Série 04/02/2013 à 15h00

Avec « House of Cards », le diffuseur Netflix fait trembler la télé

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Mis à jour le mardi 5 février 2013 à 13h16
Correction du prix de l'abonnement à Netflix, merci Hélène Crié!

Kevin Spacey, la vedette de « House of Cards » (Netflix)

C’est un pari à cent millions de dollars. Netflix, le plus gros diffuseur de VOD (video on demand) aux Etats-Unis, s’est transformé en producteur, et diffuse à ses 33 millions d’abonnés depuis le 1er février, sa propre série, « House of Cards ». Une petite révolution dans le monde de la télévision, qui assiste à l’irrésistible ascension du modèle Netflix.

Avec Kevin Spacey dans le rôle d’un homme politique cynique qui vise la Maison Blanche, « House of Cards », un remake d’une série ancienne de la BBC, a pour ambition d’être le nouveau « West Wing », la série culte sur les coulisses du pouvoir américain.

La bande annonce de « House of Cards »

Mais, à la différence des chaînes de télévision classiques ou câblées comme HBO, Netflix a choisi de rendre publics d’un seul coup les treize premiers épisodes de sa série, au lieu de les feuilletonner à l’ancienne.

Une manière de coller aux nouveaux modes de visionnage des séries, beaucoup préférant avaler trois ou quatre épisodes d’un seul coup jusqu’à épuisement, plutôt que d’attendre sagement la semaine suivante pour avoir la suite...

Du DVD au streaming

La « success story » Netflix s’appuie depuis le début sur ce genre d’innovations. Elle est d’autant plus spectaculaire que, contrairement aux Amazon ou eBay de ce monde virtuel, Netflix a commencé en 1997 dans le monde bien réel comme diffuseur de DVD par la poste.

Passé sur Internet, en pariant sur le streaming avec des développements technologiques innovants, Netflix a connu une croissance fulgurante en étoffant son catalogue à coups de millions de dollars, et en proposant un abonnement forfaitaire à un prix tout à fait raisonnable : 16 dollars (12 euros) par mois, divisé en 8 dollars pour recevoir des DVD (illimités) et 8 dollars pour le streaming à volonté.

Ce faisant, Netflilx a changé la règle du jeu en permettant le streaming illimité d’un immense catalogue de séries et de films, avec un coup technologique d’avance sur les grand networks américains, sur les chaînes câblées comme HBO ou sur ses concurrents du Web comme Amazon.

L’étape logique suivante, pour Netflix, était de se lancer à la conquête du monde, avec, notamment, une implantation en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves.

Et en France ?

En France, pour l’instant, on a droit à cette page d’accueil :

« Désolé, Netflix n’est pas encore disponible dans votre pays. »


« Désolé Netflix n’est pas encore disponible dans votre pays » (capture d’écran)

Netflix a fait une pause dans son expansion mondiale, mais attend son heure pour débarquer sur le continent européen, au-delà de ses premières têtes de pont. Seul problème : la fameuse « chronologie des médias », c’est-à-dire le délai entre chaque étape de la vie d’une œuvre, qui est très réglementée en France, et radicalement différente de ce qui se fait aux Etats-Unis.

En France, les films ne peuvent être disponibles pour les services de VOD que 36 mois après leur sortie publique, contre moins d’un an aux Etats-Unis. Netflix, basé aux Etats-Unis, peut-il s’affranchir des règles françaises et vendre son service au public français ? Ou poussera-t-il à la modification de ces règles avant de s’implanter dans l’hexagone ?

Netflix reste discret sur ses intentions en France, mais ne fera certainement pas l’impasse sur un pays où le cinéma et les séries ont un vaste public garanti. Et cette arrivée probable fait évidemment très peur aux acteurs français du secteur.

En attendant, on peut trouver sur Internet de nombreux conseils pratiques pour contourner le blocage actuel du service, et s’abonner à Netflix USA comme si on habitait aux Etats-Unis...

Un tournant ?

