Entretien 14/09/2012 à 16h38

Filippetti : « L’addition de projets ne fait pas une politique culturelle »

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Aurélie Filippetti arrivant au premier Conseil des ministres à l’Elysée, le 17 mai 2012 (LIONEL BONAVENTURE/AFP)

Aurélie Filippetti s’explique sur l’arrêt ou le report de plusieurs projets culturels correspondant à plusieurs centaines de millions d’euros d’engagements : « le ministère de la Culture ne vit pas dans une bulle », dit-elle à Rue89.

« un malentendu »

La ministre a tenu à dissiper ce qu’elle a appelé un « malentendu » à propos de sa déclaration à Polka, qui nous avait fait bondir, sur l’info en ligne qui ne serait pas « éditorialisée ».

Elle a précisé qu’elle visait les agrégateurs de dépèches et de « textes bruts », qui « nuisent au travail de ceux qui ont une vraie démarche journalistique en ligne. Je plaidais pour le maintien pour une qualité de la presse, papier ou en ligne ».

Des plateformes qui, selon elle, « font une concurrence déloyale » aux « jeunes pousses de la presse numérique ».

La ministre de la Culture et de la Communication a rencontré Rue89 et Joël Aubert, fondateur du site bordelais Aqui.fr, dans la perpective de la conférence sur les médias qui se tient la semaine prochaine à Cenon, en Gironde.

Elle a réagi aux nombreuses critiques qui ont entouré son annonce de la semaine dernière, dans Le Monde, en particulier concernant deux projets annulés, le Centre national de la musique et Lascaux 4.

Rue89 et Aqui.fr : N’y a-t-il pas contradiction entre proclamer que la culture doit être au cœur du redressement, et interrompre des projets dont certains ont un impact économique direct ?

Aurélie Filippetti : Chacun des projets en question a été examiné en amont. La culture doit participer au redressement du pays, cela signifie deux choses :

  • c’est un secteur économique majeur, en termes d’emploi, de croissance, il faut s’appuyer sur notre savoir-faire et notre excellence dans ces domaines ;
  • le redressement, cela signifie aussi avoir une bonne gestion des finances publiques.

C’est pas parce qu’on va dépenser plus d’argent que ça participe à la croissance si on le dépense mal. Il faut bien dépenser l’argent public pour permettre un effet d’entrainement et faire redémarrer la croissance.

Je pense qu’il était bien de montrer que le ministère de la Culture ne vivait pas dans une bulle. Tous les secteurs de la culture sont très responsables et désireux de montrer qu’ils participent à l’effort collectif et en même temps, pour ne pas casser le potentiel de croissance qu’il y a dans ces secteurs, il faut choisir, cibler les dépenses.

J’ai donc été amenée à examiner projet par projet tout ce qui avait été annoncé, lancé, avec plus ou moins de préparation, par le précédent gouvernement et surtout par le précédent président de la République. C’est quand même beaucoup lui qui a fait les annonces et la communication au cours des cinq dernières années...

Quand j’ai regardé ces projets, mon souci était double :

  • ce projet est-il pertinent du point de vue du fond, du point de vue de son apport à l’enrichissement de nos concitoyens en matière culturelle, est-ce qu’il profite à l’ensemble des territoires français ? Par exemple, la Maison de l’histoire de France qui devait installer un nouveau musée dans le Marais, au cœur de Paris... ;
  • est-ce que le rôle de l’Etat est absolument indispensable, ou bien peut-il y avoir une subsidiarité des collectivités locales, des partenaires privés, etc. Le rôle de l’Etat doit être là où il est vraiment indispensable, et pas quand les collectivités peuvent assumer seules. Ce principe de subsidiarité me semble important.

On ne fera pas une bonne politique culturelle en additionnant les projets mal ficelés, sans lien les uns avec les autres.

