Kiblind Magazine 12/12/2012 à 16h26

Petite histoire du petit mineur de Médiavision

Kiblind Magazine"

Jean Tourette



Le petit mineur de Médiavision (Albert Champeaux)

Un petit personnage souriant lance son pic dans une cible au rythme d’une ritournelle entêtante. Tout le monde le connaît. Tout le monde s’attend à ce qu’il tape dans le mille, pour faire apparaître à l’envers les derniers chiffres invariables d’un numéro de téléphone inconsciemment mémorisé de longue date. Et tout le monde l’aime bien, parce qu’il provoque à chaque fois le même réflexe pavlovien associé à un moment de plaisir proche : le film va commencer.

Icône et égérie de Médiavision, ce petit mineur adresse sans un mot son message aux annonceurs publicitaires des salles obscures :

« Avec Médiavision, vous tapez dans le mille ! »

Un message simple et efficace qui se propage bien au-delà de la cible justement, puisque tout cinéphile a déjà eu la mémoire écorchée par le coup du pic de mine.

Pub Médiavision la plus récente

Le mineur, un emblème

Patrick Poul, directeur adjoint de la régie publicitaire, raconte :

« C’est un personnage fort, qui a marqué et qui marque son temps. Pour nous c’est un emblème ou une marque de reconnaissance dont on est très fiers. On a une richesse et une notoriété à Médiavision qui tiennent à l’histoire de ce petit personnage, que connaît chaque génération qui se succède. »

Mais pourquoi un mineur ? Simplement parce que l’histoire du personnage est liée à celle du publicitaire Jean Mineur, et qu’il était originaire des paysages miniers de Valenciennes.

Lorsqu’il démarre son activité dans les années 20, Jean Mineur fait à la fois le pari de la publicité et du cinéma. Il convainc rapidement les annonceurs de s’essayer au support cinématographique naissant et s’accorde avec les exploitants de salle pour diffuser des films promotionnels.


Le premier mineur de Médiavision (Lucien Jonas)

Sa réputation grandissant à mesure que se développe l’engouement pour le grand écran, il décide en bon communiquant de se choisir une mascotte : un mineur, pour rappeler l’homonyme de son nom et ses racines du Nord.

Ce premier mineur, dessiné par Lucien Jonas en 1934, est une vraie « gueule-noire » tout droit sortie de terre, armée de son pic et casquée de la barrette en cuir bouilli.

Incarner des valeurs d’avenir

Mais après la guerre, ses contours réalistes, sérieux et sombres manquent d’enthousiasme pour égayer une France en reconstruction. Il faut imaginer un personnage plus chaleureux, plus sympathique et plus jeune, qui puisse incarner des valeurs d’avenir.

Pour réaliser ses films, Jean Mineur faisait régulièrement appel à un dessinateur : Albert Champeaux. Il lui confie la tâche de mettre au goût du temps son mineur et d’en rajeunir les traits. La figure du petit mineur tel qu’on le connaît surgit alors sur le papier en 1951.


Le petit mineur (Albert Champeaux)

Jean Mineur est conquis et commande à Albert Champeaux un générique pour animer son personnage. Celui-ci apparaît sur les écrans en 1952, accompagné déjà de la musique de René Cloërec et de l’indicatif célèbre « Balzac 00 01 ».

Pub pour Médiavision des années 60

Une fois fixé, le personnage créé par Albert Champeaux n’a guère changé. Les génériques, en revanche, ont commencé à évoluer quelques années plus tard.

En 1962, Sempé adresse à Jean Mineur un dessin humoristique dévoilant une salle consternée car, pour la première fois, le petit mineur avait raté sa cible. L’idée lui plaît et il commande une petite dizaine de variantes sur la finale du générique, exposant le personnage à des situations comiques (poursuivi par une vache dont il avait troublé le repos ou déchirant malencontreusement la toile de projection...).

Plus tard, en 1968, pour faire face à l’arrivée de la publicité commerciale à la télévision et à une baisse d’activité probable, une nouvelle direction est prise : la vente de placement produit au sein du générique même. Les spectateurs découvrent alors le petit mineur vantant les saveurs de San Pellegrino ! Le concept aura d’ailleurs la vie longue et incitera, des années 80 à nos jours, de nombreuses marques à associer leur image à celle du jeune garçon.

Un public attaché au mineur

Mais le changement radical survient en 1971. Devant la croissance constante de la publicité télévisuelle, la société Jean Mineur-Pathé Cinéma accepte de fusionner avec sa concurrente, Cinéma et Publicité, pour former Médiavision.

