Tribune 09/01/2013 à 12h36

Financement public du cinéma : des critiques dangereuses

Olivier Amiel | Avocat

Tribune

En prenant comme prétexte le cas de l’exil fiscal de Gérard Depardieu, les critiques tous azimuts contre le système de financement public du cinéma en France risquent d’avoir l’effet pervers et dangereux d’affaiblir un élément essentiel de notre politique culturelle.

Il s’agit pourtant d’un sujet assez singulier en politique française, qui fait l’objet d’un rare et continu consensus du rapport Guy de Carmoy en 1936 et de la loi vichyste (mais validée à la Libération) du 19 mai 1941 ; en passant par les ministères Malraux ou Lang, et jusqu’aux dispositions les plus récentes, aucun gouvernement français n’a imaginé remettre en cause notre modèle de financement public du cinéma.

Au contraire, le système a toujours été confirmé depuis l’acte fondateur le plus emblématique du mécanisme d’aides « à la française », qui trouve son origine avec les accords Blum-Byrnes du 28 mai 1946 : Léon Blum, délégué français à l’Unesco, obtient du secrétaire d’Etat américain James Francis Byrnes des facilités de paiement de la dette française contre la fin du contingentement des œuvres cinématographiques de Hollywood.

Le résultat aurait pu être dramatique pour le cinéma français, comme ce fut d’ailleurs le cas chez nombre de nos voisins – qui en subissent encore les conséquences aujourd’hui –, mais c’est justement en réaction à ce nouveau contexte d’arrivée massive de films américains que la décision fut prise de consolider notre système d’aides par la loi de 1953 et les décrets de 1956 et 1959.

Défendre la « diversité culturelle »

L’aide publique au cinéma en France résulte d’un montage astucieux et vertueux : un « autofinancement » du secteur par le biais d’une taxe sur les entrées en salle, complétée par une taxe sur les chaînes de télévision et aujourd’hui sur les fournisseurs d’accès Internet. Ainsi, les succès de productions cinématographiques audiovisuelles (hollywoodiennes comprises) en salle ou à la télévision ont permis le financement par l’Etat de films français et désormais européens ou de pays tiers.

Si le but était de défendre une industrie en danger au lancement du mécanisme, la justification du système s’est complétée sur le terrain de la politique artistique et culturelle. Le risque évident d’une globalisation de la culture dans son aspect audiovisuel a obligé les Européens à défendre la « diversité culturelle » : ces biens ne peuvent pas être considérés comme des marchandises soumises aux règles classiques du libéralisme économique, afin de maintenir une pluralité des images diffusées.

Cette règle fut longtemps considérée comme un prétexte égoïste à une protection juridique de leur seule cinématographie. Les Européens (et la France notamment, par le biais de son Centre national de la cinématographie) ont fait un effort considérable afin de faire en sorte que la diversité culturelle permette certes de protéger ses propres industries culturelles, mais également l’essor et la sauvegarde de celles de pays en difficulté et incapables d’agir seuls. Une nécessaire solidarité internationale, que prévoit d’ailleurs la convention de l’Unesco de 2005.

« Idiots utiles »

En s’en prenant aujourd’hui au financement public du cinéma français, quelques acteurs culturels jouent le rôle des « idiots utiles » de la Commission européenne, qui a décidé récemment de revenir sur les critères de territorialités en vigueur, notamment en France, et ce au nom du principe de libre concurrence.

Pire, ils font le jeu des majors hollywoodiennes et de leur puissant lobby, qui avait atténué ses attaques contre nos systèmes d’aides européens en raison de la recherche d’une coopération sur le problème principal qu’est actuellement le piratage.

L’image a toujours été un vecteur de projection et de transmission « de soi » pour les êtres humains, depuis les dessins rupestres et les peintures pariétales. Le cinéma a aujourd’hui cette même mission qui oblige à la sauvegarde de sa pluralité, et il s’agit d’un enjeu de civilisation à ne pas négliger.

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  • Rhesus K
    Rhesus K
    outrée l'outre!
    • Posté à 13h29 le 09/01/2013
    • Internaute 194199
      outrée l'outre!

