Désintéressé ? 13/10/2012 à 19h43

Philanthrope mais pas que : pourquoi l’ogre Google investit la culture

Aurélie Champagne | Journaliste Rue89

Histoire, musée, langues : le géant du Web accueille sur ses serveurs une part croissante du patrimoine culturel de l’humanité. Pas juste une affaire d’image.


Capture d’écran de la page du musée de l’Orangerie sur le site du Google Art Project

Le 10 octobre, Google a mis en ligne plus de six millions d’archives sur l’histoire du XXe siècle : des documents sur l’Holocauste, les archives du prix Nobel de la paix Nelson Mandela, ou sur Mai 68.

La mise à disposition gratuite de ces archives historiques fait suite à des projets culturels titanesques orchestrés par l’Institut culturel de Google, lancé en 2011. Parmi eux :

  • le « Google Art Project », gigantesque base de données, met à portée de clic les collections permanentes d’environ 150 musées nationaux, du Moma à New York au Château de Versailles.
Le système de réalité virtuelle mis au point par Google

Les caméras à l’œuvre à l’intérieur de la Maison Blanche

La numérisation est montée en puissance en avril dernier avec six musées français supplémentaires, dont le musée d’Orsay ;

  • le « World Wonders Projects » permet de visiter de grands sites naturels et les hauts lieux du patrimoine mondial en matière de religion, d’architecture, d’histoire... De la barrière de corail à la vieille ville de Kyoto ;
  • le projet « Langues en danger » est une plateforme de collecte de données linguistiques dont le but est de maintenir la diversité linguistique et lutter contre la disparition des langues – en moyenne une tous les quinze jours.

La visite de la France du XVIIe siècle en relief ou la numérisation des manuscrits de la Mer morte achève de faire de Google un « Zorro » de la culture mondiale.

D’autant qu’« il s’agit d’un investissement de compétences pour Google qui ne fait pas d’argent sur ce projet », précise le directeur de l’Institut culturel, Steve Crossan.

La vocation de l’institut se limite à « concevoir des outils numériques pour la promotion et la préservation de la culture en ligne » et d’aider les musées et autres institutions culturelles à numériser leurs collections et leurs fonds. Autrement dit, numériser les richesses artistiques et patrimoniales du monde après avoir eu la mainmise sur la numérisation des bibliothèques (10 millions d’ouvrages accessibles via Google Books).

Pour Google, les intérêts à investir la culture sont multiples.

1

Amadouer la France

Le bras armé des investissements de Google dans la culture, l’Institut culturel, est basé dans la capitale française. « Il s’inscrit dans le cadre du plan d’investissements de Google en France annoncé en septembre 2010 par le patron de Google, Eric Schmidt », explique le service communication de Google France.

« Le choix de Paris s’est fait aussi pour saluer la place de la France dans tout ce qui est culturel. »

Ces honneurs arrivent à point nommé, après quelques « soucis de communication avec le monde de la culture qui se méfie de [Google] depuis l’affaire Google Books », dixit Steve Crossan.

Derrière ces quelques « soucis de communication » résonnent deux années de croisade des grands éditeurs français contre Google, accusé de numériser plus de douze millions d’ouvrages sans leur autorisation. Fin 2009, Google a d’ailleurs été condamné à verser 300 000 euros au groupe La Martinière pour « contrefaçon de droits d’auteur ».

Depuis la signature d’un accord entre Google et Hachette Livre, les relations entre l’édition française et le numéro un mondial de la recherche en ligne sont pacifiées.

2

Faire rayonner ses technologies

En juillet, Google annonçait un bénéfice en hausse de 11% au deuxième trimestre, pour un chiffre d’affaires global de près de dix milliards d’euros sur le trimestre.

Apanage des riches, Google investit dans ces projets culturels sans communiquer sur les sommes engagées et refuse d’utiliser ces plateformes culturelles comme supports de publicité. Pas d’histoire de rentabilité, donc.

Il s’agit pour Google d’« apporter les technologies de pointe dont nous disposons – les services, les produits, la cartographie – au secteur culturel », déclarait récemment à l’AFP Mark Yoshitaka, directeur du dernier projet historique.