Jean Mineur se retrouve minoritaire dans la nouvelle société qui – chose qu’il n’avait pas prévue – décide de faire table rase du passé en supprimant son icône. Un nouveau générique est réalisé, constitué principalement d’une ligne formant le « M », initiale de la société. « On l’appelle gentiment 
“la nouille” ! », précise Caroline Mineur.

« On étaient évidemment tous très attachés à notre petit mineur dans la famille. Mon père en était très fier et il était comme un petit frère pour moi. Mais ce qui est intéressant, c’est que le public l’aimait bien aussi, et au bout d’un certain temps pas mal de gens ont spontanément écrit à Médiavision pour demander où il était passé. »

La parenthèse dure jusqu’en 1982. Sous la pression du public, dont la mémoire est grandement ravivée par « La Dernière séance » d’Eddy Mitchell et son goût pour le cinéma d’époque, le personnage refait surface. Son décor a subi quelques aménagements : les terrils, de même que les puits qui barraient l’horizon, sont retirés au profit d’une surface neutre et épurée.

Et c’est en 1998 que les lignes de fuites disparaissent complètement, sous l’impulsion de la 3D, laissant place à l’univers actuel dans lequel la mascotte 04 surfe toujours sur un ticket de cinéma, avant de décocher son tir entre les portes ouvertes de la salle.


La couverture du numéro 43 de Kiblind Magazine

Comme si le temps n’avait aucune emprise sur lui, le petit personnage de Jean Mineur a conservé en l’espace d’une soixantaine d’années sa fraîcheur juvénile.

A toute génération, il présente le même regard, presque amusé d’arborer toujours son attirail anachronique de petit mineur. Et comme ça n’a pas l’air de le gêner, ça marche.

Cet article est extrait du numéro 43 de Kiblind, magazine gratuit qui sortira le 19 décembre

Publié initialement sur
Kiblind Magazine
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  • 24 réactions
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  • Quand Le Tigre Lit
    Quand Le Tigre Lit
    en rédaction de Sutras du Tigre
    • Posté à 17h07 le 12/12/2012
    • Internaute 189949
      en rédaction de Sutras du Tigre

    Petit, j’ai souvenir d’une campagne de publicité particulièrement odieuse : mon mineur préféré balance son outil qui part allègrement dans le décor.

    Étonné, il fait appel à un célèbre opticien, qui vient en personne lui refiler des lunettes. Un exemple magistral de placement de produit, hélas pour un personnage aussi incontournable j’avais été choqué par cette intrusion.

    Ça et apprendre que le père noël n’existerait pas, deux traumas d’avant l’âge de raison du Tigre.

  • inspecteur crouton
    • Posté à 17h10 le 12/12/2012
    • Internaute 118828
      modéré

    Allez, puisqu’on parle de publicité je vous passe la video des voeux de Maurice Lévy, qui sera sûrement dans la Zapnet de Rue89 un jour mais ils sont pas très rapides par ici.

    Vous me direz : qu’est ce qu’on en a à foutre des voeux de ce gros naze qui se prend des millions de bonus chaque année ?

    Pas de panique, pas de panique : il s’agit juste de mater le truc en montant ou en baissant le son, en accélérant, en mettant sur pause, en coupant le son, etc...

    Lien

  • Antipub
    Antipub
    Pour la liberté de réception
    • Posté à 17h16 le 12/12/2012
    • Internaute 114234
      Pour la liberté de réception

    Et sinon, rien sur le fait assez étrange de devoir payer une place de cinéma 10 €, pour ensuite repayer l’équivalent en temps de cerveau disponible et 20 minutes de pub !

    Pub qu’on paye par ailleurs en achetant les produits vantés.

    Non, Jean Mineur, il est mignon et en plus il est dans le souvenir de tout un chacun... c’est fait pour ! !

  • silsilsil
    silsilsil
    Odieux campagnard
    • Posté à 17h16 le 12/12/2012
    • Internaute 121365
      Odieux campagnard

    Je crois qu’il est en train de commettre un délit mineur la !

  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 17h49 le 12/12/2012
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Balzac 00001, Jean Mineur Publicité : toute ma jeunesse ... !

  • Grande Anse
    Grande Anse
    Homme sans qualité
    • Posté à 17h59 le 12/12/2012
    • Internaute 143691
      Homme sans qualité

    Ca date un peu, ils devraient changer de figurant

  • A déménagé le 22-01-2013
    • Posté à 18h43 le 12/12/2012
    • Internaute 127750
      non connue

    Demandez nos glaces... esquimaux....chocolats glacé....toute une époque

    • simla
      simla répond à A déménagé le 22-01-2013
      desperate housewife
      • Posté à 00h52 le 13/12/2012
      • Internaute 164811
        desperate housewife

      Trop sympa ! Et les places de ciné n’étaient pas chères en plus.

