La bande du ciné 19/11/2012 à 18h03

Claude Miller laisse un « Thérèse Desqueyroux » féroce et féministe

Olivier De Bruyn | Journaliste

Les Landes, dans les années 20. La jeune Thérèse Larroque, esprit libre et caractère frondeur, épouse Bernard Desqueyroux, un mâle qui, a priori, en vaut d’autres. Les deux familles ne voient que des bienfaits dans cette union qui leur permet d’augmenter leur patrimoine respectif.

Bientôt, Thérèse déchante. Rudement. La pesanteur du quotidien, le poids des traditions, les personnalités obtuses de son époux et de sa famille, pas du genre à badiner avec les usages…

Progressivement, Thérèse Desqueyroux, devenue mère, sombre dans une dépression sans fond. Mais le pire est à venir, et les maladroites tentatives de rébellion de l’héroïne lui valent de connaître un sort plus sinistre encore.

Bande-annonce de « Thérèse Desqueyroux »

Claude Miller, décédé en avril, n’a pas eu le temps de voir sa « Thérèse Desqueyroux » sélectionnée au Festival de Cannes, où le film fut présenté en clôture de la manifestation cinéphile.

Un rendez-vous manqué qui, vu les circonstances, relève bien sûr de l’anecdote. Et ce d’autant plus que le cinéaste, tout au long de sa carrière, s’était montré indifférent aux honneurs, aux décorations, ainsi qu’aux quolibets d’une certaine critique qui, par un fâcheux contresens, éprouvait un malin plaisir à le considérer comme un metteur en scène laborieux et académique.

Claude Miller, féministe

Qu’il signe des succès populaires (de « L’Effrontée » à « Un secret ») ou des fictions inclassables (de « La Chambre des magiciennes » à « Je suis heureux que ma mère soit vivante »), Claude Miller, auteur vraiment indépendant, n’a appartenu à aucune école, ne s’est pas inscrit dans une filiation post-Nouvelle Vague, cet héritage prétendument incontournable (même s’il fut le directeur de production de François Truffaut). Cela fait beaucoup pour un seul cinéaste, et Miller a fréquemment payé au prix fort du mépris sa prédilection pour les chemins de traverse.

En adaptant le classique de François Mauriac pour son dernier film, ce mercredi en salle, le cinéaste a aggravé en quelque sorte son cas, puisqu’il se risquait à la reconstitution en costumes, un genre qui se prête aux illustrations fastidieuses.

Et alors ? Alors, « Thérèse Desqueyroux », déjà porté à l’écran en 1962 par George Franju, se distingue au contraire par sa férocité, son intimisme maladif, son portrait intemporel et féministe d’une héroïne prisonnière de son environnement.

Acceptation de son sort, négation de soi

Audrey Tautou, qui interprète magistralement Thérèse, évoque les intentions de son metteur en scène :

« La modernité du roman justifiait l’intérêt de Claude et son désir de l’adapter. Il n’y a malheureusement rien de poussiéreux dans l’univers de “ Thérèse Desqueyroux ”. Des femmes comme elle, il en existe toujours. Des gens qui subissent un destin tragique à cause de leur famille, de l’hypocrisie, des conventions. Des gens qui passent à côté de leur vie sans jamais avoir le courage de s’extraire ou de s’opposer.

A part les calèches et les costumes, il n’y a pas de différences entre la réalité de Thérèse et celle vécue aujourd’hui par beaucoup de femmes, ainsi que par certains hommes… »

Le déterminisme poisseux, l’humiliation et l’acceptation de son sort qui entraînent à la négation de soi… Dans « Thérèse Desqueyroux », Claude Miller revient sur les thèmes de ses meilleurs films, qui sont aussi les plus sombres : « La Meilleure Façon de marcher », « Le Sourire », « La Classe de neige » (d’après Emmanuel Carrère), « Betty Fisher et autres histoires ».

Une héroïne « pas dans sa vie »

Un film tout ce qu’il y a de personnel, donc, où le cinéaste, comme souvent, s’intéressait avant tout à la psychologie mal en point de son héroïne. Audrey Tautou :

« Dans l’univers de Thérèse, rien ne passe par le verbe. Elle a compris qu’il ne servait à rien de parler. Non seulement personne ne l’écoute, mais de surcroît, si elle se risquait à prendre la parole, personne ne la comprendrait. Elle est donc contrainte de vivre à côté de cette famille et à côté de sa propre histoire…

Thérèse n’est pas dans sa vie et elle ne sait pas pourquoi. En elle, il y a un conflit entre son obéissance, sa docilité face à l’autorité, et le mépris qu’elle éprouve pour le désolant spectacle qu’elle a devant les yeux. »

Ce désolant spectacle de la bourgeoisie provinciale, mis en scène avec une inspiration de chaque plan, est le dernier mis en scène par Claude Miller. La seule façon de lui rendre hommage est de découvrir cette œuvre au noir, exigeante et fiévreuse.

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  • 17 réactions
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  • Mozra
    • Posté à 18h50 le 19/11/2012
    • Internaute 46006

    Attention, les commentaires critiquant le jeu d’actrice d’Audrey Tautou arrivent...

    • mr_megot
      mr_megot répond à Mozra
      .
      • Posté à 20h26 le 19/11/2012
      • Internaute 53015
        .