    Je reprendrai ce que je disais au scénariste qui se plaignait de ses conditions économico-créatrices de travail, mettant ça sur le dos de ses employeurs,et demandant qu’on le soutienne : ce serait bien que ’le-cinéma-français’ nous serve des films qui n’ont pas l’air de sortir des succursales de la sécurité sociale (pardon pour les honnêtes salariés de la sécu, que je ne vise pas personnellement, mais bon, ils ne sont pas réputés être les plus ’compétitifs’, et c’est très bien pour ce qu’ils ont à faire). C’est d’un niveau consternant, de plus en plus patatplouf-ploum, des montages mous et autocomplaisants, des acteurs monocordes et constipés, des scripts indigestes, une inventivité quasi-nulle. Il y a des exceptions comme toujours (ah merci audiard d’avoir fait un fils enfin présentable, puisque l’héritage de la fonction semble être la voie royale de recrutement des personnels, comme au bon vieux temps des aristos), mais la moyenne se tasse toujours plus, les plus turbulents ne s’en sortant qu’à coups de ’scènes de viol comme en a jamais vues’ et autres outrances graphiques. Aussi, je n’ai rien contre les arguments qui défendent les modes de financement publics, sauf que j’ai du mal à voir l’administration compétente pour ce genre de matériel, et que bon an mal an, l’argent public génère un lot de parasitages qui détournent autant d’argent qu’il n’y en a qui atteint son but.

    Quant au syndrôme de sécurité, et ce qu’il engendre comme vibrations contraires à tout esprit créateur qui se respecte, c’est du bon sens banal.

    • spartak
      spartak répond à Rhesus K
      (comité libertaire lyophilisé)
      • Posté à 16h12 le 09/01/2013
      • Internaute 84113
        (comité libertaire lyophilisé)

      « ce serait bien que ’le-cinéma-français’ nous serve des films qui n’ont pas l’air de sortir des succursales de la sécurité sociale »

      Bien d’accord, nous regardions justement la bande-annonce du dernier Tarantino avec madame l’autre soir et on s’est dit : « tiens, quand ça passera sur canal, ça nous changera un peu des films ou Sandrine Bonnaire est une libraire qui se fait larguer, ou avec Isabelle Huppert qui est une éditrice qui ne sait pas si elle se fait sauter ou non »

      • femur
        femur répond à spartak
        agent subversif
        • Posté à 01h29 le 11/01/2013
        • Internaute 120352
          agent subversif

        Sauf que Tarantino il commence à mettre de ces acteurs/trices « pataplouf-plan-plan » français dans ses films...et c’est la cata.

        Franchement, Mélanie Laurent et son comparse Jacky Ido dans Inglorious Basterds (qui n’est déjà pas une réussite à une échelle plus globale) « jouent » littéralement comme des pieds...J’ai cru à une blague, échange de regards interloqués avec ma compagne de visionnage, mais en fait non, on n’avait pas zappé par mégarde sur « plus belle la vie »...

        Le plus obscur second rôle de série moisie américaine est plus convaincant que ceux qu’on érige comme la fine fleur du cinéma français. C’est affolant. J’ignore si le problème se situe au niveau de la formation des comédiens, mais il y a clairement un souci.

         
        • simla
          simla répond à femur
          desperate housewife
          • Posté à 06h19 le 11/01/2013
          • Internaute 164811
            desperate housewife

          C’est vrai que dans le dernier Tarentino, pas génial mais pas nul non plus, Laurent était vraiment bidon !

          Tout à fait d’accord avec votre analyse...nos acteurs sont vraiment médiocres pour la plupart...surtout ceux qui sont sur le devant de la scène en permanence..on les voit aussi beaucoup trop !

        1 autres commentaires
  • J-B
    J-B
    Etudiant. Si si, pour de vrai.
    • Posté à 15h11 le 09/01/2013
    • Internaute 58527
      Etudiant. Si si, pour de vrai.

    Les scandinaves, les britishs et tant d’autres en Europe ont une production audiovisuelle (TV et/ou cinéma) qui n’a rien à envier à la notre.

    Et je ne me sens pas menacé culturellement par eux.

    Donc selon moi, il serait grand temps de construire l’Europe de l’entertainment. Quitte à ce que ça secoue le microcosme parisien sous perfusion du CNC.