Reed Hastings, le cofondateur et PDG de Netflix, a en tous cas une ambition sans limites, et d’immenses moyens financiers pour y parvenir. Avec le lancement de « House of Cards », il estime qu’il bouleverse profondément l’univers de la télévision. Il n’hésite pas à déclarer, sans fausse modestie :

« D’ici deux ans, quand la télé sur Internet aura vraiment décollé, les gens estimeront que [“House of Cards‘] aura vraiment constitué un tournant.’


Reed Hastings, le PDG de Netflix, en 2011 (Paul Sakuma/AP/SIPA)

Hastings veut multiplier par trois son nombre d’abonnés aux Etats-Unis pour atteindre 90 millions, et devenir le numéro un mondial face à une concurrence qui s’organise et entend bien relever le défi.

Mais pour l’heure, c’est bien Netflix qui fait la course en tête, et qui, par sa technologie et sa créativité comme avec ‘House of Cards’, fait peser son influence non seulement dans l’univers de la télévision, mais aussi à Hollywood et au-delà.

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  • 36 réactions
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  • Borice
    Borice
    Bonapartiste en plastique
    • Posté à 15h12 le 04/02/2013
    • Internaute 129480
      Bonapartiste en plastique

    I HAVE A DREAM :

    Pfiuu, si seulement ça pouvait enterrer TF1 et C+

  • Paco Picopiedra
    Paco Picopiedra
    Ami de Crackity Jones
    • Posté à 16h08 le 04/02/2013
    • Internaute 197242
      Ami de Crackity Jones

    FRanchement et honnêtemment je ne vois là aucun « boulversement » de la télévision, que cette dernière commence par montrer la réalité et arrête de nous faire végéter dans une sorte d’etat d’extase permanent et là nous aurons une vraie « r“volution”...

    Il y a des mots auqxquels il faut faire attention et qu’il convient de ne pas employer en dépit du bon sens. Tout comme quand on fait une référence à la révolution de 1789, ensuite on assume on fait pas semblant...

    • J-B
      J-B répond à Paco Picopiedra
      Etudiant. Si si, pour de vrai.
      • Posté à 20h30 le 04/02/2013
      • Internaute 58527
        Etudiant. Si si, pour de vrai.

      Si le modèle Netflix arrive en France, vu l’impréparation des chaînes françaises, ça va être un bain de sang.

      Donc oui, le mot révolution peut être utilisé.

      • Albedo
        Albedo répond à J-B
        • Posté à 11h10 le 05/02/2013
        • Internaute 7121

        Une sorte de télé-réalité cruelle où les pigeons sont les chaines elles-mêmes. J’ai hâte : p

      • Paco Picopiedra
        Paco Picopiedra répond à J-B
        Ami de Crackity Jones
        • Posté à 11h32 le 05/02/2013
        • Internaute 197242
          Ami de Crackity Jones

        non, pas tant que la « révolution » n’a pas été accomplie,sinon ça n’est que du marketing, une promesse...

  • J-B
    J-B
    Etudiant. Si si, pour de vrai.
    • Posté à 20h21 le 04/02/2013
    • Internaute 58527
      Etudiant. Si si, pour de vrai.

    Le pari est largement gagné.

    Casting hollywoodien, écriture de qualité, diffusion simultanée.
    On a le futur des séries tv devant les yeux (ça ne m’était pas arrivé depuis un bail).

    Après, ça n’égalera pas The West Wing. Trop désenchanté et cynique pour ça.

    On notera qu’en France, on en est encore à essayer de mettre en place une filière HBO-like. Tandis qu’aux USA, ils en sont déjà à l’étape suivante...

  • Endeur
    Endeur
    insulaire continental
    • Posté à 16h51 le 04/02/2013
    • Internaute 197078
      insulaire continental

    6euros par mois en illimité films et séries, ça fait rêver ...
    En France j’ai peur que ça n’arrive jamais, les médias étant particulièrement bien verrouillés au nom d’une pseudo justice ou pluralité.
    Ironiquement les principaux médias sont soit directement sous la coupe de la présidence du moment, soit propriété des grands groupes d’armement français, ce qui à priori n’est pas forcément un gage de qualité (ni très sain a mon avis).
    Canal pourrait sauver la barque, mais quand je vois le nombre de coupures pub sur le grand journal, ça me tuerai d’être abonné et de devoir me les taper.