3

Héberger la mémoire mondiale


La mention « Avec la technologie de Google » sur le site du Google Art Project

Le prestige est un précieux capital. Qui se pérennise dans la nuance. Et c’est aujourd’hui avec un certain sens de la discrétion – un modeste logo « Avec la technologie de Google » – que le géant héberge sur ses serveurs une partie des archives du patrimoine culturel mondial.

Google ne veut « pas passer pour le grand méchant », pose Steve Crossan dans une interview récente au New York Times.

« Par le passé, nous n’avons parfois pas pris le temps dont nous avions besoin pour communiquer sur ce que nous voulions faire. »

Pour Elizabeth Merritt, directrice du Center for the Future of Museums à l’American Association of Museums, le soutien de Google aux musées nationaux est « juste une évolution sur l’ampleur et la portée des rapports traditionnels qui existent entre les musées et les sponsors ».

« Aujourd’hui, la mémoire exige que nous utilisions toutes les technologies restant à notre portée. Car rien n’est gagné une fois pour toutes », renchérit Piotr Cywinski, directeur du musée d’Auschwitz, qui a collaboré avec l’Institut culturel sur deux projets.

Steve Crossan précise :

« Google continuera à nous financer tant que les projets ont du succès. »

4

Rentabiliser tôt ou tard

Crossan avoue au New York Times :

« Il y a évidemment une logique d’investissement là-dedans. […] Avoir du bon contenu sur le Web, dans des standards ouverts, est bon pour le Web et pour les utilisateurs. Investir dans ce qui est bon pour le Web et pour les utilisateurs portera ses fruits. »

L’investissement de Google dans la culture mondiale n’a pas de rentabilité immédiate. Pour l’instant... Du projet fantasmatique de lunettes de réalité augmentée au récent lancement de Google Play (sa librairie en ligne), Google n’a jamais manqué d’idées.

Vidéo de Google sur son projet de lunettes à réalité augmentée
MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
  • 11334 visites
  • 23 réactions
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  • inspecteur crouton
    • Posté à 20h54 le 13/10/2012
    • Internaute 118828
      modéré

    Sssssss...

  • Soliman
    • Posté à 21h54 le 13/10/2012
    • Internaute 168169

    Quel peut être l’intérêt pour une société privée d’accumuler et de mettre à disposition gratuitement le plus de savoirs possibles ?
    Quel peut être l’intérêt de développer et de mettre à disposition gratuitement des bureaux en ligne avec plein d’outils pratiques (cf google drive et tout ce qui va avec) ?
    Je pense que le projet de Google est d’arriver à terme à ce que l’on ne différencie plus Google et Internet (ça a l’air bien parti).
    Devenir le tuyau unique par lequel passe toute l’information serait à terme extrêmement rentable (tant mieux pour eux) mais cela leur permettrait aussi de disposer d’un levier de pouvoir démesuré (l’argent et le savoir).
    Think different, think apple (non je déconne).

  • Theo05
    Theo05
    Idiot de la Rue
    • Posté à 22h01 le 13/10/2012
    • Internaute 191432
      Idiot de la Rue

    On peut dire ce que l’on veut de Google, s’imaginer tous les trucs les plus pervers possibles pour expliquer pourquoi cette pernicieuse société privée veut numériser la culture mondiale... mais en attendant cela m’a permis de trouver des trésors...et ce gratuitement donc merci à Google !

    • tArTeL¤RdRe
      tArTeL¤RdRe répond à Theo05
      click toride
      • Posté à 10h50 le 14/10/2012
      • Internaute 192571
        click toride

      cher vous, puisque vous m’autorisez à dire ce que je veux sur goût(foutage de)gueule j’en profite pour vous faire remarquer que vous faites des courbettes devant l’hydre de plus en plus incontournable du minitelnet 2.0, que ce soit pour le référencement, les cartes et depuis un moment les contenus. La bestiole vient de vous dépouiler, elle vous laisse à voir encore pour quelques instant l’objet volé avant de mettre en place un guichet sous une quelconque forme pour y accéder. Et vous êtes content....