    • Buabilion
      Buabilion répond à J-B
      • Posté à 18h22 le 09/01/2013
      • 183666

      De l’entertainment, en France, il n’y a plus que ça. Fut un temps, c’était l’inverse et on était gavés de verbiages à la française. On passe d’un excès à l’autre...
      Comme l’a écrit Creveseur dans la tribune d’Olivier Levallois (Les acteurs français sont trop payés, les scénaristes pas assez) : « [...] Comme dans le journalisme qui fournit au lecteur ce qu’elle pense qu’il veut lire, les chaînes de télé fournissent au spectateur ce qu’elles présument qu’il aime voir. Elles ne lui offrent plus de surprise. Elles n’inventent pas pour lui.
      Le jour où on procèdera enfin dans l’autre sens, en créant, en proposant des choses, quitte à essuyer des échecs, on trouvera de plus jolies choses à la Tv. »
      Cette prise de risque, le CNC est là pour l’accompagner et c’est aux producteurs de changer leur manière d’envisager la création audiovisuelle, si on veut de l’enthousiasmant. On a bien besoin de ce souffle-là en ce moment.
      Sachez aussi que ce système est envié par ailleurs.

      • OAO
        OAO répond à Buabilion
        Ce qui ne se voit pas
        • Posté à 01h51 le 11/01/2013
        • Internaute 82674
          Ce qui ne se voit pas

        > Sachez aussi que ce système est envié par ailleurs.

        De l’argent qui tombe du ciel (pardon, des impôts), j’imagine bien que c’est envié. La question est par qui, ce système est sûrement plus envié par les cinéastes sur le retour que par les contribuables spectateurs.

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à J-B
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 13h15 le 10/01/2013
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      L’Europe cinématographique est construite.
      Elle existe grâce à Eurimage et ses mécanismes de financement inspirés des notres.
      Les anglais également ont beaucoup redynamisé leur industrie qui était quasiment moribonde à la fin des années 80 grâce au crédit d’impôt, qui est aujourd’hui en vogue chez nous.

  • luminalbe
    luminalbe
    L'inconnu n'est pas dangereux, (...)
    • Posté à 17h41 le 09/01/2013
    • Internaute 68745
      L'inconnu n'est pas dangereux, (...)

    Heu, j’ai loupé quelque chose ?
    Non, ce n’est pas le financement public que l’on met en cause, c’est la gestion de cet argent qui est en cause, et aussi la mauvaise compréhension du « promouvoir la culture française » argument dont le CNC avance pour financer tel ou tel daube.
    Promouvoir la créativité, l’inventivité, la nouveauté, la surprise et non pas l’infertilité, le vide, les clichés, la banalité. « Promouvoir la culture française » c’est abstrait comme concept et on peut l’interpréter comme on veut. Cette interprétation déformée fait que l’on voit des daubes financées par le CNC.
    Pareil dans le monde des livres, CNL finance le « politiquement correct », ceux qui rentre dans la moule.
    POur revenir, c’est la gestion de ce financement qui est critiquée depuis un bon moment sur la toile, et non pas le financement en lui-même.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h45 le 09/01/2013
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    je croyais que les aides devaient surtout aider justement à l’émergence de nouveaux réalisateurs en favorisant les co-productions. Or les gros pontes connus et reconnus squeezent les aides. Sauver le cinéma, c’est aussi lui permettre d’exister sur la durée et de se renouveler.

  • LG240
    • Posté à 08h37 le 10/01/2013
    • Internaute 23978

    Il est logique que si une partie du monde du cinéma français trouve intelligent de calquer son mode de fonctionnement sur celui de la finance (socialisation des pertes, privatisation des profits et mépris des braves cons qui financent tout ça), il s’attire le même type de réactions (« on ne veut plus payer »).
    Le financement public du cinéma français est légitime si il permet la survie d’une industrie qui permette à tous ses membres d’en vivre plus ou moins dignement. Or aujourd’hui le cinéma français, c’est un noyau (souvent composé de fils ou fille de) surpayé et une masse sous ou pas payée. Le tout pour une qualité que l’on peut effectivement juger assez décevante. Si en plus le noyau surpayé se torche avec la solidarité nationale, je ne vois aucune raison de soutenir ce système.