Mon objectif est que les Français s’approprient complètement leur patrimoine, leur création. Nous avons un réseau très dense en France dans tous les domaines, il faut bien l’utiliser. Il faut faire tourner les collections, les troupes, inventer des moyens pour généraliser l’éducation artistique et culturelle, aller chercher de nouveaux publics.

Il faut également travailler sur les territoires ruraux, sur les quartiers les plus difficiles, deux lieux d’enclavement culturel qui sont au cœur d’un projet de citoyenneté.

Dans une période comme celle que nous traversons, où les Français sont suffisamment inquiets de leur avenir, il faut que tout le monde se montre responsable.

Ces explications ne sont-elles pas un habillage de la misère, là où, hier, les socialistes parlaient de « sanctuarisation » du budget de la Culture ?

Il faut arrêter de penser que la Culture peut se permettre soit de jeter l’argent par la fenêtre, ce qui est parfois, hélas, une vision que les gens ont de la Culture, soit de ne pas chercher à voir quel est l’impact sur nos concitoyens des événements que nous finançons. Il faut toujours allier la plus haute exigence de qualité et la recherche de nouveaux publics, plus larges.

Est-il illégitime, dans une période de crise, de demander par exemple à des grandes institutions culturelles parisiennes de faire un petit effort sur leur budget, en sachant qu’elles peuvent aller chercher des mécénats privés pour se financer ? Et de pouvoir, grâce à cela, préserver des crédits d’intervention qui servent à tout le territoire ? Ce n’est pas illégitime.

Si je fais des efforts dans certains secteurs de mon ministère, je vais dégager un peu plus de crédits sur l’éducation artistique et culturelle. Je vais augmenter ces crédits, ça doit être une priorité.

De la même manière, dans la partie enseignement supérieur (écoles des beaux-arts, de photo, d’architecture, etc.), il y aura des créations de postes, des bourses supplémentaires, j’estime que c’est une priorité.

Je préfère définir des priorités, donner un sens à l’action du ministère. C’est une démarche raisonnable alors que les gens n’auraient pas compris qu’on puisse dire : « Nous sommes le ministère de la Culture et donc nous devons être préservés. »

Un exemple concret de cette problématique : l’inclusion de « Lascaux 4 » dans la liste des projets suspendus, question qui tient à cœur à nos amis de Aqui.fr, site implanté en Aquitaine. Le site archéologique est l’un des moteurs économiques de la Dordogne et le projet Lascaux 4 dépasse les clivages politiques locaux. Pourquoi l’arrêter ?

Sur Lascaux, les collectivités locales portent un projet ; l’Etat va les accompagner d’un point de vue technique. Mais l’engagement financier de l’Etat à hauteur de 17 millions d’euros avait été pris par le préfet de la région Aquitaine, de manière hâtive, et surtout sans en référer au ministère de la Culture, ce qui est quand même assez contestable, et sans attendre le contrat de plan Etat-région ni le projet de loi de finances 2013.

On va voir maintenant comment faire pour que les collectivités puissent mener à bien ce projet qu’elles portent, pour que l’Etat les accompagne mais pas forcément financièrement.

Mais il existe déjà un accès aux merveilles de Lascaux : la préservation de la grotte est assurée ; il y a déjà un Lascaux 2 qui existe [le fac-similé d’une partie de la grotte ouvert en 1983, ndlr] ; Lascaux 3 va être lancé dans quelques jours [exposition itinérante présentée à Cap Sciences à Bordeaux à partir du 13 octobre avant de partir pour les Etats-Unis, ndlr].

Pour aller plus loin, les collectivités veulent un Lascaux 4. L’Etat peut les accompagner autrement que de façon sonnante et trébuchante, techniquement, scientifiquement, avec toutes les ressources humaines au service de cette merveille nationale. Cela consistera aussi à aller chercher des partenariats privés et des fonds européens qui, en l’occurrence, sont tout à fait légitimes.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • The_Phoenix
    The_Phoenix
    Sur ma chaise
    • Posté à 17h03 le 14/09/2012
    • Internaute 191859
      Sur ma chaise

    A quand la suppression d’HADOPI, ce texte mensonger et inutile selon le premier ministre, madame Filipetti ?

