Bande du ciné 06/02/2013 à 12h15

« Shadow Dancer » : comment devient-on un traître ?

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

A film by Rue89

« Shadow Dancer » est-il un film sur le conflit d’Irlande du Nord ? Ou un film sur la trahison ? Les deux répond James Marsh, le réalisateur britannique de ce thriller politique qui se déroule à Belfast dans les années de poudre.

Le conflit irlandais constitue la toile de fond du film, mais James Marsh se concentre sur deux personnages, le traître – en l’occurrence Colette, une jeune femme arrêtée après un attentat manqué, et à qui la police propose d’espionner sa famille et ses amis membres de l’IRA en échange de sa liberté –, et son agent traitant au MI5, les services secrets de Sa Majesté.


Funérailles d’un militant républicain à Belfast (« Shadow Dancer »)

La question est universelle : quels sont les ressorts de la trahison, comment vit-on avec ce fardeau, surtout quand il s’agit, comme dans le film, de trahir sa propre famille puisque les deux frères de la jeune femme sont des clandestins de l’armée républicaine.

Elle se complique, dans le film, avec le rapport psychologique intense qui s’établit entre le traître et son agent traitant, ce dernier refusant la logique policière qui conduit à sacrifier sa taupe malgré les promesses de protection.

Bande annonce de « Shadow Dancer »

C’est cette dimension qui a le plus intéressé James Marsh, qui a adapté le livre d’un journaliste, ancien correspondant à Belfast, Tom Bradby. Il l’a expliqué à Rue89 :

« C’est une idée très dérangeante : qu’est-ce que ça fait d’espionner sa propre famille ? C’est le genre de situations que provoque toujours un conflit et c’est ce qui m’a fasciné.

En tant que réalisateur britannique, cet aspect de notre histoire récente génère des situations extraordinaires, et donne un cadre naturel propice à un thriller. »


L’agent du MI5 (Clive Owen) et « sa » traîtresse (Andrea Riseborough) (« Shadow Dancer »)

Cette fiction est d’autant plus frappante que la fin du conflit a permis de révéler de réelles affaires d’espionnage parmi les républicains, comme celle de Denis Donaldson, un cadre de l’IRA, qui a révélé qu’il avait été un agent britannique pendant vingt ans. Donaldson a inspiré le roman « Mon traître » de l’ancien journaliste de Libération Sorj Chalandon qui l’avait bien connu.

« Je ne porte pas de jugement »

James Marsh, un Anglais, a pris le risque de se plonger dans cette histoire encore fraiche, dont les cicatrices ne sont pas réellement refermées comme on a pu le voir récemment dans les rues de Belfast ; Même si la Reine est capable de serrer la main de Martin McGuiness, ancien dirigeant de l’IRA devenu vice-premier ministre d’Irlande du Nord.

« Je me suis demandé quel droit j’avais de parler de ce qui fait partie de notre histoire récente. J’ai montré le film à Belfast, mais personne ne m’a dit “comment avez-vous osé ? ...‘ Pas même un ancien gréviste de la faim de l’IRA qui a assisté à la première du film. Mais c’est une question qu’on peut se poser quel que soit le sujet.

Je ne porte pas de jugement, je ne dis pas que l’IRA ou le gouvernement britannique a raison, je me place exclusivement du point de vue de ces deux personnages, de leur psychologie, de leur motivations.

La seule chose pour laquelle les gens de Belfast se sont moqués de moi, c’est parce que nous avons tourné à Dublin et pas à Belfast, pas par peur, mais parce qu’il s’agit d’une coproduction avec l’Irlande et que nous avions obligation de le faire...’

Le résultat est un bon thriller psychologique, qui permet de s’interroger sur le rôle de l’individu dans des conflits qui traversent les sociétés et les générations, avec des loyautés héritées et des déterminismes lourds.

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  • Tcube
    Tcube
    En zazen
    • Posté à 13h08 le 06/02/2013
    • Internaute 196794
      En zazen

    Très bonnes critiques, 2 nominations mais aucunes récompenses à diverses manifestations cinématographiques (le fait de remonter dans le temps peut être avec un côté « documentaire » ?), très peu d’échos depuis sa sortie dans les salles (Uk : 01/2012).
    Bref, on peut le voir : en effet c’est « un bon thriller psychologique » assez lent mais c’est du même acabit que « Tinker Tailor Soldier Spy »... pour ceux qui aiment marcher dans la rue tout en regardant derrière leur épaule ».

    • Moby Dick37
      Moby Dick37 répond à Tcube
      Se jouer des tempêtes ...
      • Posté à 14h23 le 06/02/2013
      • Internaute 114534
        Se jouer des tempêtes ...

      N’est pas John Le Carré qui veut, vous mettez la barre haut.