  • Clockclock
    Clockclock
    éleveur de poules de combat
    • Posté à 11h18 le 10/01/2013
    • Internaute 117094
      éleveur de poules de combat

    Certes les subventions c’est très bien mais en France on est passés pros dans l’art de pervertir les lois sociales, bases même d’une identité politique et philosophique.
    Or comme pour la PAC dont Nestlé est le principal bénéficiaire, il sera plus facile d’obtenir 2 millions de la part de TF1 (les chaîne françaises sont obligées de financer une certain nombre de films) avec Cassel ou Lyndon sur l’affiche même si le budget double, que demander 500 000 a canal, sans tête d’affiche,même si le budget total est d’1 million.Du coup c’est facile pour un agent qui vit de ses commissions d’imposer ses tarifs.Et un producteur préfère prendre 10 % de 8 millions que de 6.Donc tant que les producteurs seront contents ça ira.Mais ils ne sont plus contents,maintenant certains veulent mettre tous les techniciens à 500 euros la semaine alors que c’est ce que coûte le 1/4 d’h que Depardieu va passer au chiottes avant de commencer à tourner.
    Mais la vie c’est comme ça et quand on aura enfin une majorité de producteurs plus intéressés par le cinéma que leur commission,des acteurs et des techniciens payés à leur juste valeur,on aura un cinéma compétitif et intéressant.Mais si les gens arrêtaient d’aller voir des bouses à 20 millions voire 60 pour Astérix il n’y aurait plus Dany Boon payé 600 000 euros pour quelques minutes.Mais bon, le public est sado-maso.

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à Clockclock
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 13h18 le 10/01/2013
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Il ne reste plus qu’à changer le public.

      • trouble fêtes
        trouble fêtes répond à C. Creseveur
        aconforme
        • Posté à 19h39 le 10/01/2013
        • Internaute 156689
          aconforme

        Le spectateur, car le public c’est le citoyen de ré-publique et les films le changent...
        Alors que les États-Unis s’accorde 17 % de produits violents, la France (achetant des « packs » U. S. !) s’en offre 46 % - dont elle inonde les parts de cerveaux disponibles de son public !
        D’autant plus, que le « message » des « écrans de la violence » c’est :
        1 - le droit et la loi ne comptent pas
        2 - l’autre est un ennemi potentiel
        3 - les individus ne peuvent se fier qu’à eux-mêmes (et - bizarrement - aux « écrans de la violence ! ! !)
        En sont complètement absents :
        1 - les solutions non violentes
        2 - l’entraide et la solidarité
        3 - les femmes, sauf comme victimes ou symboles sexuelles
        Au lieu des valeurs démocratiques comme respect de soi et de l’autre, discussion, écoute, tolérance, le “message’ des ‘écrans de la violence’ pousse au manichéisme puéril (les bons’ et les méchants’, l’axe du bien et du mal, etc), à la soumission à la loi du plus fort et à toutes les intolérances : bref, à la destruction quotidienne de la démocratie.’ -(enjeux économiques et responsabilités sociales) de Divina Frau-Meigs et Sophie Jehel, chez Economica.

        Les images comme les mots sont des concepts opérationnels...

         
        • Racaille la Rouge
          Racaille la Rouge répond à trouble fêtes
          zig-zag
          • Posté à 12h45 le 11/01/2013
          • 174747
            zig-zag

          De toutes façon les producteurs Ici ou au USA sont devenu des épiciers dont le cinéma est le cadet de leur soucis(sauf indépendants),quant au coût publicitaire de certaine daube c’est une façon de récupérer sa mise...Les critiques outre leur manque de point de vue et d’analyse s’arrangent pour ne pas trop contrarier dans le marigo du cinéma Français et des annonceurs ,un bon critique paye sa place(ou a un pass)Au ciné en plus des pubs commerciales il faut maintenant ce taper la pub du distributeur ou du diffuseurs.Je pense que nous ne savons pas grand chose de tous ces montages financiers et pseudo-sponsors.C’est pas pour rien que le cinéma Iranien est en ce moment le meilleur ...Il faut choisir : banquier ou créateur,il semble que certains Français est fait leurs choix derniérement. J’aimerai savoir ce qu’en pense JLG ....trop pertinent pour qu’on l’entende beaucoup mais à sa disparition nous aurons droit a tous les hommages dégoulinant comme avec C Marker. ’La grande famille du cinéma’ a toujours été en grande majorité du coté du pouvoir.