    • chauvequipeu
      chauvequipeu répond à The_Phoenix
      au poil
      • Posté à 18h46 le 14/09/2012
      • Internaute 192303
        au poil

      je pensais le mettre en commentaire, mais tu m’a devancé, 12millions annuels pour rien

    • chauvequipeu
      chauvequipeu répond à The_Phoenix
      au poil
      • Posté à 18h49 le 14/09/2012
      • Internaute 192303
        au poil

      mieux vaut spolier le peuple du patrimoine que les majors, surtout ne pas les vexer et faire croire qu’on veut preserver leurs benefices

      • The_Phoenix
        The_Phoenix répond à chauvequipeu
        Sur ma chaise
        • Posté à 19h27 le 14/09/2012
        • Internaute 191859
          Sur ma chaise

        Petit cadeau de l’interessée sur le même sujet, en 2009 également :
        « Le dispositif HADOPI est purement défensif ; ses limites et ses dangers sont patents. Il cherche uniquement à préserver les modèles économiques en place, sans accompagner l’émergence de solutions nouvelles, alors que l’environnement technologique, lui, se renouvelle »

         
        • Fantomax
          Fantomax répond à The_Phoenix
          génie du mal
          • Posté à 23h16 le 14/09/2012
          • Internaute 157606
            génie du mal

          Ca va les pirates, on continue à piller les artistes passque la culture ça doit être gratuit quoi merde ?

          (là au moins on ne pourra pas dire que je fais la chasse aux boules)

          • The_Phoenix
            The_Phoenix répond à Fantomax
            Sur ma chaise
            • Posté à 11h59 le 15/09/2012
            • Internaute 191859
              Sur ma chaise

            C’est le Premier Ministre et la Ministre de la Culture qui l’ont dit, pas moi.

            Sous entends tu que Jean Marc Ayrault et Aurélie Filipetti sont des téléchargeurs pirates ? Ou des pirates téléchargeurs ?

            • Fantomax
              Fantomax répond à The_Phoenix
              génie du mal
              • Posté à 12h42 le 15/09/2012
              • Internaute 157606
                génie du mal

              Non eux c’est différent, ce sont des démagogues.

              • The_Phoenix
                The_Phoenix répond à Fantomax
                Sur ma chaise
                • Posté à 12h45 le 15/09/2012
                • Internaute 191859
                  Sur ma chaise

                CQFD. Rien à ajouter.

        4 autres commentaires
  • Geodesic_
    Geodesic_
    La presse gratuite n'existe pas
    • Posté à 17h12 le 14/09/2012
    • Internaute 154174
      La presse gratuite n'existe pas

    Autre hypothèse vis à vis de l’abandon des projets : le gouvernement pratique l’austérité, veut ratifier le traité européen, a pour objectif de réduire le déficit à 0%, et donc il y a des coupes dans les budgets. En étant soumis à cette logique économique et financière, les autres ministères n’ont presque pas de manœuvre, et les projets passent à la trappe.

  • Isapol
    Isapol
    Curieuse
    • Posté à 17h29 le 14/09/2012
    • Internaute 154682
      Curieuse

    La vraie question qui se pose c’est « une rigueur de gauche est-elle différente d’une rigueur de droite ? » ! Lien Non ?

  • C@ssoulet
    C@ssoulet
    glandeur
    • Posté à 17h51 le 14/09/2012
    • Internaute 62746
      glandeur

    En resume, le budget de la culture, ca se gere.
    Enfin !

  • A déménagé le 26-10-2010
    • Posté à 17h54 le 14/09/2012
    • Internaute 93575
      non connue

    « Filippetti : “ L’addition de projets ne fait pas une politique culturelle ” »

    C’est bizarre, j’ai l’impression que c’est une phrase bateau et que sous tous les Gouvernements que j’ai connus, on avait un addition de projets sans vraiment de liens entre eux et de politique culturelle affirmée.

