Disparition 30/07/2012 à 12h55

Chris Marker est mort : le fond de l’air est moins rouge

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Chris Marker est mort dimanche à son domicile parisien, à l’âge de 91 ans. Le réalisateur de « La Jetée » (1962) ou « Le fond de l’air est rouge » (1978) laisse une œuvre foisonnante, qui a inspiré des générations de cinéastes et documentaristes, français et étrangers.

Le titre le plus emblématique de Chris Marker est « La Jetée », un film fantastique expérimental de 28 minutes, composé pour l’essentiel d’images fixes et d’une voix unique, avec une musique de Trevor Duncan, œuvre poétique très personnelle.

La Jetée

Homme de l’avant-guerre, qui a étudié dans un lycée parisien dont l’un des profs s’appelait... Jean-Paul Sartre, Chris Marker a rejoint la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Intellectuel engagé à gauche, Chris Marker, de son vrai nom Christian-François Bouche-Villeneuve, voyage beaucoup, notamment dans le monde socialiste de l’après-guerre, en Chine et même en Corée du Nord.

Mais c’est à partir de 1967 et surtout après 68 qu’il renouvelle le genre du film militant, sur les grands engagements internationaux et sociaux de son époque, de notre époque.

On le trouve, logiquement, au cœur de l’aventure collective « Loin du Vietnam », un film sur le conflit majeur des années 60, au côté de Jean-Luc Godard, d’Agnès Varda, d’Alain Resnais, de Claude Lelouch, de Joris Ivens et de William Klein. C’est Chris Marker qui coordonne le projet et signe le montage. Extrait.

Loin du Vietnam

En 2008, Arte a diffusé « Le fond de l’air est rouge », l’une des œuvres marquantes de Chris Marker, réalisée trente ans plus tôt. Sur Rue89, l’historien-journaliste du cinéma Antoine de Baecque la présente ainsi :

« “Le fond de l’air est rouge‘ commence par une leçon de montage, qui est à la fois une illustration du titre choisi par Chris Marker en 1977, et un commentaire visuel de son projet en lui-même : raconter en trois heures dix années d’histoire de la gauche mondiale, de la mort du Che en 1967 à la rupture du Programme commun en 1977, comme le journal intime d’un magnifique échec.

C’est la mort et la mélancolie qui dominent ce paysage révolutionnaire de crépuscule, telle une chronique lyrique de la défaite d’une idée et des disparitions successives des grands héros de la révolte.

La diffusion, puis l’édition DVD [dont Rue89 est partenaire, ndlr], du Fond de l’air est rouge ’ surgit au moment où la France, et pas seulement la gauche, se souvient de Mai 68, quarante ans plus tard, trente années après le film de Marker. Et l’heure n’est plus à la mélancolie, à cette tristesse créatrice telle que l’a conçue Chris Marker.

  • D’un côté, ce sont plutôt des accents nostalgiques et revendicatifs, ceux des ‘ anciens ’ , des témoins, qui reprennent rituellement tous les dix ans le postulat commémoratif : 68 a changé la France, tirons-en quelques bonnes leçons pour ne pas trop changer au présent.
  • De l’autre, on entend le scepticisme, le discours de l’oubli volontaire, voire celui de la liquidation d’un héritage présenté comme indigne, celui où puiserait une France qui ne voudrait pas travailler, qui s’opposerait à la modernité libérale, qui mettrait de la rigidité là où le pouvoir en place voudrait voir souplesse, fluidité, circulation et communication accélérées.”

Le fond de l’air est rouge

Chris Marker a mené de front des projets personnels innovants, et collaboré à une quantité impressionnante de projets collectifs, mettant son talent et sa vision au service des autres. Le tout dans une discrétion extrême : il refusait d’être photographié, d’être interviewé (à l’exception notable de cette interview par e-mail accordée à Libération en 2003), de présenter ses films.

Le président de la Cinémathèque française, le cinéaste Costa Gavras (“Z”, “L’Aveu...”), qui collabora avec lui plus d’une fois, cosigne ce lundi avec Serge Toubiana un hommage sur ce point :

“Chris Marker, c’est encore le paradoxe dynamique d’un créateur qui fit tout à la fois œuvre personnelle, à la manière d’un artisan, et mit souvent son génie de l’organisation au service des autres, de la cause des autres, initiant ainsi des expériences artistiques et politiques décisives comme l’œuvre collective intitulée Loin du Vietnam (1967) ou des films ouvriers majeurs réalisés dans le cadre des ‘ Groupes Medvedkine ’, du nom de ce cinéaste soviétique auquel il consacra aussi un film ‘ en solo ’, Le Tombeau d’Alexandre.