  • Sans-Faction
    Sans-Faction
    Salarié non corvéable
    • Posté à 20h07 le 12/12/2012
    • Internaute 59690
      Salarié non corvéable

    « en bon communiquant » cand les communiquants communicent...
    « On étaient évidemment tous » Et Pierre Etaient étaix un humoriste.
    « lignes de fuites disparaissent » : c’est normal que les fuite prennent la fuites.
    Le magazine dont est tiré l’article ne sort QUE le 19 décembre.
    Ils ont encore le temps de corriger les fautes.
    Et celui qui a repompé cet article, de se (re ?)lire.
    Depuis que Rue89 fait partie du groupe Nouvel Obs, l’orthographe finit par ressembler à l’idéologie du groupe...

    • Sergent Bernardo Zorro
      Sergent Bernardo Zorro répond à Sans-Faction
      Europe ? Salope ! Tu t'es (...)
      • Posté à 20h16 le 12/12/2012
      • Internaute 196161
        Europe ? Salope ! Tu t'es (...)

      bah c’est un fan de publicité aussi, faut lui pardonner... : -)

  • Sergent Bernardo Zorro
    Sergent Bernardo Zorro
    Europe ? Salope ! Tu t'es (...)
    • Posté à 20h16 le 12/12/2012
    • Internaute 196161
      Europe ? Salope ! Tu t'es (...)

    Bon ben je m’attendais à une histoire vraiment passionnante mais en fait non...

    • simla
      simla répond à Sergent Bernardo Zorro
      desperate housewife
      • Posté à 00h54 le 13/12/2012
      • Internaute 164811
        desperate housewife

      C’est quand même intéressant de savoir l’origine du petit mineur. Je ne m’étais jamais posé la question...mais maintenant j’ai quand même la réponse !

  • nikosc
    nikosc
    CELIBATAIRE
    • Posté à 22h27 le 12/12/2012
    • Internaute 89198
      CELIBATAIRE

    C’est vrai une vraie madeleine de proust

  • O.S.T.I.A.
    • Posté à 22h36 le 12/12/2012
    • Internaute 191710
      ZAD

    Ho c’est pas un nain ? bouuu ça casse le mythe, c’est toujours rigolo les nains, je croyais que c’était un nain moi

    tristesse infinie

    • flixp
      flixp répond à O.S.T.I.A.
      Aboyeur
      • Posté à 14h23 le 13/12/2012
      • Internaute 34063
        Aboyeur

      je croyais à un nain pédophile

  • sandy keelow
    sandy keelow
    développeur
    • Posté à 03h05 le 13/12/2012
    • Internaute 131307
      développeur

    Foutage de gueule dans les grandes lignes, au début le personnage tout le monde s’en foutait, et après... aussi, parceque les gens de la pub c’était déjà des connards à l’époque, comme maintenant, et comme demain ^^

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 08h35 le 13/12/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    Cinéma en plein air...

  • Samuel_Vimaire
    Samuel_Vimaire
    Diplomate morporkien
    • Posté à 10h11 le 13/12/2012
    • Internaute 194403
      Diplomate morporkien

    Ah ce matraquage, j’ai encore le numéro en tête alors que je ne vais presque plus au cinéma... 01.47.20 0 0 0 1. Je me dégoute... : (

    « Et tout le monde l’aime bien, parce qu’il provoque à chaque fois le même réflexe pavlovien associé à un moment de plaisir proche : le film va commencer. »
    Ils sont forts ces cons, c’est à cause d’eux (régie publicitaire à la con) qu’on se tape 2 pages de pubs à chaque séance de cinéma (avant les bandes-annonces et avant le film), et ils arrivent à s’associer à la joie de voir enfin le film commencé alors que c’est de leur fait qu’on a dû patienter !

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 10h47 le 13/12/2012
    • Internaute 64790
      dilettante

    Vanne d’époque : Jean Mineur, l’homme qui a failli ne pas avoir le téléphone !
    (pour les plus jeunes, son n° était Balzac OOO1)

  • balala
    • Posté à 14h47 le 13/12/2012
    • Internaute 3552

    Jean Mineur Publicité, Balzac 0001
    cela résonne toujours dans mes oreilles !

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