  • Lucius Sergius
    Lucius Sergius
    Citoyen
    • Posté à 13h13 le 06/02/2013
    • Internaute 28239
      Citoyen

    Courageux de la part d’un Britannique de faire un tel film...

  • spartak
    spartak
    (comité libertaire lyophilisé)
    • Posté à 14h52 le 06/02/2013
    • Internaute 84113
      (comité libertaire lyophilisé)

    On peut vivre très bien dans la trahison, au début ça pique un peu, mais ensuite c’est pas désagréable.
    Voyez les cadres PS qui ont renié le socialisme : rieurs et flambants, et si tout était à refaire depuis 1983, ils referaient pareil. La seule différence, avec eux, c’est que l’entourage fait semblant de ne pas être au courant.

    • teych
      teych répond à spartak
      insoluble dans le libéralisme
      • Posté à 17h38 le 06/02/2013
      • Internaute 36309
        insoluble dans le libéralisme

      On peut aussi adhérer à la CFDT, mais là, personne ne peut faire semblant de ne pas être au courant.

    • Rhesus K
      Rhesus K répond à spartak
      outrée l'outre!
      • Posté à 07h40 le 07/02/2013
      • Internaute 194199
        outrée l'outre!

      Rapprochement qui frise à l’obsession. Evitez des grands écarts pareils si vous voulez avoir un propos crédible. Ce n’est pas de parler d’un sujet à tort et travers qui fait qu’on a l’air ’habité’ ; ça, ça montre surtout une réflexion superficielle. Un peu comme ces gens qui mettent l’ésotérisme à toutes les sauces et propos.

      • Grande Anse
        Grande Anse répond à Rhesus K
        Homme sans qualité
        • Posté à 09h11 le 07/02/2013
        • Internaute 143691
          Homme sans qualité

        le film,sur le fond, traîte du « rôle de l’individu dans des conflits qui traversent les sociétés et les générations, avec des loyautés héritées et des déterminismes lourds ». Oindre Jaurès et s’agenouiller devant la règle d’or, c’est du grand écart ou de la trahison, pour un apparatchik (pardon, un énarque) PS ?

  • O.S.T.I.A.
    • Posté à 14h57 le 06/02/2013
    • Internaute 191710
      ZAD

    Le film a l’air bien, les critiques sont positives en tout cas.
    Dans le même genre, il y a « el lobo » de Miguel Courtois, l’histoire vraie d’un membre des services de renseignement espagnol infiltré dans les plus hautes sphères du commandement d’ETA de 73 à 75. Il a contribué à de nombreuses arrestations et aurait pu avoir la peau de l’organisation dans son ensemble mais a été lâché par sa hiérarchie. A la fin de sa mission il disparut sans laisser de trace. Rejeté par sa propre famille, sa femme le traita de traitre et d’ennemi du peuple basque. Il se dit qu’il a été longtemps la cible prioritaire d’ETA, au dessus d’un aznar ou d’un juan carlos. Chez ETA comme chez l’IRA on rigole pas avec les traitres.
    Par contre le film est naze, avec un Patrick Bruel en chef militaire d’ETA aussi crédible qu’une chèvre.

    • spartak
      spartak répond à O.S.T.I.A.
      (comité libertaire lyophilisé)
      • Posté à 15h25 le 06/02/2013
      • Internaute 84113
        (comité libertaire lyophilisé)

      Dans le genre, n’oublions pas « Point Break » de Kathryn Bigelow, dans lequel Keanu Reeves infiltre et trahit une bande de surfeurs-braqueurs.

      • O.S.T.I.A.
        O.S.T.I.A. répond à spartak
        ZAD
        • Posté à 15h34 le 06/02/2013
        • Internaute 191710
          ZAD

        par pitié non, déjà je hais les surfeurs, sincèrement, viscéralement, profondément, alors les surfeurs scientologues traitres j’te dis pas

         
        • spartak
          spartak répond à O.S.T.I.A.
          (comité libertaire lyophilisé)
          • Posté à 15h46 le 06/02/2013
          • Internaute 84113
            (comité libertaire lyophilisé)

          Pardon, pardon, j’essayais juste de me faire passer pour un cinéphile, afin de pouvoir être reconnu comme tel et de les trahir dans quelques années.

        • Grande Anse
          Grande Anse répond à O.S.T.I.A.
          Homme sans qualité
          • Posté à 09h57 le 07/02/2013
          • Internaute 143691
            Homme sans qualité

          « les surfeurs scientologues traitres » passe encore, mais certains, en plus, sont FOOTBALLEURS PROS !