      • Theo05
        Theo05 répond à tArTeL¤RdRe
        Idiot de la Rue
        • Posté à 13h49 le 14/10/2012
        • Internaute 191432
          Idiot de la Rue

        Tant que c’est gratuit je suis content...
        Le jour où ça deviendra payant, je serai absent !

        (au passage, la bestiole ne m’a pour le moment dépouillé de rien du tout. Mais je connais beaucoup d’éditeurs et autres sociétés qui sans rien me proposer veulent déjà me dépouiller ! - cf taxes sur les disques durs, etc...)

         
        • Noari99
          Noari99 répond à Theo05
          Objet du scandale
          • Posté à 09h25 le 15/10/2012
          • Internaute 99151
            Objet du scandale

          Ce que vous ne réalisez pas bien, c’est que rien n’est gratuit. Si c’est gratuit pour vous, c’est que quelqu’un d’autre le finance pour vous et que vous êtes le produit.

        1 autres commentaires
  • pocketjpaul
    pocketjpaul
    Etudiant
    • Posté à 22h49 le 13/10/2012
    • Internaute 193735
      Etudiant

    Est-ce me donner des illusions ou est-il simplement possible que les humains qui dirigent Google aient vraiment envie de faire profiter la culture de leur technologie sans avoir une logique de retour sur investissement ?

    Bien sûr c’est aussi bon pour leur image et c’est une tentacule de plus à la pieuvre Google. Mais sont-ils à blâmer pour autant ? On peut peut être considérer qu’il est acceptable de se faire un peu de publicité quand on met gratuitement le fruit de son travail au bénéfice de tous.

  • Ô triste riz digne
    Ô triste riz digne
    Autist-Hulk valseront à Vienne
    • Posté à 23h33 le 13/10/2012
    • Internaute 48716
      Autist-Hulk valseront à Vienne

    J’ai besoin qu’on m’éclaire :

    1) Quel est intérêt pour Google de numériser tout ça ? Le seul intérêt que je vois est à long terme. C’est-à-dire avoir le monopole de ces images et documents pour en faire payer l’accès à ceux qui désirent les consulter (historiens, public...). Si c’est ça, c’est inquiétant tout comme la numérisation des livres.

    En tout cas, la numérisation de tableaux ou d’oeuvres d’arts ne remplacera jamais le plaisir à savourer une belle expo de peintures dans un musée et le coeur de vibrer face au tableau original.

    2) Quel est le lien entre ce Mr Steve Crossan et Google ? Travaille-t-il pour Google ? Quel fonction a-t-il ?

    • franckd
      franckd répond à Ô triste riz digne
      penguin long from ice pack
      • Posté à 07h38 le 14/10/2012
      • Internaute 123172
        penguin long from ice pack

      Une recherche Google t’apprendras qu’il est le directeur de l’institut Culturel et qu’il est salarié de Google : Il est ingénieur et a dirigé le centre de recherche du même Google a Zurich...

      • Ô triste riz digne
        Ô triste riz digne répond à franckd
        Autist-Hulk valseront à Vienne
        • Posté à 10h50 le 14/10/2012
        • Internaute 48716
          Autist-Hulk valseront à Vienne

        Ok. Le problème, c’est que ma religion m’interdit d’utiliser gougueule.
        L’article aurait pu tout aussi bien le spécifier.
        Merci quand même de votre aide.

         1 autres commentaires
    • Autodéfense_Intellectuelle
      • Posté à 15h27 le 14/10/2012
      • Internaute 87535
        ingénieur

      Pour une entreprise, toutes les activités n’ont pas besoin d’être rentables. Parfois, occuper un segment de marché est suffisant. (car cela peut permettre d’augmenter la visibilité de la marque, de contrer un concurrent, ...)
      L’important, c’est la rentabilité globale de l’entreprise.

      Je ne dis pas pour autant qu’il ne faut pas rester méfiant face à l’importance prise par google.