    Edit : Si quelqu’un a vu la série « House of Cards », ça serait bien de savoir si ça vaut le coup d’essayer de la regarder.

    • dex
      dex répond à Endeur
      Chargé d'assistance
      • Posté à 20h29 le 04/02/2013
      • Internaute 918
        Chargé d'assistance

      Sur Canal y’a pas de coupure pubs lors des films, séries et matchs... et contrairement à la télévision publique (pour laquelle on paye une redevance), il est possible d’avoir de la VO.

      • Endeur
        Endeur répond à dex
        insulaire continental
        • Posté à 01h31 le 05/02/2013
        • Internaute 197078
          insulaire continental

        Pour être juste je n’ai jamais eu canal je ne sais pas du tout comment c’est en cripté, mais tu as beau payer l’abonnement tu te tape quand même les pubs. Et concernant la VO tu te trompes de débat, c’est un soucis de technologie. Perso j’ai les sous-titre ou le changement de langue sur un certain nombre de chaines.

         
        • dex
          dex répond à Endeur
          Chargé d'assistance
          • Posté à 14h04 le 05/02/2013
          • Internaute 918
            Chargé d'assistance

          Pour regarder Canal de temps en temps, quand c’est crypté, il n’y a pas de pages de pub. Il y a du sponsoring d’émission (le ciné avec une marque de café, le foot avec des site de paris en ligne), des bandes annonces pour les programmes à venir mais c’est tout.

          Concernant la vost sur le service public, en passant par la TNT, la trilogie du Seigneur des anneaux n’y a pas eu droit, Shutter Island non plus. Par contre le QAD était bien disponible.
          Sur d’autres chaines (TF1, M6, NT1 par exemple), la vost est quasiment tout le temps disponible.
          Le canal de diffusion étant le même pour toutes ces chaines (la TNT), je ne vois pas en quoi il s’agit d’un soucis de technologie. C’est à mon avis un choix délibéré (et après on se plaindra du niveau d’Anglais des Français...).

          • Endeur
            Endeur répond à dex
            insulaire continental
            • Posté à 17h26 le 05/02/2013
            • Internaute 197078
              insulaire continental

            Je n’avais jamais fait attention pour france télévision, mais ça me parait plutôt logique, étant une télévision publique, qu’elle s’impose en langue française. Sinon elle, qui d’autre ?
            J’étais passé au travers du fait que vous aviez spécifié lors de votre première réponse que vous parliez de la Tv publique.
            40€ par mois par abonné, plus la pub en clair, plus le sponsoring et vous n’avez pas l’impression qu’on vous matraque ? Moi je trouve ça un peu dur quand même.

            • dex
              dex répond à Endeur
              Chargé d'assistance
              • Posté à 20h45 le 05/02/2013
              • Internaute 918
                Chargé d'assistance

              Pas d’accord sur le fait qu’il est normal que la tv publique ne propose que de la vf, mais bon on s’éloigne du sujet, let’s agree to disagree !

              Pour Canal, je pense que le contenu pour lequel on paye ces 40€ (les films, les séries et le sport) vaut le coup si on a les moyens. Le sponsoring ne me gêne pas j’avoue.
              Quant aux programmes diffusés en clair, il est possible de les voir en différé (canal + décalé) voir en ligne sans se frapper toute la pub (enfin en ligne je ne suis pas si sur).

        3 autres commentaires
      • Noari99
        Noari99 répond à dex
        Objet du scandale
        • Posté à 09h43 le 05/02/2013
        • Internaute 99151
          Objet du scandale

        Avec la TNT aussi vous avez accès à la VOST.

  • Hélène Crié-Wiesner
    • Posté à 17h24 le 04/02/2013
    • Internaute 57
      Binationale

    Euh, Pierre, c’est vrai que l’abonnement américain à Netflix est très raisonnable, mais quand même plus cher que ce que tu indiques. Nous payons $16 par mois, divisé en $8 pour recevoir des DVD (illimités) et $8 pour le streaming à volonté. Moyennant quoi toute la famille éparpillée aux coins des USA peut regarder le streaming. C’est rentable !

