Itinéraire bis 14/10/2012 à 16h35

Rencontre avec Flynt, l’artiste-artisan du rap français

Ramses Kefi | Journaliste Rue89


Flynt (Medaphoto)

A l’école, ses profs de français lui demandaient parfois de lire ses dissertations à haute voix. C’était une autre époque, mais finalement pas si différente : Flynt a toujours été doué pour écrire, au point d’être aujourd’hui l’une des plus belles plumes du rap français.

Cinq ans après « J’éclaire ma ville », il sort le 15 octobre son deuxième album, « Itinéraire bis ». Celui qu’il a pris dans le rap pour se construire l’image d’un artiste atypique dans le milieu.

Quand on lui demande pourquoi il a mis autant de temps pour revenir, il sourit :

« Je n’ai jamais arrêté de faire du rap. Quand tu choisis l’indépendance, tu as moins d’argent et tu dois faire plus de choses tout seul. Ça vaut le coup, parce que je suis totalement libre. Mais tes projets prennent plus de temps à éclore. »

Au « 20 Heures » de Claire Chazal

Derrière Flynt, il y a Julien, un père de famille de 35 ans, diplômé de l’université de Paris-III et originaire du XVIIIe arrondissement de Paris. Un type simple, de prime abord réservé, qui parle un peu de tout, mais qui n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il évoque le rap.

Ces maxis et ces albums de hip-hop, qu’il dégote ici et là au début des années 90. Puis ses premiers couplets, qu’il gratte avec quelques amis dans sa chambre, en posant sur des instrus de rap américain.

Il se fait connaître en 1998 avec le titre « Choc frontal », sur la mixtape « Explicit 18 » (qui regroupe des rappeurs du XVIIIe arrondissement), qu’il a lui-même produite :

« Je n’avais aucune expérience, j’ai appris sur le tas. »

Il remet ça en produisant lui-même ses maxis – « Fidèle à son contexte » (2004) et « Comme sur un playground » (2005) – puis, dans la foulée, la compilation « No Child Soldiers » (au profit de la cause des enfants soldats) pour l’association dans il travaille :

« Claire Chazal a présenté le CD au JT. J’avais réussi à fédérer des partenaires prestigieux autour de ce projet dont l’Unicef et Amnesty International.

Ce n’était pas du rap mais en tant que réalisateur, je dois probablement être le seul rappeur en France à avoir eu son disque présenté de la sorte au “20 Heures” de TF1. »

Flynt, un des meilleurs MC français

Son premier album est déjà en gestation. Il quitte l’association pour se consacrer à plein-temps à son disque. Il investit ses économies, trouve un coproducteur qui accepte de mettre de l’argent et de gérer tout ce qui n’a pas trait à l’artistique, comme le marketing ou la promo.

Flynt est attendu au tournant par le public. Ses prestations sont remarquées, mais trop rares : seulement quelques apparitions et « featurings » à droite à gauche. « J’éclaire ma ville », en mai 2007, balaie les doutes des plus sceptiques. Flynt est bien l’un des meilleurs MC français.

Les thèmes qu’il aborde – le rap, l’amour, la discrimination, les relations humaines, le sens de la vie, Paris – le sont de manière subtile et profonde. Les mots sont choisis avec justesse, le flow, simple et agréable. « J’éclaire ma ville » s’est écoulé à environ 7 000 exemplaires. Pendant plusieurs mois, Flynt écume les salles de concert pour « porter le projet le plus haut possible, avec le public ».

Puis il décide de faire un break, un peu vidé. On est en 2008 :

« Il fallait que je vive, tout simplement. J’avais besoin de souffler, de me régénérer, de me réimprégner de mon quotidien. »

« 1 pour la plume » de Flynt

Son patron regarde son clip et l’embauche

Il reprend un job, dans l’écriture : il s’occupe de rédiger des textes pour une entreprise. Il raconte son entretien d’embauche en plaisantant :

« Quand j’ai enfin été convoqué pour un entretien après de nombreux courriers sans réponse, je suis venu avec “J’éclaire ma ville”. C’est une expérience professionnelle à part entière... et ça a fonctionné »

Le patron va sur Internet pour jeter un coup d’œil. Tombe sur le clip de Flynt « La Gueule de l’emploi », qui traite des discriminations à l’embauche. Il aime et l’engage dans la foulée.