        1 autres commentaires
  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 14h15 le 10/01/2013
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Si je peux me permettre, dire que le financement public a fait consensus à travers les époques est plutôt inexact.
    L’intervention de l’Etat s’est d’abord révélée comme une nécessité impérieuse pour réguler une profession qui n’y parvenait pas elle-même.
    Le rapport Carmoy soulevait les difficultés qu’il y avait à financer les films faute de connaître le nombre d’entrées exactes, donc de recettes. A l’époque il n’y avait pas de billeterie. Ainsi il était impossible d’anticiper les recettes, donc de mobiliser des fonds pour le tournage. La production était de fait réservée à des gens fortunés, capables d’apporter au moins 75% du budget, le reste venant des distributeurs.
    En 44, les banquiers ont obtenu la création du registre public de la cinématographie, avancée primordiale, puisqu’elle permettait la publicité des actes de nantissement (montant des emprunts et des gages accordés en contrepartie, et ordre des créanciers).
    Le RPCA existe toujours. C’est grâce à lui que vous pouvez savoir, si cela vous chante, combien a réellement coûté un film, et qui a payé quoi.
    Dans les années 50 les lois de soutien au financement du cinéma (FDIC ; accords de copro francos-italiens) n’étaient que des lois temporaires parce que les libéraux ne supportaient pas l’idée qu’on subventionne durablement une activité.
    Seulement les mécanismes d’encadrement et de soutien qui se sont améliorés, ont bien eu la vertu de rassurer les financiers, sans lesquels aucun film n’aurait pu se faire.
    Quand Malraux a dit « le cinéma est un art et une industrie » il n’a pas tout dit mais presque.
    Un film c’est très cher. Et pour le réaliser il faut convaincre des gens de mettre de l’argent dessus sans avoir la moindre idée des recettes qu’ils peuvent espérer.
    Les gens critiquent beaucoup, mais je n’en connaîs pas beaucoup qui aventureraient leurs économies sur un projet, quand bien même ce serait le dernier Besson.
    Alors c’est peut-être triste, mais il n’est pas incohérent que cette industrie se rassure avec des affiches, des stéréotypes d’écriture.

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 22h04 le 10/01/2013
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    Moi je n’y crois tellement plus que je n’en ai vu qu’un seul de francais l’année dernière . Tres bien d’ailleurs . Mais l’exception donc. Et j’ai du en manquer un ou deux on dira ..
    Et c’est pas par radinerie ou par flemme de sortir hein ,j’aurais pu en télécharger..
    Et vous ?
    Lien

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 22h54 le 10/01/2013
    • Internaute 45067
      Littéral

    Ce plaidoyer pour le maintien de l’état français d’exception culturelle est mal inspiré  :
    La critique de l’idéologie d’inspiration fasciste de l’exception culturelle ne serait pas bienvenue du tout puisqu’elle remettrait en cause un consensus historique et politique, en somme, l’exception culturelle serait profondément «  patriotique  ». Et cela suffirait pour tout garder en l’état et surtout ne rien dire.
         Pas de critique.
         Pas de débat.
         Pas de démocratie.

    Très tôt, les états ont voulu contrôler les médias de masse, et particulièrement les états européens. Aussi, dès le début des années 30, ce que ne rappelle pas l’auteur de l’article, un système de financement par l’état est institué sous forme d’un établissement financier public qui prêta de l’argent aux producteurs français.
    Les sommes avancées n’ont jamais été remboursées et il a fallu renoncer à ce système qui avait été condamné à la ruine.
    D’où le rapport de Guy de Carmoy qui est resté sans suite jusqu’à l’avènement au pouvoir de l’ex-maréchal Pétain qui instaura le CNC et a promulgué l’interdiction de projection des films américains.

    Qu’est-ce que le système d’aide au financement du cinéma en France aujourd’hui, sinon un système corporatiste et clientéliste qui soumet la création à un organisme sous tutelle d’un ministère donc sous la tutelle du gouvernement.

    Quelle est la réalité économique du cinéma français  ? un petit nombre d’acteurs privés en concertation permanente avec les pouvoirs obtient sans coup férir des subventions qui proviennent de taxes payés par les spectateurs, les télévisions et les opérateurs de réseaux.
    Ainsi le risque inhérent à l’économie difficile du divertissement et de la culture est en partie effacé par ce soutien dont on prétend qu’il permet la diversité culturelle.

    L’effet d’aubaine est saisissant qui démontre que le coût d’un film français est bien plus élevé que le coût d’un film produit ailleurs dans l’UE.
    Ce qu’on appelle diversité culturelle ne signifie rien d’autre qu’il y a des films qui ne sont pas produits aux USA.

    La plupart des films français singent jusqu’à l’écœurement la production ordinaire d’Hollywood ou on nous donne à voir des films de divertissement pour le plus grand nombre. La diversité se réduit à l’estampillage  : film produit en France avec le soutien du CNC

    Ce soi-disant label n’est en rien gage de qualité ni même de différence avec la production nord-américaine. Car jamais la création cinématographique française n’a été aussi peu inspirée, insipide et indigente.