Dans le monde cinématographique de Marker, tout se tient : l’individuel et le collectif, le présent et la mémoire, l’intime et le spectaculaire des luttes, le bricolage et la haute technologie, la ‘ petite forme ’ (la danse sublime de l’éléphant sur une musique de Stravinsky pendant les quatre minutes de Slon Tango, 1993) et la grande histoire (Le fond de l’air est rouge, L’Héritage de la chouette). Du grand art à l’échelle d’un seul homme.”

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  • 44 réactions
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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 13h05 le 30/07/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    je suis bien triste, c’est toute l’époque d’une contestation sociétale par le film et le documentaire qui s’en va avec Chris Marker.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 13h51 le 30/07/2012
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Un nom et une œuvre survivront à l’absence de l’admirable être qu’était Chris Marker

  • stephanie9
    stephanie9
    Enseignante
    • Posté à 13h54 le 30/07/2012
    • Expert 118475
      Enseignante

    Petite précision : « La Jetée » n’est pas un film fantastique, mais un film de science-fiction (cf. Wikipedia)

    • ostia
      ostia répond à stephanie9
      inadapté
      • Posté à 14h03 le 30/07/2012
      • Internaute 88960
        inadapté

      ha ben si wikipedia le dit alors

      • Crepitus
        Crepitus répond à ostia
        Retraité
        • Posté à 15h49 le 30/07/2012
        • Internaute 85789
          Retraité

        En dehors de Wikipedia, ce film est généralement classifié en SF ; il est vrai que ces classifications sont généralement subjectives.

         
        • non renseigné
          non renseigné répond à Crepitus
          ici et maintenant
          • Posté à 20h40 le 30/07/2012
          • Internaute 188652
            ici et maintenant

          Disons que c’est un fantastique film de science-fiction ;)

        1 autres commentaires
    • Avril
      Avril répond à stephanie9
      • Posté à 12h10 le 31/07/2012
      • Internaute 24503

      On peut même se demander s’il est un « film » dans la mesure ou Chris Marker lui-même parle de « photo-roman » dès le générique d’ouverture.

  • Jooe
    Jooe
    étudiant
    • Posté à 14h02 le 30/07/2012
    • Internaute 97691
      étudiant

    Peut-être le plus génial de sa génération et pourtant le moins connu de tous. Il le devait à sa discrétion qui laissait seulement place à des œuvres d’une acuité saisissante.

    • Cyprien Luraghi
      Cyprien Luraghi répond à Jooe
      ICYP.FR !
      • Posté à 14h09 le 30/07/2012
      • Internaute 101150
        ICYP.FR !

      Elle était super interminable, sa génération.

      • Jooe
        Jooe répond à Cyprien Luraghi
        étudiant
        • Posté à 14h11 le 30/07/2012
        • Internaute 97691
          étudiant

        Elle n’est surtout pas terminée.

         
        • Cyprien Luraghi
          Cyprien Luraghi répond à Jooe
          ICYP.FR !
          • Posté à 14h22 le 30/07/2012
          • Internaute 101150
            ICYP.FR !

          Oh que si : elle est achevée carrément. Qui a l’audace d’un Marker de nos jours, par exemple ? personne.

          • Gibert Because-Youno
            Gibert Because-Youno répond à Cyprien Luraghi
            Kaléïdoscopique
            • Posté à 14h53 le 30/07/2012
            • Internaute 68955
              Kaléïdoscopique

            Il en reste tout d’un même un tout dernier - quoi qu’on en dise.

          • Jooe
            Jooe répond à Cyprien Luraghi
            étudiant
            • Posté à 15h04 le 30/07/2012
            • Internaute 97691
              étudiant

            En France, personne que je ne connaisse. Il y a bien ceux qui se revendiquent directement de l’héritage de Marker. Certains noms sont cités dans le livre « Chris Marker et l’imprimerie du regard : Joem Cohen, Sophie Calle.