  • Coucoucestmoi89
    Coucoucestmoi89
    Contre la censure de 89
    • Posté à 07h35 le 14/10/2012
    • Internaute 193288
      Contre la censure de 89

    Encore un bon vieil article boboïde sur le thème :
    « ils vont faire du fric, ces salauds ! ».

    Et alors ?

    Perdriel et Haski et leurs potes, ils ne font pas de fric ?

    Les riverains, ils ne gagnent pas leur vie ?

    Il faut être totalement assisté pour être respectable ?

    • lonesome
      lonesome répond à Coucoucestmoi89
      un parmi tant d'autres
      • Posté à 09h34 le 14/10/2012
      • Internaute 165032
        un parmi tant d'autres

      Le problème n’est pas de faire de l’argent (vous lisez réellement ce que vous avez envie de lire) mais l’accès à plus ou moins long terme à la culture via internet et le monopole futur d’un seul et même consortium. Les mêmes qui pleurent devant le téléchargement et les droits d’auteur sont bien silencieux sur ce coup, certains musées ou bibliothèque résistent et proposent leur propre accès mais pour combien de temps ?
      Certains revirements récents aux états unis (auteurs tombés dans le droit public retournés dans le droit de succession) me fait penser que peut-être cela ne sera toujours pas le cas

    • kodiak
      kodiak répond à Coucoucestmoi89
      myope
      • Posté à 09h44 le 14/10/2012
      • Internaute 148655
        myope

      Vous devriez boire moins dans la soirée du samedi - ou alors dormir plus tard le lendemain.

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 09h02 le 14/10/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Nous assistons juste à la construction d’un monopole, vous savez le truc honni des libéraux, quand c’est l’Etat ou les communistes qui le font.
    Le pire c’est que l’on y contribue puisque nous y passons tous plus ou moins par google dans notre vie dématérialisée.

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 11h02 le 14/10/2012
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Pourquoi Google fait cela gratuitement ?
    J’ai cliqué sur le lien Art Project et je suis d’abord tombé sur une page m’indiquant que mon navigateur, IE8, n’était pas conforme et qu’il fallait que j’utilise Chrome. Sur Chrome, effectivement, ca fonctionne.
    Le lien sur l’Institut Google ne donne que des pages 404 sans la trombine d’Haski (ce qui est une faute de goût), quand on clique sur les différents projets.
    Ensuite, quand l’on regarde précisemment Google Books, pour y faire de la recherche, on voit très vite que les bouquins les plus utiles sont souvent en accès limité et payants.
    Il y a peut-être 10 millions de titres, mais beaucoup moins en libre accès.

    • franckd
      franckd répond à PaulTron
      penguin long from ice pack
      • Posté à 12h19 le 14/10/2012
      • Internaute 123172
        penguin long from ice pack

      Ben tant qu’a faire autant recommander le navigateur maison, mais aucune incitation à changement via Firefox, Opéra ou Konqueror (plus rare, c’est le navigateur Linux/KDE) ... faut pas voir le mal partout... Pas là en tout cas ;)

  • It08
    It08
    Etudiant
    • Posté à 12h51 le 14/10/2012
    • Internaute 155451
      Etudiant

    Heureusement qu’on ne parle pas du Apple Art Project, sinon les oeuvres ne seraient disponibles que pour les possesseurs de mac, ils attaqueraient les photographes/peintre, y compris morts, pour violation de la propriété intellectuelle et on devrait entendre des gens dire « non mais mai 68 c’est grace à Apple, c’est l’esprit de l’entreprise ».

  • pyroflame
    • Posté à 15h27 le 14/10/2012
    • Internaute 192033

    article stupide, au moins Google met en ligne les contenus, Lien

  • alain georges
    alain georges
    tête contre les murs
    • Posté à 23h17 le 14/10/2012
    • 185805
      tête contre les murs

    l ogre gogole ira un jour ou l autre se faire F.........

  • djea29
    djea29
    para médicale
    • Posté à 09h37 le 17/10/2012
    • Internaute 77452
      para médicale
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