    • Tcube
      Tcube répond à Hélène Crié-Wiesner
      En zazen
      • Posté à 20h42 le 04/02/2013
      • Internaute 196794
        En zazen

      Abonnement ?
      Avec un lecteur/enregistreur sur DVD connecté au cable/télé ? Tout ce fuss c’est en moins de 24 hrs en VO sur le Net.

      • Hélène Crié-Wiesner
        Hélène Crié-Wiesner répond à Tcube
        Binationale
        • Posté à 22h10 le 04/02/2013
        • Internaute 57
          Binationale

        Non, c’est pas pareil. Je m’intéresse très peu à ce qui est diffusé à la télé, pas même à ces sacro-saintes séries. Netflix offre des trésors cinématographiques, des milliers de films anciens et récents de tous les pays, dans toutes les langues, correctement sous-titrés, et légalement.

         
        • Rhesus K
          Rhesus K répond à Hélène Crié-Wiesner
          outrée l'outre!
          • Posté à 08h48 le 05/02/2013
          • Internaute 194199
            outrée l'outre!

          Il est vrai que le piratage concerne surtout les oeuvres d’ores et déjà rentabilisées par le succès. Quand les ’ayant-droit’ revendiquent de gagner plus, c’est aux comptes déjà surbénéficiaires qu’ils pensent. Les autres se contentent du succès d’estime, que la guerre au piratage contrarie : ce sont les films d’auteur qui ont le plus souffert de la fermeture de megaupload, l’an dernier, en termes de fréquentation des salles, d’après une étude révélée sur torrentfreak -je n’ai pas gardé la page, mais on doit la trouver dans les archives 2012 du site -je sais c’est un paquet d’articles à fouiller, désolé...)

        1 autres commentaires
  • foutard
    foutard
    voudrait bien gagner un peu
    • Posté à 19h32 le 04/02/2013
    • Internaute 28406
      voudrait bien gagner un peu

    m’en fou ; je regarde pas la télé , et encore moins les series !
    je vais gratuitement au cinéma dans mon salon tous les soirs !

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 19h50 le 04/02/2013
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    Bon, c’est très pro, vous évitez de nous dire si ça vous a plu pour présenter ça uniquement sous l’angle de l’évolution du système. OK.
    Mais faut quand même bien dire que l’actualité des séries qui nous est proposée sur le web (y compris sur des sites « institutionnels ») incite à des pratiques illégales en nous racolant avec des tonnes de trucs pas encore disponibles en France.
    Tout ça pour vous dire que si je me fais choper, vous serez appelé à la barre, Pierre.

  • Tcube
    Tcube
    En zazen
    • Posté à 20h17 le 04/02/2013
    • Internaute 196794
      En zazen

    « House of Cards » est une reprise .. je suis plutôt curieux de voir la suite d’ « Arrested Developpment ».

    Nonobstant, si vous voulez voir un film aux 3/4 ennuyant comme un parapluie fermé à votre porte d’entrée ... PARTICIPEZ au concours Rue89 au tirage au sort pour voir « Shadow Dancer » !

    • Fwks
      Fwks répond à Tcube
      bugmenot.com/view/rue89.com
      • Posté à 00h41 le 05/02/2013
      • 178582
        bugmenot.com/view/rue89.com

      « There are dozens of us ! Dozens ! »

    • Rhesus K
      Rhesus K répond à Tcube
      outrée l'outre!
      • Posté à 08h01 le 05/02/2013
      • Internaute 194199
        outrée l'outre!

      « House of Cards » est une reprise...

      Il y en a d’excellentes. Les ricanos, quand ils ’reprennent’, y ajoutent leur sauce, parfois malheureusement lourde, parfois pertinente. Je n’ai vu aucune des versions de la chose encore, mais il y a à parier que les deux sont largement regardables. (Je m’y mets d’ailleurs, sans attendre la ’légalisation’ française.)

  • Monsieur Fearless
    Monsieur Fearless
    We are the 1%
    • Posté à 21h07 le 04/02/2013
    • Internaute 121115
      We are the 1%

    Bof, pourquoi ne pas leur demander de donner $60 millions aux acteurs Français du secteur ?