            Je vois néanmoins chez certains réalisateurs asiatiques, chinois pour la plupart, une proximité avec le cinéma de Chris Marker. Par exemple, Jia Zhang Ke, Wang Bing, Xialolu Guo. Il faudrait regarder du côté du Japon aussi. J’entends une proximité, pas sur la forme, mais de par les sujets traités : transformation des lieux et mémoire, spectacle des ruines, etc.

            • Cyprien Luraghi
              Cyprien Luraghi répond à Jooe
              ICYP.FR !
              • Posté à 15h09 le 30/07/2012
              • Internaute 101150
                ICYP.FR !

              La France est morte, intellectuellement parlant. Elle se vautre dans un passé mort. La vraie vie est ailleurs. Ici, c’est copinage à tous les étages, et léchage de raies mutuels.

          • kodiak
            kodiak répond à Cyprien Luraghi
            myope
            • Posté à 15h14 le 30/07/2012
            • Internaute 148655
              myope

            Tu es méchant, Cyp, laissons les étudiants rêver !

            • Cyprien Luraghi
              Cyprien Luraghi répond à kodiak
              ICYP.FR !
              • Posté à 15h33 le 30/07/2012
              • Internaute 101150
                ICYP.FR !

              Sophie Calle en héritière de Chris Marker : je me marre. Non : faut pas les laisser rêver : faut qu’ils apprennent ce qu’est le rêve, c’est tout à fait différent.

              • tatane75
                tatane75 répond à Cyprien Luraghi
                Trader à la SGAM
                • Posté à 15h45 le 30/07/2012
                • Internaute 136061
                  Trader à la SGAM

                Cyprien... Attention ! Tu vire vieux con ! ....
                Je partage ta peine aujourd’hui et je vois surtout l’héritage que Chris Marker nous légue. A toi, a nous .... petite poussière d’humanité !

                • Cyprien Luraghi
                  Cyprien Luraghi répond à tatane75
                  ICYP.FR !
                  • Posté à 15h49 le 30/07/2012
                  • Internaute 101150
                    ICYP.FR !

                  Non mais : qui a les couilles et l’intégrité d’un Chris Marker aujourd’hui en France ? Personne.

                  Alors je suis peut-être un vieux con mais ça ne m’empêche pas de constater que les générations actuelles ne savent faire que deux choses : copier et coller. Mais pas innover.

                  • Jooe
                    Jooe répond à Cyprien Luraghi
                    étudiant
                    • Posté à 16h07 le 30/07/2012
                    • Internaute 97691
                      étudiant

                    Je me souviens d’un court métrage qui à peu de choses près plagiait La jetée. Je me renseigne dessus et j’apprends que les deux réalisateurs ignoraient soi-disant jusqu’à l’existence de Chris Marker. Le copier-coller frôle souvent la malhonnêteté.

                    Rien de nouveau sous le soleil mais ça m’avait bien fait marrer. D’autant plus que le dit court-métrage avait coûté la modique somme de 40 000 euros.

                    • Cyprien Luraghi
                      Cyprien Luraghi répond à Jooe
                      ICYP.FR !
                      • Posté à 16h36 le 30/07/2012
                      • Internaute 101150
                        ICYP.FR !

                      Un simple exemple : l’internet. Il y a eu quelques rares novateurs au tout début : ils ont inventé les pages fixes en HTML et les systèmes de commentaires : les fameux forums. Et puis ensuite quelques petits malins ont cousu ces deux trucs ensemble : ça a donnée le Web 2.0 : on est en plein dedans ici. En haut un article − page fixe − et en dessous, les commentaires. Et : zéro innovation depuis. Ça ronronne connement avec des contenus copiés et recollés à l’envi : au pifomètre, plus des trois-quarts de l’internet n’est qu’une boîte à échos.

                      Quant aux rares sites véritablement créatifs et novateurs, ils sont allègrement pillés et soigneusement ignorés par les vautours de service.

                      Et tout le reste est à l’avenant, dans tous les domaines. Trop facile.

                  • tatane75
                    tatane75 répond à Cyprien Luraghi
                    Trader à la SGAM
                    • Posté à 16h22 le 30/07/2012
                    • Internaute 136061
                      Trader à la SGAM

                    a

                  • Laowai bai er fu
                    Laowai bai er fu répond à Cyprien Luraghi
                    Expatrie en chine
                    • Posté à 05h47 le 31/07/2012
                    • Internaute 168550
                      Expatrie en chine

                    ha bah c’est un peu le modèle socialiste accompli non ?