    L’abandon des projets annoncé par Aurélie me semble plus simplement lié à la restriction budgétaire qui sévit actuellement qu’à la remise à plat de notre politique culturelle. Il est possible que je me trompe, bien sûr...

  • uberto
    uberto
    mouuuais on verra plus tard
    • Posté à 18h01 le 14/09/2012
    • Internaute 187304
      mouuuais on verra plus tard

    On pourrait avoir une liste des projets conservés pour voir si, il y’a eu vraiment des choix d’opérés ?

    • Le Yéti
      Le Yéti répond à uberto
      voyageur à domicile
      • Posté à 20h01 le 14/09/2012
      • Internaute 6095
        voyageur à domicile

      ... et savoir s’ils constituent, eux, une réelle et cohérente politique culturelle ?

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 18h28 le 14/09/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    (culture industrielle)

    heu... il y a peut-être un malentendu à propos du mot « culture ».

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 18h48 le 14/09/2012
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « Si je fais des efforts dans certains secteurs de mon ministère, je vais dégager un peu plus de crédits sur l’éducation artistique et culturelle. Je vais augmenter ces crédits, ça doit être une priorité. »

    ► Je connais un tas de responsables d’officines culturelles subventionnées (de gauche), qui se frottent les mains et attendent les subsides promises pour promouvoir de nouvelles troupes à l’engagement politiquement correct.

    • The Corpse Grinders
      The Corpse Grinders répond à Pierrrrre
      Cannibale Furax
      • Posté à 09h41 le 15/09/2012
      • 183627
        Cannibale Furax

      Des noms ?

      • Pierrrrre
        Pierrrrre répond à The Corpse Grinders
        → → → → → → → le marché autant (...)
        • Posté à 10h13 le 15/09/2012
        • Internaute 23078
          → → → → → → → le marché autant (...)

        « Des noms ? »

        ► J’ai des noms précis,

        mais prenez la liste des directeurs de théâtre et autres associations culturelles, en France,
        pointez en un au hasard,
        et vous aurez 9 chances sur 10 de tomber sur une personne placée là par copinage politique.

         
        • curieux22
          curieux22 répond à Pierrrrre
          dernière marche avant le saut
          • Posté à 12h20 le 15/09/2012
          • Internaute 192553
            dernière marche avant le saut

          Par qui ?
          Il ne suffit pas d’accuser globalement avec des sous entendus lourds. Quand on se lance dans une direction, il faut vérifier qu’on peut aller au bout.
          Ou alors, devons nous comprendre que vous remettez en question la probité de la ministre ?

          • Pierrrrre
            Pierrrrre répond à curieux22
            → → → → → → → le marché autant (...)
            • Posté à 12h43 le 15/09/2012
            • Internaute 23078
              → → → → → → → le marché autant (...)

            « devons nous comprendre que vous remettez en question la probité de la ministre ? »

            ► Et son intention de distribuer les fonds ainsi économisés à des officines dont le culturel permet d’entretenir permanents et propagande socialiste... oui.

        2 autres commentaires
  • alain georges
    alain georges
    tête contre les murs
    • Posté à 21h43 le 14/09/2012
    • 185805
      tête contre les murs

    sarko a été le fossoyeur de la culture pendant son mandat , pour lui ne comptaient que les bar- tabacs comme liant social , bonjour le niveau, qu il reste dans sa niche à jamais !

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 23h18 le 14/09/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Filippetti : « L’addition de projets ne fait pas une politique culturelle »

    Certes, mais l’addition d’annulations de projets non plus.

    Mais c’’est pas grave, on vous aime bien quand même, allez.