    Apres tout, c’est bien ce qu’ont fait les journalistes pour Google avec le concours de l’Elysée… Pourquoi est ce que ça ne marcherait pas pour « la grande famille du cinéma Français » ?

  • youpla
    youpla
    contemplatif
    • Posté à 22h20 le 04/02/2013
    • Internaute 25513
      contemplatif

    36 mois ? C’est pas un peu exagéré ?
    Sur la VOD de la Sony sur PS3 et c’est juste un exemple, les films sont dispos en même temps que les Bluray/DVD, donc a peu près 12 mois après leur sorties en salle.

    • Buabilion
      Buabilion répond à youpla
      • Posté à 00h24 le 05/02/2013
      • 183666

      Oui, même moins. En allant faire un tour sur les sorties VOD, un film comme « Vous n’avez encore rien vu », sorti fin septembre 2012, est déjà disponible, soit moins de 5 mois après sa sortie en salle.

  • LienRag
    • Posté à 06h49 le 05/02/2013
    • Internaute 34767

    Bon, c’est bon ou c’est pas bon, « House of Cards », alors ?

    • airpur
      airpur répond à LienRag
      libre
      • Posté à 11h04 le 05/02/2013
      • Internaute 72639
        libre

      c’est bien avec un super Kevin Spacey.

  • Rhesus K
    Rhesus K
    outrée l'outre!
    • Posté à 08h33 le 05/02/2013
    • Internaute 194199
      outrée l'outre!

    « Netflix reste discret sur ses intentions en France, ... cette arrivée probable fait évidemment très peur aux acteurs français du secteur. »

    Ha ha ha ! ! ! la vieille éternelle histoire des fils-à-papa de la QULture française, qui croyaient avoir bien gardé leur petit monde vérolé par la verrouille. Qui a dit que la globalisation était un méfait ? Ces parangons de culture exceptionnellement exceptionnante vont finir par passer, y compris dans leur pays d’endormis, pour ce qu’ils sont : des imposteurs, qui nous ressassent leurs produits de merde (type ’c’est beau la vie’) en essayant de nous faire croire que c’est la pointe de l’innovation créative..

    Coulez tous, tf1, c+, franchouille douze et la suite, le monde bouge pendant que vous vous pignolez.

    Moins polémique et plus crucial : le changement de modèle économique qu’initie netfix peut s’avérer décisif pour le financement futur des séries. Celles-ci sont soumises à une pression commerciale tyrannique, qui les force à trouver un public dans les trois premiers développements, faute de quoi elles passent à la case ’cancellation’. Ainsi, le spectateur américain moyen est seul juge de ce qu’il est bon ou pas de développer. Si on sait que, comme dit desproges, ’la majorité, c’est ceux qui regardent sabatier’ (pour, dans son propos, nier l’idée de démocratie) on voit que c’est cette sorte de goût qui impose ses vues au monde. Or, il n’y a pas pire ennemi que la démocratie pour la création artistique. Aucune oeuvre majeure n’a été conditionnée par le plaisir du grand nombre, ce qui interdisait à la série jusque-là toute ambition spéculative, à la manière de la littérature ou même du cinéma parfois. A ce titre des pièces comme ’the wire’ et ’tremé’ (les deux du même auteur, david simon) sont des anomalies qui dans le modèle économique de la série tel qu’il était jusque-là ont existé par le miracle de la persuasion. (Les deux dernières saisons du ’wire’ ont failli ne jamais exister, et ’tremé’ a été réduit à une demi-saison de conclusion cette année venant : de quoi décourager les meilleures volontés). Encore ces pièces ont-elles dû sacrifier à certains codes du genre, comme le rythme du cut, un peu monotonement rapide et équivalent pour toutes les séries. Les meilleures séries, commercialement réussies, ont leur script plombé par des sous-intrigues racoleuses (genre les histoires de la famille moyenne, histoire de s’identifier fastoche) Nul doute que cette nouvelle approche, si elle fait des petits, va permettre d’abord d’internationaliser la demande immédiate, et par voie de conséquence de regrouper suffisamment de publics exigeants pour que leur poids économique permette aux authentiques créateurs de s’exprimer sur ce mode. A suivre.

