amour fou, celui en lequel croyaient les surréalistes.

Après un prologue onirique, Miguel Gomes filme trois femmes dans un Lisbonne banal et pluvieux. Trois actrices magnifiques et d’une justesse sans sophistication.

Les plans sont simples et l’économie de mouvement de caméra passe de Pilar, une femme « bien », catholique et altermondialiste, qui écoute sa vieille voisine Aurora, un peu folle et paranoïaque, lui parler de ses rêves, à sa bonne Santa, Cap-verdienne économe en mots et émotions.

Tout est là, délicatement. La pluie derrière les vitres d’un immeuble pendant les fêtes de fin d’année, un gâteau aux carottes qui circule religieusement entre deux portes et les feux d’artifices, au loin, bien loin du film.

Paradis : un amour ancien

Comme antichambre à la seconde partie tournée en Afrique, une scène sublime où la star, Aurora, dépourvue de ses lunettes de soleil et de son chapeau en feutre, allongée dans le blanc coton de son lit d’hôpital, écrit au doigt dans la main de Santa les lettres qui composent le nom de l’homme à retrouver, son amour ancien et qu’elle veut revoir une dernière fois avant de mourir.

Pilar ira donc le chercher dans une maison de retraite enguirlandée de la banlieue de Lisbonne. Arrivé trop tard pour revoir les yeux d’Aurora, il va raconter à Pilar et Santa leur histoire d’amour. C’est seconde partie du film : Paraiso (le paradis).

Miguel Gomes a choisi de tourner en pellicule 16 et 35mm, ce qui donne aux images ce grain et cette pulsation vibrante bien particulière. Le cadre est de format carré en noir et blanc. Et pourtant, aucun élan passéiste, mais l’invention d’une grammaire cinématographique.

Un tissage de voix off et de sons synchrones donne corps à la singularité, mais aussi à l’universalité de cet amour : des ambiances, des gestes sans dialogue. Quand on se souvient d’un moment, d’un évènement, d’un sentiment éprouvé, la mémoire n’en retire souvent que des bribes d’expressions et des situations données dans le détail. Ainsi va le film dans son récit.

« Je maudis le jour où je vous ai rencontré »

Il ne porte aucun jugement sur les personnages qui agissent en dehors de toute convenance. L’Afrique est superbement filmée, y compris dans la décadence de la société coloniale, écrin et poison de cet amour.

La suite vous reste à découvrir ; vous y croiserez un crocodile et un groupe de crooners des années 1950, des armes à feu, un sorcier… Comme l’écrit Aurora à Gian Luca : « Je maudis le jour où je vous ai rencontré uniquement car il a amené le jour de notre séparation ».

Et moi, je souhaiterais n’avoir jamais vu le film afin d’avoir à nouveau la joie de le découvrir.

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  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 15h59 le 25/02/2013
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Et surtout, bonne chance pour trouver des salles qui programment encore ce petit film portugais d’art et essai sorti il y a 3 ou 4 mois...

    • sylvain24
      sylvain24 répond à Fantomax
      • Posté à 09h36 le 26/02/2013
      • Internaute 33981

      C’est sûr qu’il est un peu absurde de faire la promotion d’un film qui ne passe plus en salle...

  • Néant Moins
    Néant Moins
    Libre
    • Posté à 22h28 le 25/02/2013
    • Internaute 193419
      Libre

    ça a l’air ennuyeux ..

    • Racaille la Rouge
      Racaille la Rouge répond à Néant Moins
      zig-zag
      • Posté à 14h17 le 26/02/2013
      • 174747
        zig-zag

      ça l’est , mais les critiques ont adorés(télérama-inrock etc..)Il passe encore au MK2 Beaubourg je crois à 11 heures du mat. Allez plutôt voir « Ce qui vont mourir te salut » des fréres Tavianni excellent mais nominé nul part.

      • gioia
        gioia répond à Racaille la Rouge
        citoyenne
        • Posté à 16h17 le 26/02/2013
        • 182488
          citoyenne

        Pas que la critique : la preuve cet article n’est pas signé par une critique de cinéma. Et j’ai rencontré des spectateurs émus aux larmes par ce film !
        Pour ma part, coincée au milieu d’une rangée (la salle était bondée), je serais bien sortie avant la fin mais pas possible. Par respect des autres, je me suis donc infligé chaque minute qui devenait de plus en plus longue... mon apport à la théorie de la relativité : l’allongement du temps quand c’est chiantissime, boursouflé !
        Pourtant je suis capable d’aimer des films au rythme lent, avec ou sans paroles, je suis émue par des scènes sans esbroufe mais sincères...
        Lorsque je suis rentrée de la séance, j’ai allumé la radio : le masque et la plume n’en pouvait plus d’éloges et d’extase... Je pense que le cinéaste, très malin, a pris beaucoup de choses au cinéma expérimental et à l’histoire du cinéma. Ainsi, il donne aux critiques l’occasion de se sentir intelligent en étalant leurs références et en s’extasiant devant une œuvre soi-disant originale... Ils feraient mieux de regarder ce qui se fait en cinéma expérimental et ils auraient l’occasion de découvrir certains films sensibles, originaux et pertinents. Ce pauvre Gomes, plus son film avance, plus il est illustratif et redondant !

  • jerry.commanche
    • Posté à 14h25 le 26/02/2013
    • Internaute 63891
      quidam

    Magnifique, ce film ? Une riche portuguaise dans l’Angola colonisé, fait des mamours à un aventurier italien derrière le dos de son mari, lui patron d’une plantation de thé. Les colons sont belles, beaux, parfumés, roulent en jolis autos ou motos. Les noirs, eux, grouillent, sont laids, habillés en haillons, cueillent les feuilles du thé pour le profit du patron dont la femme fait les mamours....
    Les blacks font aussi la cuisine, nettoient la maison, servent le limonade aux blancs et blanches toujours chics. Même leur mouvement de libération national, en l’occurrence le MPLA principalement, commencent sa lutte avec un mensonge, selon ce grand cinéaste, Ah, les noirs, que peut-on attendre d’eux ? Qu’ils fassent partie des meubles, du paysage, mais surtout qu’ils restent en arrière-plan, en-dehors de l’Histoire, comme disent des penseurs occidentaux. Vraiment magnifique !

  • GM20e
    GM20e
    habitant du 19e arrondissement (...)
    • Posté à 18h08 le 26/02/2013
    • Internaute 91658
      habitant du 19e arrondissement (...)

    Je crois que c’est la première fois que je sors d’un cinéma en me félicitant de m’être endormi. Ça a paru (à peine) moins long...

    C’était chiant, beaucoup l’ont noté. Mais c’était aussi très laid ! Quelle horreur cette pellicule à gros grains ! Peut-être le réalisateur espérait-il que toute cette neige allait combler la vacuité des personnages, errant, fantomatiques, dans cette Afrique de carton-pâte...

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