    • Joseph Gratteur
      Joseph Gratteur répond à Fantomax
      Working class bléro
      • Posté à 06h36 le 15/09/2012
      • Internaute 164574
        Working class bléro

      La soustraction de projets fait la politique culturelle de Filippetti.
      Suis allé à Niort assister à la préparation de la refondation de l’école : Le néant.
      Le PS a en fait des ministres de la parole. Des lettrés, au moins, pas comme les incultes d’avant, c’est déjà ça, ça aurait pu être pire.....

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 00h44 le 15/09/2012
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Désolée, si je reprends ici un grande partie de mon précendant commentaire...

    La ministre de la culture n’est décidément pas convaincante, pour l’être il aurait fallu qu’elle décline sa ligne éditoriale, les partis pris et les arguments sur lesquels elle fonde sa politique à court, moyen et long termes. Quelles innovations compte-t-elle introduire dans la gouvernance de la culture ? Aura-t-elle, par exemple, le courage politique, éthique et moral d’objectiver, par des procédures et des règles transparentes, les nominations à la tête des établissements et institutions culturels ? Quelle énergie compte-t-elle déployer pour mettre un terme à de nombreux conflits d’intérêts dans ce secteur ?

    Un milliard d’euros de projets culturels arrêtés ou suspendus ce qui fait une « belle » prise pour un gouvernement qui s’est engagé à réduire de 10 milliards d’euros les dépenses de l’État !

    Bien que parmi les projets « suspendus » certains soient légitimement discutables, discutables ne signifiant pas récusables, le « sacrifice consenti » par la ministre de la culture me paraît extrêmement préjudiciable pour le secteur dont elle a la charge. Le budget de la culture n’a jamais atteint, où qu’exceptionnellement et péniblement, le 1% du budget de l’État, et voilà qu’il s’« automutile » en « renflouant » ce même État, qui estime ce champ non prioritaire, à hauteur d’un dixième de ses besoins !

    Le ministre de la culture développe sans doute le syndrome de Stockholm vis-à-vis d’un gouvernement qui le juge comme non prioritaire !
    Pourquoi ne pas vendre une bonne partie du patrimoine culturel, mettre aux enchères les collections des musées ? Après tout c’est ce que le FMI et la troïka préconisent à la Grèce.

    Sanctionner les abus dans le milieu des intermittents du spectacle, ah « les petits voyous », ces charognes qui grugent ce bon État si juste, équitable et vertueux ! Mais pas un mot sur les serviteurs du dit État placés à la tête des établissements culturels qui ont souvent brillé par une gestion désastreuse particulièrement depuis que l’État a décidé d’innover, de se moderniser, ce doux nom de RGPP menée à marché forcé avec de juteux marché pour les cabinets de conseil et audits, entre autres... Mais rien de grave, la Cour des Compte évaluera sans doute tout cela dans quelques années, il sera bien sûr trop tard, de toute façon c’est bien connu et admis, les responsables ne sont jamais coupables !

    En guise de tranquillisant, ce gouvernement, comme le précédent, recoure à l’« incontournable » dialogue sociale, « loyale » et « sincère », la consultation et surtout la concertation de toutes les parties, hypnose sans effet sur nos autres citoyens impuissantés. D’ailleurs dans la majorité des cas, comme au sein du ministère de la Culture, on ne s’embarrasse même pas de cette mascarade qui consiste à amener, aux forceps, les dits partenaires à adhérer à des décisions déjà actées. Une méthode qui a fait ses épreuves par exemple pour la fusion du Palais de la découverte et la Cité des sciences, une stratégie qui est également adoptée pour louer, de plus de 30 000 m², pour la modique somme de 30 euros le m² par an pendant 60 ans, un bâtiment public culturel à un opérateur privé qui va y implanter un centre commercial. Il est vrai que pour des politiciens qui se drapent d’habit de politiques, on ne parle pas de citoyens mais de « consommateurs » qu’il faut toujours « essorer », par des addictions à la consommation ou par des additions de taxes directes ou indirectes.

