La bande du ciné 09/01/2013 à 16h17

« The Master » : Joaquin Phoenix magistral pour son retour à l’écran

Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

Cinq années que Paul Thomas Anderson avait disparu des écrans. Cinq longues années depuis le grandiose « There Will Be Blood » et la logique oscarisation de Daniel Day-Lewis pour son interprétation d’un magnat du pétrole. Le réalisateur californien signe avec « The Master » à la fois son retour en grande pompe et un nouveau chef-d’œuvre.

Maître et élève, de la fascination à la répulsion

L’intrigue prend racine dans l’Amérique de l’après-guerre, celle des soldats qui rentrent traumatisés du front, dépouillés de leurs repères, tentant de se réinsérer dans une société qu’ils ne comprennent plus. Freddie Quell, incarné par Joaquin Phoenix, est l’un d’eux.

Vétéran du Pacifique, ivrogne désabusé et désorienté, ce personnage colérique et sauvage tente de trouver des réponses à ses angoisses. Des réponses qu’il imagine obtenir auprès de Lancaster Dodd, gourou et intellectuel mystique qui, fasciné par la personnalité de Freddie, le prend sous son aile au sein de sa secte.

Entre attraction mutuelle et répulsion, fascination et dégoût, conversion et rédemption, les deux hommes développent une relation puissante, intime, destructrice.

Inspiré par la vie de L. Ron Hubbard, inventeur de la dianétique et fondateur de la Scientologie, le réalisateur réfute néanmoins toute volonté de coller à la réalité et aux codes du biopic.

Le film a été entièrement tourné à la pellicule 65mm, un véritable défi technique qui n’est pas étranger à l’aura crue, râpeuse et authentique qui se dégage de l’œuvre. Chaque scène est pensée, dramatisée et esthétisée à l’extrême. Chaque plan nous renvoie à la figure un constat simple : Paul Thomas Anderson est un cinéaste brillant.


Joaquin Phoenix dans « The Master » (Metropolitan FilmExport)

Un casting à Oscar

Brillant mais prétentieux ? Peut-être. Le réalisateur veut faire de l’art avec un grand « A » et ça se sent. Mais on ne pourra lui nier un talent remarquable et son incroyable sens du come-back. Réussir à réunir Philip Seymour-Hoffman et Joaquin Phoenix à l’écran devrait suffire à justifier le déplacement en salle obscure pour la plupart des cinéphiles.

Un casting judicieux vu l’interprétation grandiose que nous livrent les deux acteurs qui leur a déjà valu d’être récompensés conjointement à Venise de la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.

Fascinant, inquiétant, repoussant, Philipp Seymour Hoffman, déjà oscarisé pour son rôle dans « Truman Capote », crève l’écran sans pourtant parvenir à faire de l’ombre à son partenaire.

Retour triomphal pour Joaquin Phoenix

Car c’est Joaquin Phoenix qui était véritablement attendu au tournant. Après quatre ans d’absence et un « documenteur » (faux documentaire) qui ne s’est pas attiré les louanges des critiques et de la profession, les fans étaient partagés entre excitation et appréhension.

Autant dire que l’acteur porto-ricain balaye d’un revers de main tous les doutes qu’on aurait pu avoir. Son interprétation époustouflante et son engagement dans le rôle lui ont valu le plus beau des compliments de la part du réalisateur qui n’a pas hésité à le comparer à Daniel Day-Lewis.

Après avoir incarné l’Empereur Commodus dans « Gladiator », Johnny Cash dans « Walk the Line » et être devenu l’égérie de James Gray avec qui il travaille sur son prochain film « Nightingale » au côté de Marion Cotillard, l’acteur continue sa montée en puissance qui devrait, à n’en pas douter, lui valoir son premier Oscar cette année. Du moins l’espère-t-on.


Joaquin Phoenix dans « The Master » (© Metropolitan FilmExport)

  • 21734 visites
  • 25 réactions
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  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 16h29 le 09/01/2013
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    Joakin Phoenix est certainement épatant mais l’intérêt vient tout de même de voir un nouveau film de Paul Thomas Anderson, ce que je ferai sans tarder.

    Mais pas avant d’être allé dès ce soir à la projection (MK2 Quai de Seine 20h30) de :
    « AUJOURD’HUI », film d’Alain Gomis, avec la présence de l’artiste qui a contribué à me faire changer de trajectoire professionnelle : Saul Williams (« Slam »)... ! ! !

  • Communisty Manager
    Communisty Manager
    Franc-Tireur
    • Posté à 17h11 le 09/01/2013
    • Internaute 196465
      Franc-Tireur

    Bon, je le téléchargerais.