    La promiscuité de l’industrie du divertissement et de l’information et des politiques est un scandale qui ne provoque pas de réaction particulière dans une république où la corruption est banalisée.

    Il n’a jamais été aussi urgent de mettre fin à l’état d’exception culturelle qui en 30 ans a éteint le rayonnement de la civilisation française à l’étranger.

    Mais le train de réforme qu’il faudrait entreprendre est tel qu’on ne peut rien espérer.

    Après une réorganisation du système bancaire français et la création d’institutions bancaires en capacté de financer l’économie le système de taxe pourrait alimenter un fond de garantie qui atténuerait les risques de la production.

    Il n’y aurait ainsi plus de tiers médiateur représentant des partis de gouvernements ni de lobbyistes des intérêts particuliers, ni corporatisme.

    Mais que l’auteur de l’article ne s’inquiète pas, le ministre de la culture Aurélie Filipetti est revenue de ses vacances à l’ile Maurice en criant bien fort les slogans de l’arrogant petit monde de la culture française.
    Elle va se battre comme une «  lionne  » contre les ultra-libéraux pro-américains de Bruxelles qui voient d’un mauvais œil les arrangements mondains du cinéma français tellement diversifié mais si farouche défenseur de ses intérêts tellement particuliers.

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à egide
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 12h16 le 11/01/2013
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Pas tout à fait. Dans les années 30 c’est le Crédit National qui prêtait de l’argent aux producteurs. Il le prêtait sur des fonds avancés par l’Etat, et le Crédit national était très scrupuleux.
      Le problème avec le CN c’est qu’il n’offrait aucun effet de levier : pour 1€ avancé par l’Etat, il ne prêtait qu’1€. Donc il ne permettait pas de financer grand chose et son activité s’est rapidement réduite.

      Pour ce qui est du CNC, il ne s’agit pas comme vous le présumez d’un genre officine sournoise, qui redistribuerait entre soi l’argent volé au contribuable et aux spectateurs.
      Les aides sont octroyées par des commissions indépendantes et renouvelées chaque années, et ce ne sont pas toujours les mêmes qui les obtiennent. Pour ma part j’ai obtenu des aides dans des sections différentes (animation / fiction) sans être ni connu, ni pistonné, ni fils de.
      Naturellement quand on est longtemps dans un métier on finit par ne plus être un anonyme, et il arrive que des membres des commissions ne vous soient pas inconnus. Mais ça ne vous garantit pas l’octroi d’une aide.
      Ca n’a pas toujours été le cas, c’est vrai. Mais on est loin de l’époque où un BHL s’arrangeait avec Robbe-Grillet, façon tu me pousses un roman, je te pousses un avance sur recette !

      Enfin on en déjà discuté, mais contrairement à vous je ne crois pas que l’abandon de l’exception culturelle soit une bonne chose. Ce serait le meilleur moyen de se faire définitivement occire par le cinéma américain. Mais c’est peut-être ce que vous souhaitez ?

      • egide
        egide répond à C. Creseveur
        Littéral
        • Posté à 16h52 le 11/01/2013
        • Internaute 45067
          Littéral

        Comme je l’ai déjà dit l’exception culturelle est une idéologie pernicieuse, nationaliste et d’inspiration fasciste.
        L’industrie américaine est déjà très dominante et l’exception culturelle profite à des acteurs français qui tirent un grand bénéfice de la distribution des films américains et qui ont réussi à obtenir des aides de l’état pour les investissement d’infrastructure des salles qui ont été numérisées par exemple.

        Dans mon commentaire précédent, je n’ai pas seulement critiqué le système d’aide et l’entremise spécieuse de l’état, j’ai proposé des pistes de solutions et qui consisterait à créer un fond qui permettrait d’assurer les risques de production. Un peu comme le fait la COFACE qui aide les entreprises françaises à l’export.

        Mais cette réforme du système bancaire n’est pas à l’ordre du jour ni du PS ni de l’UMP qui ne renonceront jamais au clientélisme.

         
        • C. Creseveur
          C. Creseveur répond à egide
          D'actualité, de dessin surtout
          • Posté à 18h46 le 11/01/2013
          • Internaute 7715
            D'actualité, de dessin surtout

          Vous avez raison cette réforme n’est pas à l’ordre du jour, puisque ce fond existe déjà. Il s’appelle l’IFCIC. Il a été créé dans les années 80 sous l’impulsion de Jack Lang pour contre-garantir les emprunts effectués auprès des établissements financiers spécialisés (Coficiné, cofiloisirs, entre autre).