    Ci-dessus, je fais référence au bâtiment industriel des abattoirs de la Villette, qui a été affecté, sous la présidence de Giscard d’Estaing, à la culture a vu naître la Cité des sciences et de l’industrie. Un quart de ce bâtiment est resté en quasi jachère depuis l’inauguration par le Président François Mitterrand, en mars 1986. Aujourd’hui il est question, malgré les réserves de la Cours des comptes (observations définitives (ROD 49796) de la Cour des comptes relatif au contrôle des comptes de la gestion de la Cité des sciences et de l’industrie pour les exercices 1999 à 2004), et de sérieuses et légitimes critiques des partenaires sociaux, de proposer sa location, à un opérateur privé, pour en faire un centre commercial, baptisé Vill’up. Un projet périlleux et extrêmement discutable sous toutes ses facettes, d’autant qu’il y a à craindre un probable conflit du fait que le secrétaire général d’Apsys, Denis Moscovici, l’opérateur de cette aubaine, est le frère du ministre des finances.

    Ni l’ancien ministre de la culture ni l’actuelle n’ont pensé à implanter la Maison de l’histoire de France, par exemple, dans ce bâtiment public dont les dimensions permettent pourtant l’aménagement d’espaces d’expositions temporaires, des salles de spectacles, de formations, des rendez-vous d’artistes, de chercheurs, etc. Cette solution aurait eu le mérite de préserver un patrimoine public, valorisé par les deniers publics, d’enfin casser le cloisonnement disciplinaires qui persiste dans le champ du savoir entre les sciences dites dures et celles qualifiées de molles, d’encourager la percolation des savoirs faire muséologique, la mutualisation de certains services (administratifs et logistiques), etc.

  • Vraiment Social
    Vraiment Social
    Novateur
    • Posté à 08h19 le 15/09/2012
    • Internaute 191818
      Novateur

    Une seule certitude :
    L’addition de lèche-culs fait la politique socialiste !

    N’est-ce pas Monsieur Haski ?

  • setori
    setori
    retraité
    • Posté à 09h39 le 15/09/2012
    • Internaute 43503
      retraité

    Si l’addition des projets ne fait pas une politique culturelle ,l’abandon de la majorité des projets est la marque évidente d’une politique : faire passer la patate chaude dans les mains des collectivités territoriales qui savent ,elles ,que nos biens culturels ,notre dynamisme dans ce secteur sont des pourvoyeurs de touristes porteurs de devises. Se draper dans la posture de celle qui défend les deniers publics ,on attendait autre chose de la part d’une ministre de la culture française !

    • curieux22
      curieux22 répond à setori
      dernière marche avant le saut
      • Posté à 12h29 le 15/09/2012
      • Internaute 192553
        dernière marche avant le saut

      C’est vrais, c’est toujours le contribuable qui paye. Même dans l’hypothèse du mécénat privé, le cochon de payant sera toujours mis à contribution par le biais du « crédit d’impôt mécénat » cher à nos entreprises « généreuses »

  • The Corpse Grinders
    The Corpse Grinders
    Cannibale Furax
    • Posté à 09h45 le 15/09/2012
    • 183627
      Cannibale Furax

    Le préfet de région Aquitaine s’est engagé sans en parler à l’omni-président ? Il a été viré ?

    • curieux22
      curieux22 répond à The Corpse Grinders
      dernière marche avant le saut
      • Posté à 12h32 le 15/09/2012
      • Internaute 192553
        dernière marche avant le saut

      Il serait étonnant que l’omni président ait été ignorant de la chose. Je parierai plutôt sur une directive « discrète et insistante ». Comme çà, c’est le fonctionnaire imprudent qui prend.