  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 17h32 le 09/01/2013
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    Joaquin Phoenix a tout de même fait un « coup » étonnant avec son « I’m still here » parce que jouer un rôle de drogué, alcoolique, rappeur 24/24 pendant plus d’un an ...
    Anderson + Phoenix + Hoffman ... à voir très vite ..
    ( c’est Hoffman et non le préfet des boulevards, hossman )

  • J-B
    J-B
    Etudiant. Si si, pour de vrai.
    • Posté à 17h37 le 09/01/2013
    • Internaute 58527
      Etudiant. Si si, pour de vrai.

    « Fascinant, inquiétant, repoussant, Philipp Seymour Hossman, déjà trois fois oscarisé, crève l’écran sans pourtant parvenir à faire de l’ombre à son partenaire. »

    Cette phrase doit être corrigée à la fois sur le fond et la forme.

    • Philippe Vion-Dury
      Philippe Vion-Dury répond à J-B
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 17h41 le 09/01/2013
        rédacteur
      • Journaliste 177031
        Journaliste

      Quel est le problème ?

      • J-B
        J-B répond à Philippe Vion-Dury
        Etudiant. Si si, pour de vrai.
        • Posté à 17h44 le 09/01/2013
        • Internaute 58527
          Etudiant. Si si, pour de vrai.

        Le type s’appelle Philip Seymour Hoffman. Et il n’a été oscarisé qu’une fois.

         
        • Philippe Vion-Dury
          Philippe Vion-Dury répond à J-B
          Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
          • Posté à 18h15 le 09/01/2013
            rédacteur
          • Journaliste 177031
            Journaliste

          Arg, nominé deux fois et oscarisé une fois... Le nom c’était une faute de frappe

          • KASAP12
            KASAP12 répond à Philippe Vion-Dury
            sdf
            • Posté à 18h35 le 09/01/2013
            • Internaute 196380
              sdf

            vous l’avez visionné dans quel salle ? sous quel format, s’il vous plaît ?

        2 autres commentaires
      • Endeur
        Endeur répond à Philippe Vion-Dury
        insulaire continental
        • Posté à 18h00 le 09/01/2013
        • Internaute 197078
          insulaire continental

        « Fascinant, inquiétant, repoussant, Philipp Seymour Hossman, déjà trois fois oscarisé, “ petite faute de frappe (le nom était bien écrit au dessus) ; et bien qu’ayant été nominé 3 fois pour l’oscar du meilleur acteur il ne l’a obtenu qu’une seule fois. Bien qu’un peu péremptoire son assertion est juste je crois.

         
        • KASAP12
          KASAP12 répond à Endeur
          sdf
          • Posté à 18h09 le 09/01/2013
          • Internaute 196380
            sdf

          il y a un Hoss...mais c’est Off.

        1 autres commentaires
  • Borya
    Borya
    ...
    • Posté à 20h09 le 09/01/2013
    • Internaute 193491
      ...

    « Mais on ne pourra lui nier un talent remarquable et son incroyable sens du come-back. »

    Le terme « come-back » me semble assez inapproprié, même si Clint Eastwood ou Woody Allen en font 4 ou 5 dans le même laps de temps, c’est son rythme de croisière normal depuis Punch Drunck Love.

    Et Joaquim Phoenix , bien que né à San Juan, n’est pas du tout porto-ricain. Il est simplement américain, comme ses parents et plutôt d’origine russe par sa mère.

    Sinon, l’article laisse à penser que vous ne l’avez pas vraiment vu, en tout cas j’aurais préféré une analyse un peu plus personnelle.

  • Hélène Crié-Wiesner
    • Posté à 20h51 le 09/01/2013
    • Internaute 57
      Binationale

    J’ai vu le film aux Etats-Unis à l’automne, et... je me suis un peu ennuyée. La performance d’acteur, c’est bien, mais pour un film de cette longueur, on a aussi envie qu’il se passe quelque chose. L’action est... euh... floue et lente. Bref, ultra déçue !

    • Racaille la Rouge
      • Posté à 22h19 le 09/01/2013
      • 174747
        zig-zag

      La bande annonce ne donne pas trés envie non plus....mais bon vu la misére des sortie cette semaine ...allez voir « les habitants “film exellent qui n’a pas la chance d’avoir un grand distributeur comme le navet Maniac.

      • margot
        • Posté à 08h05 le 10/01/2013
        • Internaute 10060

        Et Foxfire, pas mal du tout.

         
        • Racaille la Rouge
          Racaille la Rouge répond à margot
          zig-zag
          • Posté à 14h26 le 10/01/2013
          • 174747
            zig-zag

          Oui actrices épatantes, je suis une fan de J.Carol.Oates et je ne comprenais pas que c’est livres n’inspirent pas plus de réalisateurs...