        12 autres commentaires
  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 14h08 le 30/07/2012
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    « Le fond de l’air est rouge “ a voir et revoir tant le film est à la fois nécessaire à la compréhension de ce que fut une époque et d’une poésie rare !

  • stephanie9
    stephanie9
    Enseignante
    • Posté à 14h17 le 30/07/2012
    • Expert 118475
      Enseignante

    C’est drôle, mais je m’y attendais... À la réflexion anti-Wikipédia : -)

    J’ai récemment donné à des élèves de Bac un texte à analyser. C’était une charge très violente contre l’idée d’encyclopédie participative, en particulier Wikipedia. Or, le journaliste (qui avait la volonté d’être honnête) reconnaissait avoir testé Wikipédia sur un certain nombre d’entrées, puis avoir testé également l’une des encyclopédies institutionnelle la plus réputée, L’Universalis. Il avait repéré 5 erreurs pour la 1ère et 4 pour la seconde, ce qui n’est pas qualitatif. Bref, le niveau est le même.

    Wikipédia le dit. Et moi aussi (ce qui ne prouve rien en soi, je vous le concède, mais j’ai vu la « Jetée » et je lis / visionne de la SF depuis trente ans, ce qui est plus concluant : -) J’ajoute que tout spécialiste de SF connaît ce film, qui est une référence historique du genre (même si Blade Runner ou ET sont plus grand public).

    Si vous avez encore un doute : dans « La jetée », il y a la Troisième Guerre mondiale et un voyage dans le temps. Et si vous ne me croyez toujours pas, cher Riverain, il vous reste un moyen de trancher : regarder « La Jetée ».

    En espérant vous avoir éclairé, sur Wikipédia, sur la science-fiction... et sur Chris Marker : -)

    • Rhetoric-killer
      Rhetoric-killer répond à stephanie9
      dommage contextuel
      • Posté à 14h47 le 30/07/2012
      • 183041
        dommage contextuel

      « Si vous avez encore un doute : dans “ La jetée ”, il y a la Troisième Guerre mondiale et un voyage dans le temps. Et si vous ne me croyez toujours pas, cher Riverain, il vous reste un moyen de trancher : regarder (sic-pour une prof, c’est pas terrible d’oublier la conjugaison à l’impératif) “ La Jetée ”. »

      sans compter que si la forme le rebute il peut aussi regarder sa version vulgarisée : ’l’armée des 12 singes’, un excellent film.. de science-fiction

      • DiaboloSatanas
        DiaboloSatanas répond à Rhetoric-killer
        Fou du volant
        • Posté à 15h44 le 30/07/2012
        • Internaute 79165
          Fou du volant

        Ha ben je m’apprêtais a citer l’armée des douze singes mais vous m’avez devancé .
        Bon c’est pas l’tout . Quel français ou française nommé Gilbert Bouzigue ou Evelyne Duconnasse va remporter la troisième médaille de bronze en triple lancer de marteau a injection inversée aujourd’hui ? Le suspense reste entier ..

      • JadotA
        JadotA répond à Rhetoric-killer
        stable
        • Posté à 16h59 le 30/07/2012
        • Internaute 76382
          stable

        À propos de l’invitation à regarder de stephanie, Rhetoric-killer tance
        « ... c’est pas terrible d’oublier la conjugaison à l’impératif... »

        Pff !
        Rhetoric-killer pète plus haut que son QI.
        Rhetoric-killer ignore l’usage et l’élégance de l’infinitif
        comme suggestion et non comme ordre.

        Donc, se taire Rhetoric-killer, plutôt que d’aboyer.
        Bonjour à vos singes et à l’armée.

        PS : Stephanie, oublier, bien faire et laisser dire. C’est impératif.

         
        • Rhetoric-killer
          Rhetoric-killer répond à JadotA
          dommage contextuel
          • Posté à 09h07 le 31/07/2012
          • 183041
            dommage contextuel

          « Pff !
          Rhetoric-killer pète plus haut que son QI. »

          Bon, d’accord pour l’élégance de l’infinitif, j’étais d’humeur unilatérale et exigeante (une passe avec la dialectique marxo-rigidiviste -sic mon tour, on tâchera comprendre), aucun timbre de douceur ne parcourait mon oreille. Je désole jusqu’à ma sensibilité.. ’Beuvez toujours.. Ne mourrez jamais’ (François Rabelais) selon le cas, l’impératif est acquis/requis (ceci dit, je ne bois pas, je me drogue).