      Rah, c’est dégueulasse, vous me gâchez le plaisir !

      Je viens de lire le livre et j’ai en effet beaucoup, beaucoup de mal à imaginer Audrey Tautou jouer Thérèse Desqueyroux...

      • Fantomax
        Fantomax répond à mr_megot
        génie du mal
        • Posté à 22h19 le 19/11/2012
        • Internaute 157606
          génie du mal

        Tu veux dire que dans le bouquin (pas lu ; faut avoir au moins 60 ans pour lire du Mauriac, non ?) le personnage n’est pas une quiche ultra nunuche ?

         
        • simla
          simla répond à Fantomax
          desperate housewife
          • Posté à 04h38 le 20/11/2012
          • Internaute 164811
            desperate housewife

          Même à 60 ans, je lis pas ! ! ! !

        • We want a shrubbery
          We want a shrubbery répond à Fantomax
          Fonctionnaire à chat. Ni!
          • Posté à 06h47 le 20/11/2012
          • Internaute 100046
            Fonctionnaire à chat. Ni!

          Non. Sa belle-sœur en revanche...

        • mr_megot
          mr_megot répond à Fantomax
          .
          • Posté à 11h18 le 20/11/2012
          • Internaute 53015
            .

          C’est une rebelle dépressive meurtrière totalement inadaptée à une société rétrograde et sclérosée. L’incarnation d’Audrey Tautou.

          • DiaboloSatanas
            DiaboloSatanas répond à mr_megot
            Fou du volant
            • Posté à 12h24 le 20/11/2012
            • Internaute 79165
              Fou du volant

            Tu es trop méchant a la fin . Audrey Tautou a toujours su incarner une merveilleuse palette graphique dans les films de Jeunet..Certains disent même que c’est elle qui jouait l’ Alien dans « Alien, la résurrection », alors tu vois qu’elle sait faire peur aussi .

            • mr_megot
              mr_megot répond à DiaboloSatanas
              .
              • Posté à 12h30 le 20/11/2012
              • Internaute 53015
                .

              Oh toi de toute facon tu aimes des trucs bizarres en ce moment. Tu files un mauvais coton !

          • Fantomax
            Fantomax répond à mr_megot
            génie du mal
            • Posté à 13h43 le 20/11/2012
            • Internaute 157606
              génie du mal

            Ca fait sens.

        • malatrie
          malatrie répond à Fantomax
          • Posté à 22h28 le 20/11/2012
          • Internaute 26407

          J’aime bien Mauriac, moi.
          Ceci est un commentaire utile.

          • Fantomax
            Fantomax répond à malatrie
            génie du mal
            • Posté à 23h47 le 20/11/2012
            • Internaute 157606
              génie du mal

            Ce vieux péd... heu non, rien.

            • malatrie
              malatrie répond à Fantomax
              • Posté à 18h00 le 21/11/2012
              • Internaute 26407

              Ben, comme, en ce moment, je travaille sur Gide, ça me change un peu les idées : -)

        9 autres commentaires
      • DiaboloSatanas
        DiaboloSatanas répond à mr_megot
        Fou du volant
        • Posté à 00h40 le 20/11/2012
        • Internaute 79165
          Fou du volant

        C’était ça ou Marion Toquillard ..
        Tu parles d’un choix..

  • Bazingaa
    Bazingaa
    au pays de l'Apfelstrudel
    • Posté à 18h58 le 19/11/2012
    • Internaute 194862
      au pays de l'Apfelstrudel

    Qu’est ce que j’ai pu détester ce livre ...Et pourtant, Gilles Lellouche fait que je me laisserais presque tenter !

  • We want a shrubbery
    We want a shrubbery
    Fonctionnaire à chat. Ni!
    • Posté à 20h56 le 19/11/2012
    • Internaute 100046
      Fonctionnaire à chat. Ni!

    J’aime pas l’affiche. Thérèse qui pleurniche et fait couler son rimmel comme dans un vieux Harlequin, pouah ! Thérèse brûle du dedans, comme les pins landais et les héroïnes de Racine, qui pleurent des larmes sèches au point de s’enflammer : « j’ai langui, j’ai séché, dans les feux, dans les larmes ».

    D’un autre côté j’aime bien Claude Miller, notamment les films avec Charlotte Gainsbourg et le superbe et méconnu « La Chambre des magiciennes ». Audrey Tautou ? Hmmm... sans opinion, on verra. Thérèse aurait mérité un visage nouveau.

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 23h36 le 19/11/2012
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    Résumons pour Civitas : un papa, une maman, un empoisonnement !

  • Juliette Simon
    • Posté à 18h32 le 20/11/2012
    • Internaute 192106

    Quel intérêt de traiter de sujets d’époques révolues comme cette histoire tellement banale si ce n’est pas pour l’adapter à notre époque ? On dirait du Emma Bovary, du Hervé Bazin, du François Mauriac. Il n’y a plus qu’à resortir Cesbron de la naphtaline. Il faut dire qu’à notre époque, une femme qui en a plein le dos de son mari et le trucide, c’est très courant. En tout cas, je n’irai pas voir le film. La moue boudeuse de toutou et les yeux globuleux de coquillard, merci. Je ne suis pas cliente.

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