Il y a quelques mois, il démissionne pour préparer son deuxième album. « J’ai eu le déclic » :

« Mon patron a compris ce que représentait pour moi la musique et m’a encouragé à continuer dans ce sens. Ce n’est pas seulement du rap, c’est une aventure humaine. »

Flynt a voyagé, fondé une famille

Plus de coproducteur et toujours pas de maison de disques :

« Je ne crache pas dessus, mais je mets un point d’honneur à être totalement libre dans mes choix artistiques. »

Cette fois-ci, Flynt gère tout : la promo, la pochette de l’album, la distribution.

Teaser du deuxième album de Flynt

Là encore, il a besoin d’argent pour son projet. Il décide de créer sa boutique de produits dérivés en ligne, qui financera environ 40% d’« Itinéraire bis » :

« C’est une belle boucle. Un auditeur aime ce que tu fais, il achète un T-shirt ou un CD sur le site et il te donne ainsi les moyens de réinjecter ça dans le rap et de lui remettre dans les oreilles la musique qu’il aime. »

Il raconte sa rencontre, dans le RER, avec le webmaster du site, qui voit le jour en 2011 :

« Un jeune vient me saluer, en me disant qu’il aime ce que je fais. On discute, il me dit qu’il est webmaster. Je lui parle de mon projet, il adhère, alors que je n’avais rien pour le payer au départ. Je le préviens qu’il peut s’embarquer dans une galère, mais il m’a fait confiance. »

Son deuxième album est au moins aussi bon que le premier. Sans être identique. Les instrus sont plus variées, les thèmes aussi.

Car Flynt a évolué. Il a voyagé, fondé une famille. Pris du recul sur son art. Dans « Itinéraire bis », il insiste très largement sur l’importance du message dans le rap, son sens et ce qu’il peut apporter de positif.

Au fil de la discussion, il s’épanche un peu plus. Sur la rue notamment. Il l’a toujours abordée dans ses textes. Mais en employant un autre ton :

« Je n’ai pas la prétention de représenter un arrondissement ou un département, c’est un peu utopique, voire prétentieux. Il y a forcément des gens qui n’adhèrent pas à ce que tu fais. Je représente ceux qui se sentent représentés, c’est une réalité implacable. »

« Ma plume est laborieuse »

L’album contient aussi plus de featurings que le précédent. Une petite originalité, lui qui refuse régulièrement les sollicitations de ses confrères :

« J’aimerais écrire facilement et rapidement, mais ma plume est laborieuse. Je ne sais pas écrire à la commande. Par exemple, je n’écris jamais en studio ou pour enregistrer immédiatement, je préfère être seul et prendre du recul sur ce que j’écris. »

Orelsan est présent sur l’album. La connexion peut étonner : Flynt, de l’école « consciente » du XVIIIe arrondissement de Paris, pose avec un MC aux textes beaucoup plus légers. Une histoire de feeling :

« C’était plus évident pour moi de faire un titre avec lui qu’avec certains rappeurs qu’on classe dans la même catégorie que moi ou avec lesquels on pense que j’ai des affinités naturelles. »

Encore des clichés. Ceux-là mêmes qu’il a esquivés en choisissant de prendre l’itinéraire bis dans le rap français.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
  • 9285 visites
  • 12 réactions
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  • tachi oner
    tachi oner
    jeune...
    • Posté à 19h08 le 14/10/2012
    • 185291
      jeune...

    « Il parraît qu’l’indépendance sature
    Mais j’arrive sans statut ni signature
    Et le fruit de mes ratures
    Tourne dans les voitures »

    Ce MC, c’est un bon, il est dans le haut du panier et gagne à être connu.

    • Rose.Arno
      Rose.Arno répond à tachi oner
      Enseignante
      • Posté à 07h30 le 15/10/2012
      • Expert 136988
        Enseignante

      Vous avez raison, là, c’est du lourd.

      • Coucoucestmoi89
        Coucoucestmoi89 répond à Rose.Arno
        Contre la censure de 89
        • Posté à 07h58 le 15/10/2012
        • Internaute 193288
          Contre la censure de 89

        Du grave
        qui nous gave...

         
        • tachi oner
          tachi oner répond à Coucoucestmoi89
          jeune...
          • Posté à 13h07 le 15/10/2012
          • 185291
            jeune...

          Le jour où on vous forcera à écouter ça en boucle à la radio, à la télé, au supermarché, dans les parking, vous pourrez vous plaindre, en attendant, gardez ce genre d’idée arrêtées, le monde ne s’en portera que mieux

        1 autres commentaires
      • tachi oner
        tachi oner répond à Rose.Arno
        jeune...
        • Posté à 12h58 le 15/10/2012
        • 185291
          jeune...