        1 autres commentaires
    • MarxForEver
      MarxForEver répond à stephanie9
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 15h01 le 30/07/2012
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      En France, on continue de faire la promotion du roman psychologisant et auto-fictionnel, en dépit du fait que la sf a ouvert des chantiers de réflexion majeures et fondamentaux. C’est pourquoi, beaucoup de litéraire confondent encore fréquemment sf et fantastique.

      • alangaja
        alangaja répond à MarxForEver
        éthiopique
        • Posté à 19h25 le 30/07/2012
        • Internaute 93690
          éthiopique

        ouaip.
        tu lis quoi en SF ?

  • Gibert Because-Youno
    Gibert Because-Youno
    Kaléïdoscopique
    • Posté à 15h12 le 30/07/2012
    • Internaute 68955
      Kaléïdoscopique

    « Alors ce qui me met en rage [...] c’est que la montée du “bruit”, au sens électronique, finit par tout recouvrir », disait Chris Marker.

    Ca paraît tellement surréaliste de commenter un article sur sa mort, au milieu du « bruit » des articles sur les JO, les téléphones portables, Batman et la compote des tireurs à l’arc.

    Peut-être qu’il aurait aimé, finalement, être enterré au milieu de ce bruit là, dans cet océan anonyme de faits insignifiants. Souvent, ceux qui arrivent à faire apparaître le monde à nos yeux aiment à y disparaître.

  • DISASTROUS
    DISASTROUS
    artiste assez maladroit
    • Posté à 15h14 le 30/07/2012
    • Internaute 89589
      artiste assez maladroit

    En tant qu’artiste je me sens profondément orphelin. Je me souviens d’avoir vu la Jetée, j’avais treize ans, j’en étais ressorti bouleversé. Intuitivement je savais que ces 28 minutes d’images fixes en noir et blanc se posaient là comme un jalon de granit et que le cinéma, fantastique, ou pas, allait devoir systématiquement s’y confronter.Seule la disparition de Joseph Beuys, de Thelonious Monk ou de Tarkovsky m’ont autant ému ; dans leur domaine respectif ils possédaient la stature de Chris Marker : gigantesque.

  • Crepitus
    Crepitus
    Retraité
    • Posté à 15h46 le 30/07/2012
    • Internaute 85789
      Retraité

    Encore une morceau de ma jeunesse qui s’envole.

  • doudou9174
    doudou9174
    mes deux phares dans la nuit
    • Posté à 19h40 le 30/07/2012
    • Internaute 140131
      mes deux phares dans la nuit

    ssssss

  • Ilriap
    Ilriap
    Futur Chef op'
    • Posté à 21h00 le 30/07/2012
    • Internaute 91691
      Futur Chef op'

    Chris Marker était à mon sens le plus grand réalisateur de documentaire au monde, dans son style.

    Il donne l’impression qu’avant de faire quoi que ce soit, toute sa vie, il a re-réfléchi à zero comment exploiter au mieux l’audio-visuel pour exprimer sa pensée.
    La Jetée, Le Fond de l’Air est Rouge, Level 5, et surtout Le Joli Mai, dont on ne parle pas assez, et qui reste pour moi Le chef-d’oeuvre du film d’entretien. ( 1 mois : Mai 1962. 1 lieu : Paris. 1 question : « Qu’est-ce que c’est pour vous le bonheur ? » ). Ce film est bouleversant d’intelligence, de générosité, mais aussi de lucidité sur l’époque et l’avenir de la France. Voyez en particulier le passage sur les cités en banlieue qui sont en construction.
    Je précise que le film est plus ou moins co-réalisé par son cadreur/chef op’ Pierre Lhomme, Marker lui a proposé d’être crédité ainsi.

    Bref, un grand merci à ce génie qu’est Chris Marker.

    • Gibert Because-Youno
      Gibert Because-Youno répond à Ilriap
      Kaléïdoscopique
      • Posté à 23h04 le 30/07/2012
      • Internaute 68955
        Kaléïdoscopique

      Je ne peux résister au plaisir de vous adresser un salut fraternel - vous portant la photo de l’ô combien belle héroïne de la Jetée, moi celle de l’ô combien terrifiant personnage qui poursuit son amant...

      Nous sommes tous sur la jetée...