        1 autres commentaires
      • PIT LE CHIEN
        PIT LE CHIEN répond à Racaille la Rouge
        Wouaooouh!
        • Posté à 10h07 le 10/01/2013
        • Internaute 25924
          Wouaooouh!

        « Les habitants » est un classique qui ressort régulièrement depuis 20 ans
        et, oui, il faut le revoir. Charmant mais bien grinçant, il n’a pas vieilli.

        Si je peux me permettre une suggestion, voir sans tarder (car pas un très grand circuit de distribution) le nouveau film d’Alain GOMIS :
        « AUJOURD’HUI »
        avec l’immense Saul WILLIAMS , déambulant silencieux et paisible dans Dakar, ville sonore, bruyante , pour le dernier jour de sa vie...
        Un rôle magnifique, émouvant, irradiant comme le film.
        Idée brillante, scénario maitrisé. Emotions et rêves garantis.

  • asozial
    asozial
    Bobo Hipster from Gentrified (...)
    • Posté à 00h11 le 10/01/2013
    • Internaute 2273
      Bobo Hipster from Gentrified (...)

    désolé de faire le chieur de service, mais mon adblock n’était pas actualisé et j’ai vu une pub pour ce film sur le site de Rue89... comment faire dès lors confiance à une critique positive ?

    • simla
      simla répond à asozial
      desperate housewife
      • Posté à 01h16 le 10/01/2013
      • Internaute 164811
        desperate housewife

      Je lis les critiques du Canard, en général elles sont fiables.

    • Philippe Vion-Dury
      Philippe Vion-Dury répond à asozial
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 10h26 le 10/01/2013
        rédacteur
      • Journaliste 177031
        Journaliste

      Nous sommes tous des vendus. Sinon allez voir le film et dites nous si vous avez partagé mon avis.

  • The Corpse Grinders
    The Corpse Grinders
    Cannibale Furax
    • Posté à 07h50 le 10/01/2013
    • 183627
      Cannibale Furax

    PTA ne manque pas de talent, mais il est un peu emphatique, ou du moins ses acteurs sous son aimable pression.

    • Philippe Vion-Dury
      Philippe Vion-Dury répond à The Corpse Grinders
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 10h27 le 10/01/2013
        rédacteur
      • Journaliste 177031
        Journaliste

      C’est vrai que la mise en scène est toujours un peu emphatique et dramatisée à l’extrême (comme souligné dans la critique). Mais à mon avis ça sert le propos, et si ça peut sembler un peu prétentieux c’est toujours fait à mon sens dans les limites requises pour éviter les cliché ou le ridicule.

      • The Corpse Grinders
        The Corpse Grinders répond à Philippe Vion-Dury
        Cannibale Furax
        • Posté à 10h35 le 10/01/2013
        • 183627
          Cannibale Furax

        J’ai revu il y a peu There will be blood. Day Lewis en fait des caisses, ça passe mieux au cinéma je pense, question d’ambiance. Ceci dit, j’ai bien envie d’aller le voir.

         
        • Lemmy_Nothor
          Lemmy_Nothor répond à The Corpse Grinders
          Aintgonnaworkformaggiesfarm
          • Posté à 11h32 le 11/01/2013
          • Internaute 12434
            Aintgonnaworkformaggiesfarm

          Justement....tout le problème est la. Un film c’est fait pour être vu sur un écran géant, dans une salle immense, pas dans un carré de cinq centimètres par cinq sur un écran d’ordi. Même pas sur une télé, en fait surtout pas sur une télé.
          Ill faut être envahi par l’image, qu’elle nous enveloppe complètement, il faut s’y perdre. Ça c’est impossible ailleurs que dans une salle de ciné toute noire.
          Et en plus si le film est tourné en 70mm.....
          Quand j’étais môme j’avais été voir Lawrence d’Arabie à sa sortie, sur un écran Cinerama.....après quelques minutes de scènes dans le désert, t’avais soif. Et DErzu Ouzala.....dans une salle équipée 70mm.....la chair de poule que ça donne.

        1 autres commentaires
      • Philippe Vion-Dury
        Philippe Vion-Dury répond à Philippe Vion-Dury
        Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
        • Posté à 11h21 le 10/01/2013
          rédacteur
        • Journaliste 177031
          Journaliste

        J’ai vraiment trouvé Day-Lewis incroyable personnellement. Après oui ce sont tous deux des films à ambiance, la puissance n’en est que plus forte au ciné.

  • margot
    • Posté à 08h04 le 10/01/2013
    • Internaute 10060

    Merci pour le résumé, parce qu’ayant vu la bande-annonce avant FoxFire je n’avais strictement rien compris au sujet du film. Jamais vu une BA aussi incohérente, ça ne donnait pas du tout envie.

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