        Faut peut-être écoute ça en se sentant un minimum concerné par ce qu’il raconte

        Ca peut paraître futile/dérisoire/inintéressant à priori, mais je trouve les productions de ce type (de musique/milieu) beaucoup plus intéressante que ce qu’on nous sert sur les médias mainstream qui sont vide de sens et ne tirent personne vers le haut

        Les rapeurs indés ont POUR CERTAINS un vrai message à passer, eux, personne ne vous force à les écouter, c’est une bonne raison d’essayer de les découvrir

         
        • Rose.Arno
          Rose.Arno répond à tachi oner
          Enseignante
          • Posté à 20h27 le 15/10/2012
          • Expert 136988
            Enseignante

          Je vous remercie de votre écriture
          Mais pour pallier mon inculture
          Il vous faudra une forte nature
          Tant d’oreille je suis dure
          Et d’esprit reste obscure

          A la revoyure

        1 autres commentaires
  • cousinmachin
    cousinmachin
    humaniste misanthrope
    • Posté à 20h43 le 14/10/2012
    • Internaute 166102
      humaniste misanthrope

    Merci pour l’article, mais quand on lit :

    « Encore des clichés. »

    ...et deux lignes plus haut « Orelsan est présent sur l’album. La connexion peut étonner : Flynt, [...], pose avec un MC aux textes beaucoup plus légers. »

    Hum, faudrait peut -être réellement écouter orelsan un jour, c’est tout sauf léger.

    • Autist Preaching
      Autist Preaching répond à cousinmachin
      Bourioul
      • Posté à 21h32 le 14/10/2012
      • Internaute 75415
        Bourioul

      Son agent va devoir coincer fissa les programmateurs qui lui veulent du mal sur les radios nationales alors parce que celles-ci ne diffusent que des bouses qui ne donnent à aucun moment l’envie d’acheter l’un de ses albums (à part pour un mec qu’on détesterait du plus profond de son être, et encore...).

      Mais si tu me dis que le reste de ses textes est du lourd, je ne demande qu’à te croire. Je suis très très surpris, mais je ne demande qu’à te croire...

      • cousinmachin
        cousinmachin répond à Autist Preaching
        humaniste misanthrope
        • Posté à 21h52 le 14/10/2012
        • Internaute 166102
          humaniste misanthrope

        Je concède que l’emballage puisse sembler léger (encore que ses instrus me semblent assez travaillées), mais à l’écoute attentive de ses textes (celui du dessus et les autres sur you*ube, fais-toi plaisir), on est souvent dans le glauque de la vie et la dénonciation de cette société de m*rde. Ce n’est pas Orwell certes, mais on est bien loin des bouses radio-compatibles (et surtout censuro-compatibles)

  • narjost75
    narjost75
    assis devant l'ordi
    • Posté à 16h33 le 15/10/2012
    • Internaute 147908
      assis devant l'ordi

    Le Rap : de la musique de lumpens associés à des petits bourgeois ! on sait politiquement ce que ce mélange donne... berk !
    C’est pour l’art ce que les obscurantistes sont à la raison.
    Et comme eux ils donnent des leçons de morales...

  • poshgrad
    poshgrad
    mort d'ennui en Italie
    • Posté à 20h30 le 15/10/2012
    • Internaute 41153
      mort d'ennui en Italie

    Les textes sont correctes voire inspirés mais ce qui craint c’est quand même ce flow merdique qu’ont adopté quasiment tous les rappeurs en France. Le rap c’est de la musique et entendre un mec parler avec un accent dégeux, essayer de faire le dur au lieu de se concentrer sur ces phases pour réussir à marier sa voie avec la basse jusqu’à l’osmose, ça me soule. Ils vont réussir à tuer le rap français. Lien

  • poshgrad
    poshgrad
    mort d'ennui en Italie
    • Posté à 20h30 le 15/10/2012
    • Internaute 41153
      mort d'ennui en Italie

    Les textes sont correctes voire inspirés mais ce qui craint c’est quand même ce flow merdique qu’ont adopté quasiment tous les rappeurs en France. Le rap c’est de la musique et entendre un mec parler avec un accent dégeux, essayer de faire le dur au lieu de se concentrer sur ces phases pour réussir à marier sa voie avec la basse jusqu’à l’osmose, ça me soule. Ils vont réussir à tuer le rap français. Lien

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