    • André Dupneu
      André Dupneu répond à Ilriap
      chef du contentieux
      • Posté à 23h14 le 30/07/2012
      • Internaute 24633
        chef du contentieux

      Je vous recommande aimablement de re-voir un film avec très peu de son : Le bonheur, d’une amie de longue date de Marker, Agnès Varda.

      La banlieue, l’innocence à l’état pur, ce bonheur de la période post-conflit et plein de devenir qui n’en finira jamais. La petite mort, comme la mer de Debussy, qui a parsemé les sons limpides de Chris Marker....

  • André Dupneu
    André Dupneu
    chef du contentieux
    • Posté à 23h04 le 30/07/2012
    • Internaute 24633
      chef du contentieux

    Qui n’a pas vu « Cuba Si ! » interdit par la censure gaulliste rétrograde de 1961 à 1967, ne peut rien dire sur l’immense honnêteté intellectuelle de Chris Marker journaliste... parce que documentariste. J’espère simplement que la Cinémathèque le remettra dans ses catalogues... par immense honnêteté envers le Cinéma.

    La narration cinématographique de la pensée et de l’imagination - la fiction - perd son plus beau monument. Quelle pensée, quelle imagination !

    Le fond de l’air est noir.

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 07h33 le 31/07/2012
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Hommage à Chris Marker, plus grand cinéaste de tout les temps...
    Après Howard Zinn, nous venons de perdre un grand homme....

    • GWERN
      GWERN répond à jpouille
      Ex militant du vaste mouvement (...)
      • Posté à 14h31 le 31/07/2012
      • Internaute 60684
        Ex militant du vaste mouvement (...)

      Je pencherais plutôt pour un autre « rebelle » à titre de comparaison, celui-ci :
       » Robert Kramer (22 juin 1939 à New York, États-Unis - 10 novembre 1999 à Rouen, France) « 

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 09h56 le 31/07/2012
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    Palme d’or de la mesquinerie à Atlantico. et Laurent de Sutter qui nous gratifient d’un article intitulé :
     » Etes-vous inculte si vous ne connaissez pas Chris Marker, propulsé star sur Twitter ? « 
    Et à qui l’on a envie de répondre “ est-on forcément un intello bobo gaucho” si l’on a vu une fois ou plus selon affinité une des oeuvres dudit Marker ? Et que
    l’on y ait pris un peu ou beaucoup de plaisir ?

    • DISASTROUS
      DISASTROUS répond à GWERN
      artiste assez maladroit
      • Posté à 11h11 le 31/07/2012
      • Internaute 89589
        artiste assez maladroit

      J’ai aussi lu cet article totalement scandaleux, d’une mauvaise foi hallucinante et d’une prétention stratosphérique. Atlantico demeure un des pires torchons du Net, ne cédant en rien au courriels du Figaro, à fdesouche, à je ne sais quels blogs merdeux frontistes.
      « Le plaisir de la bourgeoisie, c’est de les dénigrer tous »
      phrase soixantehuitarde et toujours d’actualité.

      • GWERN
        GWERN répond à DISASTROUS
        Ex militant du vaste mouvement (...)
        • Posté à 14h25 le 31/07/2012
        • Internaute 60684
          Ex militant du vaste mouvement (...)

        Le plus « drôle » étant que ce petit « marquis » alimente lui-même ce qu’il « dénonce “ !
        L’art de ‘profiter’ de ce que l’on dénonce !

  • Edelweiss
    Edelweiss
    *****
    • Posté à 23h10 le 31/07/2012
    • Internaute 37872
      *****

    Laissons tweeter qui veut, ce débat me faire rire (alors que l’occasion est triste), car il fait penser à une idée majeure présente dans quasiment tous les films de CM, le rapport au temps et le changement de perspective... Les vagues de la mer dont on ne sait pas quand et où elles arrivent (Le mystère Koumiko), La boule de Boris Karloff qui part alors que la main qui l’a lancé était déjà morte (Le Fond de l’Air) et, JO oblige, le sportif Emil Zatopek qui a changé de nationalité par des circonstances politiques (Le Fond de l’Air).
    Marker serait le premier à se marrer de cette vague de tweet qu’il a déclenché - d’amis, ennemis ou faux-amis.
    Et peut-être ça éveillera tout de même la curiosité d’une génération qui n’a pa connu ce genre cinéma.

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