    • Albedo
      Albedo répond à Rhesus K
      • Posté à 11h17 le 05/02/2013
      • Internaute 7121

      J’ai tiré les mêmes conclusions que vous dans votre dernier §. C’est vraiment enthousiasmant : la globalisation de l’offre va permettre enfin aux séries « pointues » de trouver un public suffisant à les faire vivre. « Carnival » aurait survécu par exemple.

  • airpur
    airpur
    libre
    • Posté à 11h02 le 05/02/2013
    • Internaute 72639
      libre

    No idea combien vous payez en france mais ici netflix $7.99 et hulu + $7.99 et vous avez absolument tout. Criterion collection est fantastique les plus grands realisateurs et films et pour le fun netflix.
    Aussi un service aprés-vente inconnu en france... une fois un des streaming a ralenti quelques minutes... dans le quart d’heure sans rien demander j’avais un mail d’excuses de netflix avec un credit sur mon compte !

  • Albedo
    • Posté à 11h23 le 05/02/2013
    • Internaute 7121

    Remarque de forme : ce serait chouette d’arrêter d’indiquer la valeur des devises en fonction des taux de change. Ca ne veut rien dire et ça n’apporte aucune information au lecteur. Quand on lit un article où apparait une somme en devise, ce qu’on veut savoir c’est ce que cette somme représente en terme d’équivalence de pouvoir d’achat, pour l’évaluer. Les taux de change officiels obéissent à d’autres règles.

    8$ achètent ce qu’achètent 8€. Le fait que l’euro soit surévalué et qu’on échange 8$ contre 6€ n’est pas pertinent.

    • Hélène Crié-Wiesner
      Hélène Crié-Wiesner répond à Albedo
      Binationale
      • Posté à 22h31 le 05/02/2013
      • Internaute 57
        Binationale

      Ah, bravo, merci, super ! Voilà des années que je me tue à répéter ça à tout le monde, mais apparemment ça ne sert à rien, personne ne comprend :
      « 8$ achètent ce qu’achètent 8€. Le fait que l’euro soit surévalué et qu’on échange 8$ contre 6€ n’est pas pertinent. »
      Moi, je vis aux USA, et mon pouvoir d’achat n’augmente pas du tout quand la valeur du dollar monte.

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 13h22 le 05/02/2013
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    Je ne peux qu’encourager Pierre Haski à emmener l’ensemble de la rédac’ aux States pour visionner cette série.
    Dans le 1er épisode, il y a un passage où une jeune journaliste sort son plus beau décolleté pour tenter d’attendrir un homme politique susceptible de faire décoller sa carrière.
    Heureusement pour la suite du scénario, il ne la complimente pas sur ses seins, échappant ainsi à des milliers de twitteuses en colère et à un article féministe sur Rue89. Ouf !
    Sinon, ça part bien.

  • djoik
    djoik
    Revolution
    • Posté à 17h25 le 05/02/2013
    • Internaute 198192
      Revolution

    Perso j’utilise Netflix et Hulu et en France :) JAMAIS de la vie je reviendrais au vieux streaming pourri de M6 TF1 et j’en passe..... On peut autant critiquer les USA mais sur le divertissement c’est les PRO et à bas prix ! pas de crise du disque ni du cinéma chez eux. on devrait peut être prendre exemple !

  • Pierre Serisier
    Pierre Serisier
    Journaliste
    • Posté à 05h52 le 07/02/2013
    • Journaliste 19811
      Journaliste

    Et pour ne rien gâcher, les 13 épisodes sont construits, maîtrisés, avec une très forte tonalité théâtrale. Le coup d’essai est réussi.
    Cela préfigure effectivement la consommation de fictions télévisées de demain. Pas de temps de latence entre la diffusion dans un pays et sa consommation dans un autre. La possibilité de consommer selon ses envies, à son rythme, et non plus en respectant une grille de programmes. Fini les horaires.
    Il n’y a guère que le livre qui offre une telle liberté.

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