  • Billyglou
    Billyglou
    culturel
    • Posté à 09h54 le 15/09/2012
    • Internaute 52787
      culturel

    Il faut un vrai changement dans la politique culturelle qui pourrait consister à :
    Décider qu’aucun projet nouveau ne sera mis en place à Paris, priorité à la banlieue, à la province
    Obliger les grosses institutions culturelles (Scènes nationales, etc) à consacrer 25 % de leur budget pour aller chercher des publics éloignés de la culture en rognant par exemple sur les budgets communication et création
    Développer une vraie politique d’éducation artistique et culturelle, qui n’est pas un enseignement scolaire, et avec la priorité des zones en difficulté. Beaucoup de choses existent, par exemple dans le domaine du cinéma qui est le domaine artistique qui fait le plus dans ce domaine, mais qui le sait ? Et à quel cout ? avec quelle valorisation ? Remettre un peu d’huile (des sommes dérisoires dans l’absolu) aura un impact fort sur la vie quotidienne, les liens sociaux, etc...
    Faire le choix de proner le permanent et le quotidien plutot que l’evenementiel et le ponctuel. Les grands festivals que Mme Filipetti a visité cet été pourraient se financer avec des mécènes et ne concernent que certaine classe sociale.
    Etc....

  • la choukette
    la choukette
    libre penseur si possible
    • Posté à 10h45 le 15/09/2012
    • Internaute 90914
      libre penseur si possible

    hadopi-sacem-snep vs filipetti

    il n’y a finalement pas que du mauvais chez cette personne,

    tiens au fait la rue puisque vous avez en votre sein des néo féministes hyper actives, voici un os a ronger :

    Lien

    se faire Pascal Rogard, ça vous ferait monter dans mon estime (pour ce que ça vaut)

    en plus ça permettra de voir qu’elle est votre niveau d’indépendance par apport à la tutelle nouvel obs / Denis Olivennes (architecte d’hadopi mais aussi grosse huile aux convictions réduites aux exigences de son train de vie).

  • Tremolos
    Tremolos
    Branleur censuré (2)
    • Posté à 19h18 le 15/09/2012
    • Internaute 192528
      Branleur censuré (2)

    C’est le ministere tout entier qu’il faudrait supprimer...

    La « Culture » en elle-meme n’a pas besoin d’etre subventionné, elle se manifeste quelque soit le milieu.

    Quand on voit qui va voir des artistes avant-gardistes, ou l’opera ou le theatre... on se demande si c’est pas plutot une subvention aux loisirs des riches....

  • cousinmachin
    cousinmachin
    humaniste misanthrope
    • Posté à 22h57 le 15/09/2012
    • Internaute 166102
      humaniste misanthrope

    « La culture doit participer au redressement du pays, cela signifie deux choses :

    c’est un secteur économique majeur, en termes d’emploi, de croissance, il faut s’appuyer sur notre savoir-faire et notre excellence dans ces domaines ;
    le redressement, cela signifie aussi avoir une bonne gestion des finances publiques. »

    Misère...la culture réduite à de viles questions économiques, et ça se dit de gôche.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 22h43 le 18/09/2012
    • Internaute 45067
      Littéral

    SI L’addition de projets ne fait pas une politique culturelle , la soustraction des crédits pour la culture ne vaut pas mieux, certains diraient que c’est pire.

    Dans ce système de la culture financée par l’état, et qui est une horreur qui conduit à la déréliction de la culture même, l’effondrement des subventions détruit les structures en place et compromet les activités institutionnelles et commerciales.
    D’autant qu’il n’y a pas d’alternative.
    Pour cela, il faudrait une politique.
    Et ni le gouvernement, ni Aurélie Filippetti n’en ont pas du tout de politique culturelle.
    Nommer Pierre Lescure pour énoncer l’acte II de l’exception culturelle, c’est une délégation de service gouvernemental à un administrateur de sociétés cotées en bourse et figurant à l’indice CAC 40.
    Outre qu’il est étonnant de privatiser la décision politique, il est absolument effarant que personne ne se scandalise ni ne proteste contre cet abandon de responsabilité à quelqu’un dont les intérêts divers et variés forment un conflit d’intérêt de très grande ampleur.
    Et ça commence à se savoir que le clientélisme est tout ce qui reste quand il n’y a pas de politique.

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