        2 autres commentaires
  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 20h24 le 06/02/2013
    • 173412
      expatrie

    Un film anglais avec un heros anglais, si le theme parait promettre un thriller ce n’est pas ce qu’on voit, poseur de bombes (ou terroriste) est quasi un boulot a plein temps aussi prenant que la finance. A part ca, le pauvre heros semble un etre sorti de nulle part, il peut suivre l’heroine a Londres pendant qu’elle bosse pendant quelques mois dit-il, puis retourner s’asseoire a son bureau a Belfast ( ?) on voit des council house et un bord de mer, ce qu’on voit dans tous les films depuis qu’ils sont tous tournes en Irlande pour raison fiscale ! A part ca, notre heros n’a pas de vie du tout, contrairement a la patrone qui a une belle maison et au moins un mari et un enfant. Il y a des cliches, cette recherche febrile d’explications, une surprise qui si le film faisait plus d’effort pour montrer des vrais gens pourrait donne l’impression de s’etre deplace pour quelque chose. Je ne sais peut-etre que ce n’est pas grave de ne voir que des gens antipathiques pendant plus d’une heure et demie, mais je dois dire que pour se changer les idees ou passer un moment interessant il y a mieux.

  • vorivzakonie
    vorivzakonie
    toujours juste -Ceterum censeo (...)
    • Posté à 14h41 le 07/02/2013
    • Internaute 168643
      toujours juste -Ceterum censeo (...)

    Même si le film est fouillé dans les détails (l’interdiction de chanter dans les pubs, les couronnes des arbres coupées et les vierges devant les immeubles dans les quartiers catholiques) - mais ça c’est plutôt un boulot de scénographe. il ne dit pas grand chose sur le conflit irlandais.

    De ce point de vue, « Le vent se lève » de Ken Loach, qui porte certes sur une autre époque mais montre aussi le déchirement familial (puisque un frère finit par commander l’exécution de son propre frère), nous en apprend plus sur l’arrière plan politique du conflit.

    Quant à la problématique de la lutte armée et des problèmes de conscience qu’elle pose, « Buongiorno, notte » de Marco Bellocchio qui montre les états d’âme d’une ravisseuse d’Aldo Moro ou l’immense « Les années de plomb » de Margarethe Von Trotta la saisissent bien mieux dans leur rapport avec la question de l’engagement idéologique.
    La citation de Hölderlin à laquelle fait allusion le titre de Von Trotta me semble d’ailleurs toujours d’actualité : « Trüb ists heut, es schlummern die Gäng und die Gassen und fast will / Mir es scheinen, es sei, als in der bleiernen Zeit. » Sauf que le plomb n’est plus celui des balles, mais celui de cette chape que la référence permanente à la crise maintien au-dessus des êtres. Stratégies du choc, aujourd’hui comme alors.

    Dans le film de Marsh par contre, l’arrière-plan idéologique se résume à de vagues allusions au processus de paix en cours. Et sur le plan psychologique, on n’y a ni la torture intérieure de la preneuse d’otage de Bellocchio, ni le dialogue entre les deux soeurs Ensslin (RAF et journaliste) de chez Von Trotta.

    De fait, si l’essentiel du thème est la trahison la diégèse pourrait être celle de n’importe quel milieu : aussi bien celui de l’espionnage (Stasi) comme celui de la mafia (une autre famille). Car, ce qui n’apparaît guère ce sont les réels motifs de la trahison et ce aussi bien de l’héroïne qui cède un peu vite à la pression de l’agent du MI5 - Le motif de la culpabilité esquissé au début ne jouant plus de rôle par la suite (ou alors c’était aux moments ou je regardai ma jolie voisine) - Et plus encore, n’apparaissent pas non plus clairement les motifs de la taupe découverte à la fin, et qui ressemble plus à un deus ex machina qu’à une catharsis.

    Du coup que reste-t-il ?

    Comme l l’écrit Pierre Haski un « thriller psychologique » mais qui ne porte pas sur le couple que l’on pourrait croire !
    En effet, bien autrement m’a intéressé le couple de Mac l’agent du MI5 et de sa patronne.

    - Le film soit dit en passant n’accordant qu’un piètre rôle aux femmes, du côté desquelles semblerait-il que se trouve en permanence la trahison. -

    Dans la relation de Mac à sa supérieure ( une allusion à un 007 anti-héros ?) se joue à mon sens la véritable problématique du film : celle classique de la fin et des moyens.

    En ce sens l’instrumentalisation des êtres semble plutôt être du côté anglais, tandis que la conséquence logique dans la lutte armée du côté irlandais.C’est pour cela - et parce que finalement le conflit irlandais n’est qu’un vague cadre - me semble-t-il, que personne, me semble-t-il, à Belfast ne s’est offusqué.

    N’est pas Graham Greene qui veut ; -)

    PS : Concernant la vidéo contrairement à ce qu’elle veut montrer en tant que c’est une vieille vidéo de propagande, l’IRA n’a jamais utilisé sur des hélicoptères des SAM A7 Soit que ceux commandés en Libye ne sont jamais arrivés, soit selon d’autres sources qu’ils ne seraient pas parvenus à faire fonctionner le système. Ce que l’on voit sont donc de simples roquettes de feux d’artifice.

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