          • egide
            egide répond à C. Creseveur
            Littéral
            • Posté à 00h25 le 12/01/2013
            • Internaute 45067
              Littéral

            Si l’IFCIC est un établissement de garantie qui correspond à ce que j’ai décrit, sa dotation est insuffisante pour couvrir les investissements cinématographiques.
            L’IFCIC est à la disposition des banques pour tout projet culturel et pas seulement pour le cinéma.

            Cependant les établissements financiers dont ceux que vous citez ne sont pas la hauteur des investissements nécessaires à l’industrie culturelle et c’est bien à une réforme bancaire qu’il faut s’atteler pour mettre fin au sous-investissement chronique de l’économie française

            En 2003 Natixis Coficiné a prêté pour 340 millions d’€ en partie contre garantis par l’IFCIC. La production totale était de
            1,155 milliards d’€. Pour une couverture de 29.5 %. Un peu court d’où sans doute le recours aux subventions financées par les taxes.

            Je ne dispose pas de statistiques plus récentes. Peut-être que vous ?

            • C. Creseveur
              C. Creseveur répond à egide
              D'actualité, de dessin surtout
              • Posté à 12h59 le 12/01/2013
              • Internaute 7715
                D'actualité, de dessin surtout

              J’ai un peu de mal à vous suivre Egide.
              Les établissements bancaires dont vous parlez sont des établissements privés.
              Ils investissent autant que bon leur semble, et que leurs moyens leurs permettent, non ?
              L’Ifcic est en revanche à dotation publique, comme l’était jadis le Crédit National.
              Alors d’un côté vous critiquez l’interventionnisme de l’Etat que vous qualifiez de fascisant, et de l’autre vous estimez que le fonds de l’Ifcic ne serait pas suffisamment abondé !

              Nonobstant quoi il est vrai que l’un des problèmes de l’Ifcic est qu’il a toujours été insuffisamment doté. Il a même failli mourir prématurément à cause des « Amants du pont-neuf » le film de Carax qui l’avait brutalement mis à contribution.

        3 autres commentaires
    • Racaille la Rouge
      Racaille la Rouge répond à egide
      zig-zag
      • Posté à 13h11 le 11/01/2013
      • 174747
        zig-zag

      A l’ ile maurice ,les seychelles,la Nlle Calédonnie tous ces départements Français hors de prix pour rester entre soit...loin de la populace

  • simla
    simla
    desperate housewife
    • Posté à 06h21 le 11/01/2013
    • Internaute 164811
      desperate housewife

    Vu les daubes produites et les acteurs vraiment très moyens qui apparemment se goinfrent littéralement (j’ai halluciné en lisant le montant de leurs cachets !) inutile de subventionner de cette façon le cinéma français.

    Vraiment, que d’argent gâché..enfin, pas pour tout le monde !

  • d'outre-tombe
    d'outre-tombe
    zombie
    • Posté à 10h22 le 11/01/2013
    • Internaute 196892
      zombie

    Ce qui est dangereux c’est de subventionner ad vitam aeternam des activités superflues. Tout l’argent public dépensé dans le cinéma ne va pas à l’éducation, la recherche, la police, la justice...

    • egide
      egide répond à d'outre-tombe
      Littéral
      • Posté à 19h19 le 11/01/2013
      • Internaute 45067
        Littéral

      Si la taxe rend les recettes fond public, l’argent ainsi récupéré l’est dans le secteur économique concerné.
      En aucun cas ces taxes ne doivent être intégrées au budget de l’état.

  • Mr Manatane
    Mr Manatane
    Travailleur
    • Posté à 17h29 le 11/01/2013
    • 185584
      Travailleur

    Le plus incroyable, c’est que le cinéma français fonctionne exactement comme le système ultracapitaliste que la plupart de ces gens disent excecrer (voire le ridicule Le capital de costa gavras) : on ponctionne le peuple dans tous les sens (redevance, taxe copie sur les supports, taxe sur les places de ciné...) pour nourrir une aristocratie (acteurs, réalisteurs, producteurs) surpayée et qui se refile le magot de génération en génération (aucun milieu n’est autant gangréné par le népotisme que le cinéma en france).

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